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French Edition

Literature

Corinne ou l’Italie

French BooksWhale Edition by Germaine de Staël

Un grand roman européen sur l’Italie, le génie féminin, l’amour, l’exil, l’art et la société.

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Book introduction

Corinne ou l’Italie

Corinne ou l’Italie suit une poétesse admirée dont la liberté artistique se heurte aux attentes sociales, familiales et nationales. Cette édition française met en valeur un roman essentiel du romantisme, de la sensibilité européenne et de l’histoire des femmes écrivains.

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Germaine de Staël died in 1817, and Corinne ou l’Italie was first published in 1807. These dates support the public-domain basis for this French original edition.

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Corinne ou l’Italie

Germaine de Staël

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OSWALD

CHAPITRE PREMIER

Oswald, lord Nelvil, pair d'Écosse, partit d'Édimbourg pour se rendre en Italie, pendant l'hiver de 1794 à 1795. Il avait une figure noble et belle, beaucoup d'esprit, un grand nom, une fortune indépendante; mais sa santé était altérée par un profond sentiment de peine, et les médecins, craignant que sa poitrine ne fût attaquée, lui avaient ordonné l'air du Midi. Il suivit leur conseil, bien qu'il mît peu d'intérêt à la conservation de ses jours. Il espérait du moins trouver quelques distractions dans la diversité des objets qu'il allait voir. La plus intime de toutes les douleurs, la perte d'un père, était la cause de sa maladie; des circonstances cruelles, des remords inspirés par des scrupules délicats, aigrissaient encore ses regrets, et l'imagination y mêlait ses fantômes. Quand on souffre, on se persuade aisément que l'on est coupable, et les violents chagrins portent le trouble jusque dans la conscience.

A vingt-cinq ans, il était découragé de la vie; son esprit jugeait tout d'avance, et sa sensibilité blessée ne goûtait plus les illusions du coeur. Personne ne se montrait plus que lui complaisant et dévoué pour ses amis, quand il pouvait leur rendre service; mais rien ne lui causait un sentiment de plaisir, pas même le bien qu'il faisait: il sacrifiait sans cesse et facilement ses goûts à ceux d'autrui; mais on ne pouvait expliquer par la générosité seule cette abnégation absolue de tout égoïsme, et l'on devait souvent l'attribuer au genre de tristesse qui ne lui permettait plus de s'intéresser à son propre sort. Les indifférents jouissaient de ce caractère, et le trouvaient plein de grâce et de charmes; mais quand on l'aimait, on sentait qu'il s'occupait du bonheur des autres comme un homme qui n'en espérait pas lui-même, et l'on était presque affligé de ce bonheur, qu'il donnait sans qu'on pût le lui rendre.

Il avait cependant un caractère mobile, sensible et passionné; il réunissait tout ce qui peut entraîner les autres et soi-même; mais le malheur et le repentir l'avaient rendu timide envers la destinée; il croyait la désarmer en n'exigeant rien d'elle. Il espérait trouver dans le triste attachement à tous ses devoirs, et dans le renoncement aux jouissances vives, une garantie contre les peines qui déchirent l'âme: ce qu'il avait éprouvé lui faisait peur, et rien ne lui paraissait valoir dans ce monde la chance de ces peines; mais quand on est capable de les ressentir, quel est le genre de vie qui peut en mettre à l'abri?

Lord Nelvil se flattait de quitter l'Écosse sans regret, puisqu'il y restait sans plaisir; mais ce n'est pas ainsi qu'est faite la funeste imagination des âmes sensibles: il ne se doutait pas des liens qui l'attachaient aux lieux qui lui faisaient le plus de mal, à l'habitation de son père. Il y avait dans cette habitation des chambres, des places dont il ne pouvait approcher sans frémir; et cependant, quand il se résolut à s'en éloigner, il se sentit plus seul encore. Quelque chose d'aride s'empara de son coeur; il n'était plus le maître de verser des larmes quand il souffrait; il ne pouvait plus faire renaître ces petites circonstances locales qui l'attendrissaient profondément; ses souvenirs n'avaient plus rien de vivant, ils n'étaient plus en relation avec les objets qui l'environnaient: il ne pensait pas moins à celui qu'il regrettait, mais il parvenait plus difficilement à se retracer sa présence.

Quelquefois aussi il se reprochait d'abandonner les lieux où son père avait vécu. «Qui sait, se disait-il, si les ombres des morts peuvent suivre partout les objets de leurs affections? Peut-être ne leur est-il permis d'errer qu'autour des lieux où leurs cendres reposent! Peut-être que dans ce moment mon père aussi me regrette; mais la force lui manque pour me rappeler de si loin! Hélas! quand il vivait, un concours d'événements inouïs n'a-t-il pas dû lui persuader que j'avais trahi sa tendresse, que j'étais rebelle à ma patrie, à la volonté paternelle, à tout ce qu'il y a de sacré sur la terre?» Ces souvenirs causaient à lord Nelvil une douleur si insupportable, que non-seulement il n'aurait pu les confier à personne, mais il craignait lui-même de les approfondir. Il est si facile de se faire avec ses propres réflexions un mal irréparable!

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CHAPITRE PREMIER

Après ce qui s'était passé dans la galerie de Bologne, Oswald comprit que Lucile en savait plus sur ses relations avec Corinne qu'il ne l'avait imaginé, et il eut enfin l'idée que sa froideur et son silence venaient peut-être de quelques peines secrètes; cette fois néanmoins ce fut lui qui craignit l'explication que jusqu'alors Lucile avait redoutée. Le premier mot étant dit, elle aurait tout révélé si lord Nelvil l'avait voulu; mais il lui en coûtait trop de parler de Corinne au moment de la revoir, de s'engager par une promesse, enfin de traiter un sujet si propre à l'émouvoir avec une personne qui lui causait toujours un sentiment de gêne, et dont il ne connaissait le caractère qu'imparfaitement.

Ils traversèrent les Apennins, et trouvèrent par delà le beau climat d'Italie. Le vent de mer, qui est si étouffant pendant l'été, répandait alors une douce chaleur; les gazons étaient verts, l'automne finissait à peine, et déjà le printemps semblait s'annoncer. On voyait dans les marchés des fruits de toute espèce, des oranges, des grenades. Le langage toscan commençait à se faire entendre; enfin tous les souvenirs de la belle Italie rentraient dans l'âme d'Oswald; mais aucune espérance ne venait s'y mêler: il n'y avait que du passé dans toutes ces impressions. L'air suave du Midi agissait aussi sur la disposition de Lucile: elle eût été plus confiante, plus animée, si lord Nelvil l'eût encouragée; mais ils étaient tous les deux retenus par une timidité pareille, inquiets de leur disposition mutuelle, et n'osant se communiquer ce qui les occupait. Corinne, dans une telle situation, eût bien vite obtenu le secret d'Oswald comme celui de Lucile; mais ils avaient l'un et l'autre le même genre de réserve, et plus ils se ressemblaient à cet égard, et plus il était difficile qu'ils sortissent de la situation contrainte où ils se trouvaient.

CHAPITRE II

En arrivant à Florence, lord Nelvil écrivit au prince Castel-Forte, et peu d'instants après le prince se rendit chez lui. Oswald fut si ému en le voyant, qu'il fut longtemps sans pouvoir lui parler; enfin il lui demanda des nouvelles de Corinne. «Je n'ai rien que de triste à vous dire sur elle, répondit le prince Castel-Forte: sa santé est très-mauvaise et s'affaiblit tous les jours. Elle ne voit personne que moi; l'occupation lui est souvent très-difficile; cependant je la croyais un peu plus calme, lorsque nous avons appris votre arrivée en Italie. Je ne puis vous cacher qu'à cette nouvelle son émotion a été si vive, que la fièvre, qui l'avait quittée, l'a reprise. Elle ne m'a point dit quelle était son intention relativement à vous, car j'évite avec grand soin de lui prononcer votre nom.--Ayez la bonté, prince, reprit Oswald, de lui faire voir la lettre que vous avez reçue de moi, il y a près de cinq ans; elle contient tous les détails des circonstances qui m'ont empêché d'apprendre son voyage en Angleterre avant que je fusse l'époux de Lucile; et quand elle l'aura lue, demandez-lui de me recevoir. J'ai besoin de lui parler pour justifier, s'il se peut, ma conduite. Son estime m'est nécessaire, quoique je ne doive plus prétendre à son intérêt.--Je remplirai vos désirs, milord, dit le prince Castel-Forte: je souhaiterais que vous lui fissiez quelque bien.»

Lady Nelvil entra dans ce moment. Oswald lui présenta le prince Castel-Forte: elle le reçut avec assez de froideur; il la regarda fort attentivement. Sa beauté sans doute le frappa, car il soupira en pensant à Corinne, et sortit. Lord Nelvil le suivit. «Elle est charmante, lady Nelvil, dit le prince Castel-Forte; quelle jeunesse! quelle fraîcheur! Ma pauvre amie n'a plus rien de cet éclat; mais il ne faut pas oublier, milord, qu'elle était bien brillante aussi quand vous l'avez vue pour la première fois!--Non, je ne l'oublie pas, s'écria lord Nelvil; non, je ne me pardonnerai jamais!...» Et il s'arrêta sans pouvoir achever ce qu'il voulait dire. Le reste du jour il fut silencieux et sombre. Lucile n'essaya pas de le distraire, et lord Nelvil était blessé de ce qu'elle ne l'essayait pas. Il se disait en lui-même: «Si Corinne m'avait vu triste, Corinne m'aurait consolé.»

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  1. 01Full text
  2. 02LIVRE PREMIER
  3. 03CONCLUSION

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