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French Edition

Literature

Charmes

French BooksWhale Edition by Paul Valéry

Un recueil essentiel de Valéry, entre rigueur musicale, pensée poétique, mer, corps et conscience.

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Book introduction

Charmes

Charmes rassemble quelques-uns des poèmes les plus célèbres de Paul Valéry. Le recueil unit précision formelle, méditation sur la conscience, images de la mer, du corps et de l’esprit, et une exigence musicale qui en fait un jalon de la poésie française moderne.

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Paul Valéry est mort en 1945, et Charmes a paru en 1922. Ces dates soutiennent le domaine public du texte français original de cette édition.

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Charmes

Paul Valéry

Preview chapterAUROREPreview

A Paul Poujaud

La confusion morose

Qui me servait de sommeil,

Se dissipe dès la rose

Apparence du soleil.

Dans mon âme je m’avance,

Tout ailé de confiance:

C’est la première oraison!

A peine sorti des sables,

Je fais des pas admirables

Dans les pas de ma raison.

Salut! encore endormies

A vos sourires jumeaux,

Similitudes amies

Qui brillez parmi les mots!

Au vacarme des abeilles

Je vous aurai par corbeilles,

Et sur l’échelon tremblant

De mon échelle dorée

Ma prudence évaporée

Déjà pose son pied blanc.

Quelle aurore sur ces croupes

Qui commencent de frémir!

Déjà s’étirent par groupes

Telles qui semblaient dormir:

L’une brille, l’autre bâille;

Et sur un peigne d’écaille,

Égarant ses vagues doigts,

Du songe encore prochaine,

La paresseuse l’enchaîne

Aux prémisses de sa voix.

Quoi! c’est vous, mal déridées!

Que fîtes-vous, cette nuit,

Maîtresses de l’âme, Idées,

Courtisanes par ennui?

--Toujours sages, disent-elles,

Nos présences immortelles

Jamais n’ont trahi ton toit!

Nous étions non éloignées,

Mais secrètes araignées

Dans les ténèbres de toi!

Ne seras-tu pas de joie

Ivre! à voir de l’ombre issus

Cent mille soleils de soie

Sur tes énigmes tissus?

Regarde ce que nous fîmes:

Nous avons sur tes abîmes

Tendu nos fils primitifs,

Et pris la nature nue

Dans une trame ténue

De tremblants préparatifs...

Leur toile spirituelle,

Je la brise, et vais cherchant

Dans ma forêt sensuelle

Les oracles de mon chant.

Être!... Universelle oreille!

Toute l’âme s’appareille

A l’extrême du désir...

Elle s’écoute qui tremble

Et parfois ma lèvre semble

Son frémissement saisir.

Voici mes vignes ombreuses.

Les berceaux de mes hasards!

Les images sont nombreuses

A l’égal de mes regards...

Toute feuille me présente

Une source complaisante

Où je bois ce frêle bruit...

Tout m’est pulpe, tout amande,

Tout calice me demande

Que j’attende pour son fruit.

Je ne crains pas les épines!

L’éveil est bon, même dur!

Ces idéales rapines

Ne veulent pas qu’on soit sûr:

Il n’est pour ravir un monde

De blessure si profonde

Qui ne soit au ravisseur

Une féconde blessure,

Et son propre sang l’assure

D’être le vrai possesseur.

J’approche la transparence

De l’invisible bassin

Où nage mon Espérance

Que l’eau porte par le sein.

Son col coupe le temps vague

Et soulève cette vague

Que fait un col sans pareil...

Elle sent sous l’onde unie

La profondeur infinie,

Et frémit depuis l’orteil.

Preview chapterAU PLATANEPreview

A André Fontainas

Tu penches, grand Platane, et te proposes nu,

Blanc comme un jeune Scythe,

Mais ta candeur est prise, et ton pied retenu

Par la force du site.

Ombre retentissante en qui le même azur

Qui t’emporte, s’apaise,

La noire mère astreint ce pied natal et pur

A qui la fange pèse.

De ton front voyageur les vents ne veulent pas;

La terre tendre et sombre,

O Platane, jamais ne laissera d’un pas

S’émerveiller ton ombre!

Ce front n’aura d’accès qu’aux degrés lumineux

Où la sève l’exalte;

Tu peux grandir, candeur, mais non rompre les nœuds

De l’éternelle halte!

Pressens autour de toi d’autres vivants liés

Par l’hydre vénérable;

Tes pareils sont nombreux, des pins aux peupliers,

De l’yeuse à l’érable,

Qui, par les morts saisis, les pieds échevelés

Dans la confuse cendre,

Sentent les fuir les fleurs, et leurs spermes ailés

Le cours léger descendre.

Le tremble pur, le charme, et ce hêtre formé

De quatre jeunes femmes,

Ne cessent point de battre un ciel toujours fermé,

Vêtus en vain de rames.

Ils vivent séparés, ils pleurent confondus

Dans une seule absence,

Et leurs membres d’argent sont vainement fendus

A leur douce naissance.

Quand l’âme lentement qu’ils expirent le soir

Vers l’Aphrodite monte,

La vierge doit dans l’ombre, en silence, s’asseoir,

Toute chaude de honte.

Elle se sent surprendre, et pâle, appartenir

A ce tendre présage

Qu’une présente chair tourne vers l’avenir

Par un jeune visage...

Mais toi, de bras plus purs que les bras animaux,

Toi qui dans l’or les plonges,

Toi qui formes au jour le fantôme des maux

Que le sommeil fait songes,

Haute profusion de feuilles, trouble fier

Quand l’âpre tramontane

Sonne, au comble de l’or, l’azur du jeune hiver

Sur tes harpes, Platane,

Ose gémir!... Il faut, ô souple chair du bois,

Te tordre, te détordre,

Te plaindre sans te rompre, et rendre aux vents la voix

Qu’ils cherchent en désordre!

Flagelle-toi!... Parais l’impatient martyr

Qui soi-même s’écorche,

Et dispute à la flamme impuissante à partir

Ses retours vers la torche!

Afin que l’hymne monte aux oiseaux qui naîtront,

Et que le pur de l’âme

Fasse frémir d’espoir les feuillages d’un tronc

Qui rêve de la flamme,

Je t’ai choisi, puissant personnage d’un parc,

Ivre de ton tangage,

Puisque le ciel t’exerce, et te presse, ô grand arc,

De lui rendre un langage!

O qu’amoureusement des Dryades rival,

Le seul poète puisse

Flatter ton corps poli comme il fait du Cheval

L’ambitieuse cuisse!...

--Non, dit l’Arbre. Il dit: Non! par l’étincellement

De sa tête superbe,

Que la tempête traite universellement

Comme elle fait une herbe!

Table of contents

Inside this edition

  1. 01Full text
  2. 02AURORE
  3. 03AU PLATANE
  4. 04AIR DE SÉMIRAMIS
  5. 05CANTIQUE DES COLONNES
  6. 06FRAGMENTS DU NARCISSE
  7. 07I
  8. 08II
  9. 09III
  10. 10L’ABEILLE
  11. 11POÉSIE
  12. 12LES PAS
  13. 13LA CEINTURE
  14. 14LA DORMEUSE
  15. 15LA PYTHIE
  16. 16LE SYLPHE
  17. 17L’INSINUANT
  18. 18LA FAUSSE MORTE
  19. 19ÉBAUCHE D’UN SERPENT
  20. 20LES GRENADES
  21. 21LE VIN PERDU
  22. 22INTÉRIEUR
  23. 23LE CIMETIÈRE MARIN
  24. 24ODE SECRÈTE
  25. 25LE RAMEUR
  26. 26PALME

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