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French Edition

Politics

La Conquête du pain

French BooksWhale Edition by Pierre Kropotkine

Un texte politique majeur sur entraide, économie, propriété, travail et organisation sociale libertaire.

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Book introduction

La Conquête du pain

La Conquête du pain expose la pensée sociale et économique de Pierre Kropotkine avec une clarté polémique durable. L’ouvrage traite de propriété, production, distribution, entraide, villes, travail et besoins humains, et reste une référence centrale pour l’histoire des idées anarchistes et socialistes.

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Pierre Kropotkine est mort en 1921, et La Conquête du pain a été publiée en 1892. Ces dates soutiennent le fondement de domaine public de cette édition française originale.

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La Conquête du pain

Pierre Kropotkine

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Pierre Kropotkine m’a demandé d’écrire quelques mots en tête de son ouvrage, et je me rends à son désir, tout en éprouvant une certaine gêne à le faire. Ne pouvant rien ajouter au faisceau d’arguments qu’il apporte dans son œuvre, je risque d’affaiblir la force de ses paroles. Mais l’amitié m’excuse. Alors que pour les « républicains » français le suprême bon goût est de se prosterner aux pieds du tsar, j’aime à me rapprocher des hommes libres qu’il ferait battre de verges, qu’il enfermerait dans les oubliettes d’une citadelle ou pendre dans une cour obscure. Avec ces amis, j’oublie un instant l’abjection des renégats qui s’enrouaient dans leur jeunesse à crier : Liberté, Liberté ! et qui s’appliquent maintenant à marier les deux airs de la Marseillaise et de Boje Tsara Khrani.

Le dernier ouvrage de Kropotkine, les Paroles d’un Révolté, se livrait surtout à une critique ardente de la société bourgeoise, à la fois si féroce et si corrompue, et faisait appel aux énergies révolutionnaires contre l’État et le régime capitaliste. L’ouvrage actuel, faisant suite aux Paroles, est de plus paisible allure. Il s’adresse aux hommes de bon vouloir qui désirent honnêtement collaborer à la transformation sociale, et leur expose suivant les grands traits les phases de l’histoire imminente qui nous permettront de constituer enfin la famille humaine sur les ruines des banques et des États.

Le titre du livre : La Conquête du Pain doit être pris dans le sens le plus large, car « l’homme ne vit pas de pain seulement. » À une époque où les généreux et les vaillants essaient de transformer leur idéal de justice sociale en réalité vivante, ce n’est point à conquérir le pain, même avec le vin et le sel, que se borne notre ambition. Il faut conquérir aussi tout ce qui est nécessaire ou même simplement utile au confort de la vie ; il faut que nous puissions assurer à tous la pleine satisfaction des besoins et des jouissances. Tant que nous n’aurons pas fait cette première « conquête », tant qu’il « y aura des pauvres avec nous », c’est une moquerie amère de donner le nom de « société » à cet ensemble d’êtres humains qui se haïssent et qui s’entre-détruisent, comme des animaux féroces enfermés dans une arène.

Dès le premier chapitre de son ouvrage, l’auteur énumère les immenses richesses que l’humanité possède déjà et le prodigieux outillage de machines qu’elle s’est acquis par le travail collectif. Les produits obtenus chaque année suffiraient amplement à fournir le pain à tous les hommes, et si le capital énorme de cités et de maisons, de champs labourables, d’usines, de voies de transport et d’écoles devenait propriété commune au lieu d’être détenu en propriétés privées, l’aisance serait facile à conquérir : les forces qui sont à notre disposition seraient appliquées, non à des travaux inutiles ou contradictoires, mais à la production de tout ce qu’il faut à l’homme pour l’alimentation, le logement, les habits, le confort, l’étude des sciences, la culture des arts.

Toutefois la reprise des possessions humaines, l’expropriation, en un mot, ne peut s’accomplir que par le communisme anarchique : il faut détruire le gouvernement, déchirer ses lois, répudier sa morale, ignorer ses agents, et se mettre à l’œuvre en suivant sa propre initiative et en se groupant selon ses affinités, ses intérêts, son idéal, et la nature des travaux entrepris. Cette question de l’expropriation, la plus importante du livre, est aussi l’une de celles que l’auteur a traitées avec le plus de détails, sobrement et sans violence de paroles, mais avec le calme et la netteté de vision que demande l’étude d’une révolution prochaine, désormais inévitable. C’est après ce renversement de l’État que les groupes de travailleurs affranchis, n’ayant plus à peiner au service d’accapareurs et de parasites, pourront se livrer aux occupations attrayantes de labeur librement choisi et procéder scientifiquement à la culture du sol et à la production industrielle, entremêlée de récréations données à l’étude ou au plaisir. Les pages du livre qui traitent des travaux agricoles offrent un intérêt capital, car elles racontent des faits que la pratique a déjà contrôlés et qu’il est facile d’appliquer partout en grand, au profit de tous et non pas seulement pour l’enrichissement de quelques-uns.

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L’humanité a fait un bout de chemin depuis ces âges reculés durant lesquels l’homme, façonnant en silex des outils rudimentaires, vivait des hasards de la chasse et ne laissait pour tout héritage à ses enfants qu’un abri sous les rochers, que de pauvres ustensiles en pierre — et la Nature, immense, incomprise, terrible, avec laquelle ils devaient entrer en lutte pour maintenir leur chétive existence.

Pendant cette période troublée qui a duré des milliers et des milliers d’années, le genre humain a cependant accumulé des trésors inouïs. Il a défriché le sol, desséché les marais, percé les forêts, tracé des routes ; bâti, inventé, observé, raisonné ; créé un outillage compliqué, arraché ses secrets à la Nature, dompté la vapeur ; si bien qu’à sa naissance l’enfant de l’homme civilisé trouve aujourd’hui à son service tout un capital immense, accumulé par ceux qui l’ont précédé. Et ce capital lui permet maintenant d’obtenir, rien que par son travail, combiné avec celui des autres, des richesses dépassant les rêves des Orientaux dans leurs contes des Mille et une Nuits.

Le sol est, en partie, défriché, prêt à recevoir le labour intelligent et les semences choisies, à se parer de luxuriantes récoltes — plus qu’il n’en faut pour satisfaire tous les besoins de l’humanité. Les moyens de culture sont connus.

Sur le sol vierge des prairies de l’Amérique, cent hommes aidés de machines puissantes produisent en quelques mois le blé nécessaire pour la vie de dix mille personnes pendant toute une année. Là où l’homme veut doubler, tripler, centupler son rapport il fait le sol, donne à chaque plante les soins qui lui conviennent et obtient des récoltes prodigieuses. Et tandis que le chasseur devait s’emparer autrefois de cent kilomètres carrés pour y trouver la nourriture de sa famille, le civilisé fait croître, avec infiniment moins de peine et plus de sûreté, tout ce qu’il lui faut pour faire vivre les siens sur une dix-millième partie de cet espace.

Le climat n’est plus un obstacle. Quand le soleil manque, l’homme le remplace par la chaleur artificielle, en attendant qu’il fasse aussi la lumière pour activer la végétation. Avec du verre et des conduits d’eau chaude, il récolte sur un espace donné dix fois plus de produits qu’il n’en obtenait auparavant.

Les prodiges accomplis dans l’industrie sont encore plus frappants. Avec ces êtres intelligents, les machines modernes, — fruit de trois ou quatre générations d’inventeurs, la plupart inconnus, — cent hommes fabriquent de quoi vêtir dix mille hommes pendant deux ans. Dans les mines de charbon bien organisées, cent hommes extraient chaque année de quoi chauffer dix mille familles sous un ciel rigoureux. Et l’on a vu dernièrement toute une cité merveilleuse surgir en quelques mois au Champ de Mars, sans qu’il y ait eu la moindre interruption dans les travaux réguliers de la nation française.

Et si, dans l’industrie comme dans l’agriculture, comme dans l’ensemble de notre organisation sociale, le labeur de nos ancêtres ne profite surtout qu’au très petit nombre, — il n’en est pas moins certain que l’humanité pourrait déjà se donner une existence de richesse et de luxe, rien qu’avec les serviteurs de fer et d’acier qu’elle possède.

Oui certes, nous sommes riches, infiniment plus que nous ne le pensons. Riches par ce que nous possédons déjà ; encore plus riches par ce que nous pouvons produire avec l’outillage actuel. Infiniment plus riches par ce que nous pourrions obtenir de notre sol, de nos manufactures, de notre science et de notre savoir technique, s’ils étaient appliqués à procurer le bien-être de tous.

Table of contents

Inside this edition

  1. 01Full text
  2. 02PRÉFACE
  3. 03I
  4. 04II
  5. 05III
  6. 06I
  7. 07II
  8. 08III
  9. 09I
  10. 10II
  11. 11I
  12. 12II
  13. 13III
  14. 14I
  15. 15II
  16. 16III
  17. 17IV
  18. 18V
  19. 19VI
  20. 20VII
  21. 21I
  22. 22II
  23. 23III
  24. 24I
  25. 25II
  26. 26I
  27. 27II
  28. 28III
  29. 29IV
  30. 30V
  31. 31I
  32. 32II
  33. 33I
  34. 34II
  35. 35III
  36. 36I
  37. 37II
  38. 38III
  39. 39IV
  40. 40I
  41. 41II
  42. 42III
  43. 43IV
  44. 44I
  45. 45II
  46. 46I
  47. 47I
  48. 48II
  49. 49III
  50. 50I
  51. 51II
  52. 52III
  53. 53IV
  54. 54V
  55. 55VI

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