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De la division du travail social

BooksWhale-Ausgabe auf Französisch von Émile Durkheim

Une étude fondatrice de la solidarité sociale, de la spécialisation et de la modernité.

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Bucheinführung

De la division du travail social

De la division du travail social analyse comment les sociétés passent de solidarités traditionnelles à des formes modernes fondées sur la spécialisation, l’interdépendance et le droit restitutif. Durkheim y construit un classique de sociologie utile à l’économie, au droit et aux sciences sociales.

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VorschaukapitelDe la division du travail socialVorschau lesen

PRÉFACE

Ce livre est avant tout un effort pour traiter les faits de

la vie morale d'après la méthode des sciences positives.

Mais on a fait de ce mot un emploi qui en dénature le sens

et qui n'est pas le nôtre. Les moralistes qui déduisent leur

doctrine, non d'un principe a priori, mais de quelques pro-

positions empruntées à une ou plusieurs sciences positives

comme la biologie, la psychologie, la sociologie, qualifient

leur morale de scientifique. Telle nest pas la méthode que

nous nous proposons de suivre. Nous ne voulons pas tirer

la morale de la science, mais faire la science de la morale,

ce qui est bien différent. Les faits moraux sont des phéno-

mènes comme les autres ; ils consistent en des règles d'action

qui se reconnaissent à certains caractères distinctifs, comme

nous le verrons plus loin; il doit donc être possible de les

observer, de les décrire, de les classer et de chercher les

lois qui les expliquent. C'est ce que nous allons faire pour

certains d'entre eux. On objectera l'existence de la liberté?

Mais si vraiment elle implique la négation de toute loi déter-

II PRÉFACE.

minée, elle est un obstacle insurmontable, non seulement

pour les sciences psychologi({ues et sociales, mais pour

toutes les sciences; car, comme les voiitions humaines

sont toujours liées à quelques mouvements extérieurs, elle

rend le déterminisme tout aussi inintelligible au dehors de

nous qu'au dedans. Cependant, nul ne conteste la possibilité

des sciences physiques et naturelles. Nous réclamons le

même droit pour notre science (^).

Ainsi entendue, cette science n'est en opposition avec

aucune espèce de philosophie, car elle se place sur un tout

autre terrain, 11 est possible que la morale ait quelque fin

transcendante que l'expérience ne peut atteindre; c'est

affaire au métaphysicien de s'en occuper. Mais ce qui est

avant tout certain, c'est qu'elle se développe dans l'histoire

et sous l'empire de causes historiques, c'est qu'elle a une

fonction dans notre vie temporelle. Si elle est telle ou telle

à un moment donné, c'est que les conditions dans lesquelles

vivent alors les hommes ne permettent pas qu'elle soit

autrement, et la preuve en est qu'elle change quand ces

conditions changent, cl seulement dans ce cas. 11 n'est plus

aujourd'hui possible de croire que l'évolution morale consiste

dans le développement d'une même idée qui, confuse et indé-

cise chez l'homme primitif, s'éclaire et se précise peu à peu

par le progrès spontané des lumières. Si les anciens Romains

n'avaient pas la large conception que nous avons aujourd'hui

de l'humanité, ce n'est pas par suite d'une erreur due à

l'étroitesse de leur intelligence; mais c'est que de pareilles

(') On nous a rep.oché (Beudant, Le Droit individuel et VÉtat, p. 24't)

d'avoir qui^lque part qualifié de sublile cette question de la liherlé. L'expression

n'avait dans notre bouche rien de dédaigneux. Si nous écartons ce problème,

c'est uniquement parce que la solution qu'on en donne, quelle qu'elle soit,

ne peut faire obstacle à nos recherches.

PRÉFACE. III

idées étaient incompatibles avec la nature de la cité romaine.

Notre cosmopolitisme ne pouvait pas plus y apparaître

qu'une plante ne peut germer sur un sol incapable de la

nourrir; et, d'ailleurs, il ne pouvait être pour elle qu'un

principe de mort. Inversement, s'il a fait depuis son appari-

tion, ce n'est pas à la suite de découvertes pliilosopiiiques;

ce n'est pas que nos esprits se soient ouverts à des vérités

qu'ils méconnaissaient; c'est que des changements se sont

produits dans la structure des sociétés, qui ont rendu néces-

saire ce changement dans les mœurs. La morale se forme

donc, se transforme et se maintient pour des raisons d'ordre

expérimental; ce sont ces raisons seules que la science de la

VorschaukapitelIVorschau

D'ordinaire, pour savoir si un précepte de conduite est ou non

moral, on le confronte avec une formule générale de la moralité

(|ue l'on a antérieurement établie; suivant qu'il en peut être

déduit ou qu'il la contredit , on lui reconnaît une valeur morale

ou on la lui refuse.

Nous ne saurions suivre cette méthode; car, pour qu'elle pût

donner des résultats, il faudrait que celte formule, qui doil servir

INTRODUCTION. 5

de crilère, fût une vérité scientifique indiscutable. Or, non seule-

ment chaque moraliste a la sienne, et cette diversité des doctrines

suffit déjà à en rendre suspecte la valeur objective, mais nous

allons montrer que toutes celles qui ont été successivement pro-

posées sont fautives et que, pour en trouver une plus exacte,

toute une science est nécessaire qui ne saurait être improvisée.

En effet, de l'aveu implicite ou exprès de tous les moralistes,

une telle formule ne peut être acceptée que si elle est adéquate

à la réalité qu'elle exprime, c'est-à-dire si elle rend compte de

tous les faits dont la nature morale est incontestée. Ceux-là

même qui se passent ou croient se passer le plus de l'observation

et de l'expérience sont bien obligés, en fait, de soumettre leur

conclusion à ce contrôle, car ils n'ont pas d'autre moyen pour

en démontrer l'exactitude et pour réfuter leurs adversaires. « Si

l'on y regarde de près, dit très justement M. Janet, on verra que

dans la théorie des devoirs on fait bien plus appel à la conscience

des hommes et à la notion innée ou acquise qu'ils ont de leurs

devoirs qu'à tel ou tel principe abstrait... Ce qui le prouve, c'est

que dans la discussion contre les faux systèmes de morale on

puise toujours ses exemples, et par là ses arguments, dans les

devoirs que l'on suppose admis de part et d'autre... En un mot,

toute science doit reposer sur des faits. Or, les faits qui servent de

fondement à la morale, ce sont les devoirs généralement admis

ou tout au moins admis par ceux avec qui on discute ('). »

Or, de toutes les formules qui ont été données de la loi géné-

rale de la moralité, nous n'en connaissons pas une qui puisse

supporter celte vérification.

C'est en vain que Kant s'est efTorcé de déduire de son impé-

ratif catégorique cet ensemble de devoirs, mal définis sans doute,

mais universellement reconnus, qu'on appelle les devoirs de

(') Manuel de \)liUoso]thic, p. r)G'.>.

6 DE L\ DIVISION DU TRAVAII. SOCIAL.

charité. Son argumentation se réduit à un jeu de concepts (•);

elle peut se résumer ainsi: Nous n'agissons moralement que

quand la maxime de noire action peut être universalisée. Par

conséquent, pour qu'il fût moral de refuser notre assistance à nos

semblables quand ils en ont besoin, il faudrait que nous pussions

faire de la maxime égoïste une loi s'appliquant à tous les cas sans

exception. Or, nous ne pouvons la généraliser à ce point sans

nous contredire; car, en fait, toutes les fois que, personnellement,,

nous sommes dans la détresse, nous désirons être assistés. La cha-

rité est donc un devoir général de l'humanité, puisque l'égoïsme

est irrationnel. Mais, répondrons-nous, tout ce qui fait cette pré-

tendue irrationalité, c'est qu'il est en conflit avec le besoin que

nous ressentons parfois d'être secourus à notre tour, et il est, en

effet, certain que ces deux tendances se contredisent. Mais pour-

quoi serait-ce la seconde qui primerait la première? Sans doute,

pour rester d'accord avec soi-même, il faut choisir, une fois pour

toutes, entre ces deux conduites; mais il n'y a pas de raison pour

choisir l'une plutôt que l'autre. Il y a une tout autre manière de

Vorschaukapitelacte de sacrifice par lequel l'époux consent d'être un instrumentVorschau

de plaisir pour l'autre époux, est, par soi-même, immoral (^) et

ne perd ce caractère que s'il est racheté par un sacrifice sem-

blable et réciproque du second au premier. C'est ce troc de per-

sonnalités qui remet les choses en état et qui rétablit l'équilibre

moral !

Les difficultés ne sont pas moindres pour la morale de la per-

fection. Elle permet bien de comprendre pourquoi l'individu

{^) In diesem Akt niacht slch ein Mensch selbst zut' Sache; ivelches de))i

Récit te der Menscheit an seiner eigenen Personifiderstreitet. {Melapliysik

der Silten, l''- partie, § 25.)

8 DE LA DIVISION DU TRAVAIL SOCIAL.

doit chercher à étendre son être autant qu'il peut; mais pourquoi

songerait-il aux autres? Le perfectionnement d'autrui n'importe

pas à son perfectionnement propre. S'il reste conséquent avec

soi-même, il devra pratiquer l'égoïsme moral le plus intraitable.

C'est en vain que l'on fera remarquer que la sympathie, les

instincts de famille, les sentiments patriotiques comptent parmi

nos penchants naturels et même parmi les plus élevés, et qu'à ce

litre ils doivent être cultivés. Les devoirs que l'on pourrait, à la

rigueur, déduire d'une telle considération, ne ressemblent' en

rien à ceux, qui nous lient réellement à nos semblables; car

ceux-ci consistent dans des obligations de servir autrui et non de

le faire servir à notre perfectionnement personnel (')•

Pour échapper à cette conséquence, on a voulu concilier le

principe de la perfection avec un autre qui le complète et qu'on

a appelé le principe de la communauté d'essence. «Que l'on voie

dans l'humanité, dit M. Janet, un corps dont les individus sont

les membres, ou au contraire une association d'êtres semblables

et idéalement identiquos, toujours est-il qu'il faut reconnaître

dans la communauté humaine autre chose qu'une simple collec-

tion ou juxtaposition de parties, une rencontre d'atomes, un

agrégat mécanique et purement extérieur. Il y a entre les hom-

mes un lien interne, vinculum sociale, qui se manifeste par les

affections, par la sympathie, par le langage, par la société civile,

mais qui doit être quelque chose de plus profond que tout cela

et caché dans la dernière profondeur de Tessence humaine...

Les hommes étant liés par une communauté d'essence, nul ne

peut dire: Ce qui regarde autrui m'est indifférent (^). » Mais,

quoi qu'il en soit de cette solidarité, de sa nature et de ses

origines, on ne peut la poser que comme un fait et^^ela ne suffit

pas pour Tériger en devoir. Ce n'est pas assez de remarquer que

dans la réalité l'homme ne s'appartient pas tout ei^ier pour avoir

le droit d'en conclure qu'il ne doit pas s'appartenir tout entier.

(•) Nous empruntons cet argument à M. Janet, Morale, p. 123.

(2) ma., p. 12H25.

INTRODUCTION. 9

Sans doule nous sommes solidaires de nos voisins, de nos ancê-

tres, de noire passé; beaucoup de nos croyances, de nos senti-

ments, de nos actes ne sont pas nôtres mais nous viennent du

dehors. Mais où est la preuve que cette dépendance soit un bien?

Qu'est-ce qui en fait la valeur morale? Pourquoi ne serait-ce

pas, au contraire, un joug dont nous devons chercher à nous

débarrasser, et le devoir ne consislerail-il pas dans un complet

atïranchissement? C'était, on le sait, la doctrine des Stoïciens.

On répond que l'entreprise est irréalisable; mais encore faudrait-

il la tenter et la mener aussi loin que possible. Si vraiment le

succès ne peut être complet, il nous resterait à subir celte soli-

darité dans la mesure où nous ne pouvons l'empêcher. Mais de ce

qu'elle est peut-être inévitable, il ne suit pas qu'elle soit morale.

Cette conclusion parait surtout s'imposer quand on fait du per-

fectionnement personnel le principe du devoir. Dira-t-on que

je participe à tout ce que je fais pour les autres puisque, pour

Inhaltsverzeichnis

In dieser Ausgabe

  1. 01De la division du travail social
  2. 02I
  3. 03acte de sacrifice par lequel l'époux consent d'être un instrument
  4. 04II
  5. 05III
  6. 06IV
  7. 07LIVRE I
  8. 08LIVRE 1
  9. 09CHAPITRE I
  10. 10I
  11. 11II
  12. 12III
  13. 13CHAPITRE II
  14. 14I
  15. 15acte peut être désastreux pour une société sans encourir la
  16. 16chapitre V du Deuléronome. Mais c'est que le Penlaleuque,
  17. 17livre n'est qu'un tissu de légendes nationales, on peut être
  18. 18II
  19. 19acte de défense, quoique instinctif et irréiléchi. Nous ne nous
  20. 20CHAPITRE II. — I.A SOLIDARITl': MÉCANIQUE. 9^
  21. 21III
  22. 22IV
  23. 23chapitre prochain pourquoi nous propo.sons de l'appeler méca-
  24. 24CHAPITRE III
  25. 25I
  26. 26II
  27. 27IV
  28. 28chapitre et le précédent :
  29. 29CHAPITRE IV
  30. 30I
  31. 31II
  32. 32CHAPITRE IV. — AUTRE PREUVE DE CE QUI PRÉCÈDE. loi
  33. 33CHAPITRE IV. — AUTRE PREUVE DE CE QUI PRl'CÈDE. 15o
  34. 34CHAPITRE V
  35. 35I
  36. 36chapitre nous est doublement utile. Outre qu'elle a confirmé les
  37. 37II
  38. 38I
  39. 39II
  40. 40III
  41. 41IV
  42. 42CHAPITRE VI
  43. 43I
  44. 44CHAPITRE VI. — IMiOGRÈS DE LA SOLIDARITÉ OltGAMOUE. 197
  45. 45II
  46. 46CHAPITRE VI. — l'ROGRÈS PK LA SOMOAUn K ORGAMQUK. 201
  47. 47IV
  48. 48chapitre.
  49. 49CHAPITRE VII
  50. 50I
  51. 51I
  52. 52II
  53. 53acte de coopération, nous sommes engagés et raclion régulatrice
  54. 54CHAPITRE Vil. — SOLIDAiUïK OHGANIQUE ET CONTRAT. 239
  55. 55III
  56. 56IV
  57. 57CHAPITRE VII. — SOI.ID.MilTl'; OUGAMQUE ET CONTRAT. 251
  58. 58acte volontaire qu'ils ont pris naissance. Enlin, parce que ces
  59. 59I
  60. 60LIVRE II
  61. 61LIVRE II
  62. 62CHAPITRE I
  63. 63II
  64. 64III
  65. 65CHAPITRE ][
  66. 66II
  67. 67III
  68. 68IV
  69. 69chapitre comment il se fait qu'en liénéral la division du travail va de plus en
  70. 70II
  71. 71III
  72. 72IV
  73. 73CHAPITRE IV
  74. 74II
  75. 75CHAPITRE V
  76. 76II
  77. 77CHAPITRE V. — CONSÉQUEiNCES DE CE QUI PRÉCÈDE. 387
  78. 78LIVRE III
  79. 79LIVRE III
  80. 80CHAPITRE I
  81. 81CHAPITRE I. — DIVISION DU TIIAVAII. ANOMIOUE. 397
  82. 82CHAPITRE I. — DIVISION DU TRAVAIL ANOMIQLE. 39Î)
  83. 83II
  84. 84III
  85. 85CHAPITRE m. — DIVISION nu rnwAiL axomique. 415
  86. 86CHAPITRE II
  87. 87CHAPITRE II. — DIVISION TU TItAVAIL CONTRAINTC. 427
  88. 88II
  89. 89CHAPITRE 11. — niVISIOX DU THAYAIL CONTRAINTE. 431
  90. 90II

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