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French Edition

Literature

Jean Sbogar

French BooksWhale Edition by Charles Nodier

Antonia rencontre un personnage énigmatique dont la double identité rapproche passion amoureuse, révolte sociale et violence du brigandage.

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Book introduction

Jean Sbogar

Dans les paysages de l’Illyrie, Charles Nodier construit un récit romantique autour d’Antonia et de l’insaisissable Jean Sbogar. L’amour, le secret et la figure du hors-la-loi s’y mêlent à une interrogation sur la propriété et l’ordre social. Le texte français réunit la préface de Nodier et les dix-sept chapitres du roman, avec ses épigraphes et ses Tablettes.

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Charles Nodier est mort en 1844 ; l’œuvre a paru en 1818. Cette édition utilise le texte français original diffusé par Project Gutenberg, sans les ajouts éditoriaux modernes, les illustrations ni les annotations.

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Preview chapterPréfaceRead preview

Les personnes dont je suis connu me dispenseraient probablement sans peine de déclarer que cette nouvelle édition de quelques faibles ouvrages profondément oubliés du public n’est pas une spéculation de vanité. L’âge avance pour moi; mais je suis encore loin de cette époque d’heureux oubli où la vieillesse, revenue aux jeux des enfants, s’amuse des hochets qui ont amusé le berceau. Cette publication tardive est le simple effet d’une convenance de librairie, et les motifs que j’ai pour désirer son succès n’ont aucun rapport avec les prétentions du talent et les espérances de la gloire.

Après ces précautions oratoires d’une prudente modestie qui laisse peut-être percer quelque orgueil, comme les trous du manteau d’un philosophe, me permettra-t-on de parler de ces écrits ressuscités par la presse comme s’ils existaient encore réellement dans la mémoire de leurs anciens lecteurs? Pourquoi pas, s’il sort, de ce retour complaisant de l’esprit d’un écrivain vers les riens de sa jeunesse, un petit nombre d’anecdotes qui méritent d’être lues quand on n’a rien de mieux à faire? Dans ce temps de diffusion universelle, les auteurs de Mémoires et de Souvenirs ont eu souvent l’occasion de remarquer qu’il s’attachait quelque charme à la personnalité, et que l’esprit, fatigué d’émotions immenses, se réfugiait volontiers dans la sphère étroite des petites impressions individuelles. D’ailleurs ces préfaces sont faites pour ceux qui lisent mes romans et disposés, je pense, à me pardonner mes préfaces.

Je ne dirai pas quelles circonstances me décidèrent à publier en 1818 le roman de Jean Sbogar, ébauché en 1812 aux lieux qui l’ont inspiré. Il me suffira de noter en passant que j’entrais alors dans une carrière très sérieuse où je n’ai fait qu’un pas, et que cette considération me défendait d’attacher mon nom au frontispice. La politique de Jean Sbogar eût été en effet une mauvaise recommandation pour l’homme qui allait professer les sciences politiques dans la petite Tartarie; et personne ne s’étonnera que l’auteur, reconnu malgré ses précautions, y ait été mis à l’index comme son livre. On pourra juger au reste par l’opportunité de cette publication du haut esprit de convenance et d’aptitude aux concessions intéressées qui m’a dirigé dans toutes les grandes affaires de ma vie.

Le succès me dédommagea un peu cette fois des vicissitudes de la faveur. L’anonyme me porta bonheur dans les journaux où l’on a toujours toléré assez volontiers la vogue passagère d’un écrit nouveau, quand elle ne tire pas à conséquence pour une réputation. L’impression d’un moment que produisit cette bagatelle était d’ailleurs fort étrangère au mérite intrinsèque du livre. Elle résultait de la disposition générale des esprits que les événements des années antérieures avaient peu à peu ramenés aux doctrines de la liberté, et le caractère de mon héros m’avait permis de porter à leur dernière expression des théories dont je suis loin d’accepter en tout point la responsabilité. Elle était grave alors, et le serait peut-être aujourd’hui davantage si les prolétaires lisaient les romans. Je me réjouis de penser que les progrès de la civilisation n’en sont pas encore venus là, et que les rêveries de mon Gracchus de Spalato n’exerceront pas plus d’influence jusqu’à nouvel ordre sur les sociétés savantes que celles du Dieu qu’on adorait à la rue Taitbout.

Il faut pourtant que ma brochure en deux volumes ait porté quelque empreinte d’un caractère d’homme, puisqu’on ne trouva qu’un homme à qui l’attribuer, et que ce fut (j’en demande humblement pardon à sa noble mémoire) mon illustre ami Benjamin Constant. Des journalistes qui se crurent mieux avisés, et qu’avait trompés je ne sais quel mélange d’ascétisme d’amour et de philantropie désespérée qui se confondent dans cette bluette, en accusèrent Mme de Krudener, qui n’était pas un homme, et qui commençait à n’avoir plus de sexe. Je n’intervins pas dans ce combat qui ne pouvait durer longtemps. Adolphe et Valérie répondaient pour leurs auteurs.

Preview chapterChapitre IPreview

Hélas! qu’est-ce que cette vie où ne manquent jamais les afflictions et les misères, où tout est plein de pièges et d’ennemis! car le calice de la douleur n’est pas plutôt épuisé qu’il se remplit de nouveau; et un ennemi n’est pas plutôt vaincu qu’il s’en présente d’autres pour combattre à sa place.

IMITATION DE J.-C.

Un peu plus loin que le port de Trieste, en s’avançant sur les grèves de la mer, du côté de la baie verdoyante de Pirano, on trouve un petit ermitage, depuis longtemps abandonné, qui était autrefois sous l’invocation de saint André, et qui en a conservé le nom. Le rivage, qui va toujours en se rétrécissant vers cet endroit, où il semble se terminer entre le pied de la montagne et les flots de l’Adriatique, semble gagner en beauté à mesure qu’il perd en étendue; un bosquet presque impénétrable de figuiers et de vignes sauvages, dont les fraîches vapeurs du golfe entretiennent le feuillage dans un état perpétuel de verdure et de jeunesse, entoure de toutes parts cette maison de recueillement et de mystère. Quand le crépuscule vient de s’éteindre, et que la face de la mer, légèrement ridée par le souffle serein de la nuit, commence à balancer l’image tremblante des étoiles, il est impossible d’exprimer tout ce qu’il y a d’enchantements dans le silence et le repos de cette solitude. A peine y distingue-t-on, à cause de sa continuité qui le rend semblable à un soupir éternel, le bruit doux des eaux qui meurent sur le sable: rarement une torche qui parcourt l’horizon avec la nacelle invisible du pêcheur jette sur les flots un sillon de lumière qui s’étend ou diminue selon l’agitation de la mer; elle disparaît bientôt derrière un banc de sable, et tout rentre dans l’obscurité. En ce beau lieu, les sens, tout à fait inoccupés, ne troublent d’aucune distraction les pensées de l’âme, elle y prend librement possession de l’espace et du temps, comme s’ils avaient déjà cessé de se renfermer pour elle dans les limites étroites de la vie; et l’homme, dont le cœur plein d’orages ne s’ouvrait plus qu’à des sentiments tumultueux et violents, a compris quelquefois le bonheur d’un calme profond, que rien ne menace, que rien n’altère, en s’arrêtant à l’ermitage de Saint-André.

Près de là s’élevait, en 1808, un château d’une architecture simple, mais élégante, qui a disparu dans les dernières guerres. Les habitants l’appelaient la casa Monteleone, du non italianisé d’un émigré français, qui y était mort depuis peu, laissant une fortune immense qu’il avait acquise dans le commerce. Ses deux filles l’habitaient encore. M. Alberti, simple négociant, son gendre et son associé, avait été enlevé par la peste à Salonique. Peu de mois après, M. de Montlyon perdit sa femme, mère de sa seconde fille. Mme Alberti était d’un autre mariage. Naturellement porté à la tristesse, il s’y était abandonné sans réserve depuis ce dernier malheur. Une sombre mélancolie le consumait lentement entre ses deux enfants, dont les caresses même ne pouvaient le distraire. Ce qui lui restait de son bonheur ne faisait que lui rappeler amèrement ce qu’il en avait perdu. Le sourire ne parut renaître sur ses lèvres qu’aux approches de la mort. Quand il sentit que son cœur allait se glacer, son front chargé d’ennuis s’éclaircit un moment; il saisit les mains de ses filles, les porta sur ses lèvres, prononça le nom de Lucile et d’Antonia, et il expira.

Preview chapterChapitre IIPreview

Ce sont des hommes redoutables que le désir de voir du sang tient éveillés pendant les plus longues nuits d’hiver, et qui égorgeraient une jeune mariée pour avoir son collier de perles.

CONDOLA.

L’Istrie, successivement occupée et abandonnée par des armées de différentes nations, jouissait d’un de ces moments de liberté orageuse qu’un peuple faible goûte entre deux conquêtes. Les lois n’avaient pas encore repris leur force, et la justice suspendue semblait respecter jusqu’à des crimes qu’une révolution pouvait rendre heureux. Dans les grandes anxiétés politiques, il y a une sorte de sécurité attachée à la bannière des scélérats; elle peut devenir celle de l’État et du monde, et les hommes mêmes qui se croient vertueux la respectent par prudence. La multiplicité des troupes irrégulières, levées au nom de l’indépendance nationale et presque à l’insu des rois, avait familiarisé les citoyens avec ces bandes armées qui descendaient à tout moment des montagnes, et qui se répandaient de là sur tous les bords du golfe. Presque toutes étaient animées des sentiments les plus généreux, conduites par le dévoûment le plus pur; mais par derrière elles se formait du rebut de ces hommes violents, pour qui les désordres de la politique ne sont qu’un prétexte, une ligue redoutable à tous les gouvernements et désavouée de tous. Ennemie décidée des forces sociales, elle tendait ouvertement à la destruction de toutes les institutions établies. Elle proclamait la liberté et le bonheur, mais elle marchait accompagnée de l’incendie, du pillage et de l’assassinat. Dix villages fumants attestaient déjà les horribles progrès des Frères du bien commun. C’est ainsi que s’était nommée d’abord, avant de se mettre au-dessus de toutes les convenances et de violer toutes les lois, la troupe sanguinaire de Jean Sbogar.

Les brigands avaient paru à Santa-Croce, à Opschina, à Materia; on assurait qu’ils occupaient même le château de Duino, et que c’était du pied de ce promontoire qu’ils se jetaient, à la faveur de la nuit, comme des loups affamés, sur tous les rivages du golfe, où ils portaient la désolation et la terreur. Les peuples épouvantés se précipitèrent bientôt sur Trieste. La casa Monteleone surtout était loin d’être un asile sûr. Un bruit s’était répandu qu’on avait vu Jean Sbogar lui-même errer, au milieu des ténèbres, sous les murailles du château. La renommée lui donnait des formes colossales et terribles. On prétendait que des bataillons effrayés avaient reculé à son seul aspect. Aussi n’était-ce point un simple paysan d’Istrie ou de Croatie, comme la plupart des aventuriers qui l’accompagnaient. Le vulgaire le faisait petit-fils du fameux brigand Sociviska, et les gens du monde disaient qu’il descendait de Scanderberg, le Pyrrhus des Illyriens modernes. Les hommes simples, qui sont toujours amoureux de merveilles, ornaient son histoire des épisodes les plus singuliers et les plus divers; mais on s’accordait à avouer qu’il était intrépide et impitoyable. En peu de temps, son nom avait acquis le crédit d’une tradition des temps reculés, et dans le langage figuré de ce peuple, chez qui toutes les idées de grandeur et de puissance se réunissent dans celle d’un âge avancé, on l’appelait le vieux Sbogar, quoique personne ne sût quel nombre d’années avait passé sur sa tête, et qu’aucun de ses compagnons, tombé entre les mains de la justice, n’eût pu donner sur lui le moindre renseignement.

Madame Alberti, qu’une imagination facile à ébranler disposait à accueillir les idées extraordinaires, et qui s’était occupée de Jean Sbogar depuis le moment où le nom de cet homme avait frappé ses oreilles pour la première fois, ne tarda pas à sentir la nécessité de quitter la casa Monteleone pour Trieste; mais elle cacha ses motifs à Antonia, dont elle redoutait la sensibilité. Celle-ci avait entendu parler aussi des Frères du bien commun et de leur capitaine; elle avait pleuré sur des crimes dont ils se rendaient coupables, quand le récit lui en était parvenu; mais cette impression laissait peu de traces dans son esprit, parce qu’elle comprenait mal les méchants: il semblait qu’elle évitât de penser à eux, pour n’être pas forcée de les haïr. Ce sentiment passait la mesure de ses forces.

Table of contents

Inside this edition

  1. 01Préface
  2. 02Chapitre I
  3. 03Chapitre II
  4. 04Chapitre III
  5. 05Chapitre IV
  6. 06Chapitre V
  7. 07Chapitre VI
  8. 08Chapitre VII
  9. 09Chapitre VIII
  10. 10Chapitre IX
  11. 11Chapitre X
  12. 12Chapitre XI
  13. 13Chapitre XII
  14. 14Chapitre XIII
  15. 15Chapitre XIV
  16. 16Chapitre XV
  17. 17Chapitre XVI
  18. 18Chapitre XVII

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