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French Edition

Literature

La Curée

French BooksWhale Edition by Émile Zola

Spéculation immobilière, luxe impérial et désir interdit se croisent dans le Paris du Second Empire.

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Book introduction

La Curée

La Curée suit Aristide Saccard, Renée et Maxime dans un Paris transformé par les grands travaux, l'argent rapide et la mise en scène du pouvoir. Zola expose la spéculation, la corruption familiale, la mode, les salons et la fièvre immobilière comme les symptômes d'une société qui se dévore elle-même.

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Émile Zola est mort en 1902 et La Curée a paru en feuilleton en 1871-1872. Ces dates établissent le statut de domaine public du texte français original utilisé dans cette édition.

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La Curée

(1872)

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Au retour, dans l'encombrement des voitures qui rentraient par le bord du lac, la calèche dut marcher au pas. Un moment, l'embarras devint tel, qu'il lui fallut même s'arrêter.

Le soleil se couchait dans un ciel d'octobre, d'un gris clair, strié à l'horizon de minces nuages. Un dernier rayon, qui tombait des massifs lointains de la cascade, enfilait la chaussée, baignant d'une lumière rousse et pâlie la longue suite des voitures devenues immobiles.

Les lueurs d'or, les éclairs vifs que jetaient les roues semblaient s'être fixés le long des réchampis jaune paille de la calèche, dont les panneaux gros bleu reflétaient des coins du paysage environnant. Et, plus haut, en plein dans la clarté rousse qui les éclairait par-derrière, et qui faisait luire les boutons de cuivre de leurs capotes à demi pliées, retombant du siège, le cocher et le valet de pied, avec leur livrée bleu sombre, leurs culottes mastic et leurs gilets rayés noir et jaune, se tenaient raides, graves et patients, comme des laquais de bonne maison qu'un embarras de voitures ne parvient pas à fâcher.

Leurs chapeaux, ornés d'une cocarde noire, avaient une grande dignité. Seuls, les chevaux, un superbe attelage bai, soufflaient d'impatience.

--Tiens, dit Maxime, Laure d'Aurigny, là-bas, dans ce coupé.... Vois donc, Renée.

Renée se souleva légèrement, cligna les yeux, avec cette moue exquise que lui faisait faire la faiblesse de sa vue.

--Je la croyais en fuite, dit-elle.... Elle a changé la couleur de ses cheveux, n'est-ce pas?

--Oui, reprit Maxime en riant, son nouvel amant déteste le rouge.

Renée, penchée en avant, la main appuyée sur la portière basse de la calèche, regardait, éveillée du rêve triste qui, depuis une heure, la tenait silencieuse, allongée au fond de la voiture, comme dans une chaise longue de convalescente. Elle portait, sur une robe de soie mauve, à tabliers et à tunique, garnie de larges volants plissés, un petit paletots de drap blanc, aux revers de velours mauve, qui lui donnait un grand air de crânerie? Ses étranges cheveux fauve pâle, dont la couleur rappelait celle du beurre fin, étaient à peine cachés par un mince chapeau orné d'une touffe de roses du Bengale. Elle continuait à cligner des yeux, avec sa mine de garçon impertinent, son front pur traversé d'une grande ride, sa bouche, dont la lèvre supérieure avançait, ainsi que celle des enfants boudeurs. Puis, comme elle voyait mal, elle prit son binocle, un binocle d'homme, à garniture d'écaille, et, le tenant à la main sans se le poser sur le nez, elle examina la grosse Laure d'Aurigny tout à son aise, d'un air parfaitement calme.

Les voitures n'avançaient toujours pas. Au milieu des taches unies, de teinte sombre, que faisait la longue file des coupés, fort nombreux au Bois par cet après-midi d'automne, brillaient le coin d'une glace, le mors d'un cheval, la poignée argentée d'une lanterne, les galons d'un laquais haut placé sur son siège. Çà et là, dans un landau découvert, éclatait un bout d'étoffe, un bout de toilette de femme, soie ou velours. Il était peu à peu tombé un grand silence sur tout ce tapage éteint, devenu immobile. On entendait, du fond des voitures, les conversations des piétons. Il y avait des échanges de regards muets, de portières à portières; et personne ne causait plus, dans cette attente que coupaient seuls les craquements des harnais et le coup de sabot impatient d'un cheval. Au loin, les voix confuses du Bois se mouraient.

Malgré la saison avancée, tout Paris était là: la duchesse de Sternich, en huit-ressorts; Mme de Lauwerens, en victoria très correctement attelée; la baronne de Meinhold, dans un ravissant cab bai-brun; la comtesse Vanska, avec ses poneys pie; Mme Daste, et ses fameux stappers noirs; Mme de Guende et Mme Teissière, en coupé; la petite Sylvia, dans un landau gros bleu. Et encore don Carlos, en deuil, avec sa livrée antique et solennelle; Selim pacha, avec son fez et sans son gouverneur; la duchesse de Rozan, en coupé égoïste, avec sa livrée poudrée à blanc; M. le comte de Chibray, en dog-cart; M. Simpson, en mail de la plus belle tenue; toute la colonie américaine. Enfin deux académiciens, en fiacre.

Preview chapterpartirent les premiers éclats de gaieté.Preview

Cependant, M. Hupel de la Noue demanda galamment:

--Aurons-nous le plaisir de voir Son Excellence, ce soir!?

--Je ne crois pas, répondit Saccard d'un air important qui cachait une contrariété secrète. Mon frère est si occupé!... Il nous a envoyé son secrétaire, M. de Saffré, pour nous présenter ses excuses.

--Oui, oui, il doit y avoir une réunion des ministres à neuf heures chez le garde des sceaux.

Pendant ce temps, M. Toutin-Laroche, qu'on avait interrompu, continuait gravement, comme s'il eût péroré dans le silence attentif du conseil municipal:

--Les résultats sont superbes. Cet emprunt de la Ville restera comme une des plus belles opérations financières de l'époque. Ah! messieurs....

Mais, ici, sa voix fut de nouveau couverte par des rires qui éclatèrent brusquement à l'un des bouts de la table. On entendait, au milieu de ce souffle de gaieté, la voix de Maxime, qui achevait une anecdote: «Attendez donc, je n'ai pas fini. La pauvre amazone fut relevée par un cantonnier. On dit qu'elle lui fait donner une brillante éducation pour l'épouser plus tard. Elle ne veut pas qu'un homme autre que son mari puisse se flatter d'avoir vu certain signe noir placé au-dessus de son genou.» Les rires reprirent de plus belle; Louise riait franchement, plus haut que les hommes. Et doucement, au milieu de ces rires, comme sourd, un laquais allongeait en ce moment, entre chaque convive, sa tête grave et blême, offrant des aiguillettes de canard sauvage, à voix basse.

Aristide Saccard fut fâché du peu d'attention qu'on accordait à M. Toutin-Laroche. Il reprit, pour lui montrer qu'il l'avait écouté:

--L'emprunt de la Ville....

Mais M. Toutin-Laroche n'était pas homme à perdre le fil d'une idée:

--Ah! messieurs, continua-t-il quand les rires jurent calmés, la journée d'hier a été une grande consolation pour nous, dont l'administration est en butte à tant d'ignobles attaques. On accuse le Conseil de conduire la Ville à sa ruine, et, vous le voyez, dès que la Ville ouvre un emprunt, tout le monde nous apporte son argent, même ceux qui crient.

--Vous avez fait des miracles, dit Saccard. Paris est devenu la capitale du monde.

--Oui, c'est vraiment prodigieux, interrompit

M. Hupel de la Noue. Imaginez-vous que moi, qui suis un vieux Parisien, je ne reconnais plus mon Paris. Hier, je me suis perdu pour aller de l'Hôtel de Ville au Luxembourg. C'est prodigieux, prodigieux!

Il y eut un silence. Tous les hommes graves écoutaient maintenant.

--La transformation de Paris, continua M. Toutin-Laroche, sera la gloire du règne. Le peuple est ingrat, il devrait baiser les pieds de l'empereur. Je le disais ce matin au Conseil, où l'on parlait du grand succès de l'emprunt: «Messieurs, laissons dire ces braillards de l'opposition: bouleverser Paris, c'est le fertiliser.» Saccard sourit en fermant les yeux, comme pour mieux savourer la finesse du mot. Il se pencha derrière le dos de Mme d'Espanet, et dit à M. Hupel de la Noue, assez haut pour être entendu:

--Il a un esprit adorable.

Cependant, depuis qu'on parlait des travaux de Paris, le sieur Charrier tendait le cou, comme pour se mêler à la conversation. Son associé Mignon n'était occupé que de Mme Sidonie, qui lui donnait fort à faire. Saccard, depuis le commencement du dîner, surveillait les entrepreneurs du coin de l'oeil.

--L'administration, dit-il, a rencontré tant de dévouement! Tout le monde a voulu contribuer à la grande oeuvre. Sans les riches compagnies qui lui sont venues en aide, la Ville n'aurait jamais pu faire si bien ni si vite.

Il se tourna, et avec une sorte de brutalité flatteuse:

--MM. Mignon et Charrier en savent quelque chose, eux qui ont eu leur part de peine, et qui auront leur part de gloire.

Les maçons enrichis reçurent béatement cette phrase en pleine poitrine. Mignon, auquel Mme Sidonie disait en minaudant: «Ah! monsieur, vous me flattez; non, le rose serait trop jeune pour moi...», la laissa au milieu de sa phrase pour répondre à Saccard:

Table of contents

Inside this edition

  1. 01Full text
  2. 02I
  3. 03partirent les premiers éclats de gaieté.
  4. 04partit-il.
  5. 05II
  6. 06III
  7. 07livrer du premier coup.
  8. 08chapitre de la duchesse de Sternich. Chaque lois que sa voiture passait,
  9. 09IV
  10. 10V
  11. 11VI
  12. 12partirons pour Le Havre.
  13. 13VII

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