
Französisch Ausgabe
Literatur
Le Calvaire
BooksWhale-Ausgabe auf Französisch von Octave Mirbeau
passion destructrice, guerre, souffrance morale et critique sociale.
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Bucheinführung
Le Calvaire
Le Calvaire, de Octave Mirbeau, est un classique du domaine public autour de passion destructrice, guerre, souffrance morale et critique sociale. Cette édition française met en valeur son contexte, ses personnages, ses idées et son intérêt durable pour les lecteurs d’aujourd’hui.
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Octave Mirbeau est mort en 1917, et Le Calvaire a été publié pour la première fois en 1886. Ces dates soutiennent le fondement de domaine public de cette édition française originale.
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Le Calvaire
VorschaukapitelÀ MON PÈREVorschau
Témoignage de ma piété filiale,
O. M.
I
Je suis né, un soir d’octobre, à Saint-Michel-les-Hêtres, petit bourg du département de l’Orne, et je fus aussitôt baptisé aux noms de Jean-François-Marie Mintié. Pour fêter, comme il convenait, cette entrée dans le monde, mon parrain, qui était mon oncle, distribua beaucoup de bonbons, jeta beaucoup de sous et de liards aux gamins du pays, réunis sur les marches de l’église. L’un d’eux, en se battant avec ses camarades, tomba sur le coupant d’une pierre, si malheureusement qu’il se fendit le crâne et mourut le lendemain. Quant à mon oncle, rentré chez lui, il prit la fièvre typhoïde et trépassa quelques semaines après. Ma bonne, la vieille Marie, m’a souvent conté ces incidents, avec orgueil et admiration.
Saint-Michel-les-Hêtres est situé à l’orée d’une grande forêt de l’État, la forêt de Tourouvre. Bien qu’il compte quinze cents habitants, il ne fait pas plus de bruit que n’en font, dans la campagne, par une calme journée, les arbres, les herbes et les blés. Une futaie de hêtres géants, qui s’empourprent à l’automne, l’abrite contre les vents du Nord, et les maisons, aux toits de tuile, vont, descendant la pente du coteau, gagner la vallée large et toujours verte, où l’on voit errer les bœufs, par troupeaux. La rivière d’Huisne, brillante sous le soleil, festonne et se tord capricieusement dans les prairies, que séparent l’une de l’autre des rangées de hauts peupliers. De pauvres tanneries, de petits moulins s’échelonnent sur son cours, clairs, parmi les bouquets d’aulnes. De l’autre côté de la vallée, ce sont les champs, avec les lignes géométriques de leurs haies et leurs pommiers qui vagabondent. L’horizon s’égaie de petites fermes roses, de petits villages qu’on aperçoit, de-ci, de-là, à travers des verdures presque noires. En toutes saisons, dans le ciel, à cause de la proximité de la forêt, vont et viennent les corbeaux et les choucas au bec jaune.
Ma famille habitait, à l’extrémité du pays, en face de l’église, très ancienne et branlante, une vieille et curieuse maison qu’on appelait le Prieuré, — dépendance d’une abbaye qui fut détruite par la Révolution et dont il ne restait que deux ou trois pans de murs croulants, couverts de lierre. Je revois sans attendrissement, mais avec netteté, les moindres détails de ces lieux où mon enfance s’écoula. Je revois la grille toute déjetée qui s’ouvrait, en grinçant, sur une grande cour qu’ornaient une pelouse teigneuse, deux sorbiers chétifs, hantés des merles, des marronniers très vieux et si gros de tronc que les bras de quatre hommes — disait orgueilleusement mon père, à chaque visiteur, — n’eussent point suffi à les embrasser. Je revois la maison, avec ses murs de brique, moroses, renfrognés, son perron en demi-cercle où s’étiolaient des géraniums, ses fenêtres inégales qui ressemblaient à des trous, son toit très en pente, terminé par une girouette qui ululait à la brise comme un hibou. Derrière la maison, je revois le bassin où baignaient des arums bourbeux, où se jouaient des carpes maigres, aux écailles blanches ; je revois le sombre rideau de sapins qui cachait les communs, la basse-cour, l’étude que mon père avait fait bâtir en bordure d’un chemin longeant la propriété, de façon que le va-et-vient des clients et des clercs ne troublât point le silence de l’habitation. Je revois le parc, ses arbres énormes, bizarrement tordus, mangés de polypes et de mousses, que reliaient entre eux les lianes enchevêtrées, et les allées, jamais ratissées, où des bancs de pierre effritée se dressaient, de place en place, comme de vieilles tombes. Et je me revois aussi, chétif, en sarrau de lustrine, courir à travers cette tristesse des choses délaissées, me déchirer aux ronces, tourmenter les bêtes dans la basse-cour, ou bien suivre, des journées entières, au potager, Félix, qui nous servait de jardinier, de valet de chambre et de cocher.
VorschaukapitelIIIVorschau
— Toc, toc, toc !
Et, en même temps, dans l’entre-bâillement de la porte, une petite capote de loutre se montra, puis deux yeux souriants, sous une voilette, puis un long manteau de fourrure, qui dessinait un corps mince de jeune femme.
— Je ne vous dérange pas ?… On peut entrer ?
Le peintre Lirat leva la tête.
— Ah ! c’est vous, Madame ! dit-il d’un ton bref, presque irrité, en secouant ses mains salies de pastel… mais oui, certainement… Entrez donc !
Il quitta son chevalet, offrit un siège.
— Charles va bien ? demanda-t-il.
— Très bien, je vous remercie.
Elle s’assit, toujours souriante, et son sourire vraiment était charmant et triste. Quoique voilés de gaze, ses yeux clairs, d’un bleu rose, ses yeux très grands qui l’illuminaient toute, me parurent d’une douceur infinie… Elle était mise fort élégamment, sans recherches prétentieuses. Un peu trop parfumée pourtant… Il y eut un moment de silence.
L’atelier du peintre Lirat, situé dans une cité tranquille du faubourg Saint-Honoré, la cité Rodrigues, était une vaste pièce nue, aux murs gris, aux charpentes visibles, sans meubles. Lirat l’appelait familièrement « son hangar ». Un hangar, en effet, où la bise soufflait, où la pluie tombait du toit par de petites crevasses. Deux longues tables, en bois blanc, supportaient des boîtes de pastel, des cahiers, des blocs, des manches d’éventails, des albums japonais, des moulages, un fouillis d’objets inutiles et bizarres. Près d’une armoire-bibliothèque, tapissée de vieux journaux, dans un coin, beaucoup de cartons, de toiles, d’études qui montraient le châssis. Un divan fort délabré, rendant des sons de piano désaccordé, dès qu’on faisait mine de s’y asseoir ; deux fauteuils bancroches, une glace sans cadre, constituaient le seul luxe de l’atelier, qu’un jour très vibrant éclairait. L’hiver, quand il avait modèle, Lirat allumait son petit poêle de fonte, dont le tuyau coupé d’angles brusques, maintenu par des fils de fer et couvert de rouille, zigzaguait au milieu de la pièce, avant de se perdre, par un trou trop large, dans le toit. Hormis ces jours-là, même par les plus grands froids, il remplaçait le feu du poêle par une vieille pelisse d’astrakan, usée, pelée, galeuse, qu’il endossait, chaque fois, avec une ostentation manifeste. Lirat avait la vanité — une vanité enfantine — de cet atelier pauvre, et il se parait de sa nudité, comme les autres peintres de leurs peluches brodées et de leurs tapisseries invariablement historiques. Même, il l’eût désiré plus misérable encore, il en voulait au plancher de n’être pas en terre battue. « C’est à mon atelier que je reconnais les vrais amis, disait-il souvent ; ceux-ci reviennent, les autres ne reviennent pas. C’est très commode. » Il en revenait fort peu.
La jeune femme était joliment assise sur sa chaise, le buste à peine incliné en avant, les mains enfouies dans son manchon ; de temps en temps, elle en retirait un mouchoir brodé qu’elle portait, d’un geste lent, à sa bouche que je ne voyais pas, à cause de la bordure plus épaisse de la voilette qui la cachait, mais que je devinais très belle, très rouge, d’une courbe exquise. De toute sa personne, élégante et fine, d’où, malgré le sourire qui la rendait si séduisante, se dégageait un grand air de décence et même de hauteur, je ne distinguais bien que ces admirables yeux, qui se posaient sur les objets, comme des rayons d’astre, et je suivais ce regard qui allait du plancher aux charpentes, si vibrant de clartés et de caresses. Le silence continuait, inquiétant. Je pensai que moi seul étais la cause de cette gêne et je me disposais à prendre congé, quand Lirat s’écria :
Inhaltsverzeichnis
In dieser Ausgabe
- 01Full text
- 02À MON PÈRE
- 03III
- 04VII
- 05VIII
- 06XII
- 07Chapitre I
- 08Chapitre I
- 09Chapitre II
- 10Chapitre II
- 11Chapitre III
- 12Chapitre III
- 13III
- 14Chapitre IV
- 15Chapitre IV
- 16Chapitre V
- 17Chapitre V
- 18Chapitre VI
- 19Chapitre VI
- 20Chapitre VII
- 21Chapitre VII
- 22VII
- 23Chapitre VIII
- 24Chapitre VIII
- 25VIII
- 26Chapitre IX
- 27Chapitre IX
- 28Chapitre X
- 29Chapitre X
- 30Chapitre XI
- 31Chapitre XI
- 32Chapitre XII
- 33Chapitre XII
- 34XII
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