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Literatur
Les Illusions perdues
BooksWhale-Ausgabe auf Französisch von Honoré de Balzac
Un classique sur journalisme, édition, argent, célébrité et corruption parisienne.
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Les Illusions perdues
Les Illusions perdues d’Honoré de Balzac explore journalisme, édition, argent, célébrité et corruption parisienne. L’œuvre associe intrigue, observation sociale et étude des choix individuels dans un monde façonné par les conventions, l’argent et les passions.
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Honoré de Balzac died in 1850, and Les Illusions perdues was first published or composed in 1837. These dates support the public-domain basis for this original-language edition.
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Les Illusions perdues
Honoré de Balzac
VorschaukapitelLES DEUX POÈTES.Vorschau
A l'époque où commence cette histoire, la presse de Stanhope et les rouleaux à distribuer l'encre ne fonctionnaient pas encore dans les petites imprimeries de provinces. Malgré la spécialité qui la met en rapport avec la typographie parisienne, Angoulême se servait toujours des presses en bois, auxquelles la langue est redevable du mot faire gémir la presse, maintenant sans application. L'imprimerie arriérée y employait encore des balles en cuir frottées d'encre, avec lesquelles l'un des pressiers tamponnait les caractères. Le plateau mobile où se place la _forme_ pleine de lettres sur laquelle s'applique la feuille de papier était encore en pierre et justifiait son nom de _marbre_. Les dévorantes presses mécaniques ont aujourd'hui si bien fait oublier ce mécanisme, auquel nous devons, malgré ses imperfections, les beaux livres des Elzevier, des Plantin, des Alde et des Didot, qu'il est nécessaire de mentionner les vieux outils auxquels Jérôme-Nicolas Séchard portait une superstitieuse affection; car ils jouent leur rôle dans cette grande petite histoire.
Ce Séchard était un ancien compagnon pressier, que dans leur argot typographique les ouvriers chargés d'assembler les lettres appellent un Ours. Le mouvement de va-et-vient, qui ressemble assez à celui d'un ours en cage, par lequel les pressiers se portent de l'encrier à la presse et de la presse à l'encrier, leur a sans doute valu ce sobriquet. En revanche, les Ours ont nommé les compositeurs des Singes, à cause du continuel exercice qu'ils font pour attraper les lettres dans les cent cinquante-deux petites cases où elles sont contenues. A la désastreuse époque de 1793, Séchard, âgé d'environ cinquante ans, se trouva marié. Son âge et son mariage le firent échapper à la grande réquisition qui emmena presque tous les ouvriers aux armées. Le vieux pressier resta seul dans l'imprimerie dont le maître, autrement dit le Naïf, venait de mourir en laissant une veuve sans enfants. L'établissement parut menacé d'une destruction immédiate: l'Ours solitaire était incapable de se transformer en Singe; car, en sa qualité d'imprimeur, il ne sut jamais ni lire ni écrire. Sans avoir égard à ses incapacités, un Représentant du Peuple, pressé de répandre les beaux décrets de la Convention, investit le pressier du brevet de maître imprimeur, et mit sa typographie en réquisition. Après avoir accepté ce périlleux brevet, le citoyen Séchard indemnisa la veuve de son maître en lui apportant les économies de sa femme, avec lesquelles il paya le matériel de l'imprimerie à moitié de la valeur. Ce n'était rien. Il fallait imprimer sans faute ni retard les décrets républicains. En cette conjoncture difficile, Jérôme-Nicolas Séchard eut le bonheur de rencontrer un noble Marseillais qui ne voulait ni émigrer pour ne pas perdre ses terres, ni se montrer pour ne pas perdre sa tête, et qui ne pouvait trouver de pain que par un travail quelconque. Monsieur le comte de Maucombe endossa donc l'humble veste d'un prote de province: il composa, lut et corrigea lui-même les décrets qui portaient la peine de mort contre les citoyens qui cachaient des nobles; l'Ours devenu Naïf les tira, les fit afficher; et tous deux ils restèrent sains et saufs. En 1795, le grain de la Terreur étant passé, Nicolas Séchard fut obligé de chercher un autre maître Jacques qui pût être compositeur, correcteur et prote. Un abbé, depuis évêque sous la Restauration et qui refusait alors de prêter le serment, remplaça le comte de Maucombe jusqu'au jour où le Premier Consul rétablit la religion catholique. Le comte et l'évêque se rencontrèrent plus tard sur le même banc de la Chambre des Pairs. Si en 1802 Jérôme-Nicolas Séchard ne savait pas mieux lire et écrire qu'en 1793, il s'était ménagé d'assez belles _étoffes_ pour pouvoir payer un prote. Le compagnon si insoucieux de son avenir était devenu très-redoutable à ses Singes et à ses Ours. L'avarice commence où la pauvreté cesse. Le jour où l'imprimeur entrevit la possibilité de se faire une fortune, l'intérêt développa chez lui une intelligence matérielle de son état, mais avide, soupçonneuse et pénétrante. Sa pratique narguait la théorie. Il avait fini par toiser d'un coup d'œil le prix d'une page et d'une feuille selon chaque espèce de caractère. Il prouvait à ses ignares chalands que les grosses lettres coûtaient plus cher à remuer que les fines; s'agissait-il des petites, il disait qu'elles étaient plus difficiles à manier. La _composition_ étant la partie typographique à laquelle il ne comprenait rien, il avait si peur de se tromper qu'il ne faisait jamais que des marchés léonins. Si ses compositeurs travaillaient à l'heure, son œil ne les quittait jamais. S'il savait un fabricant dans la gêne, il achetait ses papiers à vil prix et les emmagasinait. Aussi dès ce temps possédait-il déjà la maison où l'imprimerie était logée depuis un temps immémorial. Il eut toute espèce de bonheur: il devint veuf et n'eut qu'un fils; il le mit au lycée de la ville, moins pour lui donner de l'éducation que pour se préparer un successeur; il le traitait sévèrement afin de prolonger la durée de son pouvoir paternel; aussi les jours de congé, le faisait-il travailler à la casse en lui disant d'apprendre à gagner sa vie pour pouvoir un jour récompenser son pauvre père, qui se saignait pour l'élever. Au départ de l'abbé, Séchard choisit pour prote celui de ses quatre compositeurs que le futur évêque lui signala comme ayant autant de probité que d'intelligence. Par ainsi, le bonhomme fut en mesure d'atteindre le moment où son fils pourrait diriger l'établissement, qui s'agrandirait alors sous des mains jeunes et habiles. David Séchard fit au lycée d'Angoulême les plus brillantes études. Quoiqu'un Ours, parvenu sans connaissances ni éducation, méprisât considérablement la science, le père Séchard envoya son fils à Paris pour y étudier la haute typographie; mais il lui fit une si violente recommandation d'amasser une bonne somme dans un pays qu'il appelait le _paradis des ouvriers_, en lui disant de ne pas compter sur la bourse paternelle, qu'il voyait sans doute un moyen d'arriver à ses fins dans ce séjour _au pays de Sapience_. Tout en apprenant son métier, David acheva son éducation à Paris. Le prote des Didot devint un savant. Vers la fin de l'année 1819 David Séchard quitta Paris sans y avoir coûté un rouge liard à son père, qui le rappelait pour mettre entre ses mains le timon des affaires. L'imprimerie de Nicolas Séchard possédait alors le seul journal d'annonces judiciaires qui existât dans le Département, la pratique de la Préfecture et celle de l'Évêché, trois clientèles qui devaient procurer une grande fortune à un jeune homme actif.
VorschaukapitelÈVE ET DAVID SÉCHARD.Vorschau
Quand les deux amants furent seuls, David se trouva plus embarrassé qu'il n'avait été dans aucun moment de sa vie.]
Cette émotion passée, David fit observer à Lucien que son poème de Saint Jean dans Pathmos était peut-être trop biblique pour être lu devant un monde à qui la poésie apocalyptique devait être peu familière. Lucien, qui se produisait devant le public le plus difficile de la Charente, parut inquiet. David lui conseilla d'emporter André de Chénier, et de remplacer un plaisir douteux pour un plaisir certain. Lucien lisait en perfection, il plairait nécessairement et montrerait une modestie qui le servirait sans doute. Comme la plupart des jeunes gens, ils donnaient aux gens du monde leur intelligence et leurs vertus. Si la jeunesse, qui n'a pas encore failli, est sans indulgence pour les fautes des autres, elle leur prête aussi ses magnifiques croyances. Il faut en effet avoir bien expérimenté la vie avant de reconnaître que, suivant un beau mot de Raphaël, comprendre c'est égaler. En général, le sens nécessaire à l'intelligence de la poésie est rare en France, où l'esprit dessèche promptement la source des saintes larmes de l'extase, où personne ne veut prendre la peine de défricher le sublime, de le sonder pour en percevoir l'infini. Lucien allait faire sa première expérience des ignorances et des froideurs mondaines! Il passa chez David pour y prendre le volume de poésie.
Quand les deux amants furent seuls, David se trouva plus embarrassé qu'en aucun moment de sa vie. En proie à mille terreurs, il voulait et redoutait un éloge, il désirait s'enfuir, car la pudeur a sa coquetterie aussi! Le pauvre amant n'osait dire un mot qui aurait eu l'air de quêter un remercîment; il trouvait toutes les paroles compromettantes, et se taisait en gardant une attitude de criminel. Ève, qui devinait les tortures de cette modestie, se plut à jouir de ce silence; mais quand David tortilla son chapeau pour s'en aller, elle sourit.
—Monsieur David, lui dit-elle, si vous ne passez pas la soirée chez madame de Bargeton, nous pouvons la passer ensemble. Il fait beau, voulez-vous aller nous promener le long de la Charente? nous causerons de Lucien.
David eut envie de se prosterner devant cette délicieuse jeune fille. Ève avait mis dans le son de sa voix des récompenses inespérées; elle avait, par la tendresse de l'accent, résolu les difficultés de cette situation; sa proposition était plus qu'un éloge, c'était la première faveur de l'amour.
—Seulement, dit-elle à un geste que fit David, laissez-moi quelques instants pour m'habiller.
David, qui de sa vie n'avait su ce qu'était un air, sortit en chanteronnant, ce qui surprit l'honnête Postel, et lui donna de violents soupçons sur les relations d'Ève et de l'imprimeur.
Les plus petites circonstances de cette soirée agirent beaucoup sur Lucien que son caractère portait à écouter les premières impressions. Comme tous les amants inexpérimentés, il arriva de si bonne heure que Louise n'était pas encore au salon. Monsieur de Bargeton s'y trouvait seul. Lucien avait déjà commencé son apprentissage des petites lâchetés par lesquelles l'amant d'une femme mariée achète son bonheur, et qui donnent aux femmes la mesure de ce qu'elles peuvent exiger; mais il ne s'était pas encore trouvé face à face avec monsieur de Bargeton.
Ce gentilhomme était un de ces petits esprits doucement établis entre l'inoffensive nullité qui comprend encore, et la fière stupidité qui ne veut ni rien accepter ni rien rendre. Pénétré de ses devoirs envers le monde, et s'efforçant de lui être agréable, il avait adopté le sourire du danseur pour unique langage. Content ou mécontent, il souriait. Il souriait à une nouvelle désastreuse aussi bien qu'à l'annonce d'un heureux événement. Ce sourire répondait à tout par les expressions que lui donnait monsieur de Bargeton. S'il fallait absolument une approbation directe, il renforçait son sourire par un rire complaisant, en ne lâchant une parole qu'à la dernière extrémité. Un tête-à-tête lui faisait éprouver le seul embarras qui compliquait sa vie végétative, il était alors obligé de chercher quelque chose dans l'immensité de son vide intérieur. La plupart du temps il se tirait de peine en reprenant les naïves coutumes de son enfance: il pensait tout haut, il vous initiait aux moindres détails de sa vie; il vous exprimait ses besoins, ses petites sensations qui, pour lui, ressemblaient à des idées. Il ne parlait ni de la pluie ni du beau temps; il ne donnait pas dans les lieux communs de la conversation par où se sauvent les imbéciles, il s'adressait aux plus intimes intérêts de la vie.—Par complaisance pour madame de Bargeton, j'ai mangé ce matin du veau qu'elle aime beaucoup, et mon estomac me fait bien souffrir, disait-il. Je sais cela, j'y suis toujours pris! expliquez-moi cela? ou bien:—Je vais sonner pour demander un verre d'eau sucrée, en voulez-vous un par la même occasion? Ou bien:—Je monterai demain à cheval, et j'irai voir mon beau-père. Ces petites phrases, qui ne supportaient pas la discussion, arrachaient un non ou un oui à l'interlocuteur, et la conversation tombait à plat. Monsieur de Bargeton implorait alors l'assistance de son visiteur en mettant à l'ouest son nez de vieux carlin poussif; il vous regardait de ses gros yeux vairons d'une façon qui signifiait: _Vous dites?_ Les ennuyeux empressés de parler d'eux-mêmes, il les chérissait, il les écoutait avec une probe et délicate attention qui le leur rendait si précieux que les bavards d'Angoulême lui accordaient une sournoise intelligence, et le prétendaient mal jugé. Aussi quand ils n'avaient plus d'auditeurs ces gens venaient-ils achever leurs récits ou leurs raisonnements auprès du gentilhomme, sûrs de trouver son sourire élogieux. Le salon de sa femme étant toujours plein, il s'y trouvait généralement à l'aise. Il s'occupait des plus petits détails: il regardait qui entrait, saluait en souriant et conduisait à sa femme le nouvel arrivé; il guettait ceux qui partaient, et leur faisait la conduite en accueillant leurs adieux par son éternel sourire. Quand la soirée était animée et qu'il voyait chacun à son affaire, l'heureux muet restait planté sur ses deux hautes jambes comme une cigogne sur ses pattes, ayant l'air d'écouter une conversation politique; ou il venait étudier les cartes d'un joueur sans y rien comprendre, car il ne savait aucun jeu; ou il se promenait en humant son tabac et soufflant sa digestion. Anaïs était le beau côté de sa vie, elle lui donnait des jouissances infinies. Lorsqu'elle jouait son rôle de maîtresse de maison, il s'étendait dans une bergère en l'admirant; car elle parlait pour lui: puis il s'était fait un plaisir de chercher l'esprit de ses phrases; et comme souvent il ne les comprenait que longtemps après qu'elles étaient dites, il se permettait des sourires qui partaient comme des boulets enterrés qui se réveillent. Son respect pour elle allait d'ailleurs jusqu'à l'adoration. Une adoration quelconque ne suffit-elle pas au bonheur de la vie? En personne spirituelle et généreuse, Anaïs n'avait pas abusé de ses avantages en reconnaissant chez son mari la nature facile d'un enfant qui ne demandait pas mieux que d'être gouverné. Elle avait pris soin de lui comme on prend soin d'un manteau; elle le tenait propre, le brossait, le serrait, le ménageait; et se sentant ménagé, brossé, soigné, monsieur de Bargeton avait contracté pour sa femme une affection canine. Il est si facile de donner un bonheur qui ne coûte rien! Madame de Bargeton ne connaissant à son mari aucun autre plaisir que celui de la bonne chère, lui faisait faire d'excellents dîners; elle avait pitié de lui; jamais elle ne s'en était plainte; et quelques personnes ne comprenant pas le silence de sa fierté, prêtaient à monsieur de Bargeton des vertus cachées. Elle l'avait d'ailleurs discipliné militairement, et l'obéissance de cet homme aux volontés de sa femme était passive. Elle lui disait:—Faites une visite à monsieur ou à madame une telle, il y allait comme un soldat à sa faction. Aussi devant elle se tenait-il au port d'armes et immobile. Il était en ce moment question de nommer ce muet député. Lucien ne pratiquait pas depuis assez long-temps la maison pour avoir soulevé le voile sous lequel se cachait ce caractère inimaginable. Monsieur de Bargeton enseveli dans sa bergère, paraissant tout voir et tout comprendre, se faisant une dignité de son silence, lui semblait prodigieusement imposant. Au lieu de le prendre pour une borne de granit, Lucien fit de ce gentilhomme un sphinx redoutable, par suite du penchant qui porte les hommes d'imagination à tout grandir ou à prêter une âme à toutes les formes, et il crut nécessaire de le flatter.
Inhaltsverzeichnis
In dieser Ausgabe
- 01Full text
- 02LES DEUX POÈTES.
- 03ÈVE ET DAVID SÉCHARD.
- 04A ELLE.
- 05DEUXIÈME PARTIE.
- 06UN GRAND HOMME DE PROVINCE A PARIS.
- 07MADAME DE BARGETON. LA MARQUISE D'ESPARD.
- 08MADAME,
- 09LUCIEN CHARDON.
- 10LETTRE DE DAVID SÉCHARD A LUCIEN.
- 11LETTRE D'ÈVE SÉCHARD A LUCIEN CHARDON.
- 12DEUXIÈME SONNET.
- 13LA MARGUERITE.
- 14TRENTIÈME SONNET.
- 15LE CAMÉLIA.
- 16CINQUANTIÈME SONNET.
- 17LA TULIPE.
- 18CAMUSOT.
- 19PANORAMA DRAMATIQUE.
- 20TROISIÈME PARTIE.
- 21ÈVE ET DAVID.
- 22LOI!
- 23COMPTE DE RETOUR ET FRAIS,
- 241,024 20
- 251,037 45
- 26MÉTIVIER
- 27CONTRE
- 28SÉCHARD ET LUCIEN CHARDON.
- 291,046 20
- 301,046 20
- 31R. S. V. P.
- 321835-1843.
- 33FIN DU HUITIÈME VOLUME.
- 34TABLE DES MATIÈRES.
- 35SCÈNES DE LA VIE DE PROVINCE.
- 36ILLUSIONS PERDUES.
- 37FIN DE LA TABLE.
- 38PARIS, IMPRIMERIE DE E. MARTINET, RUE MIGNON, 2.
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