French Edition
Literature
Armance
French BooksWhale Edition by Stendhal
Le premier roman de Stendhal, entre analyse psychologique, société aristocratique et amour empêché.
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Book introduction
Armance
Armance observe les tensions intérieures d'Octave et les codes d'une société aristocratique en mutation. Stendhal y développe déjà son art de l'analyse morale, de l'ironie sociale et du sentiment inquiet.
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Stendhal est mort en 1842, et « Armance » a été publié pour la première fois en 1827; ces dates soutiennent le statut de domaine public du texte français.
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Armance
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Une femme d’esprit, qui n’a pas des idées bien arrêtées sur les mérites littéraires, m’a prié, moi indigne, de corriger le style de ce roman. Je suis loin d’adopter certains sentiments politiques qui semblent mêlés à la narration ; voilà ce que j’avais besoin de dire au lecteur. L’aimable auteur et moi nous pensons d’une manière opposée sur bien des choses ; mais nous avons également en horreur ce qu’on appelle des applications . On fait à Londres des romans très piquants : Vivian Grey, Almak’s, High life, Matilda , etc., qui ont besoin d’une clé . Ce sont des caricatures fort plaisantes contre des personnes que les hasards de la naissance ou de la fortune ont placées dans une position qu’on envie.
Voilà un genre de mérite littéraire dont nous ne voulons point. L’auteur n’est pas entré, depuis 1814, au premier étage du palais des Tuileries ; il a tant d’orgueil, qu’il ne connaît pas même de nom les personnes qui se font sans doute remarquer dans un certain monde.
Mais il a mis en scène des industriels et des privilégiés, dont il a fait la satire. Si l’on demandait des nouvelles du jardin des Tuileries aux tourterelles qui soupirent au faîte des grands arbres, elles diraient : C’est une immense plaine de verdure où l’on jouit de la plus vive clarté. Nous, promeneurs, nous répondrions : C’est une promenade délicieuse et sombre où l’on est à l’abri de la chaleur, et surtout du grand jour, désolant en été.
C’est ainsi que la même chose chacun la juge d’après sa position ; c’est dans des termes aussi opposés que parlent de l’état actuel de la société des personnes également respectables qui veulent suivre des routes différentes pour nous conduire au bonheur. Mais chacun prête des ridicules au parti contraire.
Imputerez-vous à un tour méchant dans l’esprit de l’auteur les descriptions malveillantes et fausses que chaque parti fait des salons du parti opposé ? Exigerez-vous que des personnages passionnés soient de sages philosophes, c’est-à-dire n’aient point de passions ? En 1760, il fallait de la grâce, de l’esprit et pas beaucoup d’humeur, ni pas beaucoup d’honneur, comme disait le régent, pour gagner la faveur du maître et de la maîtresse.
Il faut de l’économie, du travail opiniâtre, de la solidité, et l’absence de toute illusion dans une tête, pour tirer parti de la machine à vapeur. Telle est la différence entre le siècle qui finit en 1789 et celui qui commença vers 1815.
Napoléon chantonnait constamment en allant en Russie ces mots qu’il avait entendus si bien dits par Porto (dans la Molinara ) :
Si batte nel mio cuore
L’inchiostro e la farina
Si batte nel mio cuore L’inchiostro e la farina .
C’est ce que pourraient répéter bien des jeunes gens qui ont à la fois de la naissance et de l’esprit.
En parlant de notre siècle, nous nous trouvons avoir esquissé deux des caractères principaux de la Nouvelle suivante. Elle n’a peut-être pas vingt pages qui avoisinent le danger de paraître satiriques ; mais l’auteur suit une autre route ; mais le siècle est triste, il a de l’humeur, et il faut prendre ses précautions avec lui, même en publiant une brochure qui, je l’ai déjà dit à l’auteur, sera oubliée au plus tard dans six mois, comme les meilleures de son espèce.
En attendant, nous sollicitons un peu de l’indulgence que l’on a montrée aux auteurs de la comédie des Trois Quartiers . Ils ont présenté un miroir au public ; est-ce leur faute si des gens laids ont passé devant ce miroir ? De quel parti est un miroir ?
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As the most forward bud
Is eaten by the canker ere it blow,
Even so by love the young and tender wit
Is turn’d to folly………
……… So eating love
Inhabits in the finest wits of all.
As the most forward bud Is eaten by the canker ere it blow, Even so by love the young and tender wit Is turn’d to folly……… ……… So eating love Inhabits in the finest wits of all.
Ce n’était pas toujours de nuit et seul qu’Octave était saisi par ces accès de désespoir. Une violence extrême, une méchanceté extraordinaire marquaient alors toutes ses actions, et sans doute, s’il n’eût été qu’un pauvre étudiant en droit, sans parents ni protection, on l’eût enfermé comme fou. Mais aussi dans cette position sociale, il n’eût pas eu l’occasion d’acquérir cette élégance de manières qui, venant polir un caractère aussi singulier, faisait de lui un être à part, même dans la société de la cour. Octave devait un peu cette extrême distinction à l’expression de ses traits ; elle avait de la force et de la douceur et non point de la force et de la dureté, comme il arrive parmi le vulgaire des hommes qui doivent un regard à leur beauté. Il possédait naturellement l’art difficile de communiquer sa pensée, quelle qu’elle fût, sans jamais offenser ou du moins sans jamais infliger d’offense inutile, et grâce à cette mesure parfaite dans les relations ordinaires de la vie, l’idée de folie était éloignée.
Il n’y avait pas un an qu’un jeune laquais, effrayé de la figure d’Octave, ayant eu l’air de s’opposer à son passage, un soir qu’il sortait en courant du salon de sa mère, Octave, furieux, s’était écrié : « Qui es-tu pour t’opposer à moi ! si tu es fort, fais preuve de force. » Et en disant ces mots, il l’avait saisi à bras-le-corps et jeté par la fenêtre. Ce laquais tomba dans le jardin sur un vase de laurier-rose et se fit peu de mal. Pendant deux mois Octave se constitua le domestique du blessé ; il avait fini par lui donner trop d’argent, et chaque jour il passait plusieurs heures à faire son éducation. Toute la famille désirant le silence de cet homme, il reçut des présents, et se vit l’objet de complaisances excessives qui en firent un mauvais sujet que l’on fut obligé de renvoyer dans son pays avec une pension. On peut comprendre maintenant les chagrins de madame de Malivert.
Ce qui l’avait surtout effrayée lors de ce funeste événement, c’est que le repentir d’Octave, quoique extrême, n’avait éclaté que le lendemain. La nuit en rentrant, comme on lui rappelait par hasard le danger que cet homme avait couru : « Il est jeune, avait-il dit, pourquoi ne s’est-il pas défendu ? Quand il a voulu m’empêcher de sortir, ne lui ai-je pas dit de se défendre ? » Madame de Malivert croyait avoir observé que ces accès de fureur saisissaient son fils précisément dans les instants où il paraissait avoir le plus oublié cette rêverie sombre qu’elle lisait toujours dans ses traits. C’était, par exemple, au milieu d’une charade en action, et lorsqu’il jouait gaiement depuis une heure avec quelques jeunes gens et cinq ou six jeunes personnes de sa connaissance intime, qu’il s’était enfui du salon en jetant le domestique par la fenêtre.
Quelques mois avant la soirée des deux millions, Octave s’était échappé d’une façon à peu près aussi brusque d’un bal que donnait madame de Bonnivet. Il venait de danser avec une grâce remarquable quelques contredanses et des valses. Sa mère était ravie de ses succès, et il ne pouvait les ignorer ; plusieurs femmes, à qui leur beauté avait valu dans le monde une grande célébrité, lui adressaient la parole de l’air le plus flatteur. Ses cheveux du plus beau blond qui retombaient en grosses boucles sur le front qu’il avait superbe, avaient surtout frappé la célèbre madame de Claix. Et à propos des modes suivies par les jeunes gens à Naples, d’où elle arrivait, elle lui faisait un compliment fort vif, lorsque tout à coup les traits d’Octave se couvrirent de rougeur, et il quitta le salon d’un pas dont il cherchait en vain à dissimuler la rapidité. Sa mère, alarmée, le suivit et ne le trouva plus. Elle l’attendit inutilement toute la nuit, il ne reparut que le lendemain, et dans un état singulier ; il avait reçu trois coups de sabre, à la vérité peu dangereux. Les médecins pensaient que cette monomanie était tout à fait morale , c’était leur mot, et devait provenir non point d’une cause physique, mais de l’influence de quelque idée singulière. Aucun signe n’annonçait les migraines de M. le vicomte Octave, comme disaient les gens. Ces accès avaient été bien plus rapprochés durant la première année de son séjour à l’école polytechnique, et avant qu’il eût songé à se faire prêtre. Ses camarades avec lesquels il avait des querelles fréquentes, le croyaient alors complétement fou, et souvent cette idée lui évita des coups d’épée.
Table of contents
Inside this edition
- 01Full text
- 02AVANT-PROPOS
- 03III
- 04VII
- 05VIII
- 06XII
- 07XIII
- 08XIV
- 09XVI
- 10XVII
- 11XVIII
- 12XIX
- 13XXI
- 14XXII
- 15XXIII
- 16XXIV
- 17XXV
- 18XXVI
- 19XXVII
- 20XXVIII
- 21XXIX
- 22XXX
- 23XXXI
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