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Gargantua et Pantagruel
法语 BooksWhale 版本 · François Rabelais
Gargantua et Pantagruel explore éducation, pouvoir, guerre, langage, rire et liberté de penser.
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Gargantua et Pantagruel
François Rabelais construit l’œuvre autour de éducation, pouvoir, guerre, langage, rire et liberté de penser; les scènes et les idées éclairent les tensions de son époque.
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Gargantua et Pantagruel
François Rabelais
— Par Dieu, seigneur, dit Panurge, je ne vous en mentirai de mot. Les paillards Turcs m’avaient mis en broche tout lardé, comme un connil[11], car j’étais tant eximé[12] qu’autrement de ma chair eût été fort mauvaise viande, et en ce point me faisaient rôtir tout vif. Ainsi, comme ils me rôtissaient, je me recommandais à la grâce divine, ayant en mémoire le bon saint Laurent, et toujours espérais en Dieu qu’il me délivrerait de ce tourment, ce qui fut fait bien étrangement. Car ainsi que me recommandais bien de bon cœur à Dieu, criant : « Seigneur Dieu, aide-moi ! Seigneur Dieu, sauve-moi ! Seigneur Dieu, ôte-moi de ce tourment auquel ces traîtres chiens me détiennent pour la maintenance de ta loi, » le rôtisseur s’endormit par le vouloir divin, ou bien de quelque bon Mercure qui endormit cautement[13] Argus qui avait cent yeux.
« Quand je vis qu’il ne me tournait plus en rôtissant, je le regarde et vois qu’il s’endort. Lors je prends avec les dents un tison par le bout où il n’était point brûlé et vous le jette au giron de mon rôtisseur, et un autre je jette le mieux que je peux sous un lit de camp qui était auprès de la cheminée, où était la paillasse de monsieur mon rôtisseur. Incontinent le feu se prit à la paille et de la paille au lit et du lit au solier[14] qui était embrunché[15] de sapin, fait à queues de lampes[16]. Mais le bon fut que le feu que j’avais jeté au giron de mon paillard rôtisseur lui brûla tout le pénil et se prenait aux couillons, sinon qu’il n’était tant punais qu’il ne le sentit plus tôt que le jour, et debout, étourdi, se levant, cria à la fenêtre tant qu’il put : « Dal baroth ! dal baroth ! » qui veut autant à dire comme : « Au feu ! au feu ! » Et vint droit à moi pour me jeter du tout au feu, et déjà avait coupé les cordes dont on m’avait lié les mains et coupait les liens des pieds. Mais le maître de la maison, oyant[17] le cri du feu et sentant jà la fumée de la rue où il se pormenait avec quelques autres bachas et musaffis[18], courut tant qu’il put y donner secours et pour emporter les bagues[19].
« De pleine arrivée, il tire la broche où j’étais embroché et tua tout raide mon rôtisseur, dont il mourut là par faute de gouvernement[20] ou autrement, car il lui passa la broche un peu au-dessus du nombril vers le flanc droit, et lui perça la tierce lobe du foie, et le coup haussant lui pénétra le diaphragme et par à travers la capsule du cœur lui sortit la broche par le haut des épaules, entre les spondyles et l’omoplate senestre. Vrai est qu’en tirant la broche de mon corps, je tombai à terre près des landiers et me fis un peu de mal à la chute, toutefois non grand, car les lardons soutinrent le coup. Puis voyant mon bacha que le cas était désespéré et que sa maison était brûlée sans rémission et tout son bien perdu, se donna à tous les diables, appelant Grilgoth, Astarost, Rapalus et Gribouillis par neuf fois.
« Quoi voyant, j’eus de peur pour plus de cinq sols, craignant : Les diables viendront à cette heure pour emporter ce fol ici ; seraient-ils bien gens pour m’emporter aussi ? Je suis jà demi rôti ; mes lardons seront cause de mon mal, car ces diables ici sont friands de lardons, comme vous avez l’autorité du philosophe Jamblique et Murmault en l’apologie de Bossutis et Contrefactis pro magistos nostros. Mais je fis le signe de la croix, criant : Agios, athanatos, o theos ! et nul ne venait. Ce que connaissant mon vilain bacha se voulait tuer de ma broche, et s’en percer le cœur. De fait, la mit contre sa poitrine, mais elle ne pouvait outrepasser[21], car elle n’était assez pointue, et poussait tant qu’il pouvait, mais il ne profitait rien. Alors je vins à lui, disant :
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des faits et dits héroïques du noble Pantagruel, composé par M. Franç. Rabelais, docteur en médecine et calloïer des îles d’Hyères.
des faits et dits héroïques du noble Pantagruel,
composé par M. Franç. Rabelais,
docteur en médecine et calloïer des îles
d’Hyères.
COMMENT PANURGE FUT FAIT CHÂTELAIN DE SALMIGONDIN EN DIPSODIE, ET MANGEAIT SON BLÉ EN HERBE.
Donnant Pantagruel ordre au gouvernement de toute Dipsodie, assigna la châtellenie de Salmigondin à Panurge, valant par chacun an 6,789,106,789 royaux[1], en deniers certains, non compris l’incertain revenu des hannetons et caquerolles[2], montant, bon an mal an, de 2,435,768 à 2,435,769 moutons à la grande laine[3]. Quelquefois revenait à 1,234,554,321 seraphs[4] quand était bonne année de caquerolles et hannetons de requête[5] ; mais ce n’était tous les ans.
Et se gouverna si bien et prudentement monsieur le nouveau châtelain, qu’en moins de quatorze jours il dilapida le revenu certain et incertain de sa châtellenie pour trois ans. Non proprement dilapida, comme vous pourriez dire, en fondations de monastères, érections de temples, bâtiments de collèges et hôpitaux, ou jetant son lard aux chiens ; mais dépendit[6] en mille petits banquets et festins joyeux, ouverts à tous venants, mêmement à tous bons compagnons, jeunes fillettes et mignonnes galoises[7], abattant bois, brûlant les grosses souches pour la vente des cendres, prenant argent d’avance, achetant cher, vendant à bon marché et mangeant son blé en herbe.
Pantagruel, averti de l’affaire, n’en fut en soi aucunement indigné, fâché, ni marri. Je vous ai jà dit, et encore redis, que c’était le meilleur petit et grand bonhomet qui onques ceignît épée. Toutes choses prenait en bonne partie, tout acte interprétait à bien, jamais ne se tourmentait, jamais ne se scandalisait. Aussi eût-il été bien forissu[8] du déifique manoir de raison, si autrement se fût contristé ou altéré, car tous les biens que le ciel couvre et que la terre contient en toutes ses dimensions, hauteur, profondité, longitude et latitude, ne sont dignes d’émouvoir nos affections et troubler nos sens et esprits. Seulement tira Panurge à part et doucettement lui remontra que, si ainsi voulait vivre et n’être autrement ménager, impossible serait, ou pour le moins bien difficile, le faire jamais riche.
« Riche ? répondit Panurge, aviez-vous là fermé[9] votre pensée ? Aviez-vous en soin pris me faire riche en ce monde ? Pensez vivre joyeux, de par li[10] bon Dieu et li bons homs. Autre soin, autre souci ne soit reçu on[11] sacrosaint domicile de votre céleste cerveau. La sérénité d’icelui jamais ne soit troublée par nues quelconques de pensement passementé[12] de meshain[13] et fâcherie. Vous vivant, joyeux, gaillard, de hait[14], je ne serai riche que trop. Tout le monde crie : « Ménage, ménage ! » mais tel parle de ménage qui ne sait mie que c’est.
« C’est de moi que faut conseil prendre, et de moi, pour cette heure, prendrez avertissement que ce qu’on m’impute à vice a été imitation des Université et Parlement de Paris, lieux esquels consiste la vraie source et vive idée de panthéologie, de toute justice aussi. Hérétique qui en doute et fermement ne le croit. Ils, toutefois, en un jour mangent leur évêque, ou le revenu de l’évêché (c’est tout un), pour une année entière, voire pour deux aucunes fois. C’est au jour qu’il y fait son entrée. Et n’y a lieu d’excuse, s’il ne voulait être lapidé sur l’instant.
« A été aussi acte des quatre vertus principales :
« De prudence, en prenant argent d’avance, car on ne sait qui mord ni qui rue. Qui sait si le monde durera encore trois ans ? Et or qu’il durât davantage, est-il homme tant fol qui s’osât promettre vivre trois ans ?
预览章节COMMENT PANTAGRUEL EXPLORE PAR SORTS VIRGILIENS QUEL SERA LE MARIAGE DE PANURGE.预览
Adonc ouvrant Panurge le livre, rencontra on[1] rang seizième ce vers : Nec Deus hunc mensa, Dea nec dignata cubili est. Digne ne fut d’être en table du dieu, Et n’eut on lit de la déesse lieu. « Cetui, dit Pantagruel, n’est à votre avantage. Il dénote que votre femme sera ribaude, vous cocu par conséquent. La déesse que n’aurez favorable est Minerve, vierge très redoutée, déesse puissante, foudroyante, ennemie des cocus, des muguets, des adultères, ennemie des femmes lubriques, non tenantes la foi promise à leurs maris, et à autrui soi abandonnantes. Le dieu est Jupiter tonnant et foudroyant des cieux. Et noterez, par la doctrine des anciens Étrusques, que les manubies (ainsi appelaient-ils les jets des foudres vulcaniques) compètent[2] à elle seulement (exemple de ce fut donné en la conflagration des navires d’Ajax Oileus), et à Jupiter, son père capital[3]. À autres dieux olympiques n’est licite foudroyer. Pourtant[4] ne sont-ils tant redoutés des humains. Plus vous dirai, et le prendrez comme extrait de haute mythologie. Quand les géants entreprirent guerre contre les dieux, les dieux, au commencement, se moquèrent de tels ennemis, et disaient qu’il n’y en avait pas pour leurs pages ; mais, quand ils virent, par le labeur des géants, le mont Pélion posé dessus le mont Osse et jà ébranlé le mont Olympe pour être mis au-dessus des deux, furent tous effrayés. Adonc tint Jupiter chapitre général. Là fut conclu de tous les dieux qu’ils se mettraient vertueusement en défense, et pour ce qu’ils avaient plusieurs fois vu les batailles perdues par l’empêchement des femmes qui étaient parmi les armées, fut décrété que, pour l’heure, on chasserait des cieux en Égypte et vers les confins du Nil toute cette vessaille[5] des déesses, déguisées en belettes, fouines, ratepenades[6], musaraignes et autres métamorphoses. Seule Minerve fut de retenue pour foudroyer avec Jupiter, comme déesse des lettres et de guerre, de conseil et exécution, déesse née armée, déesse redoutée on[7] ciel, en l’air, en la mer et en terre. — Ventre sur ventre, dit Panurge, serais-je bien Vulcain duquel parle le poète ? Non. Je ne suis ni boiteux, ni faux monnayeur, ni forgeron, comme il était. Par aventure, ma femme sera aussi belle et avenante comme sa Vénus, mais non ribaude comme elle, ni moi cocu comme lui. Le vilain jambe torte se fit déclarer cocu par arrêt, et en veute figure[8] de tous les dieux. Pour ce entendez au rebours. Ce sort dénote que ma femme sera prude, pudique et loyale, non mie[9] armée, rebousse[10] ni écervelée et extraite de cervelle comme Pallas, et ne me sera corrival ce beau Jupin, et jà ne saucera son pain en ma soupe quand ensemble serions à table. Considérez ses gestes et beau faits. Il a été le plus fort rufian, et plus infâme cor… (je dis bordelier) qui onques fut, paillard toujours comme un verrat (aussi fut-il nourri par une truie en Dicte de Candie, si Agathocles Babylonien ne ment) et plus bouquin que n’est un bouc (aussi disent les autres qu’il fut allaité d’une chèvre Amalthée). Vertu d’Achéron, il belina pour un jour la tierce partie du monde, bêtes et gens, fleuves et montagnes : ce fut Europe. Pour cetui belinage[11] les Ammoniens le faisaient portraire[12] en figure de bélier belinant, bélier cornu. Mais je sais comment garder se faut de ce cornard. Croyez qu’il n’aura trouvé un sot Amphitryon, un niais Argus avec ses cent besicles, un couard Acrisius, un lanternier Lycus de Thèbes, un rêveur Agénor, un Asope flegmatique, un Lycaon pattepelue[13], un madourré[14] Corytus de la Toscane, un Atlas à la grande échine. Il pourrait cent et cent fois se transformer en cygne, en taureau, en satyre, en or, en cocu[15], comme fit quand il dépucela Junon, sa sœur, en aigle, en bélier, en pigeon, comme fit étant amoureux de la pucelle Phtie, laquelle demeurait en Ægie, en feu, en serpent, voire même en puce, en atomes épicuréiques, ou, magistronostralement[16], en secondes intentions. Je le vous grupperai[17] au crue[18]. Et savez que lui ferai ? Corbleu, ce que fit Saturne au Ciel son père (Sénèque l’a de moi prédit, et Lactance confirmé), ce que Rhéa fit à Athys. Je vous lui couperai les couillons tout rasibus du cul. Il ne s’en faudra un pelet[19]. Par cette raison ne sera-t-il jamais pape ; car testiculos non habet. — Tout beau, fillot, dit Pantagruel, tout beau. Ouvrez pour la seconde fois. » Lors rencontra ce vers : Membra quatit, gelidusque coït formidine sanguis Les os lui rompt et les membres lui casse, Dont de la peur le sang on corps lui glace. « Il dénote, dit Pantagruel, qu’elle vous battra dos et ventre. — Au rebours, répondit Panurge, c’est de moi qu’il pronostique, et dit que je la battrai en tigre, si elle me fâche. Martin bâton en fera l’office. En faute de bâton [20], le diable me mange si je ne la mangerais toute vive, comme la sienne mangea Cambles, roi des Lydiens. — Vous êtes, dit Pantagruel, bien courageux : Hercules ne vous combattrait en cette fureur. Mais c’est ce que l’on dit que le
目录
本版本内容
- 01Full text
- 02LE TIERS LIVRE
- 03COMMENT PANTAGRUEL EXPLORE PAR SORTS VIRGILIENS QUEL SERA LE MARIAGE DE PANURGE.
- 04COMMENT PANTAGRUEL LOUE LE CONSEIL DES MUETS.
- 05LE QUART LIVRE
- 06COMMENT PANTAGRUEL RENCONTRA UNE NEF DE VOYAGERS RETOURNANTS DU PAYS LANTERNOIS.
- 07COMMENT PANURGE FIT EN MER NOYER LE MARCHAND ET LES MOUTONS.
- 08POURQUOI LES MOINES SONT VOLONTIERS EN CUISINE.
- 09COMMENT PANTAGRUEL ROMPIT LES ANDOUILLES AUX GENOUX.
- 10COMMENT PANTAGRUEL PARLEMENTE AVEC NIPHLESETH REINE DES ANDOUILLES.
- 11COMMENT PANTAGRUEL HAUSSE LE TEMPS AVEC SES DOMESTIQUES.
- 12COMMENT BACBUC ACCOUTRA PANURGE POUR AVOIR LE MOT DE LA BOUTEILLE.