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文学
Les Vrilles de la vigne
法语 BooksWhale 版本 · Colette
Un recueil sensuel et précis où Colette observe la nature, le corps, la scène et la liberté.
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图书简介
Les Vrilles de la vigne
Les Vrilles de la vigne rassemble des proses brèves, musicales et attentives aux sensations. Colette y explore le paysage, les animaux, le théâtre, l’intimité et l’indépendance d’une voix littéraire devenue essentielle.
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Les Vrilles de la vigne a été publié pour la première fois en 1908. Cette publication antérieure à 1931 soutient le statut de domaine public du texte français original aux États-Unis.
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Les Vrilles de la vigne
Colette
预览章节NUIT BLANCHE预览
Il n’y a dans notre maison qu’un lit, trop large, pour toi, un peu
étroit pour nous deux. Il est chaste, tout blanc, tout nu; aucune
draperie ne voile, en plein jour, son honnête candeur. Ceux qui viennent
nous voir le regardent tranquillement, et ne détournent pas les yeux
d’un air complice, car il est marqué, au milieu, d’un seul vallon
moelleux, comme le lit d’une jeune fille qui dort seule.
Ils ne savent pas, ceux qui entrent ici, que chaque nuit le poids de nos
deux corps joints creuse un peu plus, sous son linceul voluptueux, ce
vallon pas plus large qu’une tombe.
O notre lit tout nu! Une lampe éclatante, penchée sur lui, le dévêt
encore. Nous n’y cherchons pas, au crépuscule, l’ombre savante, d’un
gris d’araignée, que filtre un dais de dentelle, ni la rose lumière
d’une veilleuse couleur de coquillage... Astre sans aube et sans déclin,
notre lit ne cesse de flamboyer que pour s’enfoncer dans une nuit
profonde et veloutée.
Un halo de parfum le nimbe. Il embaume, rigide et blanc, comme le corps
d’une bienheureuse défunte. C’est un parfum compliqué qui surprend,
qu’on respire attentivement, avec le souci d’y démêler l'âme blonde de
ton tabac favori, l’arôme plus blond de ta peau si claire, et ce santal
brûlé qui s’exhale de moi; mais cette agreste odeur d’herbes écrasées,
qui peut dire si elle est mienne ou tienne?
Reçois-nous ce soir, ô notre lit, et que ton frais vallon se creuse un
peu plus sous la torpeur fiévreuse dont nous enivra une journée de
printemps, dans les jardins et dans les bois.
Je gis sans mouvement, la tête sur ta douce épaule. Je vais sûrement,
jusqu’à demain, descendre au fond d’un noir sommeil, un sommeil si têtu,
si fermé, que les ailes des rêves le viendront battre en vain. Je vais
dormir... Attends seulement que je cherche, pour la plante de mes pieds
qui fourmille et brûle, une place toute fraîche... Tu n’as pas bougé. Tu
respires à longs traits, mais je sens ton épaule encore éveillée,
attentive à se creuser sous ma joue... Dormons... Les nuits de mai sont
si courtes. Malgré l’obscurité bleue qui nous baigne, mes paupières sont
encore pleines de soleil, de flammes roses, d’ombres qui bougent,
balancées, et je contemple ma journée les yeux clos, comme on se penche,
derrière l’abri d’une persienne, sur un jardin d’été éblouissant...
Comme mon cœur bat! J’entends aussi le tien sous mon oreille. Tu ne dors
pas? Je lève un peu la tête, je devine la pâleur de ton visage renversé,
l’ombre fauve de tes courts cheveux. Tes genoux sont frais comme deux
oranges... Tourne-toi de mon côté, pour que les miens leur volent cette
lisse fraîcheur...
Ah! dormons!... Mille fois mille fourmis courent avec mon sang sous ma
peau. Les muscles de mes mollets battent, mes oreilles tressaillent, et
notre doux lit, ce soir, est-il jonché d’aiguilles de pin? Dormons! je
le veux!
Je ne puis dormir. Mon insomnie heureuse palpite, allègre, et je devine,
en ton immobilité, le même accablement frémissant... Tu ne bouges pas.
Tu espères que je dors. Ton bras se resserre parfois autour de moi, par
tendre habitude, et tes pieds charmants s’enlacent aux miens... Le
sommeil s’approche, me frôle et fuit... Je le vois! Il est pareil à ce
papillon de lourd velours que je poursuivais, dans le jardin enflammé
d’iris... Tu te souviens? Quelle lumière, quelle jeunesse impatiente
exaltait toute cette journée!... Une brise acide et pressée jetait sur
预览章节JOUR GRIS预览
Laisse-moi. Je suis malade et méchante, comme la mer. Resserre autour de
mes jambes ce plaid, mais emporte cette tasse fumante, qui fleure le
foin mouillé, le tilleul, la violette fade... Je ne veux rien, que
détourner la tête et ne plus voir la mer, ni le vent qui court, visible,
en risées sur le sable, en poudre d’eau sur la mer. Tantôt il bourdonne,
patient et contenu, tapi derrière la dune, enfoui plus loin que
l’horizon... Puis il s’élance, avec un cri guerrier, secoue humainement
les volets, et pousse sous la porte, en frange impalpable, la poussière
de son pas éternel...
Ah! qu’il me fait mal! Je n’ai plus en moi une place secrète, un coin
abrité, et mes mains posées à plat sur mes oreilles n’empêchent qu’il
traverse et refroidisse ma cervelle... Nue, balayée, dispersée, je
resserre en vain les lambeaux de ma pensée;--elle m’échappe, palpitante,
comme un manteau arraché, comme une mouette dont on tient les pattes et
qui se délivre en claquant des ailes...
Laisse-moi, toi qui viens doucement, pitoyable, poser tes mains sur mon
front. Je déteste tout, et par-dessus tout la mer! Va la regarder, toi
qui l’aimes! Elle bat la terrasse, elle fermente, fuse en mousse jaune,
elle miroite, couleur de poisson mort, elle emplit l’air d’une odeur
d’iode et de fertile pourriture. Sous la vague plombée, je devine le
peuple abominable des bêtes sans pieds, plates, glissantes, glacées...
Tu ne sens donc pas que le flot et le vent portent, jusque dans cette
chambre, l’odeur d’un coquillage gâté?... Oh! reviens, toi qui peux
presque tout pour moi! Ne me laisse pas seule! Donne, sous mes narines
que le dégoût pince et décolore, donne tes mains parfumées, donne tes
doigts secs et chauds et fins comme des lavandes de montagne... Reviens!
Tiens-toi tout près de moi, ordonne à la mer de s’éloigner! Fais un
signe au vent, et qu’il vienne se coucher sur le sable, pour y jouer en
rond avec les coquilles... Fais un signe: il s’assoira sur la dune,
léger, et s’amusera, d’un souffle, à changer la forme des mouvantes
collines...
Ah! tu secoues la tête... Tu ne veux pas,--tu ne peux pas. Alors,
va-t’en, abandonne-moi sans secours dans la tempête, et qu’elle abatte
la muraille et qu’elle entre et m’emporte! Quitte la chambre, que je
n’entende plus le bruit inutile de ton pas. Non, non, pas de caresses!
Tes mains magiciennes, et ton accablant regard, et ta bouche, qui
dissout le souvenir d’autres bouches, seraient sans force aujourd’hui.
Je regrette, aujourd’hui, quelqu’un qui me posséda avant tous, avant
toi, avant que je fusse une femme.
J’appartiens à un pays que j’ai quitté. Tu ne peux empêcher qu’à cette
heure s’y épanouisse au soleil toute une chevelure embaumée de forêts.
Rien ne peut empêcher qu’à cette heure l’herbe profonde y noie le pied
des arbres, d’un vert délicieux et apaisant dont mon âme a soif...
Viens, toi qui l’ignores, viens que je te dise tout bas: le parfum des
bois de mon pays égale la fraise et la rose! Tu jurerais, quand les
taillis de ronces y sont en fleurs, qu’un fruit mûrit on ne sait
où,--là-bas, ici, tout près,--un fruit insaisissable qu’on aspire en
ouvrant les narines. Tu jurerais, quand l’automne pénètre et meurtrit
les feuillages tombés, qu’une pomme trop mûre vient de choir, et tu la
cherches et tu la flaires, ici, là-bas, tout près...
Et si tu passais en juin, entre les prairies fauchées, à l’heure où la
目录
本版本内容
- 01Full text
- 02NUIT BLANCHE
- 03JOUR GRIS
- 04LE DERNIER FEU
- 05AMOURS
- 06UN RÊVE
- 07NONOCHE
- 08TOBY-CHIEN PARLE
- 09DIALOGUE DE BÊTES
- 10MAQUILLAGES
- 11BELLES-DE-JOUR
- 12DE QUOI EST-CE QU’ON A L’AIR
- 13LA GUERISON
- 14LE MIROIR
- 15LA DAME QUI CHANTE
- 16EN BAIE DE SOMME
- 17PARTIE DE PÊCHE
- 18MUSIC-HALLS