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Les Mémoires d’un âne
フランス語 BooksWhale エディション · Comtesse de Ségur
Cadichon raconte ses aventures auprès des humains et découvre, entre cruauté et amitié, les conséquences de la vengeance et du pardon.
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本の紹介
Les Mémoires d’un âne
Cadichon, un âne doué de mémoire et de jugement, raconte les maîtres et les enfants qu’il a rencontrés. Ses aventures opposent les traitements cruels aux gestes de bonté, sans effacer ses propres accès de vanité et de vengeance. La Comtesse de Ségur utilise la voix de l’animal pour interroger l’empathie, la responsabilité et la possibilité de changer de conduite.
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Comtesse de Ségur est morte en 1874. La première publication de Les Mémoires d’un âne remonte à 1860.
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Les Mémoires d’un âne
Comtesse de Ségur
À MON PETIT MAÎTRE
M. HENRI DE SÉGUR
Mon petit Maître, vous avez été bon pour moi, mais vous avez parlé avec mépris des ânes en général. Pour mieux vous faire connaître ce que sont les ânes, j'écris et je vous offre ces Mémoires. Vous verrez, mon cher petit Maître, comment moi, pauvre âne, et mes amis ânes, ânons et ânesses, nous avons été et nous sommes injustement traités pas les hommes. Vous verrez que nous avons beaucoup d'esprit et beaucoup d'excellentes qualités; vous verrez aussi combien j'ai été méchant dans ma jeunesse, combien j'en ai été puni et malheureux, et comme le repentir m'a changé et m'a rendu l'amitié de mes camarades et de mes maîtres. Vous verrez enfin que lorsqu'on aura lu ce livre, au lieu de dire: Bête comme un âne, ignorant comme un âne, têtu comme un âne, on dira: de l'esprit comme un âne, savant comme un âne, docile comme un âne, et que vous et vos parents vous serez fiers de ces éloges.
Hi! han! mon bon Maître; je vous souhaite de ne pas ressembler, dans la première moitié de sa vie, à votre fidèle serviteur,
CADICHON,
Âne savant.
プレビュー章I — LE MARCHÉプレビュー
Je ne me souviens pas de mon enfance; je fus probablement malheureux comme tous les ânons, joli, gracieux comme nous le sommes tous; très certainement je fus plein d'esprit, puisque, tout vieux que je suis, j'en ai encore plus que mes camarades. J'ai attrapé plus d'une fois mes pauvres maîtres, qui n'étaient que des hommes, et qui, par conséquent, ne pouvaient pas avoir l'intelligence d'un âne.
Je vais commencer par vous raconter un des tours que je leur ai joués dans le temps de mon enfance:
Les hommes n'étant pas tenus de savoir tout ce que savent les ânes, vous ignorez sans doute, vous qui lisez ce livre, ce qui est connu de tous les ânes mes amis: c'est que tous les mardis il y a dans la ville de Laigle un marché où l'on vend des légumes, du beurre, des oeufs, du fromage, des fruits et autres choses excellentes. Ce mardi est un jour de supplice pour mes pauvres confrères; il l'était pour moi aussi avant que je fusse acheté par ma bonne vieille maîtresse, votre grand'mère, chez laquelle je vis maintenant. J'appartenais à une fermière exigeante et méchante. Figurez-vous, mon cher petit maître, qu'elle poussait la malice jusqu'à ramasser tous les oeufs que pondaient ses poules, tout le beurre et les fromages que lui donnait le lait de ses vaches, tous les légumes et fruits qui mûrissaient dans la semaine, pour remplir des paniers qu'elle mettait sur mon dos.
Et quand j'étais si chargé que je pouvais à peine avancer, cette méchante femme s'asseyait encore au-dessus des paniers et m'obligeait à trotter ainsi écrasé, accablé, jusqu'au marché de Laigle, qui était à une lieue de la ferme. J'étais toutes les fois dans une colère que je n'osais montrer, parce que j'avais peur des coups de bâton; ma maîtresse en avait un très gros, plein de noeuds, qui me faisait bien mal quand elle me battait. Chaque fois que je voyais, que j'entendais les préparatifs du marché, je soupirais, je gémissais, je brayais même dans l'espoir d'attendrir mes maîtres.
—Allons, grand paresseux, me disait-on en venant me chercher, Vas-tu te taire, et ne pas nous assourdir avec ta vilaine grosse voix. Hi! han! hi! han! voilà-t-il une belle musique que tu nous fais! Jules, mon garçon, approche ce fainéant près de la porte, que ta mère lui mette sa charge sur le dos!... Là! un panier d'oeufs! encore un!... Les fromages, le beurre... les légumes maintenant!... C'est bon! voilà une bonne charge qui va nous donner quelques pièces de cinq francs. Mariette, ma fille, apporte une chaise, que ta mère monte là-dessus!... Très bien! Allons, bon voyage, ma femme, et fais marcher ce fainéant de bourri. Tiens, v'là ton gourdin, tape dessus.
—Pan! pan!
—C'est bien; encore quelques caresses de ce genre, et il marchera.
—Vlan! Vlan!
Le bâton ne cessait de me frotter les reins, les jambes, le cou; je trottais, je galopais presque; la fermière me battait toujours. Je fus indigné de tant d'injustice et de cruauté; j'essayai de ruer pour jeter ma maîtresse par terre, mais j'étais trop chargé; je ne pus que sautiller et me secouer de droite et de gauche. J'eus pourtant le plaisir de la sentir dégringoler. «Méchant âne! sot animal! entêté! Je vais te corriger et te donner du Martin-bâton.»
En effet, elle me battit tellement que j'eus peine à marcher jusqu'à la ville. Nous arrivâmes enfin. On ôta de dessus mon pauvre dos écorché tous les paniers pour les poser à terre; ma maîtresse, après m'avoir attaché à un poteau, alla déjeuner, et moi, qui mourais de faim et de soif, on ne m'offrit pas seulement un brin d'herbe, une goutte d'eau. Je trouvai moyen de m'approcher des légumes pendant l'absence de la fermière, et je me rafraîchis la langue en me remplissant l'estomac avec un panier de salades et de choux. De ma vie je n'en avais mangé de si bons; je finissais le dernier chou et la dernière salade lorsque ma maîtresse revint. Elle poussa un cri en voyant son panier vide; je la regardai d'un air insolent et si satisfait, qu'elle devina le crime que j'avais commis. Je ne vous répéterai pas les injures dont elle m'accabla. Elle avait très mauvais ton, et lorsqu'elle était en colère, elle jurait et disait des choses qui me faisaient rougir, tout âne que je suis. Après donc m'avoir tenu les propos les plus humiliants, auxquels je ne répondais qu'en me léchant les lèvres et en lui tournant le dos, elle prit son bâton et se mit à me battre si cruellement que je finis par perdre patience, et que je lui lançai trois ruades, dont la première lui cassa le nez et deux dents, la seconde lui brisa le poignet, et la troisième l'attrapa à l'estomac et la jeta par terre. Vingt personnes se précipitèrent sur moi en m'accablant de coups et d'injures. On emporta ma maîtresse je ne sais où, et l'on me laissa attaché au poteau près duquel étaient étalées les marchandises que j'avais apportées. J'y restai longtemps; voyant que personne ne songeait à moi, je mangeai un second panier plein d'excellents légumes, je coupai avec mes dents la corde qui me retenait, et je repris tout doucement le chemin de ma ferme.
プレビュー章II — LA POURSUITEプレビュー
Le lendemain, après avoir mangé et bu, je songeai à mon bonheur.
«Me voici sauvé, pensais-je; jamais on ne me retrouvera, et dans deux jours, quand je serai bien reposé, j'irai plus loin encore.»
A peine avais-je fini cette réflexion, que j'entendis l'aboiement lointain d'un chien, puis d'un second; quelques instants après, je distinguai les hurlements de toute une meute.
Inquiet, un peu effrayé même, je me levai et je me dirigeai vers un petit ruisseau que j'avais remarqué le matin. A peine y étais-je entré, que j'entendis la voix de Jules parlant aux chiens.
«Allons, allons, mes chiens, cherchez bien, trouvez-moi ce misérable âne, mordez-le, déchirez-lui les jambes, et ramenez-le moi, que j'essaye mon fouet sur son dos.»
La frayeur manqua me faire tomber; mais je réfléchis aussitôt qu'en marchant dans l'eau les chiens ne pourraient plus sentir la trace de mes pas; je me mis donc à courir dans le ruisseau, qui était heureusement bordé des deux côtés de buissons très épais. Je marchai sans m'arrêter pendant fort longtemps; les aboiements des chiens s'éloignaient ainsi que la voix du méchant Jules: je finis par ne plus rien entendre.
Haletant, épuisé, je m'arrêtai un instant pour boire; je mangeai quelques feuilles de buissons; mes jambes étaient raides de froid, mais je n'osais par sortir de l'eau, j'avais peur que les chiens ne vinssent jusque-là et ne sentissent l'odeur de mes pas. Quand je fus un peu reposé, je recommençai à courir, suivant toujours le ruisseau, jusqu'à ce que je fusse sorti de la forêt. Je me trouvai alors dans une grande prairie où paissaient plus de cinquante boeufs. Je me couchai au soleil dans un coin de l'herbage; les boeufs ne faisaient aucune attention à moi, de sorte que je pus manger et me reposer à mon aise.
Vers le soir, deux hommes entrèrent dans la prairie.
—Frère, dit le plus grand des deux, si nous rentrions les boeufs cette nuit? On dit qu'il y a des loups dans le bois.
—Des loups? Qui est-ce qui t'a dit cette bêtise?
—Des gens de Laigle. On raconte que l'âne de la ferme des Haies a été emporté et dévoré dans la forêt.
—Bah! laisse donc. Ils sont si méchants, les gens de cette ferme, qu'ils auront fait mourir leur âne à force de coups.
—Et pourquoi donc qu'ils diraient que le loup l'a mangé?
—Pour qu'on ne sache pas qu'ils l'ont tué.
—Tout de même il vaudrait mieux rentrer nos boeufs.
—Fais comme tu voudras, frère; je ne tiens ni à oui ni à non.
Je ne bougeais pas dans mon coin, tant j'avais peur qu'on ne me vît. L'herbe était haute et me cachait, fort heureusement; les boeufs ne se trouvaient pas du côté où j'étais étendu; on les fit marcher vers la barrière, et puis à la ferme où demeuraient leurs maîtres.
Je n'avais pas peur des loups, parce que l'âne dont on parlait c'était moi-même, et que je n'avais pas vu la queue d'un loup dans la forêt où j'avais passé la nuit. Je dormis donc à merveille, et je finissais mon déjeuner quand les boeufs rentrèrent dans la prairie: deux gros chiens les menaient. Je les regardais tranquillement, lorsqu'un des chiens m'aperçut, aboya d'un air menaçant, et courut vers moi; son compagnon le suivit. Que devenir? Comment leur échapper? Je m'élançai sur les palissades qui entouraient la prairie; le ruisseau que j'avais suivi la traversait; je fus assez heureux pour sauter par-dessus, et j'entendis la voix d'un des hommes de la veille qui rappelait ses chiens. Je continuai mon chemin tout doucement, et je marchai jusqu'à une autre forêt, dont j'ignore le nom. Je devais être à plus de dix lieues de la ferme des Haies: j'étais donc sauvé; personne ne me connaissait, et je pouvais me montrer sans craindre d'être ramené chez mes anciens maîtres.
目次
このエディションの内容
- 01Full text
- 02I — LE MARCHÉ
- 03II — LA POURSUITE
- 04III — LES NOUVEAUX MAÎTRES
- 05IV — LE PONT
- 06V — LE CIMETIÈRE
- 07VI — LA CACHETTE
- 08VII — LE MÉDAILLON
- 09VIII — L'INCENDIE
- 10IX — LA COURSE D'ÂNES
- 11X — LES BONS MAÎTRES
- 12XI — CADICHON MALADE
- 13XII — LES VOLEURS
- 14XIII — LES SOUTERRAINS
- 15XIV — THÉRÈSE
- 16XV — LA CHASSE
- 17XVI — MÉDOR
- 18XVII — LES ENFANTS DE L'ÉCOLE
- 19XVIII — LE BAPTÊME
- 20XIX — L'ÂNE SAVANT
- 21XX — LA GRENOUILLE
- 22XXI — LE PONEY
- 23XXII — LA PUNITION
- 24XXIII — LA CONVERSION
- 25XXIV — LES VOLEURS
- 26XXV — LA RÉPARATION
- 27XXVI — LE BATEAU
- 28CONCLUSION