
Französisch Ausgabe
Literatur
Pêcheur d’Islande
BooksWhale-Ausgabe auf Französisch von Pierre Loti
A maritime love story shaped by the dangerous seasons of Breton fishing life.
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Bucheinführung
Pêcheur d’Islande
À Paimpol, la vie de Gaud et de Yann est gouvernée par les départs en mer, l’attente et le risque. Pierre Loti fait de l’océan une force sociale et affective qui sépare les êtres tout en donnant au roman sa poésie mélancolique.
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Pierre Loti died in 1923; the source work was first published in 1886. The source text is public domain under applicable life-plus-term and publication-date rules.
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Pêcheur d’Islande
Pierre Loti
VorschaukapitelChapitre IVorschau
Ils étaient cinq, aux carrures terribles, accoudés à boire, dans une sorte de logis sombre qui sentait la saumure et la mer. Le gîte, trop bas pour leurs tailles, s’effilait par un bout, comme l’intérieur d’une grande mouette vidée; il oscillait faiblement, en rendant une plainte monotone, avec une lenteur de sommeil.
Dehors, ce devait être la mer et la nuit, mais on n’en savait trop rien: une seule ouverture coupée dans le plafond était fermée par un couvercle en bois, et c’était une vieille lampe suspendue qui les éclairait en vacillant.
Il y avait du feu dans un fourneau; leurs vêtements mouillés séchaient, en répandant de la vapeur qui se mêlait aux fumées de leurs pipes de terre.
Leur table massive occupait toute leur demeure; elle en prenait très exactement la forme, et il restait juste de quoi se couler autour pour s’asseoir sur des caissons étroits scellés au murailles de chêne. De grosses poutres passaient au-dessus d’eux, presque à toucher leurs têtes; et, derrière leurs dos, des couchettes qui semblaient creusées dans l’épaisseur de la charpente s’ouvraient comme les niches d’un caveau pour mettre les morts. Toutes ces boiseries étaient grossières et frustes, imprégnées d’humidité et de sel; usées, polies par les frottements de leurs mains.
Ils avaient bu, dans leurs écuelles, du vin et du cidre, qui étaient franches et braves. Maintenant ils restaient attablés et devisaient, en breton, sur des questions de femmes et de mariages.
Contre un panneau du fond, une sainte Vierge en faïence était fixée sur une planchette, à une place d’honneur. Elle était un peu ancienne, la patronne de ces marins, et peinte avec un art encore naïf. Mais les personnages en faïence se conservent beaucoup plus longtemps que les vrais hommes; aussi sa robe rouge et bleue faisait encore l’effet d’une petite chose très fraîche au milieu de tous les gris sombres de cette pauvre maison de bois. Elle avait dû écouter plus d’une ardente prière, à des heures d’angoisses; on avait cloué à ses pieds deux bouquets de fleurs artificielles et un chapelet.
Ces cinq hommes étaient vêtus pareillement, un épais tricot de laine bleue serrant le torse et s’enfonçant dans la ceinture du pantalon; sur la tête, l’espèce de casque en toile goudronnée qu’on appelle suroît (du nom de ce vent de sud-ouest qui dans notre hémisphère amène les pluies).
Ils étaient d’âges divers. Le capitaine pouvait avoir quarante ans; trois autres, de vingt-cinq à trente. Le dernier, qu’ils appelaient Sylvestre ou Lurlu, n’en avait que dix-sept. Il était déjà un homme, pour la taille et la force; une barbe noire, très fine et très frisée, couvrait ses joues; seulement il avait gardé ses yeux d’enfant, d’un gris bleu, qui étaient extrêmement doux et tout naïfs.
Très près les uns des autres, faute d’espace, ils paraissaient éprouver un vrai bien-être, ainsi tapis dans leur gîte obscur.
... Dehors, ce devait être la mer et la nuit, l’infinie désolation des eaux noires et profondes. Une montre de cuivre, accrochée au mur, marquait onze heures, onze heures du soir sans doute; et, contre le plafond de bois, on entendait le bruit de la pluie.
Ils traitaient très gaîment entre eux ces questions de mariage, — mais sans rien dire qui fût déshonnête. Non, c’étaient des projets pour ceux qui étaient encore garçons, ou bien des histoires drôles arrivées dans le pays, pendant des fêtes de noces. Quelquefois ils lançaient bien, avec un bon rire, une allusion un peu trop franche au plaisir d’aimer. Mais l’amour, comme l’entendent les hommes ainsi trempés, est toujours une chose saine, et dans sa crudité même il demeure presque chaste.
VorschaukapitelChapitre IIVorschau
Leur navire s’appelait la Marie, capitaine Guermeur. Il allait chaque année faire la grande pêche dangereuse dans ces régions froides où les étés n’ont plus de nuits.
Il était très ancien, comme la Vierge de faïence sa patronne. Ses flancs épais, à vertèbres de chêne, étaient éraillés, rugueux, imprégnés d’humidité et de saumure; mais sains encore et robustes, exhalant les senteurs vivifiantes du goudron. Au repos il avait un air lourd, avec sa membrure massive, mais quand les grandes brises d’ouest soufflaient, il retrouvait sa vigueur légère, comme les mouettes que le vent réveille. Alors il avait sa façon à lui de s’élever à la lame et de rebondir, plus lestement que bien des jeunes, taillés avec les finesses modernes.
Quant à eux, les six hommes et le mousse, ils étaient des Islandais (une race vaillante de marins qui est répandue surtout au pays de Paimpol et de Tréguier, et qui s’est vouée de père en fils à cette pêche-là).
Ils n’avaient presque jamais vu l’été de France.
A la fin de chaque hiver, ils recevaient avec les autres pêcheurs, dans le port de Paimpol, la bénédiction des départs. Pour ce jour de fête, un reposoir, toujours le même, était construit sur le quai; il imitait une grotte en rochers et, au milieu, parmi des trophées d’ancres, d’avirons et de filets, trônait, douce et impassible, la Vierge, patronne des marins, sortie pour eux de son église, regardant toujours, de génération en génération, avec ses mêmes yeux sans vie, les heureux pour qui la saison allait être bonne, — et les autres, ceux qui ne devaient pas revenir.
Le saint-sacrement, suivi d’une procession lente de femmes et de mères, de fiancées et de soeurs, faisait le tour du port, où tous les navires islandais, qui s’étaient pavoisés, saluaient du pavillon au passage. Le prêtre, s’arrêtant devant chacun d’eux, disait les paroles et faisait les gestes qui bénissent.
Ensuite ils partaient tous, comme une flotte, laissant le pays presque vide d’époux, d’amants et de fils. En s’éloignant, les équipages chantaient ensemble, à pleines voix vibrantes, les cantiques de Marie Étoile-de-la-Mer.
Et chaque année, c’était le même cérémonial de départ, les mêmes adieux.
Après, recommençait la vie du large, l’isolement à trois ou quatre compagnons rudes, sur des planches mouvantes, au milieu des eaux froides de la mer hyperborée.
Jusqu’ici, ont était revenu; — la Vierge Étoile-de-la-Mer avait protégé ce navire qui portait son nom.
La fin d’août était l’époque de ces retours. Mais la Marie suivait l’usage de beaucoup d’Islandais, qui est de toucher seulement à Paimpol, et puis de descendre dans le golfe de Gascogne où l’on vend bien sa pêche, et dans les îles de sable à marais salants où l’on achète le sel pour la campagne prochaine.
Dans ces ports du Midi, que le soleil chauffe encore, se répandent pour quelques jours les équipages robustes, avides de plaisir, grisés par ce lambeau d’été, par cet air plus tiède; — par la terre et par les femmes.
Et puis, avec les premières brumes de l’automne, on rentre au foyer, à Paimpol ou dans les chaumières éparses du pays de Goëlo, s’occuper pour un temps de famille et d’amour, de mariages et de naissances. Presque toujours on trouve là des petits nouveau-nés, conçus l’hiver d’avant, et qui attendent des parrains pour recevoir le sacrement du baptême: — il faut beaucoup d’enfants à ces races de pêcheurs que l’Islande dévore.
Inhaltsverzeichnis
In dieser Ausgabe
- 01Full text
- 02Chapitre I
- 03Chapitre II
- 04Chapitre III
- 05Chapitre IV
- 06Chapitre V
- 07Chapitre VI
- 08Deuxième partie
- 09Chapitre I
- 10Chapitre II
- 11Chapitre III
- 12Chapitre IV
- 13Chapitre V
- 14Chapitre VI
- 15Chapitre VII
- 16Chapitre VIII
- 17Chapitre IX
- 18Chapitre X
- 19Chapitre XI
- 20Chapitre XII
- 21Chapitre XIII
- 22Troisième partie
- 23Chapitre I
- 24Chapitre II
- 25Chapitre III
- 26Chapitre IV
- 27Chapitre V
- 28Chapitre VI
- 29Chapitre VII
- 30Chapitre VIII
- 31Chapitre IX
- 32Chapitre X
- 33Chapitre XI
- 34Chapitre XII
- 35Chapitre XIII
- 36Chapitre XIV
- 37Chapitre XV
- 38Chapitre XVI
- 39Chapitre XVII
- 40Quatrième partie
- 41Chapitre I
- 42Chapitre II
- 43Chapitre III
- 44Chapitre IV
- 45Chapitre V
- 46Chapitre VI
- 47Chapitre VII
- 48Chapitre VIII
- 49Cinquième partie
- 50Chapitre I
- 51Chapitre II
- 52Chapitre III
- 53Chapitre IV
- 54Chapitre V
- 55Chapitre VI
- 56Chapitre VII
- 57Chapitre VIII
- 58Chapitre IX
- 59Chapitre X
- 60Chapitre XI
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