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フランス語 エディション

哲学

Le Jardin d’Épicure

フランス語 BooksWhale エディション · Anatole France

Essais élégants sur la connaissance, le doute, le langage, la morale, la science et l’esprit critique fin-de-siècle.

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Le Jardin d’Épicure

Le Jardin d’Épicure est une œuvre du domaine public soigneusement sélectionnée. Essais élégants sur la connaissance, le doute, le langage, la morale, la science et l’esprit critique fin-de-siècle. Cette édition BooksWhale privilégie un titre clair, des métadonnées exactes et une présentation utile aux lecteurs de classiques.

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Le Jardin d’Épicure

Anatole France

Anatole France

Le Jardin D'Épicure

Nous avons peine à nous figurer l'état d'esprit d'un homme d'autrefois qui croyait fermement que la terre était le centre du monde et que tous les astres tournaient autour d'elle. Il sentait sous ses pieds s'agiter les damnés dans les flammes, et peut-être avait-il vu de ses yeux et senti par ses narines la fumée sulfureuse de l'enfer, s'échappant par quelque fissure de rocher. En levant la tête, il contemplait les douze sphères, celle des éléments, qui renferme l'air et le feu, puis les sphères de la Lune, de Mercure, de Vénus, que visita Dante, le vendredi saint de l'année 1300, puis celles du Soleil, de Mars, de Jupiter et de Saturne, puis le firmament incorruptible auquel les étoiles étaient suspendues comme des lampes. La pensée prolongeant cette contemplation, il découvrait par delà, avec les yeux de l'esprit, le neuvième ciel où des saints furent ravis, le _primum mobile_ ou cristallin, et enfin l'Empyrée, séjour des bienheureux vers lequel, après la mort, deux anges vêtus de blanc (il en avait la ferme espérance) porteraient comme un petit enfant son âme lavée par le baptême et parfumée par l'huile des derniers sacrements. En ce temps-là, Dieu n'avait pas d'autres enfants que les hommes, et toute sa création était aménagée d'une façon à la fois puérile et poétique, comme une immense cathédrale. Ainsi conçu, l'univers était si simple, qu'on le représentait au complet, avec sa vraie figure et son mouvement, dans certaines grandes horloges machinées et peintes.

C'en est fait des douze cieux et des planètes sous lesquelles on naissait heureux ou malheureux, jovial ou saturnien. La voûte solide du firmament est brisée. Notre oeil et notre pensée se plongent dans les abîmes infinis du ciel. Au delà des planètes, nous découvrons, non plus l'Empyrée des élus et des anges, mais cent millions de soleils roulant, escortés de leur cortège d'obscurs satellites, invisibles pour nous. Au milieu de cette infinité de mondes, notre soleil à nous n'est qu'une bulle de gaz et la terre une goutte de boue. Notre imagination s'irrite et s'étonne quand on nous dit que le rayon lumineux qui nous vient de l'étoile polaire était en chemin depuis un demi-siècle et que pourtant cette belle étoile est notre voisine et qu'elle est, avec Sirius et Arcturus, une des plus proches soeurs de notre soleil. Il est des étoiles que nous voyons encore dans le champ du télescope et qui sont peut-être éteintes depuis trois mille ans.

Les mondes meurent, puisqu'ils naissent. Il en naît, il en meurt sans cesse. Et la création, toujours imparfaite, se poursuit dans d'incessantes métamorphoses. Les étoiles s'éteignent sans que nous puissions dire si ces filles de lumière, en mourant ainsi, ne commencent point comme planètes une existence féconde, et si les planètes elles-mêmes ne se dissolvent pas pour redevenir des étoiles. Nous savons seulement qu'il n'est pas plus de repos dans les espaces célestes que sur la terre, et que la loi du travail et de l'effort régit l'infinité des mondes.

Il y a des étoiles qui se sont éteintes sous nos yeux, d'autres vacillent comme la flamme mourante d'une bougie. Les cieux, qu'on croyait incorruptibles, ne connaissent d'éternel que l'éternel écoulement des choses.

Que la vie organique soit répandue dans tous les univers, c'est ce dont il est difficile de douter, à moins pourtant que la vie organique ne soit qu'un accident, un malheureux hasard, survenu déplorablement dans la goutte de boue où nous sommes.

Mais on croira plutôt que la vie s'est produite sur les planètes de notre système, soeurs de la terre et filles comme elle du soleil, et qu'elle s'y est produite dans des conditions assez analogues à celles dans lesquelles elle se manifeste ici, sous les formes animale et végétale. Un bolide nous est venu du ciel, contenant du carbone. Pour nous convaincre avec plus de grâce, il faudrait que les anges, qui apportèrent à sainte Dorothée des fleurs du Paradis, revinssent avec leurs célestes guirlandes. Mars selon toute apparence est habitable pour des espèces d'êtres comparables aux animaux et aux plantes terrestres. Il est probable qu'étant habitable, il est habité. Tenez pour assur qu'on s'y entre-dévore à l'heure qu'il est.

プレビュー章SUR LES COUVENTS DE FEMMESプレビュー

Il est pénible de voir une jeune fille mourir volontairement au monde. Le couvent effraye tout ce qui n'y entre pas. Au milieu du XIVe siècle de l'ère chrétienne, une jeune Romaine nommée Blésilla fit dans un monastère de tels jeûnes qu'elle en mourut. Le peuple furieux, suivit le cercueil en criant: «Chassons, chassons de la ville cette détestable race des moines! Pourquoi ne les lapide-t-on pas? Pourquoi ne les jette-t-on pas dans la rivière?» Et lorsque, quatorze cents ans plus tard, Chateaubriand exalta, par la bouche du père Aubry, les filles qui ont «sanctifié leur beauté aux chefs-d'oeuvre de la pénitence et mutilé cette chair révoltée dont les plaisirs ne sont que des douleurs», l'abbé Morellet, qui était un vieux philosophe, entendit avec impatience ces louanges de la vie cénobitique et s'écria: «Si ce n'est pas là du fanatisme, je demande à l'auteur de me donner sa définition!» Que nous enseignent ces interminables querelles, sinon que la vie religieuse fait peur la nature et que cependant elle a des raisons d'être et de durer? Le peuple et les philosophes n'entrent pas toujours dans ces raisons. Elles sont profondes et touchent aux plus grands mystères de la nature humaine. Le cloître a été pris d'assaut et renversé. Ses ruines désertes se sont repeuplées. Certaines âmes y vont par une pente naturelle; ce sont des âmes claustrales. Parce qu'elles sont inhumaines et pacifiques, elles quittent le monde et descendent avec joie dans le silence et la paix. Plusieurs sont nées lasses; elles n'ont point de curiosité. Elles se traînent inertes et sans désir. Ne sachant ni vivre ni mourir, elles embrassent la vie religieuse comme une moindre vie et comme une moindre mort. D'autres sont amenées au cloître par des raisons détournées. Elles ne prévoyaient pas le but. Innocentes blessées, une déception précoce, un deuil secret du coeur, leur a gâté l'univers. Leur vie ne portera point de fruits; le froid en a séché la fleur. Elles ont eu trop tôt le sentiment du mal universel. Elles se cachent pour pleurer. Elles veulent qu'on les oublie. Elles veulent oublier... Ou plutôt, elles aiment leur douleur et elles la mettent à l'abri des hommes et des choses. Il en est d'autres enfin qu'attire au couvent le zèle du sacrifice et qui veulent se donner tout entières, dans un abandon plus grand encore que celui de l'amour. Celles-là, plus rares, sont les vraies épouses de Jésus-Christ. L'Église leur prodigue les doux noms de lis et de rose, de colombe et d'agneau: elle leur promet, par la bouche de la Reine des Vierges, la couronne d'étoiles et le trône de candeur. Mais prenons garde de renchérir sur les théologiens. Aux époques de foi, on ne s'échauffait guère sur les vertus mystiques des religieuses. Je ne parle pas du peuple, à qui les nonnes ont toujours été suspectes et qui a fait sur elles des contes joyeux. Je parle du clergé séculier, dont les jugements étaient fort mélangés. N'oublions pas que la poésie des cloîtres date de Chateaubriand et de Montalembert.

Il faut aussi considérer que les communautés diffèrent tout fait selon les temps et les pays et qu'on ne peut les réunir toutes dans un même jugement. Le couvent fut longtemps en Occident la ferme, l'école, l'hôpital et la bibliothèque. Il y eut des couvents pour conserver la science, d'autres pour conserver l'ignorance. Il y en eut pour le travail comme pour l'oisiveté.

J'ai visité, il y a quelques années, la montagne sur laquelle sainte Odile, fille d'un duc d'Alsace, éleva au milieu du XIIe siècle un monastère dont la mémoire est restée dans l'âme du peuple alsacien. Cette fille forte chercha et trouva les moyens d'adoucir autour d'elle le grand mal de vivre dont souffraient alors les pauvres gens. Aidée par d'habiles collaboratrices et servie par des serfs nombreux, elle défricha, cultiva les terres, éleva des bestiaux, mit les récoltes à l'abri des pillards. Elle fut prévoyante pour les imprévoyants. Elle enseigna la sobriét aux buveurs de cervoise, la douceur aux violents, une bonne économie à tous. Est-il possible de découvrir une ressemblance entra ces vierges robustes et pures des temps barbares, ces royales métayères, et les abbesses qui, sous Louis XV, mettaient des mouches pour aller à l'office et parfumaient de poudre à la maréchale les lèvres des abbés qui leur baisaient les doigts?

プレビュー章SUR LE MIRACLEプレビュー

Il ne faut pas dire: Le miracle n'est pas, parce qu'il n'a pas été démontré. Les orthodoxes pourraient toujours en appeler une instruction plus complète. La vérité c'est que le miracle ne saurait être constaté ni aujourd'hui ni demain, parce que constater le miracle, ce sera toujours apporter une conclusion prématurée. Un instinct profond nous dit que tout ce que la nature renferme dans son sein est conforme à ses lois ou connues ou mystérieuses. Mais, quand bien même il ferait taire son pressentiment, l'homme ne pourra jamais dire: «Tel fait est au delà des frontières de la nature». Nos explorations ne pousseront jamais jusque-là. Et, s'il est de l'essence du miracle d'échapper à la connaissance, tout dogme qui l'atteste invoque un témoin insaisissable, qui se dérobera jusqu'à la fin des siècles. Le miracle est une conception enfantine qui ne peut subsister dès que l'esprit commence à se faire une représentation systématique de la nature. La sagesse grecque n'en supportait point l'idée. Hippocrate disait, en parlant de l'épilepsie: «Ce mal est nommé divin; mais toutes les maladies sont divines et viennent également des dieux». Il parlait en philosophe naturaliste. La raison humaine est moins ferme aujourd'hui. Ce qui me fâche surtout, c'est qu'on dise: «Nous ne croyons pas aux miracles, parce que aucun n'est prouvé.

Étant à Lourdes, au mois d'août, je visitai la grotte o d'innombrables béquilles étaient suspendues, en signe de guérison. Mon compagnon me montra du doigt ces trophées d'infirmerie et murmura à mon oreille:

--Une seule jambe de bois en dirait bien davantage.

C'est une parole de bon sens; mais philosophiquement la jambe de bois n'aurait pas plus de valeur qu'une béquille. Si un observateur d'un esprit vraiment scientifique était appel constater que la jambe coupée d'un homme s'est reconstituée subitement dans une piscine ou ailleurs, il ne dirait point: «Voilà un miracle!» Il dirait: «Une observation jusqu'à présent unique tend à faire croire qu'en des circonstances encore indéterminées les tissus d'une jambe humaine ont la propriété de se reconstituer comme les pinces des homards, les pattes des écrevisses et la queue des lézards, mais beaucoup plus rapidement. C'est là un fait de nature en contradiction apparente avec plusieurs autres faits de nature. Celle contradiction résulte de notre ignorance, et nous voyons clairement que la physiologie des animaux est à refaire, ou, pour mieux dire, qu'elle n'a jamais été faite. Il n'y a guère plus de deux cents ans que nous avons une idée de la circulation du sang. Il y a un siècle à peine que nous savons ce que c'est que de respirer.

Il y aurait, j'en conviens, quelque fermeté à parler de la sorte. Mais le savant ne doit s'étonner de rien. Disons que, d'ailleurs, aucun d'eux n'a jamais été mis à pareille épreuve et que rien ne fait craindre un prodige de ce genre. Les guérisons miraculeuses que les médecins ont pu constater s'accordent toutes très bien avec la physiologie. Jusqu'ici les sépultures des saints, les fontaines et les grottes sacrées n'ont jamais agi que sur des malades atteints d'affections ou curables ou susceptibles de rémission instantanée. Mais vit-on un mort ressusciter, le miracle ne serait prouvé que si nous savions ce que c'est que la vie et que la mort, et nous ne le saurons jamais.

On nous définit le miracle: une dérogation aux lois de la nature. Nous ne les connaissons pas; comment saurions-nous qu'un fait y déroge?

--Mais nous connaissons quelques-unes de ces lois?

--Oui, nous avons surpris quelque rapport des choses. Mais, ne saisissant pas toutes les lois naturelles, nous n'en saisissons aucune, puisqu'elles s'enchaînent.

--Encore pourrions-nous constater le miracle dans ces séries de rapports que nous avons surpris.

--Nous ne le pourrions pas avec une certitude philosophique. D'ailleurs, c'est précisément les séries qui nous apparaissent comme les plus fixes et les mieux déterminées que le miracle interrompt le moins. Le miracle n'entreprend rien, par exemple, contre la mécanique céleste. Il ne s'exerce point sur le cours des astres et jamais il n'avance ni ne retarde une éclipse calculée. Il se joue volontiers, au contraire, dans les ténèbres de la pathologie interne et se plaît surtout aux maladies nerveuses. Mais ne mêlons point une question de fait à la question de principe. En principe, le savant est inhabile constater un fait surnaturel. Cette constatation suppose une connaissance totale et absolue de la nature qu'il n'a point et n'aura jamais, et que personne n'eut au monde. C'est parce que je n'en croirais pas nos plus habiles oculistes sur la guérison miraculeuse d'un aveugle, qu'à plus forte raison je n'en crois pas non plus saint Mathieu et saint Marc qui n'étaient pas oculistes. Le miracle est par définition méconnaissable et inconnaissable.

目次

このエディションの内容

  1. 01Full text
  2. 02SUR LES COUVENTS DE FEMMES
  3. 03SUR LE MIRACLE
  4. 04CHÂTEAUX DE CARTES
  5. 05AUX CHAMPS-ÉLYSÉES
  6. 06ORIGÈNE.
  7. 07SAINT AUGUSTIN.
  8. 08HEGEL
  9. 09SCHOPENHAUER.
  10. 10UN POLYNÉSIEN.
  11. 11UNE FLORIDIENNE
  12. 12DESCARTES.
  13. 13LAMETTRIE.
  14. 14MINOS.
  15. 15LE GRAND ALBERT.
  16. 16BAS-DE-CUIR.
  17. 17LE RABBIN MAIMONIDE.
  18. 18SAINT AUGUSTIN.
  19. 19ORIGÈNE.
  20. 20JEAN SCOTT.
  21. 21BOSSUET.
  22. 22SAINT-AUGUSTIN.
  23. 23SUMANGALA.
  24. 24L'ECCLÉSIASTE.
  25. 25TACITE.
  26. 26CICÉRON.
  27. 27SOCRATE.
  28. 28VICTOR COUSIN.
  29. 29SÉNÈQUE.
  30. 30PLATON.
  31. 31PAPINIEN.
  32. 32UN ESQUIMAU.
  33. 33UN BOUDDHISTE CHINOIS.
  34. 34LE VIEILLARD DE TARENTE.
  35. 35DESCARTES ET MALEBRANCHE.
  36. 36ARISTOTE.
  37. 37ÉPICURE.
  38. 38PYRRHON.
  39. 39CLAUDE BERNARD.
  40. 40ARISTE.
  41. 41POLYPHILE.
  42. 42ARISTE.
  43. 43POLYPHILE.
  44. 44ARISTE.
  45. 45POLYPHILE.
  46. 46ARISTE.
  47. 47POLYPHILE.
  48. 48ARISTE.
  49. 49POLYPHILE.
  50. 50ARISTE.
  51. 51POLYPHILE.
  52. 52ARISTE.
  53. 53POLYPHILE.
  54. 54ARISTE.
  55. 55POLYPHILE.
  56. 56ARISTE.
  57. 57POLYPHILE.
  58. 58ARISTE.
  59. 59POLYPHILE.
  60. 60ARISTE.
  61. 61POLYPHILE.
  62. 62ARISTE.
  63. 63POLYPHILE.
  64. 64ARISTE.
  65. 65POLYPHILE.
  66. 66ARISTE.
  67. 67POLYPHILE.
  68. 68ARISTE.
  69. 69POLYPHILE.
  70. 70ARISTE.
  71. 71POLYPHILE.
  72. 72ARISTE.
  73. 73POLYPHILE.
  74. 74ARISTE.
  75. 75LE PRIEUR
  76. 76FIN

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