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政治

Réflexions sur la violence

法语 BooksWhale 版本 · Georges Sorel

Un classique controversé de la pensée politique sur le mythe, la grève, la violence et le syndicalisme.

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图书简介

Réflexions sur la violence

Réflexions sur la violence analyse le rôle des mythes sociaux, de l’action collective, de la lutte de classes et du syndicalisme révolutionnaire. Cette édition française intéresse les lecteurs de théorie politique, d’histoire sociale, de philosophie morale et de débats modernes sur la violence.

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Georges Sorel est mort en 1922, et Réflexions sur la violence a été publié pour la première fois en 1908. Ces dates établissent la base de domaine public du texte français utilisé dans cette édition.

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Réflexions sur la violence

Georges Sorel

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Lettre à Daniel Halévy

Mon cher Halévy,

J’aurais sans doute laissé ces études enfouies dans la collection d’une revue si quelques amis, dont j’apprécie fort le jugement, n’avaient pensé que je ferais bien de placer sous les yeux du grand public des réflexions qui sont de nature à mieux faire connaître un des phénomènes sociaux les plus singuliers que l’histoire mentionne. Mais il m’a semblé que je devais à ce public quelques explications, car je ne puis m’attendre à trouver souvent des juges qui soient aussi indulgents que vous l’avez été.

Lorsque j’ai publié dans le Mouvement Socialiste les articles qui vont être maintenant réunis en un volume, je n’avais pas l’intention de composer un livre. J’avais écrit mes réflexions au fur et à mesure qu’elles s’étaient présentées à mon esprit ; je savais que les abonnés de cette revue ne seraient pas embarrassés pour me suivre, parce qu’ils sont familiarisés avec les théories qu’y développent mes amis depuis plusieurs années. Je crois bien que les lecteurs de ce livre seraient au contraire fort désorientés si je ne leur adressais une sorte de plaidoyer, pour les mettre à même de considérer les choses du point de vue qui m’est habituel. Au cours de nos conversations vous m’avez fait des remarques qui s’inséraient si bien dans le système de mes pensées qu’elles m’ont amené à approfondir quelques questions intéressantes. Je suis persuadé que les considérations que je vous soumets ici, et que vous avez provoquées, seront fort utiles à ceux qui voudront lire avec profit ce volume.

Il y a peut-être peu d’études dans lesquelles apparaissent d’une manière plus évidente les défauts de ma manière d’écrire; maintes fois on m’a reproché de ne pas respecter les règles de l’art, auxquelles se soumettent tous nos contemporains, et de gêner ainsi mes lecteurs par le désordre de mes expositions. J’ai bien cherché à rendre le texte plus clair par de nombreuses corrections de détail, mais je n’ai pu faire disparaître le désordre. Je ne veux pas me défendre en invoquant l’exemple de grands écrivains qui ont été blâmés pour ne pas avoir su composer ; Arthur Chuquet, parlant de J.-J. Rousseau, dit : « Il manque à ses écrits l’ensemble, l’ordonnance, cette liaison des parties qui constitue le tout. » Les défauts des hommes illustres ne sauraient justifier les fautes des hommes obscurs, et j’estime qu’il vaut mieux expliquer franchement d’où provient le vice incorrigible de mes écrits.

Les règles de l’art ne se sont imposées d’une manière vraiment impérative qu’assez récemment ; les auteurs contemporains paraissent les avoir acceptées sans trop de peine parce qu’ils désirent plaire à un public pressé, souvent fort distrait et parfois désireux avant tout de s’éviter toute recherche personnelle. Ces règles ont d’abord été appliquées par les fabricants de livres scolaires. Depuis qu’on a voulu faire absorber aux élèves une somme énorme de connaissances, il a fallu mettre entre leurs mains des manuels appropriés à cette instruction extra-rapide ; tout a dû être exposé sous une forme si claire, si bien enchaînée et si propre à écarter le doute, que le débutant en arrive à croire que la science est chose beaucoup plus simple que ne pensaient nos pères. L’esprit se trouve meublé très richement en peu de temps, mais il n’est point pourvu d’un outillage propre à faciliter le travail personnel. Ces procédés ont été imités par les vulgarisateurs et les publicistes politiques. Les voyant si largement appliquées, les gens qui réfléchissent peu ont fini par supposer que ces règles de l’art étaient fondées sur la nature même des choses.

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Mes Réflexions sur la violence ont agacé beaucoup de personnes à cause de la conception pessimiste sur laquelle repose toute cette étude ; mais je sais aussi que vous n’avez point partagé cette impression ; vous avez brillamment prouvé, dans votre Histoire de quatre ans, que vous méprisez les espoirs décevants dans lesquels se complaisent les âmes faibles. Nous pouvons donc nous entretenir librement du pessimisme et je suis heureux de trouver en vous un correspondant qui ne soit pas rebelle à cette doctrine sans laquelle rien de très haut ne s’est fait dans le monde. J’ai eu, il y a longtemps déjà, le sentiment que si la philosophie grecque n’a pas produit de grands résultats moraux, c’est qu’elle était généralement fort optimiste. Socrate l’était même parfois à un degré insupportable.

L’aversion de nos contemporains pour toute idée pessimiste provient, sans doute, en bonne partie de notre éducation. Les jésuites qui ont créé presque tout ce que l’Université enseigne encore aujourd’hui, étaient optimistes parce qu’ils avaient à combattre le pessimisme qui dominait les théories protestantes, et parce qu’ils vulgarisaient les idées de la Renaissance ; celle-ci interprétait l’antiquité au moyen des philosophes ; et elle s’est trouvée ainsi amenée à si mal comprendre les chefs-d’œuvre de l’art tragique que nos contemporains ont eu beaucoup de peine pour en retrouver la signification pessimiste.

Au commencement du XIXe siècle il y eut un concert de gémissements qui a fort contribué à rendre le pessimisme odieux. Des poètes, qui vraiment n’étaient pas toujours fort à plaindre, se prétendirent victimes de la méchanceté humaine, de la fatalité ou encore de la stupidité d’un monde qui ne parvenait pas à les distraire ; ils se donnaient volontiers les allures de Prométhées appelés à détrôner des dieux jaloux ; aussi orgueilleux que le farouche Nemrod de Victor Hugo, dont les flèches lancées contre le ciel retombaient ensanglantées, ils s’imaginaient que leurs vers blessaient à mort les puissances établies qui osaient ne pas s’humilier devant eux ; jamais les prophètes juifs n’avaient rêvé tant de destructions pour venger leur Yahvé que ces gens de lettres n’en rêvèrent pour satisfaire leur amour-propre. Quand cette mode des imprécations fut passée, les hommes sensés en vinrent à se demander si tout cet étalage de prétendu pessimisme n’avait pas été le résultat d’un certain déséquilibre mental.

Les immenses succès obtenus par la civilisation matérielle ont fait croire que le bonheur se produirait tout seul, pour tout le monde, dans un avenir tout prochain. « Le siècle présent, écrivait Hartmann il y a près de quarante ans, ne fait qu’entrer dans la troisième période de l’illusion. Dans l’enthousiasme et l’enchantement de ses espérances, il se précipite à la réalisation des promesses d’un nouvel âge d’or. La Providence ne permet pas que les prévisions du penseur isolé troublent la marche de l’histoire par une action prématurée sur un trop grand nombre d’esprits. » Aussi estimait-il que ses lecteurs auraient quelque peine à accepter sa critique de l’illusion du bonheur futur. Les maîtres du monde contemporain sont poussés, par les forces économiques, dans la voie de l’optimisme.

Nous sommes ainsi tellement mal préparés à comprendre le pessimisme, que nous employons, le plus souvent, le mot tout de travers : nous nommons, bien à tort, pessimistes des optimistes désabusés. Lorsque nous rencontrons un homme qui, ayant été malheureux dans ses entreprises, déçu dans ses ambitions les plus justifiées, humilié dans ses amours, exprime ses douleurs sous la forme d’une révolte violente contre la mauvaise foi de ses associés, la sottise sociale ou l’aveuglement de la destinée, nous sommes disposés à le regarder comme un pessimiste, — tandis qu’il faut, presque toujours, voir en lui un optimiste écœuré, qui n’a pas eu le courage de changer l’orientation de sa pensée et qui ne peut s’expliquer pourquoi tant de malheurs lui arrivent, contrairement à l’ordre général qui règle la genèse du bonheur.

目录

本版本内容

  1. 01Full text
  2. 02INTRODUCTION
  3. 03I
  4. 04II
  5. 05III
  6. 06IV
  7. 07V
  8. 08AVANT-PROPOS
  9. 09DE LA PREMIÈRE PUBLICATION
  10. 10CHAPITRE PREMIER
  11. 11I
  12. 12II
  13. 13CHAPITRE II
  14. 14I
  15. 15II
  16. 16III
  17. 17CHAPITRE III
  18. 18I
  19. 19II
  20. 20III
  21. 21IV
  22. 22CHAPITRE IV
  23. 23I
  24. 24II
  25. 25III
  26. 26CHAPITRE V
  27. 27I
  28. 28II
  29. 29III
  30. 30IV
  31. 31CHAPITRE VI
  32. 32I
  33. 33II
  34. 34III
  35. 35IV
  36. 36CHAPITRE VII
  37. 37I
  38. 38II
  39. 39III
  40. 40IV
  41. 41V
  42. 42APPENDICE
  43. 43UNITÉ ET MULTIPLICITÉ
  44. 44I
  45. 45II
  46. 46III
  47. 47IV
  48. 48V

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