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文学
La Femme pauvre
法语 BooksWhale 版本 · Léon Bloy
Un roman sombre et mystique sur la pauvreté, la dignité, la violence et la grâce.
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图书简介
La Femme pauvre
Léon Bloy mêle colère prophétique, satire, compassion et interrogation spirituelle pour raconter une existence broyée par la misère.
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Léon Bloy died in 1917, and this french source text was published in 1897; it is public domain.
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La Femme pauvre
Léon Bloy
G. Crès , 1924 ( p. 9 - 388 ).
book G. Crès 1924 Paris T Bloy - La femme pauvre.djvu Bloy - La femme pauvre (page 8 crop).jpg 9-388 Pro defunctis fratribus, propinquis, et benefactoribus. À Pierre Antide Edmond BIGAND-KAIRE capitaine au long cours ― L a voici, enfin ! cette Femme pauvre que vous avez tant désirée sans la connaître, et que j’ai placée — comme il convenait — sous l’invocation des Défunts.
Je ne sais pas d’homme plus étonnant que vous, mon cher Bigand, et cela, je l’écrirai, quelque jour, le plus somptueusement que je pourrai.
Votre amitié, que je n’avais pas prévue et que j’ai dû croire envoyée du ciel, est certainement une des rares merveilles qu’il m’aura été donné de voir sur terre.
À l’exception de notre grand peintre Henry de Groux, qui donc est descendu aussi profondément que vous et d’aussi bon cœur dans ma fosse noire ? Souvenez-vous que vous fûtes mon hôte, quand j’habitais la maison sans nom, la maison de putréfaction et de désespoir que j’ai essayé de peindre et dont vous avez, j’imagine, emporté l’horreur dans la splendide et sanglante Asie.
À vous donc, cher ami, ce douloureux livre qui me fut dicté par l’énergie de votre âme et qui serait, sans doute, un chef-d’œuvre, si je n’en étais pas l’auteur.
Que Dieu vous garde du feu, du couteau, de la littérature contemporaine et de la rancune des mauvais morts !
Grand-Montrouge, mercredi des Cendres, 1897.
LÉON BLOY.
Le texte du présent ouvrage a été revu sur un exemplaire de la première édition (1897), corrigé de la main de l’auteur et dont nous avons dû la communication à la bienveillance de Madame Léon Bloy. (Note des Éditeurs.) PREMIÈRE PARTIE L’ÉPAVE DES TÉNÈBRES Qui erant in pœnis tenebrarum, clamantes et dicentes : Advenisti, Redemptor noster.
Officium Defunctorum .
预览章节I Ç a pue le bon Dieu, ici !预览
Cette insolence de voyou fut dégorgée, comme un vomissement, sur le seuil très humble de la chapelle des Missionnaires Lazaristes de la rue de Sèvres, en 1879.
On était au premier dimanche de l’Avent, et l’humanité parisienne s’acheminait besogneusement au Grand Hiver.
Cette année, pareille à tant d’autres, n’avait pas été l’année de la Fin du monde et nul ne songeait à s’en étonner.
Le père Isidore Chapuis, balancier-ajusteur de son état et l’un des soulographes les plus estimés du Gros-Caillou, s’en étonnait moins que personne.
Par tempérament et par culture, il appartenait à l’élite de cette superfine crapule qui n’est observable qu’à Paris et que ne peut égaler la fripouillerie d’aucun autre peuple sublunaire.
Crapule végétale des moins fécondes, il est vrai, malgré le labour politique le plus assidu et l’irrigation littéraire la plus attentive. Alors même qu’il pleut du sang, on y voit éclore peu d’individus extraordinaires.
Le vieux balancier, qui venait d’entr’ouvrir la crapaudière de son âme en passant devant un lieu saint, représentait, non sans orgueil, tous les virtuoses braillards et vilipendeurs du groupe social où se déversent perpétuellement, comme dans un puisard mitoyen, les relavures intellectuelles du bourgeois et les suffocantes immondices de l’ouvrier.
Très satisfait de son mot, dont quelques dévotes, qui l’examinèrent avec horreur, s’étaient effarées, il allait, d’un pas circonflexe, vers une destination peu certaine, à la façon d’un somnambule que menacerait le mal de mer.
Il y avait comme un pressentiment de vertige sur ce mufle de basse canaille couperosé par l’alcool et tordu au cabestan des concupiscences les plus ordurières.
Une gouaillerie morose et superbe s’étalait sur ce mascaron de gémonies, crispant la lèvre inférieure sous les créneaux empoisonnés d’une abominable gueule, abaissant les deux commissures jusqu’au plus profond des ornières argileuses ou crétacées dont la litharge et le rogomme avaient raviné la face.
Au centre s’acclimatait, depuis soixante ans, un nez judaïque d’usurier ponctuel où se fourvoyait le chiendent d’une séditieuse moustache qu’il eût été profitable d’utiliser pour l’étrillage des roussins galeux.
Les yeux au poinçon, d’une petitesse invraisemblable et d’une vivacité de gerboise ou de surmulot, suggéraient, par leur froide scintillation sans lumière, l’idée d’un nocturne spoliateur du tronc des pauvres, accoutumé à dévaliser les églises.
Enfin l’aspect de ce ruffian démantibulé donnait l’ensemble d’un avorton implacable, méticuleux et présent jusque dans l’ivresse, que d’anciennes aventures auraient échaudé et qui, dès longtemps, n’avivait plus son cœur de goujat qu’à l’assaut des faibles et des désarmés.
Il n’était pas absolument sans lettres, cet excellent père Chapuis. Il lisait couramment des feuilles arbitrales et décisives, telles que La Lanterne ou Le Cri du peuple , croyant fort à l’avènement infaillible de la Sociale et bafouillant volontiers, dans les caboulots, de pâteux oracles sur la Politique et la Religion, ces deux sciences débonnaires et si prodigieusement faciles, — comme chacun sait, — que le premier galfâtre venu peut y exceller.
Quant à l’amour, il le dédaignait, sans phrases, le considérant négligeable, et si, d’aventure, quelque autre docteur y faisait la moindre allusion sérieuse, aussitôt il bouffonnait et pandiculait en s’esclaffant.
C’est pourquoi l’aimable Isidore assumait la considération d’un nombre incroyable de mastroquets.
On ne savait pas exactement ses origines, quoiqu’il s’affirmât d’extraction bourgeoise et périgourdine. Extraction lointaine, sans doute, puisque le drôle était né, disait-il lui-même, au faubourg du Temple, où ses parents avaient dû pratiquer de vagues négoces très parisiens sur lesquels il n’insistait pas.
预览章节IV L a porte s’ouvrit enfin et Clotilde parut. Ce fut comme l’entrée d’avril dans la cale d’un ponton.预览
Clotilde Maréchal, « la fille à Isidore », comme on disait dans Grenelle, appartenait à la catégorie de ces êtres touchants et tristes dont la vue ranime la constance des suppliciés.
Elle était plutôt jolie que belle, mais sa haute taille, légèrement voûtée aux épaules par le poids des mauvais jours, lui donnait un assez grand air. C’était la seule chose qu’elle tînt de sa mère, dont elle était le repoussoir angélique, et qui contrastait avec elle en disparates infinies.
Ses magnifiques cheveux du noir le plus éclatant, ses vastes yeux de gitane captive, « d’où semblaient couler des ténèbres », mais où flottait l’escadre vaincue des Résignations, la pâleur douloureuse de son visage enfantin dont les lignes, modifiées par de très savantes angoisses, étaient devenues presque sévères, enfin la souplesse voluptueuse de ses attitudes et de sa démarche lui avaient valu la réputation de posséder ce que les bourgeois de Paris appellent entre eux une tournure espagnole .
Pauvre Espagnole, singulièrement timide ! À cause de son sourire, on ne pouvait la regarder sans avoir envie de pleurer. Toutes les nostalgies de la tendresse — comme des oiselles désolées que le bûcheron décourage, — voltigeaient autour de ses lèvres sans malice qu’on aurait pu croire vermillonnées au pinceau, tellement le sang de son cœur s’y précipitait pour le baiser.
Ce navrant et divin sourire, qui demandait grâce et qui bonnement voulait plaire, ne pouvait être oublié, quand on l’avait obtenu par la plus banale prévenance.
En 1879, elle avait environ trente ans, déjà trente ans de misères, de piétinement, de désespoir ! Les roses meurtries de son adolescence de galère avaient été cruellement effeuillées par les ouragans, dans la vasque noire du mélancolique jardin de ses rêves, mais, quand même, tout un orient de jeunesse était encore déployé sur elle, comme l’irradiation lumineuse de son âme que rien n’avait pu vieillir.
On sentait si bien qu’un peu de bonheur l’aurait rendue ravissante et qu’à défaut de joie terrestre, l’humble créature aurait pu s’embraser peut-être, ainsi que la torche amoureuse de l’Évangile, en voyant passer le Christ aux pieds nus !
Mais le Sauveur, cloué depuis dix-neuf siècles, ne descend guère de sa Croix, tout exprès pour les pauvres filles, et l’expérience personnelle de l’infortunée Clotilde était peu capable de la fortifier dans l’espoir des consolations humaines.
Quand elle entra, la vue de Chapuis la fit reculer instinctivement. Ses jolies lèvres frémirent et elle parut sur le point de prendre la fuite. Cet homme était, en effet, le seul être qu’elle crût avoir le droit de haïr, ayant souffert par lui d’une épouvantable façon.
Elle referma la porte, cependant, et dit à sa mère, en jetant sur la table une pièce de cinquante centimes : — Voilà tout ce que marraine a pu faire pour nous. Elle allait se mettre à table et son déjeuner sentait bien bon.
Mais je savais que tu m’attendais, petite mère, et je n’aurais pas osé lui dire que j’avais très faim.
Isidore se mit à beugler. — Ô la vache ! Et tu ne lui as pas foutu ça par la figure, à cet’Héloïse du champ de navets, qui a gagné plus de cent mille francs à se mettre sur le dos avec sa sale carne à cochons ? Vrai ! t’es pas dégourdie, ma fille.
Il s’était levé de sa chaise pour dilater son gueuloir et la doléance apitoyée de la fin fut accompagnée d’une gesticulation de vieux paillasse, à décourager la muse de l’ignominie.
目录
本版本内容
- 01Full text
- 02I Ç a pue le bon Dieu, ici !
- 03IV L a porte s’ouvrit enfin et Clotilde parut. Ce fut comme l’entrée d’avril dans la cale d’un ponton.
- 04V O n a deviné que le matelas étalé par terre, dont il fut parlé plus haut, appartenait à Clotilde.
- 05VI G émissante , elle s’était dressée dans les ténèbres. Elle devenait folle d’angoisse, quand cette idée reparaissait avec précision.
- 06VII M ais maintenant, que devenir ? Est-ce que vraiment elle ne pourrait pas échapper à la chose odieuse dont avait parlé ce bandit ?
- 07VIII L es pauvres sont exacts. À onze heures du matin, Clotilde était en haut du faubourg Saint-Honoré et sonnait à la porte de M. Pélopidas-Anacharsis Gacougnol.
- 08X C inq minutes plus tard, on était dans la rue et Gacougnol hélait un fiacre. — Au Bon Bazar ! cria-t-il, et vivement.
- 09XI L es incertitudes que l’honnête peintre aurait pu conserver encore se dissipèrent au déjeuner.
- 10XIII G arçon ! un madère et deux absinthes ! commanda Gacougnol qui venait de s’installer avec Clotilde et Marchenoir dans un café proche de la grande entrée du Jardin.
- 11part.
- 12partie de mon aventure qui sera, si vous le permettez, un diptyque.
- 13XV N otre conteur vous plaît-il ? demanda Gacougnol à Clotilde.
- 14XXI O n a vu plus haut que Gacougnol était sorti dès le matin et qu’il avait déployé pour Clotilde une activité extraordinaire.
- 15XXIV M archenoir avait beau être l’ami de Gacougnol, une intimité véritable n’avait jamais pu exister entre eux.
- 16XXIX S ans violence. Ce n’était pas exactement la spécialité de l’enlumineur. Enfin, on ferait ce qu’on pourrait.
- 17I V ous aurez toujours des pauvres parmi vous. Depuis le gouffre de cette Parole, aucun homme n’a jamais pu dire ce que c’est que la Pauvreté.
- 18II C inq ans plus tard. Clotilde est maintenant la femme de Léopold. Gacougnol est mort. Marchenoir est mort. Un petit enfant est mort. Et de quelles horribles morts !
- 19III L eur mariage avait été un poème bizarre et mélancolique. Dès le lendemain de la mort de son protecteur, Clotilde était retombée dans la misère.
- 20IV D eux cris et deux êtres dans les bras l’un de l’autre. Mouvement involontaire, instinctif, que rien n’aurait fait prévoir et que rien n’eût été capable d’empêcher.
- 21VI L a belle Heure des Noces !
- 22VII L es trois premières années de mariage furent heureuses, au delà de ce qui peut être dit ou chanté sur les instruments ordinaires.
- 23VIII À sa manière. Assurément ce n’était pas une manière humaine, et le mot miracle aurait pu être employé sans extravagance.
- 24XVII S ur le conseil de la vieille, on courut aux informations. Une enquête méticuleuse révéla tout le passé des Léopold, c’est-à dire la légende cristallisée depuis longtemps.
- 25XIX Q uelle situation que celle de cet homme durant ces semaines interminables !