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Französisch Ausgabe

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Le Paysan parvenu

BooksWhale-Ausgabe auf Französisch von Marivaux

Un récit d’ascension sociale où un jeune homme apprend à lire les désirs, les alliances et les hypocrisies du monde.

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Le Paysan parvenu

Marivaux raconte avec finesse les stratégies de Jacob, paysan devenu ambitieux, dont la réussite dépend autant de son intelligence sociale que des hasards de la rencontre.

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Le Paysan parvenu

Marivaux

Première partie

Le titre que je donne à mes Mémoires annonce ma naissance ; je ne l’ai jamais dissimulée à qui me l’a demandée, et il semble qu’en tout temps Dieu ait récompensé ma franchise là-dessus ; car je n’ai pas remarqué qu’en aucune occasion on en ait eu moins d’égard et moins d’estime pour moi.

J’ai pourtant vu nombre de sots qui n’avaient et ne connaissaient point d’autre mérite dans le monde, que celui d’être né noble, ou dans un rang distingué. Je les entendais mépriser beaucoup de gens qui valaient mieux qu’eux, et cela seulement parce qu’ils n’étaient pas gentilshommes ; mais c’est que ces gens qu’ils méprisaient, respectables d’ailleurs par mille bonnes qualités, avaient la faiblesse de rougir eux-mêmes de leur naissance, de la cacher, et de tâcher de s’en donner une qui embrouillât la véritable, et qui les mît à couvert du dédain du monde.

Or, cet artifice-là ne réussit presque jamais ; on a

beau déguiser la vérité là-dessus, elle se venge tôt ou tard des mensonges dont on a voulu la couvrir ; et l’on est toujours trahi par une infinité d’événements qu’on ne saurait ni parer, ni prévoir ; jamais je ne vis, en pareille matière, de vanité qui fît une bonne fin.

C’est une erreur, au reste, que de penser qu’une obscure naissance vous avilisse, quand c’est vous-même qui l’avouez, et que c’est de vous qu’on la sait. La malignité des hommes vous laisse là ; vous la frustrez de ses droits ; elle ne voudrait que vous humilier, et vous faites sa charge, vous vous humiliez vous-même, elle ne sait plus que dire.

Les hommes ont des mœurs, malgré qu’ils en aient ; ils trouvent qu’il est beau d’affronter leurs mépris injustes ; cela les rend à la raison. Ils sentent dans ce courage-là une noblesse qui les fait taire ; c’est une fierté sensée qui confond un orgueil impertinent.

Mais c’est assez parler là-dessus. Ceux que ma réflexion regarde se trouveront bien de m’en croire.

La coutume, en faisant un livre, c’est de commencer par un petit préambule, et en voilà un. Revenons à moi.

Le récit de mes aventures ne sera pas inutile à ceux qui aiment à s’instruire. Voilà en partie ce qui fait que je les donne ; je cherche aussi à m’amuser moi-même.

Je vis dans une campagne où je me suis retiré, et où mon loisir m’inspire un esprit de réflexion que je vais exercer sur les événements de ma vie. Je les écrirai du mieux que je pourrai ; chacun a sa façon de s’exprimer, qui vient de sa façon de sentir.

Parmi les faits que j’ai à raconter, je crois qu’il y en aura de curieux : qu’on me passe mon style en leur faveur ; j’ose assurer qu’ils sont vrais. Ce n’est point ici une histoire forgée à plaisir, et je crois qu’on le verra bien.

Pour mon nom, je ne le dis point : on peut s’en passer ; si je le disais, cela me gênerait dans mes récits.

Quelques personnes pourront me reconnaître, mais je les sais discrètes, elles n’en abuseront point. Commençons.

Je suis né dans un village de la Champagne, et soit dit en passant, c’est au vin de mon pays que je dois le commencement de ma fortune.

Mon père était le fermier de son seigneur, homme extrêmement riche (je parle de ce seigneur), et à qui il ne manquait que d’être noble pour être gentilhomme.

VorschaukapitelIl n’était question que de Jacob pendant les cinqVorschau

ou six premiers jours que je fus dans la maison. Ma maîtresse même voulut me voir, sur le récit que ses femmes lui firent de moi.

C’était une femme qui passait sa vie dans toutes les dissipations du grand monde, qui allait aux spectacles, soupait en ville, se couchait à quatre heures du matin, se levait à une heure après-midi ; qui avait des amants, qui les recevait à sa toilette, qui y lisait les billets doux qu’on lui envoyait, et puis les laissait traîner partout ; les lisait qui voulait, mais on n’en était point curieux ; ses femmes ne trouvaient rien d’étrange à tout cela ; le mari ne s’en scandalisait point. On eût dit que c’était là pour une femme des dépendances naturelles du mariage. Madame, chez elle, ne passait point pour coquette ; elle ne l’était point non plus, car elle l’était sans réflexion, sans le savoir ; et une femme ne se dit point qu’elle est coquette quand elle ne sait point qu’elle l’est, et qu’elle vit dans sa coquetterie comme on vivrait dans l’état le plus décent et le plus ordinaire.

Telle était notre maîtresse, qui menait ce train de vie tout aussi franchement qu’on boit et qu’on mange ; c’était

en un mot un petit libertinage de la meilleure foi du monde.

Je dis petit libertinage, et c’est dire ce qu’il faut ; car, quoiqu’il fût fort franc de sa part et qu’elle n’y réfléchît point, il n’en était pas moins ce que je dis là.

Du reste, je n’ai jamais vu une meilleure femme ; ses manières ressemblaient à sa physionomie qui était toute ronde.

Elle était bonne, généreuse, ne se formalisait de rien, familière avec ses domestiques, abrégeant les respects des uns, les révérences des autres ; la franchise avec elle tenait lieu de politesse. Enfin c’était un caractère sans façon. Avec elle, on ne faisait point de fautes capitales, il n’y avait point de réprimandes à essuyer, elle aimait mieux qu’une chose allât mal que de se donner la peine de dire qu’on la fît bien. Aimant de tout son cœur la vertu, sans inimitié pour le vice ; elle ne blâmait rien, pas même la malice de ceux qu’elle entendait blâmer les autres. Vous ne pouviez manquer de trouver éloge ou grâce auprès d’elle ; je ne lui ai jamais vu haïr que le crime, qu’elle haïssait peut-être plus fortement que personne. Au demeurant, amie de tout le monde, et surtout de toutes les faiblesses qu’elle pouvait vous connaître.

Bonjour, mon garçon, me dit-elle quand je l’abordai. Eh bien ! comment te trouves-tu à Paris ? Et puis se tournant du côté de ses femmes : Vraiment, ajouta-t-elle, voilà un paysan de bonne mine.

Bon ! madame, lui répondis-je, je suis le plus mal fait de notre village. Va, va, me dit-elle, tu ne me parais ni sot ni mal bâti, et je te conseille de rester à Paris, tu y deviendras quelque chose.

Dieu le veuille, madame, lui repartis-je ; mais j’ai du mérite et point d’argent, cela ne joue pas ensemble.

Tu as raison, me dit-elle en riant, mais le temps remédiera à cet inconvénient-là ; demeure ici, je te mettrai auprès de mon neveu qui arrive de province, et qu’on va envoyer au collège, tu le serviras.

Que le ciel vous le rende, madame, lui répondis-je ; dites-moi seulement si cela vaut fait, afin que je l’écrive à notre père ; je me rendrai si savant en le voyant étudier, que je vous promets de savoir quelque jour vous dire la sainte Messe. Hé ! que sait-on ? Comme il n’y a que chance dans ce monde, souvent on se trouve évêque ou vicaire sans savoir comment cela s’est fait.

VorschaukapitelIl est pourtant vrai, dit-elle, que cela ferait ta fortune ; car mon mari ne te laisserait pas là, je le connais.Vorschau

Oui, madame, répondis-je, mais, par charité, songez un peu à ce que c’est que d’avoir des enfants qui vous appellent leur père, et qui en ont menti. Cela est bien triste ! et cependant si j’épouse Geneviève, je suis en danger de n’avoir point d’autres enfants

que de ceux-là ; je serai obligé de leur donner des nourrices qui me fendront le cœur, et vous me voyez désolé, madame. Naturellement je n’aime pas les enfants de contrebande, et je n’ai que vingt-quatre heures pour dire si je m’en fournirai peut-être d’une demi-douzaine, ou non. Portez-moi secours là-dedans, ayez pitié de moi. Le cachot qu’on me promet, empêchez qu’on ne me le tienne. Je suis d’avis de m’enfuir.

Non, non, me dit-elle, je te le défends, je parlerai à mon mari et je te garantis que tu n’as rien à craindre ; va, retourne à ton service sans inquiétude.

Après ce discours, elle me quitta pour continuer sa lecture, et moi, je me rendis auprès de mon petit maître qui ne se portait pas bien.

Il fallait, en m’en retournant, que je passasse devant la chambre de Geneviève qui en avait laissé la porte ouverte, et qui me guettait, assise et fondant en larmes.

Te voilà donc, ingrat ! s’écria-t-elle aussitôt qu’elle me vit, fourbe, qui, non content de refuser ma main, m’accable encore de honte et de mépris ! Et c’était en me retenant par ma manche qu’elle m’apostrophait sur ce ton.

Parle, ajouta-t-elle, pourquoi dis-tu que je ne suis pas fille d’honneur ?

Eh ! mon Dieu, mademoiselle Geneviève, pardi, donnez-moi du temps ; ce n’est pas que vous ne soyez une honnête fille, il n’y a que ce petit coffre plein d’or, et vos autres brimborions d’affiquets qui me chicanent, et je crois que sans eux vous seriez encore plus honnête ; j’aimerais bien autant votre honneur comme il était ci-devant ; mais n’en parlons plus, et ne nous querellons point ; vous avez tort, ajoutai-je avec adresse : que ne m’avez-vous dit bonnement les choses ? il n’y a rien de si beau que la sincérité, et vous êtes une dissimulée : il n’y avait qu’à m’avouer votre petit fait, je n’y aurais pas regardé de si près ; car après cela on sait à quoi s’en tenir, et du moins une fille vous est obligée de prendre tout en gré ; mais vouloir me brider le nez, venir me bercer avec des contes à dormir debout, pendant que je suis le meilleur enfant du monde, ce n’est pas là la manière dont on en use. Il s’agissait de me dire : Tiens, Jacob, je ne veux point te vendre chat en poche, monsieur a couru après moi, je m’enfuyais, mais il m’a jeté de l’or, des nippes et une maison fournie de ses ustensiles à la tête, cela m’a étourdi, je me suis arrêtée, et puis j’ai ramassé l’or, les nippes et la maison ; en veux-tu ta part à cette heure ? Voilà comme on parle ; dites-moi cela, et puis vous saurez mon dernier mot.

Là-dessus les larmes de Geneviève redoublèrent ; il en vint une ondée pendant laquelle elle me serrait

les mains tant qu’elle pouvait, sans me répondre, et c’était l’aveu de la vérité qui s’arrêtait au passage.

À la fin pourtant, comme je la consolais en la pressant de parler : Si l’on pouvait se fier à toi, me dit-elle. Eh ! qui est-ce qui en doute ? lui dis-je. Allons, ma belle demoiselle, courage. Hélas ! me répondit-elle, c’est l’amour que j’ai pour toi qui est cause de tout.

Inhaltsverzeichnis

In dieser Ausgabe

  1. 01Full text
  2. 02Il n’était question que de Jacob pendant les cinq
  3. 03Il est pourtant vrai, dit-elle, que cela ferait ta fortune ; car mon mari ne te laisserait pas là, je le connais.
  4. 04Il est vrai que mon séjour à Paris avait effacé beaucoup
  5. 05Il était cuisinier dans une bonne maison, et me voilà en chemin pour l’aller trouver.
  6. 06Il me réussit, mon histoire lui plut tout à fait.
  7. 07Il faut avouer que le diable est bien fin, mais aussi que nous sommes bien sots !
  8. 08Il avait l’air d’un homme dont l’âme est en peine ; il descendait d’un pas mal assuré.
  9. 09Il me tarde d’en venir à de plus grands événements : ainsi passons vite à notre nouvelle maison.
  10. 10M. de la Vallée aux gages des gens ! s’écria Agathe. Taisez-vous, petite fille, lui dit la mère ; de quoi vous mêlez-vous ?
  11. 11Il ne nous resta donc que Mme d’Alain et sa fille.
  12. 12Il y avait longtemps que je me taisais, parce que
  13. 13Il ne me vint pas un moment en pensée que mes sentiments
  14. 14Il nous quitte là-dessus. Mon pauvre garçon, me dit Mlle Habert
  15. 15Il était dix heures quand nous nous levâmes ; nous nous étions couchés à trois, et nous avions eu besoin de repos.
  16. 16Il fallait pourtant qu’il eût le cœur naturellement dur, car je crois que la prospérité n’achève d’endurcir que ces cœurs-là.
  17. 17Il s’avança vers la jeune dame avec le cure-dent, qui, comme vous voyez, accompagnait fort bien la simplicité de son accueil.
  18. 18Il me sembla qu’alors il se jetait à ses genoux, et que l’interrompant : Cessez de vouloir me désabuser,
  19. 19Ici se dissipèrent toutes ces enflures de cœur dont je vous ai parlé, toutes ces fumées de vanité qui m’avaient monté à la tête.

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