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French Edition

Literature

César Cascabel

French BooksWhale Edition by Jules Verne

Une famille de saltimbanques tente de rentrer en France par l’Alaska et la Sibérie, entre rencontres, dangers et numéros improvisés.

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Book introduction

César Cascabel

Privée des moyens de rentrer par la mer, la famille Cascabel choisit une route extraordinaire à travers l’Amérique du Nord, le détroit de Behring et la Sibérie. Sa roulotte, ses talents de scène et sa solidarité deviennent des ressources de survie. Dans ce roman en deux parties, Jules Verne associe le voyage géographique aux rebondissements d’une troupe familiale entraînée dans des aventures politiques et humaines.

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Jules Verne est mort en 1905 ; l’œuvre a paru en 1890. Cette édition utilise le texte original français en domaine public provenant de Wikisource, sans annotations ni ajouts éditoriaux modernes.

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PREMIÈRE PARTIE

Preview chapterI fortune faitePreview

« Personne n’a-t-il quelque autre monnaie à me donner ?… Allons, enfants, fouillez-vous !

— Voici, père ! » répondit la petite fille.

Et elle tira de sa poche un carré de papier verdâtre, chiffonné et crasseux. Ce papier portait ces mots presque illisibles : United States fractional Currency, entourant la tête respectable d’un monsieur en redingote, avec le nombre 10 six fois répété, — ce qui valait dix cents, soit environ dix sous de France.

« Et d’où cela te vient-il ? demanda la mère.

— C’est ce qui me reste de la dernière recette, répondit Napoléone.

— Et toi, Sandre, tu n’as plus rien ?

— Non, père.

— Ni toi, Jean ?

— Ni moi.

— Qu’est-ce qui manque donc encore, César ?… demanda Cornélia à son mari.

— Il manque deux cents, si nous voulons avoir un compte rond, répondit M. Cascabel.

— Les voici, monsieur patron, dit Clou-de-Girofle, en faisant voltiger une petite pièce de cuivre qu’il venait d’extraire des profondeurs de son gousset.

— Bravo, Clou ! s’écria la petite fille.

— Bon !… ça y est ! » s’écria M. Cascabel.

Et « ça y était », pour parler le langage de cet honnête saltimbanque. Le total faisait près de deux mille dollars, soit dix mille francs.

Dix mille francs, n’est-ce pas une fortune, quand on n’est arrivé que par ses talents à tirer argent de la générosité publique ?

Cornélia embrassa son mari, ses enfants vinrent l’embrasser à leur tour.

« Maintenant, dit M. Cascabel, il s’agit d’acheter une caisse, une belle caisse à secret où nous enfermerons toute notre fortune.

— Est-ce vraiment indispensable ? fit observer Mme Cascabel que cette dépense effrayait un peu.

— Cornélia, c’est indispensable !

— Peut-être un coffret suffirait-il ?…

— Voilà bien les femmes ! s’écria M. Cascabel. Un coffret, c’est pour les bijoux ! Une caisse, ou tout au moins, un coffre-fort, c’est pour l’argent, et, comme nous avons à faire un long voyage avec nos dix mille francs…

— Va donc acheter ton coffre-fort, mais marchande bien ! » répondit Cornélia.

Le chef de la famille ouvrit la porte de cette voiture, « superbe et conséquente », qui lui servait de maison foraine, il descendit le marche-pied de fer fixé aux brancards, et prit à travers les rues qui convergent vers le centre de Sacramento.

Au mois de février, il fait froid en Californie, quoique cet État soit situé à la même latitude que l’Espagne. Mais, serré dans sa bonne houppelande doublée de fausse martre, son bonnet de fourrure enfoncé jusqu’aux oreilles, M. Cascabel ne s’inquiétait guère de la température, et marchait d’un pas joyeux. Un coffre-fort, être possesseur d’un coffre-fort, avait été le rêve de toute sa vie : ce rêve allait se réaliser enfin !

On était au début de l’année 1867.

Dix-neuf ans avant cette époque, le territoire actuellement occupé par la ville de Sacramento n’était qu’une vaste et déserte plaine. Au centre s’élevait un fortin, une sorte de blockhaus, bâti par les settlers, les premiers trafiquants, dans le but de protéger leurs campements contre les attaques des Indiens de l’Ouest-Amérique. Mais depuis cette époque, après que les Américains eurent enlevé la Californie aux Mexicains, qui furent incapables de la défendre, l’aspect du pays s’était singulièrement modifié. Le fortin avait fait place à une ville — maintenant l’une des plus importantes des États-Unis, bien que l’incendie et les inondations eussent, à plusieurs reprises, détruit la cité naissante.

Donc, en cette année 1867, M. Cascabel n’avait plus à redouter les incursions des tribus indiennes, ni même les agressions de ce ramassis de bandits cosmopolites, qui envahirent la province en 1849, quand furent découvertes les mines d’or, situées un peu plus au nord-est sur le plateau de Grass-Valley, et le célèbre gisement de Allison-Ranch, dont le quartz produisait par kilogramme un franc du précieux métal.

Preview chapterII famille cascabelPreview

Cascabel !… Nom célèbre et même illustre dans les cinq parties du monde et « autres lieux », disait fièrement celui qui le portait avec tant d’honneur.

César Cascabel, originaire de Pontorson, en pleine Normandie, était rompu à toutes les finesses, débrouillardises et trucs du pays normand. Mais, si malin, si roublard qu’il fût, il était resté honnête homme, et il convient de ne pas confondre avec les membres trop souvent suspects de la corporation des bateleurs. Chef de famille, il rachetait par ses vertus privées l’humilité de son origine et les irrégularités de sa profession.

À cette époque, M. Cascabel avait bien l’âge qu’il paraissait, quarante-cinq ans, ni plus ni moins. Enfant de la balle, dans toute l’acception du mot, il avait eu pour berceau la balle que son père portait sur ses épaules, pendant qu’il courait les foires et marchés de la province normande. Sa mère étant morte peu après qu’il eut vu le jour, il fut recueilli fort à propos dans une troupe foraine, lorsqu’il perdit son père quelques années plus tard. Là se passa son enfance, en culbutes, contorsions et sauts périlleux, la tête en bas, les pieds en l’air. Puis, il devint successivement clown, gymnaste, acrobate, hercule de foire, — jusqu’au moment où, père de trois enfants, il se fit le directeur de cette petite famille qu’il avait créée de compte à demi avec Mme Cascabel, née Cornélia Vadarasse, de Martigues en Provence.

Intelligent et ingénieux, si sa vigueur était remarquable, son adresse peu ordinaire, ses qualités morales ne le cédaient point à ses qualités physiques. Sans doute, pierre qui roule n’amasse pas de mousse, mais elle se frotte, du moins, aux aspérités des chemins, elle se polit, elle émousse ses angles, elle se fait ronde et luisante. Aussi, depuis quarante-cinq ans qu’il roulait, César Cascabel s’était-il si bien frotté, poli et arrondi, qu’il connaissait de l’existence tout ce qu’on en peut connaître, ne s’étonnant de rien, ne s’émerveillant pas davantage. À force d’avoir couru l’Europe de foire en foire, de s’être acclimaté aussi bien en Amérique que dans les colonies hollandaises ou espagnoles, il comprenait à peu près toutes les langues, il les parlait plus ou moins bien, « même celles qu’il ne savait pas », disait-il, car il n’était guère gêné de s’exprimer par gestes, lorsque la parole lui faisait défaut.

César Cascabel était d’une taille un peu au-dessus de la moyenne, torse vigoureux, membres bien assouplis, face à maxillaire inférieur quelque peu saillant — ce qui est signe d’énergie — tête forte, embroussaillée de cheveux rudes, patinée au feu de tous les soleils et au hâle de toutes les rafales, moustache sans pointe sous son nez puissant, deux demi-favoris sur des joues couperosées, yeux bleus, très vifs, très perçants, avec un bon regard, une bouche qui aurait encore eu trente-trois dents, s’il en avait fait mettre une. Devant le public, un Frédéric Lemaître à grands gestes, à poses fantaisistes, à phrases déclamatoires, mais, en particulier, très simple, très naturel, et adorant sa famille.

D’une santé à toute épreuve, si son âge lui interdisait maintenant le métier d’acrobate, il était toujours remarquable dans les travaux de force qui « demandent du biceps ». En outre, il possédait un talent extraordinaire dans cette branche de l’industrie foraine, la ventriloquie, la science de l’engastrymisme, qui date de loin, puisque, au dire de l’évêque Eustache, la pythonisse d’Endor n’était qu’une ventriloque. Quand il le voulait, son gosier lui descendait de la gorge dans le ventre. Aurait-il pu chanter un duo à lui seul ?… Eh ! il n’aurait pas fallu l’en défier !

Table of contents

Inside this edition

  1. 01PREMIÈRE PARTIE
  2. 02I fortune faite
  3. 03II famille cascabel
  4. 04III la sierra nevada
  5. 05IV grande détermination
  6. 06V en route !
  7. 07VI suite du voyage
  8. 08VII à travers le caribou
  9. 09VIII au village des coquins
  10. 10IX on ne passe pas !
  11. 11X kayette
  12. 12XI sitka
  13. 13XII de sitka au fort youkon.
  14. 14XIII une idée de cornélia cascabel.
  15. 15XIV du fort-youkon à port-clarence.
  16. 16XV port-clarence.
  17. 17XVI adieux au nouveau-continent.
  18. 18DEUXIÈME PARTIE
  19. 19I le détroit de behring
  20. 20II entre deux courants
  21. 21III en dérive.
  22. 22IV du 16 novembre au 2 décembre
  23. 23V les îles liakhoff.
  24. 24VI hivernage.
  25. 25VII un bon tour de m. cascabel.
  26. 26VIII le pays des iakoutes.
  27. 27IX jusqu’à l’obi
  28. 28X du fleuve obi aux monts ourals
  29. 29XI les monts ourals
  30. 30XII voyage terminé et qui n’est pas fini.
  31. 31XIII une longue journée.
  32. 32XIV dénouement très applaudi des spectateurs.
  33. 33XV conclusion

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