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Letteratura
On ne badine pas avec l’amour
Edizione BooksWhale in francese di Alfred de Musset
A sharp romantic comedy-drama in which pride, flirtation, religious idealism, and emotional cruelty turn courtship into tragedy.
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Introduzione al libro
On ne badine pas avec l’amour
Camille and Perdican return to their family estate carrying incompatible ideas about love. Their attempts to protect themselves become a dangerous performance that ensnares the innocent Rosette.
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On ne badine pas avec l’amour
Alfred de Musset
COMÉDIE EN TROIS ACTES. PERSONNAGES. Le Baron , père de Perdican. Camille, nièce du baron. Perdican, son fils. Dame Pluche, sa gouvernante. Maître Blazius , gouverneur de Perdican. Rosette, sœur de lait de Camille. Maître Bridaine, Curé. Paysans , Valets, etc. ACTE PREMIER. Scène première. (Une place devant le château.) Le Chœur Doucement bercé sur sa mule fringante, messer Blazius s’avance dans les bleuets fleuris, vêtu de neuf, l’écritoire au côté. Comme un poupon sur l’oreiller, il se ballotte sur son ventre rebondi, et, les yeux à demi fermés, il marmotte un
Pater noster dans son triple menton. Salut, maître Blazius ; vous arrivez au temps de la vendange, pareil à une amphore antique. Maître Blazius Que ceux qui veulent apprendre une nouvelle d’importance m’apportent ici premièrement un verre de vin frais. Le Chœur Voilà notre plus grande écuelle ; buvez, maître Blazius ; le vin est bon, vous parlerez après. Maître Blazius Vous saurez, mes enfants, que le jeune Perdican, fils de notre seigneur, vient d’atteindre à sa majorité, et qu’il est reçu docteur à Paris. Il revient aujourd’hui même au château, la bouche toute pleine de façons de parler si belles et si fleuries, qu’on ne sait que lui répondre les trois quarts du temps. Toute sa gracieuse personne est un livre d’or ; il ne voit pas un brin d’herbe à terre, qu’il ne vous dise comment cela s’appelle en latin ; et quand il fait du vent ou qu’il pleut, il vous dit tout clairement pourquoi. Vous ouvrirez des yeux grands comme la porte que voilà, de le voir dérouler un des parchemins qu’il a coloriés d’encres de toutes couleurs, de ses propres mains et sans en rien dire à personne. Enfin c’est un diamant fin des pieds à la tête, et voilà ce que je viens annoncer à M. le baron. Vous sentez que cela me fait quelque honneur, à moi, qui suis son gouverneur depuis l’âge de quatre ans ; ainsi donc, mes bons amis, apportez une chaise, que je descende un peu de cette mule-ci sans me casser le cou ; la bête est tant soit peu rétive, et je ne serais pas fâché de boire encore une gorgée avant d’entrer.
Le Chœur Buvez, maître Blazius, et reprenez vos esprits. Nous avons vu naître le petit Perdican, et il n’était pas besoin, du moment qu’il arrive, de nous en dire si long. Puissions-nous retrouver l’enfant dans le cœur de l’homme ! Maître Blazius Ma foi, l’écuelle est vide, je ne croyais pas avoir tout bu. Adieu ; j’ai préparé, en trottant sur la route, deux ou trois phrases sans prétention qui plairont à monseigneur ; je vais tirer la cloche.
(Il sort.) Le Chœur Durement cahotée sur son âne essoufflé, dame Pluche gravit la colline ; son écuyer transi gourdine à tour de bras le pauvre animal, qui hoche la tête, un chardon entre les dents. Ses longues jambes maigres trépignent de colère, tandis que de ses mains osseuses elle égratigne son chapelet. Bonjour donc, dame Pluche ; vous arrivez comme la fièvre, avec le vent qui fait jaunir les bois. Dame Pluche Un verre d’eau, canaille que vous êtes ! un verre d’eau et un peu de vinaigre !
Le Chœur D’où venez-vous, Pluche, ma mie ? Vos faux cheveux sont couverts de poussière ; voilà un toupet de gâté, et votre chaste robe est retroussée jusqu’à vos vénérables jarretières. Dame Pluche Sachez, manants, que la belle Camille, la nièce de votre maître, arrive aujourd’hui au château. Elle a quitté le couvent sur l’ordre exprès de monseigneur, pour venir en son temps et lieu recueillir, comme faire se doit, le bon bien qu’elle a de sa mère. Son éducation, Dieu merci, est terminée, et ceux qui la verront auront la joie de respirer une glorieuse fleur de sagesse et de dévotion. Jamais il n’y a rien eu de si pur, de si ange, de si agneau et de si colombe que cette chère nonnain ; que le seigneur Dieu du ciel la conduise ! Ainsi soit-il ! Rangez-vous, canaille ; il me semble que j’ai les jambes enflées.
Capitolo in anteprimaACTE DEUXIÈME. Scène première. (Un jardin.) Entrent Maître Blazius et Perdican . Maître Blazius Seigneur, votre père est au désespoir. Perdican Pourquoi cela ? Maître Blazius Vous n’ignorez pas qu’il avait formé le projet de vous unir à votre cousine Camille. Perdican Eh bien ? Je ne demande pas mieux. Maître Blazius Cependant le baron croit remarquer que vos caractères ne s’accordent pas. Perdican Cela est malheureux ; je ne puis refaire le mien.Anteprima
Maître Blazius Rendrez-vous par là ce mariage impossible ? Perdican Je vous répète que je ne demande pas mieux que d’épouser Camille. Allez trouver le baron et dites-lui cela. Maître Blazius Seigneur, je me retire : voilà votre cousine qui vient de ce côté. (Il sort. — Entre Camille.) Perdican Déjà levée, cousine ? J’en suis toujours pour ce que je t’ai dit hier ; tu es jolie comme un cœur. Camille Parlons sérieusement, Perdican ; votre père veut nous marier. Je ne sais ce que vous en pensez ; mais je crois bien faire en vous prévenant que mon parti est pris là-dessus.
Perdican Tant pis pour moi si je vous déplais. Camille Pas plus qu’un autre, je ne veux pas me marier : il n’y a rien là dont votre orgueil puisse souffrir. Perdican L’orgueil n’est pas mon fait ; je n’en estime ni les joies ni les peines. Camille Je suis venue ici pour recueillir le bien de ma mère ; je retourne demain au couvent. Perdican Il y a de la franchise dans ta démarche ; touche là et soyons bons amis. Camille
Je n’aime pas les attouchements. Perdican , lui prenant la main. Donne-moi ta main, Camille, je t’en prie. Que crains-tu de moi ? Tu ne veux pas qu’on nous marie ? eh bien ! ne nous marions pas ; est-ce une raison pour nous haïr ? ne sommes-nous pas le frère et la sœur ? Lorsque ta mère a ordonné ce mariage dans son testament, elle a voulu que notre amitié fût éternelle, voilà tout ce qu’elle a voulu. Pourquoi nous marier ? voilà ta main et voilà la mienne, et pour qu’elles restent unies ainsi jusqu’au dernier soupir, crois-tu qu’il nous faille un prêtre ? Nous n’avons besoin que de Dieu.
Camille Je suis bien aise que mon refus vous soit indifférent. Perdican Il ne m’est point indifférent, Camille. Ton amour m’eût donné la vie, mais ton amitié m’en consolera. Ne quitte pas le château demain ; hier, tu as refusé de faire un tour de jardin, parce que tu voyais en moi un mari dont tu ne voulais pas. Reste ici quelques jours, laisse-moi espérer que notre vie passée n’est pas morte à jamais dans ton cœur. Camille
Je suis obligée de partir. Perdican Pourquoi ? Camille C’est mon secret. Perdican En aimes-tu un autre que moi ? Camille Non ; mais je veux partir. Perdican Irrévocablement ? Camille Oui, irrévocablement. Perdican Eh bien ! adieu. J’aurais voulu m’asseoir avec toi sous les marronniers du petit bois et causer de bonne amitié une heure ou deux. Mais si cela te déplaît, n’en parlons plus ; adieu, mon enfant. (Il sort.) Camille
, à dame Pluche qui entre. Dame Pluche, tout est-il prêt ? Partirons-nous demain ? Mon tuteur a-t-il fini ses comptes ? Dame Pluche Oui, chère colombe sans tache. Le baron m’a traitée de pécore hier soir, et je suis enchantée de partir. Camille Tenez, voilà un mot d’écrit que vous porterez avant dîner, de ma part, à mon cousin Perdican. Dame Pluche Seigneur mon Dieu ! est-ce possible ? Vous écrivez un billet à un homme ?
Camille Ne dois-je pas être sa femme ? je puis bien écrire à mon fiancé. Dame Pluche Le seigneur Perdican sort d’ici. Que pouvez-vous lui écrire ? Votre fiancé, miséricorde ! Serait-il vrai que vous oubliiez Jésus ? Camille Faites ce que je vous dis, et disposez tout pour notre départ. (Elles sortent.) Scène II. (La salle à manger. — On met le couvert.) Entre Maître Bridaine . Cela est certain, on lui donnera encore aujourd’hui la place d’honneur. Cette chaise que j’ai occupée si longtemps à la droite du baron sera la proie du gouverneur. Ô malheureux que je suis ! Un âne bâté, un ivrogne sans pudeur, me relègue au bas bout de la table ! Le majordome lui versera le premier verre de malaga, et lorsque les plats arriveront à moi, ils seront à moitié froids, et les meilleurs morceaux déjà avalés ; il ne restera plus autour des perdreaux ni choux ni carottes. Ô sainte Église catholique ! Qu’on lui ait donné cette place hier, cela se concevait ; il venait d’arriver ; c’était la première fois, depuis nombre d’années, qu’il s’asseyait à cette table. Dieu ! comme il dévorait ! Non, rien ne me restera que des os et des pattes de poulet. Je ne souffrirai pas cet affront. Adieu, vénérable fauteuil où je me suis renversé tant de fois gorgé de mets succulents ! Adieu, bouteilles cachetées, fumet sans pareil de venaisons cuites à point ! Adieu, table splendide, noble salle à manger, je ne dirai plus le bénédicité ! Je
Indice
In questa edizione
- 01Full text
- 02ACTE DEUXIÈME. Scène première. (Un jardin.) Entrent Maître Blazius et Perdican . Maître Blazius Seigneur, votre père est au désespoir. Perdican Pourquoi cela ? Maître Blazius Vous n’ignorez pas qu’il avait formé le projet de vous unir à votre cousine Camille. Perdican Eh bien ? Je ne demande pas mieux. Maître Blazius Cependant le baron croit remarquer que vos caractères ne s’accordent pas. Perdican Cela est malheureux ; je ne puis refaire le mien.
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