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La Vie de Beethoven
法语 BooksWhale 版本 · Romain Rolland
Un portrait passionné de Beethoven, de sa lutte intérieure, de son génie musical et de sa grandeur morale.
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图书简介
La Vie de Beethoven
La Vie de Beethoven présente le compositeur comme une figure de souffrance, de création et de force spirituelle. Rolland mêle biographie, admiration artistique et méditation morale pour rendre sensible la puissance humaine de la musique.
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Romain Rolland est mort en 1944, et La Vie de Beethoven a paru en 1903. Ces dates soutiennent le fondement de domaine public pour ce texte français.
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La Vie de Beethoven
Romain Rolland
Il était petit et trapu, de forte encolure, de charpente athlétique. Une large figure, de couleur rouge brique, sauf vers la fin de sa vie, où le teint devint maladif et jaunâtre, surtout l’hiver, quand il restait enfermé, loin des champs. Un front puissant et bosselé. Des cheveux extrêmement noirs, extraordinairement épais, et où il semblait que le peigne n’eût jamais passé, hérissés de toutes parts, «les serpents de Méduse». Les yeux brûlaient d’une force prodigieuse, qui saisit tous ceux qui le virent; mais la plupart se trompèrent sur leur nuance. Comme ils flambaient d’un éclat sauvage dans une figure brune et tragique, on les vit généralement noirs; ils ne l’étaient pas, mais bleu
gris. Petits et très profondément enfoncés, ils s’ouvraient
brusquement dans la passion ou la colère, et alors roulaient dans leurs orbites, reflétant toutes leurs pensées avec une vérité merveilleuse. Souvent ils se tournaient vers le ciel avec un regard mélancolique. Le nez était court et carré, large, un mufle de lion. Une bouche délicate, mais dont la lèvre inférieure tendait à avancer sur l’autre. Des mâchoires redoutables, qui auraient pu broyer des noix. Une fossette profonde au menton, du côté droit, donnait une étrange dissymétrie à la face. «Il avait un bon sourire, dit Moscheles, et dans la conversation, un air souvent aimable et encourageant. En revanche, le rire était désagréable, violent et grimaçant, du reste court»,--le rire d’un homme qui n’est pas accoutumé à la joie. Son expression habituelle était la mélancolie, «une tristesse incurable». Rellstab, en 1825, dit qu’il a besoin de toutes ses forces pour s’empêcher de pleurer, en voyant «ses doux yeux et leur douleur poignante». Braun von Braunthal, un an plus tard, le rencontre à une brasserie: il est assis dans un coin, il fume une longue pipe, et il a les yeux fermés, comme il fait de plus en plus, à mesure qu’il approche de la mort. Un ami lui adresse la parole. Il sourit tristement, tire de sa poche un petit carnet de conversation; et, de la voix aiguë que prennent souvent les sourds, il lui dit d’écrire ce qu’on veut lui demander.--Son visage se transfigurait, soit dans ses accès d’inspiration soudaine qui le prenaient à l’improviste, même dans la rue, et qui frappaient d’étonnement les passants, soit quand on le surprenait au piano. «Les muscles de sa face saillaient, ses veines gonflaient; les yeux sauvages devenaient deux fois plus terribles; la bouche tremblait; il avait l’air d’un enchanteur vaincu par les démons qu’il avait évoqués.» Telle une figure de Shakespeare; Julius
Benedict dit: «Le roi Lear».
Ludwig van Beethoven naquit le 16 décembre 1770 à Bonn, près de Cologne, dans une misérable soupente d’une pauvre maison. Il était d’origine flamande. Son père était un ténor inintelligent et ivrogne. Sa mère était domestique, fille d’un cuisinier, et veuve en premières noces
d’un valet de chambre.
Une enfance sévère, à laquelle manqua la douceur familiale, dont Mozart, plus heureux, fut entouré. Dès le commencement, la vie se révéla à lui comme un combat triste et brutal. Son père voulut exploiter ses dispositions musicales et l’exhiber comme un petit prodige. A quatre ans, il le clouait pendant des heures devant son clavecin, ou l’enfermait avec un violon, et le tuait de travail. Peu s’en fallut qu’il ne le dégoûtât à tout jamais de l’art. Il fallut user de violence pour que Beethoven apprît la musique. Sa jeunesse fut attristée par les préoccupations matérielles, le souci de gagner son pain, les tâches trop précoces. A onze ans, il faisait partie de l’orchestre du théâtre; à treize, il était organiste. En 1787, il perdit sa mère, qu’il adorait. «Elle m’était si bonne, si digne d’amour, ma meilleure amie! Oh! qui était plus heureux que moi, quand je pouvais prononcer le doux nom de mère, et qu’elle pouvait l’entendre?» Elle était morte phtisique; et Beethoven se croyait atteint de la même maladie; il souffrait déjà constamment; et il se joignait à son mal une mélancolie, plus cruelle que le mal même. A dix-sept ans, il était chef de famille, chargé de l’éducation de ses deux frères; il avait la honte de devoir solliciter la mise à la retraite de son père, ivrogne, incapable de diriger la maison: c’est au fils qu’on remettait la pension du père, pour éviter que celui-ci la dissipât. Ces tristesses laissèrent en lui une empreinte profonde. Il trouva toutefois un affectueux appui dans une famille de Bonn, qui lui resta toujours chère, la famille de Breuning. La gentille «Lorchen», Éléonore de Breuning, avait deux ans de moins que lui. Il lui apprenait la musique et elle l’initia à la poésie. Elle fut sa compagne d’enfance; et peut-être y eut-il entre eux un sentiment assez tendre. Éléonore épousa plus tard le docteur Wegeler, qui fut un des meilleurs amis de Beethoven; et, jusqu’au dernier jour, il ne cessa de régner entre eux une amitié paisible, qu’attestent les lettres dignes et tendres de Wegeler et d’Éléonore, et celles du vieux fidèle ami (_alter treuer Freund_) au bon cher Wegeler (_guter lieber Wegeler_). Affection plus touchante encore quand l’âge est venu pour tous trois, sans
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la procession défiler devant Gœthe. Il se tenait sur le bord de la route, profondément courbé, son chapeau à la main. Je lui ai lavé la tête après, je ne lui ai fait grâce de rien....» Gœthe n’oublia pas
non plus.
De cette date sont les _Septième_ et _Huitième Symphonies_, écrites en quelques mois, à Tœplitz, en 1812: l’Orgie du Rythme, et la Symphonie humoristique, les œuvres où il s’est montré peut-être le plus au naturel, et, comme il disait, le plus «déboutonné» (_aufgeknoepft_), avec ces transports de gaieté et de fureur, ces contrastes imprévus, ces saillies déconcertantes et grandioses, ces explosions titaniques qui plongeaient Gœthe et Zelter dans l’effroi, et faisaient dire de la _Symphonie en la_, dans l’Allemagne du Nord, que c’était l’œuvre d’un ivrogne.--D’un homme ivre, en effet, mais de force et de génie. «Je suis, a-t-il dit lui-même, je suis le Bacchus qui broie le vin délicieux pour l’humanité. C’est moi qui donne aux hommes la divine frénésie de l’esprit.» Je ne sais si, comme l’a écrit Wagner, il a voulu peindre dans le finale de sa Symphonie une fête dionysiaque. Je reconnais surtout dans cette fougueuse kermesse la marque de son hérédité flamande, de même que je retrouve son origine dans son audacieuse liberté de langage et de manières, qui détonne superbement dans le pays de la discipline et de l’obéissance. Nulle part plus de franchise et de libre puissance que dans la _Symphonie en la_. C’est une dépense folle d’énergies surhumaines, sans but, pour le plaisir, un plaisir de fleuve qui déborde et submerge. Dans la _Huitième Symphonie_, la force est moins grandiose, mais plus étrange encore, et plus caractéristique de l’homme, mêlant la tragédie à la farce, et une vigueur herculéenne à des
jeux et des caprices d’enfant.
1814 marque l’apogée de la fortune de Beethoven. Au Congrès de Vienne, il fut traité comme une gloire européenne. Il prit une part active aux fêtes. Les princes lui rendaient hommage; et il se laissait fièrement
faire la cour par eux, comme il s’en vantait à Schindler.
Il s’était enflammé pour la guerre d’indépendance. En 1813, il écrivit une symphonie de _la Victoire de Wellington_, et, au commencement de 1814, un chœur guerrier: _Renaissance de l’Allemagne_ (_Germanias Wiedergeburt_). Le 29 novembre 1814, il dirigea, devant un public de rois, une cantate patriotique: _le Glorieux moment_ (_Der glorreiche Augenblick_), et il composa pour la prise de Paris, en 1815, un chœur: _Tout est consommé!_ (_Es ist vollbracht!_) Ces œuvres de circonstance firent plus pour sa réputation que tout le reste de sa musique. La gravure de Blasius Hœfel, d’après un dessin du Français Letronne, et le masque farouche, moulé sur son visage par Franz Klein en 1812, donnent l’image vivante de Beethoven au temps du Congrès de Vienne. Le trait dominant de cette face de lion, aux mâchoires serrées, aux plis colères et douloureux, est la volonté,--une volonté napoléonienne. On reconnaît l’homme, qui disait de Napoléon, après Iéna: «Quel malheur que je ne me connaisse pas à la guerre comme à la musique! Je le battrais!»--Mais son royaume n’était pas de ce monde. «Mon empire est dans l’air», comme il l’écrit à François de Brunswick. (_Mein Reich
ist in der Luft_.)
A cette heure de gloire succède la période la plus triste et la plus
misérable.
Vienne n’avait jamais été sympathique à Beethoven. Un génie fier et libre, comme le sien, ne pouvait se plaire dans cette ville factice, d’esprit mondain et médiocre, que Wagner a si durement marquée de son mépris. Il ne perdait aucune occasion de s’en éloigner; et vers 1808, il avait songé sérieusement à quitter l’Autriche, pour venir à la cour de Jérôme Bonaparte, roi de Westphalie. Mais Vienne était abondante en ressources musicales; et il faut lui rendre cette justice, qu’il s’y trouva toujours de nobles dilettantes pour sentir la grandeur de Beethoven et pour épargner à leur patrie la honte de le perdre. En 1809, trois des plus riches seigneurs de Vienne: l’archiduc Rodolphe, élève de Beethoven, le prince Lobkowitz, et le prince Kinsky, s’étaient engagés à lui servir annuellement une pension de 4 000 florins, sous la seule condition qu’il resterait en Autriche: «Comme il est démontré, disaient-ils, que l’homme ne peut entièrement se vouer à son art qu’à la condition d’être libre de tout souci matériel, et que ce n’est qu’alors qu’il peut produire ces œuvres sublimes qui sont la gloire de l’art, les soussignés ont formé la résolution de mettre Ludwig van Beethoven à l’abri du besoin, et d’écarter ainsi les obstacles misérables qui pourraient s’opposer à l’essor de son génie.»
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