French Edition
Literature
Contes du jour et de la nuit
French BooksWhale Edition by Guy de Maupassant
Un recueil de nouvelles où Maupassant observe désir, peur, cruauté, hasard et ironie sociale.
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Book introduction
Contes du jour et de la nuit
Contes du jour et de la nuit réunit des récits brefs qui montrent l’art de Maupassant: précision du détail, chute nette, violence discrète, humour noir et compassion sans sentimentalisme. Le recueil fait passer le lecteur des salons aux campagnes, de la farce au malaise, avec une remarquable économie narrative.
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Guy de Maupassant est mort en 1893, et Contes du jour et de la nuit a paru en 1885. Ces dates soutiennent le fondement de domaine public du texte français utilisé pour cette édition.
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Contes du jour et de la nuit
PARIS
Preview chapterC. MARPON ET E. FLAMMARIONPreview
M. Flamel l’interrompit :
— C’est inutile, monsieur, je sais. Ma femme m’a parlé de vous. Il avait le ton digne d’un homme bon qui veut être sévère, et une majesté bourgeoise d’honnête homme. François Tessier reprit : — Eh bien, Monsieur, voilà. Je meurs de chagrin, de remords, de honte. Et je voudrais une fois, rien qu’une fois, embrasser… l’enfant…
M. Flamel se leva, s’approcha de la cheminée, sonna. La bonne parut. Il dit :
— Allez me chercher Louis. Elle sortit. Ils restèrent face à face, muets, n’ayant plus rien à se dire, attendant. Et, tout à coup, un petit garçon de dix ans se précipita dans le salon, et courut à celui qu’il croyait son père. Mais il s’arrêta, confus, en apercevant un étranger.
M. Flamel le baisa sur le front, puis lui dit :
— Maintenant, embrasse monsieur, mon chéri. Et l’enfant s’en vint gentiment, en regardant cet inconnu. François Tessier s’était levé. Il laissa tomber son chapeau, prêt à choir lui-même. Et il contemplait son fils. M. Flamel, par délicatesse, s’était détourné, et il regardait par la fenêtre, dans la rue. L’enfant attendait, tout surpris. Il ramassa le chapeau et le rendit à l’étranger. Alors François, saisissant le petit dans ses bras, se mit à l’embrasser follement à travers tout son visage, sur les yeux, sur les joues, sur la bouche, sur les cheveux. Le gamin, effaré par cette grêle de baisers, cherchait à les éviter, détournait la tête, écartait de ses petites mains les lèvres goulues de cet homme. Mais François Tessier, brusquement, le remit à terre. Il cria : — Adieu ! adieu ! Et il s’enfuit comme un voleur. L’AVEU Le soleil de midi tombe en large pluie sur les champs. Ils s’étendent, onduleux, entre les bouquets d’arbres des fermes, et les récoltes diverses, les seigles mûrs et les blés jaunissants ; les avoines d’un vert clair, les trèfles d’un vert sombre, étalent un grand manteau rayé, remuant et doux sur le ventre nu de la terre. Là-bas, au sommet d’une ondulation, en rangée comme des soldats, une interminable ligne de vaches, les unes couchées, les autres debout, clignant leurs gros yeux sous l’ardente lumière, ruminent et pâturent un trèfle aussi vaste qu’un lac. Et deux femmes, la mère et la fille, vont, d’une allure balancée l’une devant l’autre, par un étroit sentier creusé dans les récoltes, vers ce régiment de bêtes. Elles portent chacune deux seaux de zinc maintenus loin du corps par un cerceau de barrique ; et le métal, à chaque pas qu’elles font, jette une flamme éblouissante et blanche sous le soleil qui le frappe. Elles ne parlent point.
Elles vont traire les vaches. Elles arrivent, posent à terre un seau, et s’approchent des deux premières bêtes, qu’elles font lever d’un coup de sabot dans les côtes. L’animal se dresse, lentement, d’abord sur ses jambes de devant, puis soulève avec plus de peine sa large croupe, qui semble alourdie par l’énorme mamelle de chair blonde et pendante. Et les deux Malivoire, mère et fille, à genoux sous le ventre de la vache, tirent par un vif mouvement des mains sur le pis gonflé, qui jette, à chaque pression, un mince fil de lait dans le seau. La mousse un peu jaune monte aux bords et les femmes vont de bête en bête jusqu’au bout de la longue file. Dès qu’elles ont fini d’en traire une, elles la déplacent, lui donnant à pâturer un bout de verdure intacte. Puis elles repartent, plus lentement, alourdies par la charge du lait, la mère devant, la fille derrière. Mais celle-ci brusquement s’arrête, pose son fardeau, s’assied et se met à pleurer. La mère Malivoire, n’entendant plus marcher, se retourne et demeure stupéfaite. — Qué qu’tas ? dit-elle. Et la fille, Céleste, une grande rousse aux cheveux brûlés, aux joues brûlées, tachées de son comme si des gouttes de feu lui étaient tombées sur le visage, un jour qu’elle peinait au soleil, murmura en geignant doucement comme font les enfants battus : — Je n’peux pu porter mon lait ! La mère la regardait d’un air soupçonneux. Elle répéta : — Qué qu’tas ? Céleste reprit, écroulée par terre entre ses deux seaux, et se cachant les yeux avec son tablier : — Ça me tire trop. Je ne peux pas. La mère, pour la troisième fois, reprit : — Qué que t’as donc ? Et la fille gémit : — Je crois ben que me v’la grosse. Et elle sanglota. La vieille à son tour posa son fardeau, tellement interdite qu’elle ne trouvait rien. Enfin elle balbutia :
Preview chapterpremière fois. Je ne soupçonnais rien. Il mePreview
commanda deux meubles. Il avait pris, je le
sus plus tard, des renseignements auprès du
curé, sous le sceau du secret, bien entendu.
Il revint souvent ; il me faisait travailler
et payait bien. Parfois même il causait un peu
de choses et d’autres. Je me sentais de l’affection
pour lui.
Au commencement de cette année il
amena sa femme, ma mère. Quand elle entra,
elle tremblait si fort que je la crus atteinte
d’une maladie nerveuse. Puis elle demanda
un siège et un verre d’eau. Elle ne dit rien ;
elle regarda mes meubles d’un air fou, et
elle ne répondait que oui et non, à tort et à
travers, à toutes les questions qu’il lui posait !
Quand elle fut partie, je la crus un peu toquée.
Elle revint le mois suivant. Elle était
calme, maîtresse d’elle. Ils restèrent, ce jour-là,
assez longtemps à bavarder, et ils me
firent une grosse commande. Je la revis
encore trois fois, sans rien deviner ; mais un
jour voilà qu’elle se mit à me parler de ma
vie, de mon enfance, de mes parents. Je
répondis : « Mes parents, madame, étaient
des misérables qui m’ont abandonné. » Alors
elle porta la main sur son cœur, et tomba
sans connaissance. Je pensai tout de suite :
« C’est ma mère ! » mais je me gardai bien
de laisser rien voir. Je voulais la regarder
venir.
Par exemple, je pris de mon côté mes
renseignements. J’appris qu’ils n’étaient mariés
que du mois de juillet précédent, ma
mère n’étant devenue veuve que depuis
trois ans. On avait bien chuchoté qu’ils s’étaient
aimés du vivant du premier mari, mais
on n’en avait aucune preuve. C’était moi la
preuve, la preuve qu’on avait cachée d’abord,
espéré détruire ensuite.
J’attendis. Elle reparut un soir, toujours
accompagnée de mon père. Ce jour-là, elle
semblait fort émue, je ne sais pourquoi. Puis,
au moment de s’en aller, elle me dit : « Je
vous veux du bien, parce que vous m’avez
l’air d’un honnête garçon et d’un travailleur ;
vous penserez sans doute à vous marier
quelque jour ; je viens vous aider à choisir
librement la femme qui vous conviendra.
Moi, j’ai été mariée contre mon cœur une fois,
et je sais comme on en souffre. Maintenant,
je suis riche, sans enfants, libre, maîtresse
de ma fortune. Voici votre dot. »
Elle me tendit une grande enveloppe cachetée.
Je la regardai fixement, puis je lui dis :
« Vous êtes ma mère ? »
Elle recula de trois pas et se cacha les
yeux de la main pour ne plus me voir. Lui,
l’homme, mon père, la soutint dans ses bras
et il me cria : « Mais vous êtes fou ! »
Je répondis : « Pas du tout. Je sais bien
que vous êtes mes parents. On ne me trompe
pas ainsi. Avouez-le et je vous garderai le
secret ; je ne vous en voudrai pas ; je resterai
ce que je suis, un menuisier. »
Il reculait vers la sortie en soutenant
toujours sa femme qui commençait à sangloter.
Je courus fermer la porte, je mis la
clef dans ma poche, et je repris : « Regardez-la
donc et niez encore qu’elle soit ma
mère. »
Alors il s’emporta, devenu très pâle,
épouvanté par la pensée que le scandale
évité jusqu’ici pouvait éclater soudain ; que
leur situation, leur renom, leur honneur
seraient perdus d’un seul coup ; il balbutiait :
« Vous êtes une canaille qui voulez nous
tirer de l’argent. Faites-donc du bien au
peuple, à ces manants-là, aidez-les, secourez-les ! »
Ma mère, éperdue, répétait coup sur coup : « Allons-nous-en, allons-nous-en ».
Alors, comme la porte était fermée, il
cria : « Si vous ne m’ouvrez pas tout de suite,
Table of contents
Inside this edition
- 01Full text
- 02C. MARPON ET E. FLAMMARION
- 03première fois. Je ne soupçonnais rien. Il me
- 04première fois. Je ne soupçonnais rien. Il me
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