
Französisch Ausgabe
Literatur
Monsieur Parent
BooksWhale-Ausgabe auf Französisch von Guy de Maupassant
Une étude nerveuse de la jalousie, de la paternité et des humiliations silencieuses de la vie conjugale.
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Monsieur Parent
Une étude nerveuse de la jalousie, de la paternité et des humiliations silencieuses de la vie conjugale. Maupassant explore la jalousie et la paternité à travers un homme ordinaire dont la confiance familiale se désagrège sous ses yeux.
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Guy de Maupassant died in 1893; the 1885 novella is public domain.
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Monsieur Parent
Guy de Maupassant
Le petit Georges, à quatre pattes dans l’allée, faisait des montagnes de sable. Il le ramassait de ses deux mains, l’élevait en pyramide, puis plantait au sommet une feuille de marronnier.
Son père, assis sur une chaise de fer, le contemplait avec une attention concentrée et amoureuse, ne voyait que lui dans l’étroit jardin public rempli de monde.
Tout le long du chemin rond qui passe devant le bassin et devant l’église de la Trinité pour revenir, après avoir contourné le gazon, d’autres enfants s’occupaient de même, à leurs petits jeux de jeunes animaux, tandis que les bonnes indifférentes regardaient en l’air avec leurs yeux de brutes, ou que les mères causaient entre elles en surveillant la marmaille d’un coup d’œil incessant.
Des nourrices, deux par deux, se promenaient d’un air grave, laissant traîner derrière elles les longs rubans éclatants de leurs bonnets, et portant dans leurs bras quelque chose de blanc enveloppé de dentelles, tandis que de petites filles, en robe courte et jambes nues, avaient des entretiens sérieux entre deux courses au cerceau, et que le gardien du square, en tunique verte, errait au milieu de ce peuple de mioches, faisait sans cesse des détours pour ne point démolir des ouvrages de terre, pour ne point écraser des mains, pour ne point déranger le travail de fourmi de ces mignonnes larves humaines.
Le soleil allait disparaître derrière les toits de la rue Saint-Lazare et jetait ses grands rayons obliques sur cette foule gamine et parée. Les marronniers s’éclairaient de lueurs jaunes, et les trois cascades, devant le haut portail de l’église, semblaient en argent liquide.
M. Parent regardait son fils accroupi dans la poussière : il suivait ses moindres gestes avec amour, semblait envoyer des baisers du bout des lèvres à tous les mouvements de Georges.
Mais ayant levé les yeux vers l’horloge du clocher, il constata qu’il se trouvait en retard de cinq minutes. Alors il se leva, prit le petit par le bras, secoua sa robe pleine de terre, essuya ses mains et l’entraîna vers la rue Blanche. Il pressait le pas pour ne point rentrer après sa femme ; et le gamin, qui ne le pouvait suivre, trottinait à son côté.
Le père alors le prit en ses bras, et, accélérant encore son allure, se mit à souffler de peine en montant le trottoir incliné. C’était un homme de quarante ans, déjà gris, un peu gros, portant avec un air inquiet un bon ventre de joyeux garçon que les événements ont rendu timide.
Il avait épousé, quelques années plus tôt, une jeune femme aimée tendrement qui le traitait à présent avec une rudesse et une autorité de despote tout-puissant. Elle le gourmandait sans cesse pour tout ce qu’il faisait et pour tout ce qu’il ne faisait pas, lui reprochait aigrement ses moindres actes, ses habitudes, ses simples plaisirs, ses goûts, ses allures, ses gestes, la rondeur de sa ceinture et le son placide de sa voix.
Il l’aimait encore cependant, mais il aimait surtout l’enfant qu’il avait d’elle, Georges, âgé maintenant de trois ans, devenu la plus grande joie et la plus grande préoccupation de son cœur. Rentier modeste, il vivait sans emploi avec ses vingt mille francs de revenu ; et sa femme, prise sans dot, s’indignait sans cesse de l’inaction de son mari.
Il atteignit enfin sa maison, posa l’enfant sur la première marche de l’escalier, s’essuya le front, et se mit à monter.
Au second étage, il sonna.
Une vieille bonne qui l’avait élevé, une de ces servantes maîtresses qui sont les tyrans des familles, vint ouvrir ; et il demanda avec angoisse :
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Parent vécut seul, tout à fait seul. Pendant les premières semaines qui suivirent la séparation, l’étonnement de sa vie nouvelle l’empêcha de songer beaucoup. Il avait repris son existence de garçon, ses habitudes de flânerie, et il mangeait au restaurant, comme autrefois. Ayant voulu éviter tout scandale, il faisait à sa femme une pension réglée par les hommes d’affaires. Mais, peu à peu, le souvenir de l’enfant commença à hanter sa pensée. Souvent, quand il était seul, chez lui, le soir, il s’imaginait tout à coup entendre Georges crier « papa ». Son cœur aussitôt commençait à battre et il se levait bien vite pour ouvrir la porte de l’escalier et voir si, par hasard, le petit ne serait pas revenu. Oui, il aurait pu revenir comme reviennent les chiens et les pigeons. Pourquoi un enfant aurait-il moins d’instinct qu’une bête ?
Après avoir reconnu son erreur, il retournait s’asseoir dans son fauteuil, et il pensait au petit. Il y pensait pendant des heures entières, des jours entiers. Ce n’était point seulement une obsession morale, mais aussi, et plus encore, une obsession physique, un besoin sensuel, nerveux de l’embrasser, de le tenir, de le manier, de l’asseoir sur ses genoux, de le faire sauter et culbuter dans ses mains. Il s’exaspérait au souvenir enfiévrant des caresses passées. Il sentait les petits bras serrant son cou, la petite bouche posant un gros baiser sur sa barbe, les petits cheveux chatouillant sa joue. L’envie de ces douces câlineries disparues, de la peau fine, chaude et mignonne offerte aux lèvres, l’affolait comme le désir d’une femme aimée qui s’est enfuie.
Dans la rue, tout à coup, il se mettait à pleurer en songeant qu’il pourrait l’avoir, trottinant à son côté avec ses petits pieds, son gros Georget, comme autrefois, quand il le promenait. Il rentrait alors ; et, la tête entre ses mains, sanglotait jusqu’au soir.
Puis, vingt fois, cent fois en un jour il se posait cette question : « Était-il ou n’était-il pas le père de Georges ? » Mais c’était surtout la nuit qu’il se livrait sur cette idée à des raisonnements interminables. À peine couché, il recommençait, chaque soir, la même série d’argumentations désespérées.
Après le départ de sa femme, il n’avait plus douté tout d’abord : l’enfant, certes, appartenait à Limousin. Puis, peu à peu, il se remit à hésiter. Assurément, l’affirmation d’Henriette ne pouvait avoir aucune valeur. Elle l’avait bravé, en cherchant à le désespérer. En pesant froidement le pour et le contre, il y avait bien des chances pour qu’elle eût menti.
Seul Limousin, peut-être, aurait pu dire la vérité. Mais comment savoir, comment l’interroger, comment le décider à avouer ?
Et quelquefois Parent se relevait en pleine nuit, résolu à aller trouver Limousin, à le prier, à lui offrir tout ce qu’il voudrait, pour mettre fin à cette abominable angoisse. Puis il se recouchait désespéré, ayant réfléchi que l’amant aussi mentirait sans doute ! Il mentirait même certainement pour empêcher le père véritable de reprendre son enfant.
Alors que faire ? Rien !
Et il se désolait d’avoir ainsi brusqué les événements, de n’avoir point réfléchi, patienté, de n’avoir pas su attendre et dissimuler, pendant un mois ou deux, afin de se renseigner par ses propres yeux. Il aurait dû feindre de ne rien soupçonner, et les laisser se trahir tout doucement. Il lui aurait suffi de voir l’autre embrasser l’enfant pour deviner, pour comprendre. Un ami n’embrasse pas comme un père. Il les aurait épiés derrière les portes ! Comment n’avait-il pas songé à cela ? Si Limousin, demeuré seul avec Georges, ne l’avait point aussitôt saisi, serré dans ses bras, baisé passionnément, s’il l’avait laissé jouer avec indifférence, sans s’occuper de lui, aucune hésitation ne serait demeurée possible : c’est qu’alors il n’était pas, il ne se croyait pas, il ne se sentait pas le père.
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- 01Full text
- 02II
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