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French Edition

Philosophy

Considérations sur les mœurs de ce siècle

French BooksWhale Edition by Charles Duclos

Charles Duclos examine l’éducation, la réputation, la politesse et les distinctions sociales dans une suite de réflexions sur les mœurs.

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Book introduction

Considérations sur les mœurs de ce siècle

Des préjugés de l’éducation au crédit des gens du monde, Charles Duclos observe les mécanismes qui règlent la vie sociale. Ses seize chapitres interrogent la probité, l’honneur, la réputation, la singularité, les lettres et la reconnaissance. Le texte associe analyse morale et attention aux usages de son siècle, en distinguant constamment la valeur réelle des personnes des avantages que leur attribue l’opinion.

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Charles Duclos est mort en 1772 ; l’œuvre a paru en 1751. Cette édition reprend le texte français original du domaine public, sans notes ni ajouts éditoriaux modernes.

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Preview chapterAU ROI.Read preview

Le bonheur d’être attaché personnellement à Votre Majesté par la place dont elle m’a honoré, les bontés dont elle m’a comblé, et l’approbation qu’elle a daigné accorder à l’ouvrage que j’ose lui présenter, sont mes titres pour lui en offrir l’hommage. Ma vie sera désormais consacrée à rassembler les monumens du règne le plus fécond en événemens glorieux. Tous les écrivains s’empresseront de peindre le héros et le pacificateur de l’Europe ; j’aurai de plus l’avantage d’être à portée de faire connoître le roi vertueux, le prince à qui l’humanité est chère. Pour rendre à Votre Majesté le tribut d’éloges qui lui est dû, je n’ai qu’à écouter la voix de la renommée et de la vérité. Voilà mes guides et mes garans ; l’éloge d’un grand roi doit être l’histoire de sa vie.

Je suis avec le plus profond respect,

SIRE,

Preview chapterINTRODUCTION.Preview

J’ai vécu, je voudrois être utile à ceux qui ont à vivre. Voilà le motif qui m’engage à rassembler quelques réflexions sur les objets qui m’ont frappé dans le monde. Les sciences n’ont fait de vrais progrès que depuis qu’on travaille, par l’expérience, l’examen et la confrontation des faits, à éclaircir, détruire ou confirmer les systèmes. C’est ainsi qu’on en devroit user à l’égard de la science des mœurs. Nous avons quelques bons ouvrages sur cette matière ; mais, comme il arrive des révolutions dans les mœurs, les observations faites dans un temps ne sont pas exactement applicables à un autre. Les principes puisés dans la nature sont toujours subsistans ; mais, pour s’assurer de leur vérité, il faut sur-tout observer les différentes formes qui les déguisent, sans les altérer, et qui, par leur liaison avec les principes, tendent de plus en plus à les confirmer.

Il seroit donc à souhaiter que ceux qui ont été à portée de connoître les hommes, fissent part de leurs observations. Elles seroient aussi utiles à la science des mœurs, que les journaux des navigateurs l’ont été à la navigation. Des faits et des observations suivies conduisent nécessairement à la découverte des principes, les dégagent de ce qui les modifie dans tous les siècles, et chez les différentes nations ; au lieu que des principes purement spéculatifs sont rarement sûrs, ont encore plus rarement une application fixe, et tombent souvent dans le vague des systèmes. Il y a d’ailleurs une grande différence entre la connoissance de l’homme et la connoissance des hommes. Pour connoître l’homme, il suffit de s’étudier soi-même ; pour connoître les hommes, il faut les pratiquer.

Je me suis proposé, en observant les mœurs, de démêler dans la conduite des hommes quels en sont les principes, et peut-être de concilier leurs contradictions. Les hommes ne sont inconséquens dans leurs actions, que parce qu’ils sont inconstans ou vacillans dans leurs principes.

Quoique cet ouvrage semble avoir pour objet particulier la connoissance des mœurs de ce siècle, j’espère que l’examen des mœurs actuelles pourra servir à faire connoître l’homme de tous les temps.

Pour mettre plus d’ordre et de clarté dans les différentes matières que je me propose de traiter, je les distribuerai par chapitres. Je choisirai les sujets qui me paraîtront les plus importans, dont l’application est la plus fréquente, la plus étendue, et je tâcherai, par leur réunion, de les faire concourir à un même but, qui est la connoissance des mœurs. J’espère que mes idées s’éloigneront également de la licence et de l’esprit de servitude ; j’userai en citoyen de la liberté dont la vérité a besoin.

Si l’ouvrage plaît, j’en serai très-flatté ; j’en serai encore plus content, s’il est utile.

Preview chapterCHAPITRE PREMIER. Sur les mœurs en général.Preview

Avant que de parler des mœurs, commençons par déterminer les différentes idées qu’on attache à ce terme ; car, loin d’avoir des synonymes, il admet plusieurs acceptions. Dans la plus générale, il signifie les habitudes naturelles ou acquises pour le bien ou pour le mal. On l’emploie même pour désigner les inclinations des différentes espèces d’animaux.

On dit d’un poëme, et de tout ouvrage d’imagination, que les mœurs y sont bien gardées, lorsque les usages, les coutumes, les caractères des personnages sont conformes à la connoissance, ou à l’opinion qu’on en a communément. Mais si l’on dit simplement d’un ouvrage qu’il y a des mœurs, on veut faire entendre que l’auteur a écrit d’une manière à inspirer l’amour de la vertu et l’horreur du vice. Ainsi les mœurs sans épithète s’entendent toujours des bonnes mœurs.

Les mœurs d’un tableau consistent dans l’observation du costume. Les mœurs, en parlant d’un particulier et de la vie privée, ne signifient autre chose que la pratique des vertus morales, ou le dérèglement de la conduite, suivant que ce terme est pris en bien ou en mal. On voit dès là que les mœurs diffèrent de la morale qui devroit en être la règle, et dont elles ne s’écartent que trop souvent. Les bonnes mœurs sont la morale pratique.

Relativement à une nation, on entend par les mœurs, ses coutumes, ses usages, non pas ceux qui, indifférens en eux-mêmes, sont du ressort d’une mode arbitraire ; mais ceux qui influent sur la manière de penser, de sentir et d’agir, ou qui en dépendent. C’est sous cet aspect que je considère les mœurs.

De telles considérations ne sont pas des idées purement spéculatives. On pourroit l’imaginer d’après ces écrits sur la morale, où l’on commence par supposer que l’homme n’est qu’un composé de misère et de corruption, et qu’il ne peut rien produire d’estimable. Ce système est aussi faux que dangereux. Les hommes sont également capables du bien et du mal ; ils peuvent être corrigés, puisqu’ils peuvent se pervertir ; autrement, pourquoi punir, pourquoi récompenser, pourquoi instruire ? Mais pour être en droit de reprendre, et en état de corriger les hommes, il faudroit d’abord aimer l’humanité, et l’on seroit alors à leur égard juste sans dureté, et indulgent sans lâcheté.

Les hommes sont, dit-on, pleins d’amour propre, et attachés à leur intérêt. Partons de là. Ces dispositions n’ont par elles-mêmes rien de vicieux, elles deviennent bonnes ou mauvaises par les effets qu’elles produisent. C’est la séve des plantes ; on n’en doit juger que par les fruits. Que deviendroit la société, si on la privoit de ses ressorts, si l’on en retranchoit les passions ? Qu’importe en effet qu’un homme ne se propose dans ses actions que sa propre satisfaction, s’il la fait consister à servir la société ? Qu’importe que l’enthousiasme patriotique ait fait trouver à Régulus de la satisfaction dans le sacrifice de sa vie ? La vertu purement désintéressée, si elle étoit possible, produiroit-elle d’autres effets ? Cet odieux sophisme d’intérêt personnel n’a été imaginé que par ceux qui, cherchant toujours exclusivement le leur, voudroient rejeter le reproche qu’eux seuls méritent sur l’humanité entière. Au lieu de calomnier la nature, qu’ils consultent leurs vrais intérêts, ils les verront unis à ceux de la société.

Qu’on apprenne aux hommes à s’aimer entre eux, qu’on leur en prouve la nécessité pour leur bonheur. On peut leur démontrer que leur gloire et leur intérêt ne se trouvent que dans la pratique de leurs devoirs. En cherchant à les dégrader, on les trompe, on les rend plus malheureux ; sur l’idée humiliante qu’on leur donne d’eux-mêmes, ils peuvent être criminels sans en rougir. Pour les rendre meilleurs, il ne faut que les éclairer ; le crime est toujours un faux jugement.

Table of contents

Inside this edition

  1. 01AU ROI.
  2. 02INTRODUCTION.
  3. 03CHAPITRE PREMIER. Sur les mœurs en général.
  4. 04CHAPITRE II. Sur l’Éducation et sur les Préjugés.
  5. 05CHAPITRE III. Sur la politesse et sur les louanges.
  6. 06CHAPITRE IV. Sur la probité, la vertu et l’honneur.
  7. 07CHAPITRE V. Sur la réputation, la célébrité, la renommée et la considération.
  8. 08CHAPITRE VI. Sur les grands seigneurs.
  9. 09CHAPITRE VII. Sur le crédit.
  10. 10CHAPITRE VIII. Sur les gens à la mode.
  11. 11CHAPITRE IX. Sur le ridicule, la singularité et l’affectation.
  12. 12CHAPITRE X. Sur les gens de fortune.
  13. 13CHAPITRE XI. Sur les gens de lettres.
  14. 14CHAPITRE XII. Sur la manie du bel-esprit.
  15. 15CHAPITRE XIII. Sur le rapport de l’esprit et du caractère.
  16. 16CHAPITRE XIV. Sur l’estime et le respect.
  17. 17CHAPITRE XV. Sur le prix réel des choses.
  18. 18CHAPITRE XVI. Sur la reconnaissance et l’ingratitude.

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