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French Edition

Philosophy

L’Évolution créatrice

French BooksWhale Edition by Henri Bergson

L’essai majeur de Bergson sur durée, vie, intelligence, intuition, élan vital et évolution.

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Book introduction

L’Évolution créatrice

L’Évolution créatrice développe la réflexion de Bergson sur le temps vécu, l’intelligence, l’instinct, l’intuition et le mouvement inventif de la vie. Le livre dialogue avec la biologie, la métaphysique et la critique du mécanisme, et reste une œuvre clé pour comprendre la philosophie française du XXe siècle.

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Henri Bergson est mort en 1941, et L’Évolution créatrice a été publié en 1907. Des exemplaires numérisés de bibliothèques publiques indiquent aussi un statut de réutilisation public-domain pour des éditions anciennes.

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L’Évolution créatrice

Henri Bergson

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L’histoire de l’évolution de la vie, si incomplète qu’elle soit encore, nous laisse déjà entrevoir comment l’intelligence s’est constituée par un progrès ininterrompu, le long d’une ligne qui monte, à travers la série des Vertébrés, jusqu’à l’homme. Elle nous montre, dans la faculté de comprendre, une annexe de la faculté d’agir, une adaptation de plus en plus précise, de plus en plus complexe et souple, de la conscience des êtres vivants aux conditions d’existence qui leur sont faites. De là devrait résulter cette conséquence que notre intelligence, au sens étroit du mot, est destinée à assurer l’insertion parfaite de notre corps dans son milieu, à se représenter les rapports des choses extérieures entre elles, enfin à penser la matière. Telle sera, en effet, une des conclusions du présent essai. Nous verrons que l’intelligence humaine se sent chez elle tant qu’on la laisse parmi les objets inertes, plus spécialement parmi les solides, où notre action trouve son point d’appui et notre industrie ses instruments de travail, que nos concepts ont été formés à l’image des solides, que notre logique est surtout la logique des solides, que, par là même, notre intelligence triomphe dans la géométrie, où

se révèle la parenté de la pensée logique avec la matière inerte, et où l’intelligence n’a qu’à suivre son mouvement naturel, après le plus léger contact possible avec l’expérience, pour aller de découverte en découverte avec la certitude que l’expérience marche derrière elle et lui donnera invariablement raison.

Mais de là devrait résulter aussi que notre pensée, sous sa forme purement logique, est incapable de se représenter la vraie nature de la vie, la signification profonde du mouvement évolutif. Créée par la vie, dans des circonstances déterminées, pour agir sur des choses déterminées, comment embrasserait-elle la vie, dont elle n’est qu’une émanation ou un aspect ? Déposée, en cours de route, par le mouvement évolutif, comment s’appliquerait-elle le long du mouvement évolutif lui-même ? Autant vaudrait prétendre que la partie égale le tout, que l’effet peut résorber en lui sa cause, ou que le galet laissé sur la plage dessine la forme de la vague qui l’apporta. De fait, nous sentons bien qu’aucune des catégories de notre pensée, unité, multiplicité, causalité mécanique, finalité intelligente, etc., ne s’applique exactement aux choses de la vie : qui dira où commence et où finit l’individualité, si l’être vivant est un ou plusieurs, si ce sont les cellules qui s’associent en organisme ou si c’est l’organisme qui se dissocie en cellules ? En vain nous poussons le vivant dans tel ou tel de nos cadres. Tous les cadres craquent. Ils sont trop étroits, trop rigides surtout pour ce que nous voudrions y mettre. Notre raisonnement, si sûr de lui quand il circule à travers les choses inertes, se sent d’ailleurs mal à son aise sur ce nouveau terrain. On serait fort embarrassé pour citer une

découverte biologique due au raisonnement pur. Et, le plus souvent, quand l’expérience a fini par nous montrer comment la vie s’y prend pour obtenir un certain résultat, nous trouvons que sa manière d’opérer est précisément celle à laquelle nous n’aurions jamais pensé.

Pourtant, la philosophie évolutioniste étend sans hésitation aux choses de la vie les procédés d’explication qui ont réussi pour la matière brute. Elle avait commencé par nous montrer dans l’intelligence un effet local de l’évolution, une lueur, peut-être accidentelle, qui éclaire le va-et-vient des êtres vivants dans l’étroit passage ouvert à leur action : et voici que tout à coup, oubliant ce qu’elle vient de nous dire, elle fait de cette lanterne manœuvrée au fond d’un souterrain un Soleil qui illuminerait le monde. Hardiment, elle procède avec les seules forces de la pensée conceptuelle à la reconstruction idéale de toutes choses, même de la vie. Il est vrai qu’elle se heurte en route à de si formidables difficultés, elle voit sa logique aboutir ici à de si étranges contradictions, que bien vite elle renonce à son ambition première. Ce n’est plus la réalité même, dit-elle, qu’elle recomposera, mais seulement une imitation du réel, ou plutôt une image symbolique ; l’essence des choses nous échappe et nous échappera toujours, nous nous mouvons parmi des relations, l’absolu n’est pas de notre ressort, arrêtons-nous devant l’Inconnaissable. Mais c’est vraiment, après beaucoup d’orgueil pour l’intelligence humaine, un excès d’humilité. Si la forme intellectuelle de l’être vivant s’est modelée peu à peu sur les actions et réactions réciproques de certains corps et de leur entourage matériel, comment ne nous livrerait-elle pas quelque chose de l’essence même dont les corps sont

Preview chapterCHAPITRE PREMIERPreview

De l’évolution de la vie. — Mécanisme et finalité.

L’existence dont nous sommes le plus assurés et que

nous connaissons le mieux est incontestablement la nôtre, car de tous les autres objets nous avons des notions qu’on pourra juger extérieures et superficielles, tandis que nous nous percevons nous-mêmes intérieurement, profondément. Que constatons-nous alors ? Quel est, dans ce cas privilégié, le sens précis du mot « exister » ? Rappelons ici, en deux mots, les conclusions d’un travail antérieur.

Je constate d’abord que je passe d’état en état. J’ai chaud ou j’ai froid, je suis gai ou je suis triste, je travaille ou je ne fais rien, je regarde ce qui m’entoure ou je pense à autre chose. Sensations, sentiments, volitions, représentations, voilà les modifications entre lesquelles mon existence se partage et qui la colorent tour à tour. Je change donc sans cesse. Mais ce n’est pas assez dire. Le changement est bien plus radical qu’on ne le croirait d’abord.

Je parle en effet de chacun de mes états comme s’il formait un bloc. Je dis bien que je change, mais le changement m’a l’air de résider dans le passage d’un état à l’état

suivant : de chaque état, pris à part, j’aime à croire qu’il reste ce qu’il est pendant tout le temps qu’il se produit. Pourtant, un léger effort d’attention me révélerait qu’il n’y a pas d’affection, pas de représentation, pas de volition qui ne se modifie à tout moment ; si un état d’âme cessait de varier, sa durée cesserait de couler. Prenons le plus stable des états internes, la perception visuelle d’un objet extérieur immobile. L’objet a beau rester le même, j’ai beau le regarder du même côté, sous le même angle, au même jour : la vision que j’ai n’en diffère pas moins de celle que je viens d’avoir, quand ce ne serait que parce qu’elle a vieilli d’un instant. Ma mémoire est là, qui pousse quelque chose de ce passé dans ce présent. Mon état d’âme, en avançant sur la route du temps, s’enfle continuellement de la durée qu’il ramasse ; il fait, pour ainsi dire, boule de neige avec lui-même. À plus forte raison en est-il ainsi des états plus profondément intérieurs, sensations, affections, désirs, etc., qui ne correspondent pas, comme une simple perception visuelle, à un objet extérieur invariable. Mais il est commode de ne pas faire attention à ce changement ininterrompu, et de ne le remarquer que lorsqu’il devient assez gros pour imprimer au corps une nouvelle attitude, à l’attention une direction nouvelle. À ce moment précis on trouve qu’on a changé d’état. La vérité est qu’on change sans cesse, et que l’état lui-même est déjà du changement.

C’est dire qu’il n’y a pas de différence essentielle entre passer d’un état à un autre et persister dans le même état. Si l’état qui « reste le même » est plus varié qu’on ne le croit, inversement le passage d’un état à un autre ressemble plus qu’on ne se l’imagine à un même état qui se prolonge ; la transition est continue. Mais, précisément parce que nous fermons les yeux sur l’incessante variation

de chaque état psychologique, nous sommes obligés, quand la variation est devenue si considérable qu’elle s’impose à notre attention, de parler comme si un nouvel état s’était juxtaposé au précédent. De celui-ci nous supposons qu’il demeure invariable à son tour, et ainsi de suite indéfiniment. L’apparente discontinuité de la vie psychologique tient donc à ce que notre attention se fixe sur elle par une série d’actes discontinus : où il n’y a qu’une pente douce, nous croyons apercevoir, en suivant la ligne brisée de nos actes d’attention, les marches d’un escalier. Il est vrai que notre vie psychologique est pleine d’imprévu. Mille incidents surgissent, qui semblent trancher sur ce qui les précède, ne point se rattacher à ce qui les suit. Mais la discontinuité de leurs apparitions se détache sur la continuité d’un fond où ils se dessinent et auquel ils doivent les intervalles mêmes qui les séparent : ce sont les coups de timbale qui éclatent de loin en loin dans la symphonie. Notre attention se fixe sur eux parce qu’ils l’intéressent davantage, mais chacun d’eux est porté par la masse fluide de notre existence psychologique tout entière. Chacun d’eux n’est que le point le mieux éclairé d’une zone mouvante qui comprend tout ce que nous sentons, pensons, voulons, tout ce que nous sommes enfin à un moment donné. C’est cette zone entière qui constitue, en réalité, notre état. Or, des états ainsi définis on peut dire qu’ils ne sont pas des éléments distincts. Ils se continuent les uns les autres en un écoulement sans fin.

Table of contents

Inside this edition

  1. 01Full text
  2. 02INTRODUCTION
  3. 03CHAPITRE PREMIER
  4. 04,
  5. 05.
  6. 06.
  7. 07319.
  8. 0860.
  9. 09475-484.
  10. 10,
  11. 1143.
  12. 12Introduction à la théorie analytique des probabilités
  13. 13Einleitung in die theoretische Biologie
  14. 14, 2
  15. 15, 1895,
  16. 1683.
  17. 17,
  18. 1880.
  19. 19,
  20. 20.
  21. 21,
  22. 22, I, 1895,
  23. 23, XIV, 1898,
  24. 24, 1887 ;
  25. 25, 1896.
  26. 26357.
  27. 2776.
  28. 28, 1892,
  29. 29125-133.
  30. 30,
  31. 31, 2
  32. 32388.
  33. 33.
  34. 34655.
  35. 35CHAPITRE II
  36. 36:
  37. 37.
  38. 38.
  39. 39.
  40. 40.
  41. 41.
  42. 42M.
  43. 43721-807.
  44. 44,
  45. 4576.
  46. 46, 1892.
  47. 4717.
  48. 48118-125.
  49. 49265 E.
  50. 50I
  51. 51.
  52. 521-69.
  53. 53CHAPITRE III
  54. 54.
  55. 55L’
  56. 56II
  57. 57III
  58. 58XXIV
  59. 59IV,
  60. 60III
  61. 61VI
  62. 62166-170.
  63. 63155-160.
  64. 64I
  65. 65III
  66. 66,
  67. 67.
  68. 68III
  69. 69IV
  70. 70.
  71. 71IV, 215
  72. 722 ; V, 230
  73. 7312 ; VIII, 255
  74. 74, IV, 1-5 ; II, 296
  75. 7527 ; IV, 308
  76. 7634.
  77. 77, IV, 310
  78. 7834 :
  79. 79Introduction à la métaphysique
  80. 80, 2
  81. 81, 1896,
  82. 82CHAPITRE IV
  83. 83.
  84. 84.
  85. 85.
  86. 86.
  87. 87.
  88. 88,
  89. 89, T
  90. 90, T
  91. 91, T
  92. 92, T
  93. 93, T
  94. 94, T
  95. 95, T
  96. 96, T
  97. 97, T
  98. 98, T
  99. 99.
  100. 100XVII
  101. 101XVIII
  102. 102, 2
  103. 103, 2
  104. 104.
  105. 105.
  106. 106.
  107. 107,
  108. 108.
  109. 109, 37 D.
  110. 110III
  111. 111.
  112. 112.
  113. 113.
  114. 114.
  115. 115.
  116. 116II, 29.

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