
Französisch Ausgabe
Literatur
Sapho
BooksWhale-Ausgabe auf Französisch von Alphonse Daudet
Un classique en français autour de Paris artistique, passion, dépendance affective, jalousie et jugement social.
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Bucheinführung
Sapho
Sapho de Alphonse Daudet est une œuvre du domaine public centrée sur Paris artistique, passion, dépendance affective, jalousie et jugement social. Cette édition française met en avant le texte original, avec une présentation claire pour la lecture en ligne, EPUB et PDF.
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Alphonse Daudet est mort en 1897 et Sapho a été publié en 1884. Ces dates soutiennent le statut de domaine public de cette édition originale française.
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Sapho
Alphonse Daudet
-- Regardez-moi, voyons... J’aime la couleur de vos yeux...
-- Comment vous appelez-vous?
-- Jean.
-- Jean tout court?
-- Jean Gaussin.
-- Du Midi, j’entends ça... Quel âge?
-- Vingt et un ans.
-- Artiste?
-- Non, madame.
-- Ah! tant mieux...
Ces bouts de phrases, presque inintelligibles au milieu des cris,
des rires, des airs de danse d’une fête travestie, s’échangeaient
-- une nuit de juin -- entre un _pifferaro_ et une femme fellah
dans la serre de palmiers, de fougères arborescentes, qui faisait
le fond de l’atelier de Déchelette.
Au pressant interrogatoire de l’Égyptienne, le _pifferaro_
répondait avec l’ingénuité de son âge tendre, l’abandon, le
soulagement d’un Méridional resté longtemps sans parler. Étranger
à tout ce monde de peintres, de sculpteurs, perdu dès en entrant
dans le bal par l’ami qui l’avait amené, il se morfondait depuis
deux heures, promenant sa jolie figure de blond hâlé et doré par
le soleil, les cheveux en frisons serrés et courts comme la peau
de mouton de son costume; et un succès, dont il ne se doutait
guère, se levait et chuchotait autour de lui.
Des épaules de danseurs le bousculaient brusquement, des rires de
rapins blaguaient la cornemuse qu’il portait tout de travers et sa
défroque de montagne, lourde et gênante dans cette nuit d’été. Une
Japonaise aux yeux de faubourg, des couteaux d’acier tenant son
chignon remonté, fredonnait en l’agaçant: _Ah! qu’il est beau,
qu’il est beau, le postillon..._; tandis qu’une _novio_
espagnole en blanches dentelles de soie, passant au bras d’un chef
apache, lui fourrait violemment sous le nez son bouquet de jasmins
blancs.
Il ne comprenait rien à ces avances, se croyait extrêmement
ridicule et se réfugiait dans l’ombre fraîche de la galerie
vitrée, bordée d’un large divan sous les verdures. Tout de suite
cette femme était venue s’asseoir près de lui.
Jeune, belle? Il n’aurait su le dire... Du long fourreau de
lainage bleu où sa taille pleine ondulait, sortaient deux bras,
ronds et fins, nus jusqu’à l’épaule; et ses petites mains chargées
de bagues, ses yeux gris larges ouverts et grandis par les
bizarres ornements de fer lui tombant du front, composaient un
ensemble harmonieux.
Une actrice sans doute. Il en venait beaucoup chez Déchelette; et
cette pensée n’était pas pour le mettre à l’aise, ce genre de
personnes lui faisant très peur. Elle lui parlait de tout près, un
coude au genou, la tête appuyée sur la main, avec une douceur
grave, un peu lasse... «Du Midi vraiment?... Et des cheveux de ce
blond-là!... Voilà une chose extraordinaire.»
Et elle voulait savoir depuis combien de temps il habitait Paris,
si c’était très difficile cet examen pour les consulats qu’il
préparait, s’il connaissait beaucoup de monde et comment il se
trouvait à la soirée de Déchelette, rue de Rome, si loin de son
quartier Latin. Quand il dit le nom de l’étudiant qui l’avait
amené... «La Gournerie... un parent de l’écrivain... elle
connaissait sans doute...» l’expression de ce visage de femme
changea, s’assombrit subitement; mais il n’y prit pas garde, ayant
l’âge où les yeux brillent sans rien voir. La Gournerie lui avait
promis que son cousin serait là, qu’il le présenterait. «J’aime
tant ses vers... je serais si heureux de le connaître...»
Elle eut un sourire de pitié pour sa candeur, un joli resserrement
d’épaules, en même temps qu’elle écartait de sa main les feuilles
légères d’un bambou et regardait dans le bal si elle ne lui
découvrirait pas son grand homme.
La fête à ce moment étincelait et roulait comme une apothéose de
VorschaukapitelFANNY LEGRANDVorschau
_6, rue de l’Arcade_
Il la mit à sa glace entre une invitation au dernier bal des
Affaires Étrangères et le programme enluminé et fantaisiste de la
soirée de Déchelette, ses deux seules sorties mondaines de
l’année; et le souvenir de la femme, resté quelques jours autour
de la cheminée dans ce délicat et léger parfum, s’évapora en même
temps que lui, sans que Gaussin, sérieux, travailleur, se méfiant
par-dessus tout des entraînements de Paris, eût eu la fantaisie de
renouveler cette amourette d’un soir.
L’examen, ministériel aurait lieu en novembre. Il ne lui restait
que trois mois pour le préparer. Après, viendrait un stage de
trois ou quatre ans dans les bureaux du service consulaire; puis
il s’en irait quelque part, très loin. Cette idée d’exil ne
l’effrayait pas; car une tradition chez les Gaussin d’Armandy,
vieille famille avignonnaise, voulait que l’aîné des fils suivît
ce qu’on appelle _la carrière_, avec l’exemple, l’encouragement et
la protection morale de ceux qui l’y avaient précédé. Pour ce
provincial, Paris n’était que la première escale d’une très longue
traversée, ce qui l’empêchait de nouer aucune liaison sérieuse en
amour comme en amitié.
Une semaine ou deux après le bal de Déchelette, un soir que
Gaussin, la lampe allumée, ses livres préparés sur la table, se
mettait au travail, on frappa timidement; et, la porte ouverte,
une femme apparut en toilette élégante et claire. Il la reconnut
seulement quand elle eut relevé sa voilette.
-- Vous voyez, c’est moi... je reviens...
Puis surprenant le regard inquiet, gêné, qu’il jetait sur la besogne en train:
-- Oh! je ne vous dérangerai pas... je sais ce que c’est...
Elle défit son chapeau, prit une livraison du _Tour du monde_,
s’installa et ne bougea plus, absorbée en apparence par sa
lecture; mais, chaque fois qu’il levait les yeux, il rencontrait
son regard.
Et vraiment il lui fallait du courage pour ne pas la prendre tout
de suite entre ses bras, car elle était bien tentante et d’un
grand charme avec sa toute petite tête au front bas, au nez court,
à la lèvre sensuelle et bonne, et la maturité souple de sa taille
dans cette robe d’une correction toute parisienne, moins
effrayante pour lui que sa défroque de fille d’Égypte.
Partie le lendemain de bonne heure, elle revint plusieurs fois
dans la semaine, et toujours elle entrait avec la même pâleur, les
mêmes mains froides et moites, la même voix serrée d’émotion.
-- Oh! je sais bien que je t’ennuie, lui disait-elle, que je te
fatigue. Je devrais être plus fière... Si tu crois!... Tous les
matins en m’en allant de chez toi, je jure de ne plus venir; puis
ça me reprend, le soir, comme une folie.
Il la regardait, amusé, surpris dans son dédain de la femme, par
cette persistance amoureuse. Celles qu’il avait connues jusque-là,
des filles de brasserie ou de skating, quelquefois jeunes et
jolies, lui laissaient toujours le dégoût de leur rire bête, de
leurs mains de cuisinières, d’une grossièreté d’instincts et de
propos qui lui faisait ouvrir la fenêtre derrière elles. Dans sa
croyance d’innocent, il pensait toutes les filles de plaisir
pareilles. Aussi s’étonnait-il de trouver en Fanny une douceur,
une réserve vraiment femme, avec cette supériorité -- sur les
bourgeoises qu’il rencontrait en province chez sa mère -- d’un
frottis d’art, d’une connaissance de toutes choses, qui rendaient
les causeries intéressantes et variées.
VorschaukapitelC. GAUSSIN D’ARMANDYVorschau
Président des Submersionnistes de la Vallée du Rhône,
Membre du Comité central d’étude et de vigilance,
Délégué départemental, etc., etc.
L’oncle Césaire à Paris!... Le Fénat délégué, membre d’un comité
de vigilance!... Sa stupeur durait encore, quand l’oncle parut,
toujours brun comme une pomme de pin, ses yeux fous, son rire au
coin des tempes, sa barbe du temps de la Ligue, mais au lieu de
l’éternelle veste de futaine à côtes, une redingote en drap neuf
bridant sur le ventre et donnant au petit homme une majesté
vraiment présidentielle.
Ce qui l’amenait à Paris? L’achat d’une machine élévatoire pour
l’immersion de ses nouvelles vignes -- il prononçait le mot
«élévatoire» avec une conviction qui le grandissait à ses propres
yeux --, puis la commande de son buste que ses collègues lui
demandaient pour orner la salle du conseil.
-- Tu as vu, ajouta-t-il d’un air modeste, ils m’ont nommé
président... Mon idée de submersion bouleverse le Midi... Et dire
que c’est moi, le Fénat, qui suis en train de sauver les vins de
France!... Il n’y a que les toqués, vois-tu.
Mais le but principal de son voyage, c’était la rupture avec
Fanny. Comprenant que l’affaire traînait en longueur, il venait
donner un coup de main.
-- Je m’y connais, tu penses... Quand courbebaisse a lâché la sienne pour se marier...
Avant d’attaquer son histoire, il s’arrêta et, déboutonnant sa redingote, il en tira un petit portefeuille rondement tendu:
-- D’abord, débarrasse-moi de ceci... Bé oui! l’argent... la libération du territoire...
Il se trompa au geste de son neveu, comprit qu’il refusait par discrétion:
-- Prends donc! prends donc!... C’est ma fierté de pouvoir rendre
au fils un peu de ce que le père a fait pour moi... D’ailleurs,
Divonne le veut ainsi. Elle est au courant de l’affaire, et si
contente que tu penses à te marier, à secouer ton vieux crampon!
Dans la bouche de Césaire, après le service que sa maîtresse lui
avait rendu, Jean trouva «vieux crampon» un peu injuste, et c’est
avec une pointe d’amertume qu’il répondit:
-- Reprenez votre portefeuille, mon oncle... vous savez mieux que personne combien ces questions sont indifférentes à Fanny.
-- Oui, c’était une bonne fille... dit l’oncle en oraison funèbre,
et il ajouta, clignant sa patte d’oie: Garde toujours l’argent...
Avec les tentations de Paris, je l’aime mieux entre tes mains que
dans les miennes; et puis il en faut pour les ruptures comme pour
les duels...
Il se leva là-dessus, déclarant qu’il mourait de faim et que cette
grosse question se discuterait mieux, la fourchette à la main, en
déjeunant. Toujours la légèreté gouailleuse du Méridional à
traiter les affaires de femme.
-- Entre nous, petit...
Ils étaient attablés dans un restaurant de la rue de Bourgogne, et
l’oncle s’épanouissait, la serviette au menton, tandis que Jean
grignotait du bout des dents, l’estomac serré.
-- ... Je trouve que tu prends la chose trop au tragique. Je sais
bien que le premier coup est dur, l’explication ennuyeuse; mais,
si cela te coûte trop, ne dis rien, fais comme Courbebaisse.
Jusqu’au matin du mariage, la Mornas a tout ignoré. Le soir, en
sortant de chez sa future, il allait chercher la chanteuse à son
beuglant, et la reconduisait chez elle. Tu me diras que ça n’est
pas très régulier ni bien loyal non plus. Mais quand on n’aime pas
les scènes, et avec des femmes terribles comme Paola Mornas!... Il
y avait près de dix ans que ce grand beau garçon tremblait devant
Inhaltsverzeichnis
In dieser Ausgabe
- 01Full text
- 02FANNY LEGRAND
- 03C. GAUSSIN D’ARMANDY
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