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Literatur
Le Roman d’un jeune homme pauvre
BooksWhale-Ausgabe auf Französisch von Octave Feuillet
Un classique en français autour de amour, honneur, pauvreté, dignité personnelle et société du XIXe siècle.
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Le Roman d’un jeune homme pauvre
Le Roman d’un jeune homme pauvre de Octave Feuillet est une œuvre du domaine public centrée sur amour, honneur, pauvreté, dignité personnelle et société du XIXe siècle. Cette édition française met en avant le texte original, avec une présentation claire pour la lecture en ligne, EPUB et PDF.
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Octave Feuillet est mort en 1890 et Le Roman d’un jeune homme pauvre a été publié en 1858. Ces dates soutiennent le statut de domaine public de cette édition originale française.
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Le Roman d’un jeune homme pauvre
Octave Feuillet
_Sursum corda!_
Paris, 20 avril 185..
Voici la seconde soirée que je passe dans cette misérable
chambre à regarder d'un oeil morne mon foyer vide, écoutant
stupidement les murmures et les roulements monotones de la
rue, et me sentant, au milieu de cette grande ville, plus
seul, plus abandonné et plus voisin du désespoir que le
naufragé qui grelotte en plein Océan sur sa planche brisée. --
C'est assez de lâcheté! Je veux regarder mon destin en face
pour lui ôter son air de spectre: je veux aussi ouvrir mon
coeur, où le chagrin déborde, au seul confident dont la pitié
ne puisse m'offenser, à ce pâle et dernier ami qui me regarde
dans ma glace. -- Je veux donc écrire mes pensées et ma vie,
non pas avec une exactitude quotidienne et puérile, mais sans
omission sérieuse, et surtout sans mensonge. J'aimerai ce
journal: il sera comme un écho fraternel qui trompera ma
solitude, il me sera en même temps comme une seconde
conscience, m'avertissant de ne laisser passer dans ma vie
aucun trait que ma propre main ne puisse écrire avec fermeté.
Je cherche maintenant dans le passé avec une triste avidité
tous les faits, tous les incidents qui dès longtemps auraient
dû m'éclairer, si le respect filial, l'habitude et
l'indifférence d'un oisif heureux n'avaient fermé mes yeux à
toute lumière. Cette mélancolie constante et profonde de ma
mère m'est expliquée; je m'explique encore son dégoût du
monde, et ce costume simple et uniforme, objet tantôt de
railleries, tantôt du courroux de mon père: "Vous avez l'air
d'une servante," lui disait-il.
Je ne pouvais me dissimuler que notre vie de famille ne fût
quelquefois troublée par des querelles d'un caractère plus
sérieux: mais je n'en étais jamais directement témoin. Les
accents irrités et impérieux de mon père, les murmures d'une
voix qui paraissait supplier, des sanglots étouffés, c'était
tout ce que j'en pouvais entendre. J'attribuais ces orages à
des tentatives violentes et infructueuses pour ramener ma mère
au goût de la vie élégante et bruyante qu'elle avait aimée
autant qu'une honnête femme peut l'aimer, mais au milieu de
laquelle elle ne suivait plus mon père qu'avec une répugnance
chaque jour plus obstinée. A la suite de ces crises, il était
rare que mon père ne courût pas acheter quelques beau bijou
que ma mère trouvait sous sa serviette en se mettant à table,
et qu'elle ne portait jamais. Un jour, elle reçut de Paris, au
milieu de l'hiver, une grande caisse pleine de fleurs
précieuses: elle remercia mon père avec effusion; mais, dès
qu'il fut sorti de sa chambre, je la vis hausser légèrement
les épaules et lever vers le ciel un regard d'incurable
désespoir.
Pendant mon enfance et ma première jeunesse, j'avais eu pour
mon père beaucoup de respect, mais assez peu d'affection. Dans
le cours de cette période, en effet, je ne connaissais que le
côté sombre de son caractère, le seul qui se révélât dans la
vie intérieure, pour laquelle mon père n'était point fait.
Plus tard, quand mon âge me permit de l'accompagner dans le
monde, je fus surpris et ravi de découvrir en lui un homme que
je n'avais pas même soupçonné. Il semblait qu'il se sentît,
dans l'enceinte de notre vieux château de famille, sous le
poids de quelque enchantement fatal: à peine hors des portes,
je voyais son front s'éclaircir, sa poitrine se dilater; il
rajeunissait. "Allons! Maxime, criait-il, un temps de galop!"
Et nous dévorions gaiement l'espace. Il avait alors des cris
VorschaukapitelETAT DES PERSONNES QUI HABITENT LEDIT CHATEAUVorschau
"1° M. Laroque (Louis-Auguste), octogénaire, chef actuel de la
famille, source principale de la fortune; ancien marin,
célèbre sous le premier empire en qualité de corsaire
autorisé; paraît s'être enrichi sur mer par des entreprises
légales de diverse nature; a longtemps habité les colonies.
Originaire de Bretagne, il est revenu s'y fixer, il y a une
trentaine d'années, en compagnie de feu Pierre-Antoine
Laroque, son fils unique, époux de
"2° Madame Laroque (Joséphine-Clara), belle-fille du susnommé;
créole d'origine, âgée de quarante ans; caractère indolent,
esprit romanesque, quelques manies: belle âme;
"3° Mademoiselle Laroque (Marguerite-Louise), petite-fille,
fille et présomptive héritière des précédents, âgée de vingt
ans; créole et Bretonne; quelques chimères: belle âme;
"4° Madame Aubry, veuve du sieur Aubry, agent de change,
décédé en Belgique; cousine au deuxième degré, recueillie dans
la maison: esprit aigri;
"5° Mademoiselle Hélouin (Caroline-Gabrielle), vingt-six ans;
ci-devant institutrice, aujourd'hui demoiselle de compagnie:
esprit cultive, caractère douteux.
"Brûlez."
Ce document, malgré la réserve qui le caractérisait, ne m'a
pas été inutile: j'ai senti se dissiper, avec l'horreur de
l'inconnu, une partie de mes appréhensions. D'ailleurs, s'il y
avait, comme le prétendait M. Laubépin, deux belles âmes dans
le château de Laroque, c'était assurément plus qu'on n'avait
droit d'espérer sur une proportion de cinq habitants.
Après deux heures de marche, le voiturier s'est arrêté devant
une grille flanquée de deux pavillons qui servent de logement
à un concierge. J'ai laissé là mon gros bagage, et je me suis
acheminé vers le château, tenant d'une main mon sac de nuit et
décapitant de l'autre, à coups de canne, les marguerites qui
perçaient le gazon. Après avoir fait quelques centaines de pas
entre deux rangs d'énormes châtaigniers, je me suis trouvé
dans un vaste jardin de disposition circulaire, qui paraît se
transformer en parc un peu plus loin. J'apercevais, à droite
et à gauche, de profondes perspectives ouvertes entre d'épais
massifs déjà verdoyants, des pièces d'eau fuyant sous les
arbres, et des barques blanches remisées sous des toits
rustiques. -- En face de moi s'élevait le château,
construction considérable, dans le goût élégant et à demi
italien des premières années de Louis XIII. Il est précédé
d'une terrasse qui forme, au pied d'un double perron et sous
les hautes fenêtres de la façade, une sorte de jardin
particulier auquel on accède par plusieurs escaliers larges et
bas. L'aspect riant et fastueux de cette demeure m'a causé un
véritable désappointement, qui n'a pas diminué, lorsqu'en
approchant de la terrasse, j'ai entendu un bruit de voix
jeunes et joyeuses qui se détachait sur le bourdonnement plus
lointain d'un piano. J'entrais décidément dans un lieu de
plaisance, bien différent du vieux et sévère donjon que
j'avais aimé à ma figurer. Toutefois ce n'était plus l'heure
des réflexions; j'ai gravi lestement les degrés, et je me suis
trouvé tout à coup en face d'une scène qu'en toute autre
circonstance j'aurais jugée assez gracieuse. Sur une des
pelouses du parterre, une demi-douzaine de jeunes filles,
enlacées deux à deux et se riant au nez, tourbillonnaient dans
un rayon de soleil, tandis qu'un piano, touché par une main
savante, leur envoyait, à travers une fenêtre ouverte, les
mesures d'une valse impétueuse. J'ai eu du reste à peine le
temps d'entrevoir les visages animés des danseuses, les
cheveux dénoués, les larges chapeaux flottant sur les épaules
: ma brusque apparition a été saluée par un cri général, suivi
aussitôt d'un silence profond; les danses avaient cessé, et
toute la bande, rangée en bataille, attendait gravement le
VorschaukapitelA MES ENFANTSVorschau
"Le nom que je vous lègue, et que j'ai honoré, n'est pas le
mien. Mon père se nommait Savage. Il était régisseur d'une
plantation considérable sise dans l'île, française alors, de
Sainte-Lucie, et appartenant à une riche et noble famille du
Dauphiné, celle des Champcey d'Hauterive. En 1793, mon père
mourut, et j'héritai, quoique bien jeune encore, de la
confiance que les Champcey avaient mise en lui. Vers la fin de
cette année funeste, les Antilles françaises furent prises par
les Anglais, ou leur furent livrées par les colons insurgents.
Le marquis de Champcey d'Hauterive (Jacques-Auguste), que les
ordres de la Convention n'avaient pas encore atteint,
commandait alors la frégate _la Thétis_, qui croisait depuis
trois ans dans ces mers. Un assez grand nombre des colons
français répandus dans les Antilles étaient parvenus à
réaliser leur fortune, chaque jour menacée. Ils s'étaient
entendus avec le commandant de Champcey pour organiser une
flottille de légers transports sur laquelle ils avaient fait
passer leurs biens, et qui devait entreprendre de se rapatrier
sous la protection des canons de _la Thétis_. Dès longtemps, en
prévision de désastres imminents, j'avais reçu moi-même
l'ordre et le pouvoir de vendre à tout prix la plantation que
j'administrais après mon père. Dans la nuit du 14 novembre
1793, je montais seul dans un canot à la pointe du Morne-au-Sable,
et je quittais furtivement Sainte-Lucie, déjà occupée
par l'ennemi. J'emportais en papier anglais et en guinées le
prix que j'avais pu retirer de la plantation. M. de Champcey,
grâce à la connaissance minutieuse qu'il avait acquise de ces
parages, avait pu tromper la croisière anglaise et se réfugier
dans la passe difficile et inconnue du Gros-Ilet. Il m'avait
ordonné de l'y rallier cette nuit même, et il n'attendait que
mon arrivée à bord pour sortir de cette passe avec la
flottille qu'il escortait, et mettre le cap sur la France.
Dans le trajet, j'eus le malheur de tomber aux mains des
Anglais. Ces maîtres en trahison me donnèrent le choix d'être
fusillé sur-le-champ ou de leur vendre, moyennant le million
dont j'étais porteur et qu'ils m'abandonnaient, le secret de
la passe où s'abritait la flottille... J'étais jeune... La
tentation fut trop forte... Une demi-heure plus tard _la
Thétis_ était coulée, la flottille capturée, et M. de Champcey
grièvement blessé!... Une année se passa, une année sans
sommeil... Je devenais fou... Je résolus de faire payer à
l'Anglais maudit les remords qui me déchiraient. Je passai à
la Guadeloupe; je changeai de nom; je consacrai la plus grande
partie du prix de mon forfait à l'achat d'un brick armé, et je
courus sus aux Anglais. J'ai lavé pendant quinze ans dans leur
sang et dans le mien la tache que j'avais faite dans une heure
de faiblesse au pavillon de mon pays. Bien que ma fortune
actuelle ait été acquise pour plus des trois quarts dans de
glorieux combats, l'origine n'en reste pas moins ce que j'ai
dit.
"Revenu en France dans ma vieillesse, je m'informai de la
situation des Champcey d'Hauterive: elle était heureuse et
opulente. Je continuai de me taire. Que mes enfants me
pardonnent! Je n'ai pu trouver le courage, tant que j'ai vécu,
de rougir devant eux; mais ma mort doit leur livrer ce secret,
dont ils useront suivant les inspirations de leur conscience.
Pour moi, je n'ai plus qu'une prière à leur adresser: il y
aura tôt ou tard une guerre finale entre la France et sa
voisine d'en face; nous nous haïssons trop: on aura beau
faire, il faudra que nous les mangions ou qu'ils nous mangent!
Si cette guerre éclatait du vivant de mes enfants ou de mes
petits-enfants, je désire qu'ils fassent don à l'Etat d'une
Inhaltsverzeichnis
In dieser Ausgabe
- 01Full text
- 02ETAT DES PERSONNES QUI HABITENT LEDIT CHATEAU
- 03A MES ENFANTS
- 04"YO EL REY."
- 05"JOCELYNDE-JEANNE
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