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La Double Inconstance

法语 BooksWhale 版本 · Marivaux

Un prince enlève Silvia, mais la stratégie de séduction qu’il organise révèle bientôt que les sentiments ne se laissent pas gouverner comme une cour.

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图书简介

La Double Inconstance

Dans La Double Inconstance, Marivaux place Silvia entre l’amour qu’elle croit devoir à Arlequin et l’influence d’un monde princier qui veut la faire changer. Trivelin et Flaminia orchestrent les rencontres, les hésitations et les déplacements de désir, tandis que le langage révèle les nuances de l’attachement. La pièce observe avec finesse la naissance d’un sentiment nouveau et la fragilité des promesses trop vite proclamées.

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Marivaux died in 1763 and the original French work was published in 1723; these dates support its public-domain status.

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La Double Inconstance

Marivaux

预览章节ACTE PREMIER预览

Scène première

Mais, madame, écoutez-moi.

Vous m’ennuyez.

Ne faut-il pas être raisonnable ?

Non, il ne faut point l’être, et je ne le serai point.

Cependant…

Cependant, je ne veux point avoir de raison ; et quand vous recommenceriez cinquante fois votre cependant , je n’en veux point avoir : que ferez-vous là ?

Vous avez soupé hier si légèrement, que vous serez malade si vous ne prenez rien ce matin.

Et moi, je hais la santé, et je suis bien aise d’être malade. Ainsi, vous n’avez qu’à renvoyer tout ce qu’on m’apporte ; car je ne veux aujourd’hui ni déjeuner, ni dîner, ni souper ; demain la même chose. Je ne veux qu’être fâchée, vous haïr tous tant que vous êtes, jusqu’à tant que j’aie vu Arlequin, dont on m’a séparée. Voilà mes petites résolutions, et si vous voulez que je devienne folle, vous n’avez qu’à me prêcher d’être plus raisonnable ; cela sera bientôt fait.

Ma foi, je ne m’y jouerai pas ; je vois bien que vous me tiendriez parole. Si j’osais cependant…

Eh bien ! ne voilà-t-il pas encore un cependant ?

En vérité, je vous demande pardon ; celui-là m’est échappé, mais je n’en dirai plus, je me corrigerai. Je vous prierai seulement de considérer…

Oh ! vous ne vous corrigez pas ; voilà des considérations qui ne me conviennent point non plus.

… que c’est votre souverain qui vous aime.

Je ne l’empêche pas, il est le maître ; mais faut-il que je l’aime, moi ? Non ; il ne le faut pas, parce que je ne le puis pas. Cela va tout seul, un enfant le verrait, et vous ne le voyez pas.

Songez que c’est sur vous qu’il fait tomber le choix qu’il doit faire d’une épouse entre ses sujettes.

Qui est-ce qui lui a dit de me choisir ? M’a-t-il demandé mon avis ? S’il m’avait dit : « Me voulez-vous, Silvia ? » je lui aurais répondu : « Non, Seigneur ; il faut qu’une honnête femme aime son mari, et je ne pourrais vous aimer. » Voilà la pure raison, cela ; mais point du tout, il m’aime ; crac, il m’enlève, sans me demander si je le trouverai bon.

Il ne vous enlève que pour vous donner la main.

Eh ! que veut-il que je fasse de cette main, si je n’ai pas envie d’avancer la mienne pour la prendre ? Force-t-on les gens à recevoir des présents malgré eux ?

Voyez, depuis deux jours que vous êtes ici, comment il vous traite. N’êtes-vous pas déjà servie comme si vous étiez sa femme ? Voyez les honneurs qu’il vous fait rendre, le nombre de femmes qui sont à votre suite, les amusements qu’on tâche de vous procurer par ses ordres. Qu’est-ce qu’Arlequin au prix d’un prince plein d’égards, qui ne veut pas même se montrer qu’on ne vous ait disposée à le voir ; d’un prince jeune, aimable et rempli d’amour ? Car vous le trouverez tel. Eh ! madame, ouvrez les yeux, voyez votre fortune, et profitez de ses faveurs.

Dites-moi : vous et toutes ces femmes qui me parlent, vous a-t-on mis avec moi, vous a-t-on payés pour m’impatienter, pour me tenir des discours qui n’ont pas le sens commun, qui me font pitié ?

Oh ! parbleu ! je n’en sais pas davantage ; voilà tout l’esprit que j’ai.

Sur ce pied-là, vous seriez tout aussi avancé de n’en point avoir du tout.

Mais encore, daignez, s’il vous plaît, me dire en quoi je me trompe.

Oui, je vais vous le dire, en quoi ; oui…

Eh ! doucement, madame : mon dessein n’est pas de vous fâcher.

Vous êtes donc bien maladroit !

预览章节ACTE DEUXIÈME预览

Scène première

Oui, je vous crois. Vous paraissez me vouloir du bien. Aussi vous voyez que je ne souffre que vous ; je regarde tous les autres comme mes ennemis. Mais où est Arlequin ?

Il va venir ; il dîne encore.

C’est quelque chose d’épouvantable que ce pays-ci. Je n’ai jamais vu de femmes aussi prévenantes, d’hommes aussi honnêtes. Ce sont des manières si douces, tant de révérences, tant de compliments, tant de signes d’amitié ! Vous diriez que ce sont les meilleures gens du monde, qu’ils sont pleins de cœur et de conscience. Quelle erreur ! De tous ces gens-là, il n’y en a pas un qui ne vienne me dire d’un air prudent : « Mademoiselle, croyez-moi, je vous conseille d’abandonner Arlequin et d’épouser le prince » ; mais ils me conseillent cela tout naturellement, sans avoir honte, non plus que s’ils m’exhortaient à quelque bonne action. « Mais, leur dis-je, j’ai promis à Arlequin ; où est la fidélité, la probité, la bonne foi ? » Ils ne m’entendent pas ; ils ne savent ce que c’est que tout cela ; c’est tout comme si je leur parlais grec. Ils me rient au nez, me disent que je fais l’enfant, qu’une grande fille doit avoir de la raison ; eh ! cela n’est-il pas joli ? Ne valoir rien, tromper son prochain, lui manquer de parole, être fourbe et menteur, voilà le devoir des grandes personnes de ce maudit endroit-ci. Qu’est-ce que c’est que ces gens-là ? D’où sortent-ils ? De quelle pâte sont-ils ?

De la pâte des autres hommes, ma chère Silvia. Que cela ne vous étonne pas ; ils s’imaginent que le mariage du prince ferait votre bonheur.

Mais ne suis-je pas obligée d’être fidèle ? N’est-ce pas mon devoir d’honnête fille ? et quand on ne fait pas son devoir, est-on heureuse ? Par-dessus le marché, cette fidélité n’est-elle pas mon charme ? Et on a le courage de me dire : « Là, fais un mauvais tour, qui ne te rapportera que du mal ; perds ton plaisir et ta bonne foi » ; et parce que je ne veux pas, moi, on me trouve dégoûtée !

Que voulez-vous ? ces gens-là pensent à leur façon, et souhaiteraient que le prince fût content.

Mais ce prince, que ne prend-il une fille qui se rende à lui de bonne volonté ? Quelle fantaisie d’en vouloir une qui ne veut pas de lui ! Quel goût trouve-t-il à cela ? Car c’est un abus que tout ce qu’il fait ; tous ces concerts, ces comédies, ces grands repas qui ressemblent à des noces, ces bijoux qu’il m’envoie, tout cela lui coûte un argent infini ; c’est un abîme, il se ruine ; demandez-moi ce qu’il y gagne. Quand il me donnerait toute la boutique d’un mercier, cela ne me ferait pas tant de plaisir qu’un petit peloton qu’Arlequin m’a donné.

Je n’en doute pas ; voilà ce que c’est que l’amour ; j’ai aimé de même, et je me reconnais au peloton.

Tenez, si j’avais eu à changer Arlequin contre un autre, ç’aurait été contre un officier du palais, qui m’a vue cinq ou six fois et qui est d’aussi bonne façon qu’on puisse être. Il y a bien à tirer si le prince le vaut ; c’est dommage que je n’aie pu l’aimer dans le fond et je le plains plus que le prince.

Oh ! Silvia, je vous assure que vous plaindrez le prince autant que lui quand vous le connaîtrez.

Eh bien ! qu’il tâche de m’oublier, qu’il me renvoie, qu’il voie d’autres filles. Il y en a ici qui ont leur amant tout comme moi ; mais cela ne les empêche pas d’aimer tout le monde. J’ai bien vu que cela ne leur coûte rien ; mais pour moi, cela m’est impossible.

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本版本内容

  1. 01Full text
  2. 02ACTE PREMIER
  3. 03ACTE DEUXIÈME
  4. 04ACTE TROISIÈME

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