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政治
Qu’est-ce que le Tiers-État ?
法语 BooksWhale 版本 · Emmanuel Joseph Sieyès
Un pamphlet décisif de 1789 sur nation, représentation politique et pouvoir du tiers état.
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Qu’est-ce que le Tiers-État ?
Qu’est-ce que le Tiers-État ? formule l’une des interventions politiques majeures de la Révolution française. Sieyès y définit la nation, attaque les privilèges, réclame une représentation réelle et donne une langue politique au conflit entre ordre social et souveraineté.
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Emmanuel Joseph Sieyès est mort en 1836 et ce pamphlet a paru en 1789. Ces dates soutiennent le domaine public du texte français.
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Qu’est-ce que le Tiers-État ?
Tant que le philosophe n’excède point les limites de la vérité, ne l’accusez pas d’aller trop loin. Sa fonction est de marquer le but, il faut donc qu’il y soit arrivé. Si, restant en chemin, il osait y élever son enseigne, elle pourrait être trompeuse. Le devoir de l’administrateur, au contraire, est de graduer sa marche, suivant la nature des difficultés… Si le philosophe n’est au but, il ne sait où il est; si l’administrateur ne voit le but, il ne sait où il va. »
Le plan de cet écrit est assez simple. Nous avons trois questions à nous faire: 1o Qu’est-ce que le tiers état? Tout. 2o Qu’a-t-il été jusqu’à présent dans l’ordre politique? Rien. 3o Que demande-t-il? À y devenir quelque chose.
On verra si les réponses sont justes. Nous examinerons ensuite les moyens que l’on a essayés, et ceux que l’on doit prendre, afin que le tiers état devienne, en effet, quelque chose. Ainsi nous dirons: 4o Ce que les ministres ont tenté, et ce que les privilégiés eux-mêmes proposent en sa faveur. 5o Ce qu’on aurait dû faire. 6o Enfin, ce qui reste à faire au tiers pour prendre la place qui lui est due.
Chapitre Premier Le Tiers État est une nation complète Que faut-il pour qu’une nation subsiste et prospère? Des travaux particuliers et des fonctions publiques.
On peut renfermer dans quatre classes tous les travaux particuliers: 1º La terre et l’eau fournissant la matière première des besoins de l’homme, la première classe dans l’ordre des idées sera celle de toutes les familles attachées aux travaux de la campagne. 2º Depuis la première vente des matières jusqu’à leur consommation ou leur usage, une nouvelle main-d’œuvre, plus ou moins multipliée, ajoute à ces matières une valeur seconde plus ou moins composée. L’industrie humaine parvient ainsi à perfectionner les bienfaits de la nature, et le produit brut à doubler, décupler, centupler de valeur. Tels sont les travaux de la seconde classe. 3º Entre la production et la consommation, comme aussi entre les différents degrés de production, il s’établit une foule d’agents intermédiaires, utiles tant aux producteurs qu’aux consommateurs; ce sont les marchands et les négociants. Les négociants, qui comparent sans cesse les besoins des lieux et des temps, spéculent sur le profit de la garde et du transport; les marchands, qui se chargent en dernière analyse du débit, soit en gros, soit en détail. Ce genre d’utilité désigne la troisième classe. 4º Outre ces trois classes de citoyens laborieux et utiles qui s’occupent de l’objet propre à la consommation et à l’usage, il faut encore dans une société une multitude de travaux particuliers et de soins directement utiles ou agréables à la personne. Cette quatrième classe embrasse depuis les professions scientifiques et libérales les plus distinguées, jusqu’aux services domestiques les moins estimés. Tels sont les travaux qui soutiennent la société. Qui les supporte? Le tiers état.
Les fonctions publiques peuvent également, dans l’état actuel, se ranger toutes sous quatre dénominations connues, l’Épée, la Robe, l’Église et l’Administration. Il serait superflu de les parcourir en détail, pour faire voir que le tiers état y forme partout les dix-neuf vingtièmes, avec cette différence qu’il est chargé de tout ce qu’il y a de vraiment pénible, de tous les soins que l’ordre privilégié refuse d’y remplir. Les places lucratives et honorifiques seules y sont occupées par des membres de l’ordre privilégié. Lui en ferons-nous un mérite? Il faudrait pour cela, ou que le tiers refusât de remplir ces places, ou qu’il fût moins en état d’en exercer les fonctions. On sait ce qui en est; cependant, on a osé frapper l’ordre du tiers d’interdiction. On lui a dit: « Quels que soient tes services, quels que soient tes talents, tu iras jusque-là; tu ne passeras pas outre. Il n’est pas bon que tu sois honoré. » Quelques rares exceptions, senties comme elles doivent l’être, ne sont qu’une dérision, et les discours qu’on se permet dans ces occasions rares, une insulte de plus. Si cette exclusion est un crime social envers le tiers état, pourrait-on dire au moins qu’elle est utile à la chose publique? Eh! Ne connaît-on pas les effets du monopole? S’il décourage ceux qu’il écarte, ne sait-on pas qu’il rend inhabiles ceux qu’il favorise? Ne sait-on pas que tout ouvrage dont on éloigne la libre concurrence sera fait plus chèrement et plus mal?
预览章节CHAPITRE II预览
QU'EST-CE QUE LE TIERS ÉTAT A ETE JUSQU'A PRÉSENT? RIEN.
Nous n’examinerons point l’état de servitude où le peuple a gémi si longtemps, non plus que celui de contrainte et d’humiliation où il est encore retenu. Sa condition civile a changé; elle doit changer encore: il est bien impossible que la nation en corps ou même qu’aucun ordre en particulier devienne libre, si le tiers état ne l’est pas. On n’est pas libre par des privilèges, mais par les droits qui appartiennent à tous.
Que si les aristocrates entreprennent, au prix même de cette liberté, dont ils se montreraient indignes, de retenir le peuple dans l’oppression, il osera demander à quel titre. Si l’on répond à titre de conquête, il faut en convenir, ce sera vouloir remonter un peu haut. Mais le tiers ne doit pas craindre de remonter dans les temps passés. Il se reportera à l’année qui a précédé la conquête; et puisqu’il est aujourd’hui assez fort pour ne pas se laisser conquérir, sa résistance sans doute sera plus efficace. Pourquoi ne renverrait-il pas dans les forêts de la Franconie toutes ces familles qui conservent la folle prétention d’être issues de la race des conquérants et d’avoir succédé à leurs droits?
La nation, alors épurée, pourra se consoler, je pense, d’être réduite à ne se plus croire composée que des descendants des Gaulois et des Romains. En vérité, si l’on tient à vouloir distinguer naissance et naissance, ne pourrait-on pas révéler à nos pauvres concitoyens que celle qu’on tire des Gaulois et des Romains vaut au moins autant que celle qui viendrait des Sicambres, des Welches et autres sauvages sortis des bois et des étangs de l’ancienne Germanie? Oui, dira-t-on; mais la conquête a dérangé tous les rapports, et la noblesse de naissance a passé du côté des conquérants. Eh bien! Il faut la faire repasser de l’autre côté, le tiers redeviendra noble en devenant conquérant à son tour.
Que si dans l’ordre privilégié, toujours ennemi du tiers, on ne voit que ce qu’on peut y voir, les enfants de ce même tiers état, que dire de la parricide audace avec laquelle ils haïssent, ils méprisent et ils oppriment leurs frères Suivons notre objet. Il faut entendre par le tiers état l’ensemble des citoyens qui appartiennent à l’ordre commun. Tout ce qui est privilégié par la loi, de quelque manière qu’il le soit, sort de l’ordre commun, fait exception à la loi commune, et, par conséquent, n’appartient point au tiers état. Nous l’avons dit, une loi commune et une représentation commune, voilà ce qui fait une nation. Il n’est que trop vrai que l’on n’est rien en France quand on n’a pour soi que la protection de la loi commune; si l’on ne tient pas à quelque privilège, il faut se résoudre à endurer le mépris, l’injure et les vexations de toute espèce. Pour s’empêcher d’être tout à fait écrasé, il ne reste au malheureux non-privilégié que la ressource de s’attacher par toutes sortes de bassesses à un grand; il achète à ce seul prix la faculté de pouvoir, dans les occasions, se réclamer de quelqu’un.
Mais c’est moins dans son état civil que dans ses rapports avec la constitution, que nous avons à considérer ici l’ordre du tiers état. Voyons ce qu’il est aux États généraux.
Quels ont été ses prétendus représentants? Des anoblis ou des privilégiés à terme. Ces faux députés n’ont pas même toujours été l’ouvrage libre de l’élection des peuples. Quelquefois aux États généraux, et presque partout dans les états provinciaux, la représentation du peuple est regardée comme un droit de certaines charges ou offices. L’ancienne noblesse ne peut pas souffrir les nouveaux nobles; elle ne leur permet de siéger avec elle que lorsqu’ils peuvent prouver, comme l’on dit, quatre générations et cent ans. Ainsi, elle les repousse dans l’ordre du tiers état, auquel évidemment ils n’appartiennent plus. Cependant aux yeux de la loi, tous les nobles sont égaux, celui d’hier comme celui qui réussit bien ou mal à cacher son origine ou son usurpation. Tous ont les mêmes privilèges. L’opinion seule les distingue. Mais si le tiers état est forcé de supporter un préjugé consacré par la loi, il n’y a pas de raison pour qu’il se soumette à un préjugé contre le texte de la loi. Qu’on fasse des nouveaux nobles tout ce qu’on voudra; il est sûr que dès l’instant qu’un citoyen acquiert des privilèges contraires au droit commun, il n’est plus de l’ordre commun.
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