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French Edition

Literature

Colomba et autres nouvelles

French BooksWhale Edition by Prosper Mérimée

Vendetta corse, passions violentes, récits brefs et précision ironique dans les nouvelles de Mérimée.

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Book introduction

Colomba et autres nouvelles

Colomba et autres nouvelles réunit des récits où Prosper Mérimée explore l’honneur, la vengeance, l’étranger, la violence contenue et le choc des cultures. Autour de Colomba, La Vénus d’Ille, Mateo Falcone ou Tamango, cette édition met en valeur l’art sec, dramatique et suggestif de la nouvelle française du XIXe siècle.

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This edition is based on a public domain text and has been prepared for digital reading by BooksWhale.

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Prosper Mérimée died in 1870, and the stories collected here were first published in the nineteenth century. These dates support the public-domain basis for the original French texts used in this edition.

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Colomba et autres nouvelles

Prosper Mérimée

COLOMBA.

Pè far la to vendetta.

Sta sigur’, vasta anche ella.

Vocero du Niolo.

Dans les premiers jours du mois d’octobre 181., le colonel sir Thomas Nevil, Irlandais, officier distingué de l’armée anglaise, descendit avec sa fille à l’hôtel Beauveau, à Marseille, au retour d’un voyage en Italie. L’admiration continue des voyageurs enthousiastes a produit une réaction, et, pour se singulariser, beaucoup de

touristes

aujourd’hui prennent pour devise le

nil admirari

d’Horace. C’est à cette classe de voyageurs mécontents qu’appartenait miss Lydia, fille unique du colonel.

La Transfiguration

lui avait paru médiocre, le Vésuve en éruption à peine supérieur aux cheminées des usines de Birmingham. En somme, sa grande objection contre l’Italie était que ce pays manquait de couleur locale, de caractère. Explique qui pourra le sens de ces mots, que je comprenais fort bien il y a quelques années, et que je n’entends plus aujourd’hui. D’abord, miss Lydia s’était

flattée de trouver au-delà des Alpes des choses que personne n’aurait vues avant elle, et dont elle pouvait parler «

avec les honnêtes gens

», comme dit M. Jourdain. Mais bientôt, partout devancée par ses compatriotes, et désespérant de rencontrer rien d’inconnu, elle se jeta dans le parti de l’opposition. Il est bien désagréable, en effet, de ne pouvoir parler des merveilles de l’Italie sans que quelqu’un ne vous dise : « Vous connaissez sans doute ce Raphaël du palais ***, à *** ? C’est ce qu’il y a de plus beau en Italie. » — Et c’est justement ce qu’on a négligé de voir. Comme il est trop long de tout voir, le plus simple c’est de tout condamner de parti pris.

À l’hôtel Beauveau, miss Lydia eut un amer désappointement. Elle rapportait un joli croquis de la porte pélasgique ou cyclopéenne de Segni, qu’elle croyait oubliée par les dessinateurs. Or lady Frances Fenwich, la rencontrant à Marseille, lui montra son album, où, entre un sonnet et une fleur desséchée, figurait la porte en question, enluminée à grand renfort de terre de Sienne. Miss Lydia donna la porte de Segni à sa femme de chambre, et perdit toute estime pour les constructions pélasgiques.

Ces tristes dispositions étaient partagées par le colonel Nevil, qui, depuis la mort de sa femme, ne voyait les choses que par les yeux de miss Lydia. Pour lui, l’Italie avait le tort immense d’avoir ennuyé sa fille, et par conséquent, c’était le plus ennuyeux pays du monde. Il n’avait rien à dire, il est vrai, contre les tableaux et les statues ; mais ce qu’il pouvait assurer, c’est que la chasse était misérable dans ce pays-là, et qu’il fallait faire dix lieues au grand soleil dans la campagne de Rome pour tuer quelques méchantes perdrix rouges.

Le lendemain de son arrivée à Marseille, il invita à dîner le capitaine Ellis, son ancien adjudant, qui venait de passer six semaines en Corse. Le capitaine raconta

fort bien à miss Lydia une histoire de bandits qui avait le mérite de ne ressembler nullement aux histoires de voleurs dont on l’avait si souvent entretenue sur la route de Rome à Naples. Au dessert, les deux hommes, restés seuls avec des bouteilles de vin de Bordeaux, parlèrent chasse, et le colonel apprit qu’il n’y a pas de pays où elle soit plus belle qu’en Corse, plus variée, plus abondante. — « On y voit force sangliers, disait le capitaine Ellis, et il faut apprendre à les distinguer des cochons domestiques, qui leur ressemblent d’une manière étonnante ; car, en tuant des cochons, l’on se fait une mauvaise affaire avec leurs gardiens. Ils sortent d’un taillis qu’ils nomment

Preview chapterIII.Preview

La nuit était belle, la lune se jouait sur les flots, le navire voguait doucement au gré d’une brise légère. Miss Lydia n’avait point envie de dormir, et ce n’était que la présence d’un profane qui l’avait empêchée de goûter ces émotions qu’en mer et par un clair de lune tout être humain éprouve quand il a deux grains de poésie dans le cœur. Lorsqu’elle jugea que le jeune lieutenant dormait

sur les deux oreilles, comme un être prosaïque qu’il était, elle se leva, prit une pelisse, éveilla sa femme de chambre et monta sur le pont. Il n’y avait personne, qu’un matelot au gouvernail, lequel chantait une espèce de complainte dans le dialecte corse, sur un air sauvage et monotone. Dans le calme de la nuit, cette musique étrange avait son charme. Malheureusement miss Lydia ne comprenait pas parfaitement ce que chantait le matelot. Au milieu de beaucoup de lieux communs, un vers énergique excitait vivement sa curiosité, mais bientôt, au plus beau moment, arrivaient quelques mots de patois dont le sens lui échappait. Elle comprit pourtant qu’il était question d’un meurtre. Des imprécations contre les assassins, des menaces de vengeance, l’éloge du mort, tout cela était confondu pêle-mêle. Elle retint quelques vers ; je vais essayer de les traduire :

« … Ni les canons, ni les baïonnettes — n’ont fait pâlir son front, — serein sur un champ de bataille — comme un ciel d’été. — il était le faucon ami de l’aigle — miel des sables pour ses amis, — pour ses ennemis la mer en courroux. — Plus haut que le soleil, — plus doux que la lune. — Lui que les ennemis de la France — n’attendirent jamais, — des assassins de son pays — l’ont frappé par derrière, — comme Vittolo tua Sampiero Corso

[

]

. — Jamais ils n’eussent osé le regarder en face. — … Placez sur la muraille, devant mon lit, — ma croix d’honneur bien gagnée. — Rouge en est le ruban. — Plus rouge ma chemise. — À mon fils, mon fils en lointain pays, — gardez ma croix et ma chemise sanglante. — Il y verra deux trous. Pour chaque trou, un trou dans une autre chemise. Mais la vengeance sera-t-elle faite alors ? — Il me faut la main qui a tiré, — l’œil qui a visé, — le cœur qui a pensé… »

Le matelot s’arrêta tout à coup. — Pourquoi ne continuez-vous pas, mon ami ? demanda miss Nevil.

Le matelot, d’un mouvement de tête, lui montra une figure qui sortait d’un grand panneau de la goëlette : c’était Orso qui venait jouir du clair de lune.

— Achevez donc votre complainte, dit Miss Lydia, elle me faisait grand plaisir.

Le matelot se pencha vers elle et dit fort bas : je ne donne le

rimbecco

à personne.

— Comment ? le… ?

Le matelot, sans répondre, se mit à siffler.

— Je vous prends à admirer notre Méditerranée, miss Nevil, dit Orso s’avançant vers elle. Convenez qu’on ne voit point ailleurs cette lune-ci.

— Je ne la regardais pas. J’étais tout occupée à étudier le corse. Ce matelot, qui chantait une complainte des plus tragiques, s’est arrêté au plus beau moment.

Le matelot se baissa comme pour mieux lire sur la boussole, et tira rudement la pelisse de miss Nevil. Il était évident que sa complainte ne pouvait être chantée devant le lieutenant Orso.

— Que chantais-tu là, Paolo Francè ? dit Orso ; est-ce une

ballata

? un

vocero

[

]

? Mademoiselle te comprend et voudrait entendre la fin.

Je l’ai oubliée, Ors’ Anton’, dit le matelot. Et sur-le-champ il se mit à entonner à tue-tête un cantique à la Vierge.

Miss Lydia écouta le cantique avec distraction et ne pressa pas davantage le chanteur, se promettant bien toutefois de savoir plus tard le mot de l’énigme. Mais sa femme de chambre, qui, étant de Florence, ne

Preview chapterIV.Preview

Après avoir visité la maison où Napoléon est né, après s’être procuré par des moyens plus ou moins catholiques un peu du papier de la tenture, miss Lydia, deux jours après être débarquée en Corse, se sentit saisir d’une tristesse profonde, comme il doit arriver à tout étranger qui se trouve dans un pays dont les habitudes insociables semblent le condamner à un isolement complet. Elle regretta son coup de tête ; mais partir sur-le-champ, c’eût été compromettre sa réputation de voyageuse intrépide ; miss Lydia se résigna donc à prendre patience et à tuer le temps de son mieux. Dans cette généreuse résolution, elle prépara crayons et couleurs, esquissa des vues du golfe, et fit le portrait d’un paysan basané, qui vendait des melons, comme un maraîcher du continent, mais qui avait une barbe blanche et l’air du plus féroce coquin qui se pût voir. Tout cela ne suffisant point à l’amuser, elle résolut de faire tourner la tête au descendant des caporaux, et la chose n’était pas difficile, car, loin de se presser pour revoir son village, Orso semblait se plaire fort à Ajaccio, bien qu’il n’y vît personne. D’ailleurs miss Lydia s’était proposé une noble tâche, celle de civiliser cet ours des

montagnes, et de le faire renoncer aux sinistres desseins qui le ramenaient dans son île. Depuis qu’elle avait pris la peine de l’étudier, elle s’était dit qu’il serait dommage de laisser ce jeune homme courir à sa perte, et que pour elle il serait glorieux de convertir un Corse.

Les journées pour nos voyageurs se passaient comme il suit : le matin, le colonel et Orso allaient à la chasse ; miss Lydia dessinait ou écrivait à ses amies, afin de pouvoir dater ses lettres d’Ajaccio. Vers six heures, les hommes revenaient chargés de gibier ; on dînait, miss Lydia chantait, le colonel s’endormait, et les jeunes gens demeuraient fort tard à causer.

Je ne sais quelle formalité de passe-port avait obligé le colonel Nevil à faire une visite au préfet ; celui-ci, qui s’ennuyait fort, ainsi que la plupart de ses collègues, avait été ravi d’apprendre l’arrivée d’un Anglais riche, homme du monde et père d’une jolie fille ; aussi il l’avait parfaitement reçu et accablé d’offres de services ; de plus, fort peu de jours après, il vint lui rendre sa visite. Le colonel, qui venait de sortir de table, était confortablement étendu sur le sofa, tout près de s’endormir ; sa fille chantait devant un piano délabré ; Orso tournait les feuillets de son cahier de musique, et regardait les épaules et les cheveux blonds de la virtuose. On annonça M. le préfet ; le piano se tut, le colonel se leva, et présenta le préfet à sa fille : — Je ne vous présente pas monsieur della Rebbia, dit-il, car vous le connaissez sans doute ?

— Monsieur est le fils du colonel della Rebbia ? demanda le préfet d’un air légèrement embarrassé.

— Oui, monsieur, répondit Orso.

— J’ai eu l’honneur de connaître monsieur votre père.

Les lieux communs de conversation s’épuisèrent bientôt. Malgré lui, le colonel bâillait assez fréquemment ; en sa qualité de libéral, Orso ne voulait point parler à un satellite du pouvoir ; Miss Lydia soutenait seule la

conversation. De son côté, le préfet ne la laissait pas languir, et il était évident qu’il avait un vif plaisir à parler de Paris et du monde à une femme qui connaissait toutes les notabilités de la société européenne, De temps en temps, et tout en parlant, il observait Orso avec une curiosité singulière.

— C’est sur le continent que vous avez connu monsieur della Rebbia ? demanda-t-il à miss Lydia.

Table of contents

Inside this edition

  1. 01Full text
  2. 02III.
  3. 03IV.
  4. 04V.
  5. 05VI.
  6. 06VII.
  7. 07VIII.
  8. 08IX.
  9. 09X.
  10. 10XI.
  11. 11XII.
  12. 12XIII.
  13. 13XIV.
  14. 14XV.
  15. 15Dixi
  16. 16XVI.
  17. 17XVII.
  18. 18XVIII.
  19. 19XIX.
  20. 20XX.
  21. 21XXI.
  22. 22M.
  23. 23XI
  24. 24XII
  25. 25III
  26. 26IV
  27. 27XVI
  28. 28I.
  29. 29II.
  30. 30III.
  31. 31ii

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