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French Edition

Literature

La Débâcle

French BooksWhale Edition by Émile Zola

Le roman de Zola sur Sedan, la guerre de 1870, l’effondrement impérial et la Commune.

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Book introduction

La Débâcle

La Débâcle suit soldats, civils et familles dans le désastre de la guerre franco-prussienne, de Sedan à Paris. Zola combine fresque historique, naturalisme, violence collective et crise nationale, offrant un roman essentiel sur la chute du Second Empire et les blessures politiques de la France moderne.

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Émile Zola est mort en 1902, et La Débâcle a été publié en 1892. Ces dates soutiennent le domaine public du texte français original.

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La Débâcle

Émile Zola

Première partie

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À deux kilomètres de Mulhouse, vers le Rhin, au milieu de la

plaine fertile, le camp était dressé. Sous le jour finissant de

cette soirée d'août, au ciel trouble, traversé de lourds nuages,

les tentes-abris s'alignaient, les faisceaux luisaient,

s'espaçaient régulièrement sur le front de bandière; tandis que,

fusils chargés, les sentinelles les gardaient, immobiles, les yeux

perdus, là-bas, dans les brumes violâtres du lointain horizon, qui

montaient du grand fleuve.

On était arrivé de Belfort vers cinq heures. Il en était huit, et

les hommes venaient seulement de toucher les vivres. Mais le bois

devait s'être égaré, la distribution n'avait pu avoir lieu.

Impossible d'allumer du feu et de faire la soupe. Il avait fallu

se contenter de mâcher à froid le biscuit, qu'on arrosait de

grands coups d'eau-de-vie, ce qui achevait de casser les jambes,

déjà molles de fatigue. Deux soldats pourtant, en arrière des

faisceaux, près de la cantine, s'entêtaient à vouloir enflammer un

tas de bois vert, de jeunes troncs d'arbre qu'ils avaient coupés

avec leurs sabres-baïonnettes, et qui refusaient obstinément de

brûler. Une grosse fumée, noire et lente, montait dans l'air du

soir, d'une infinie tristesse.

Il n'y avait là que douze mille hommes, tout ce que le général

Félix Douay avait avec lui du 7e corps d'armée. La première

division, appelée la veille, était partie pour Froeschwiller; la

troisième se trouvait encore à Lyon; et il s'était décidé à

quitter Belfort, à se porter ainsi en avant avec la deuxième

division, l'artillerie de réserve et une division de cavalerie,

incomplète. Des feux avaient été aperçus à Lorrach. Une dépêche du

sous-préfet de Schelestadt annonçait que les Prussiens allaient

passer le Rhin à Markolsheim. Le général, se sentant trop isolé à

l'extrême droite des autres corps, sans communication avec eux,

venait de hâter d'autant plus son mouvement vers la frontière,

que, la veille, la nouvelle était arrivée de la surprise

désastreuse de Wissembourg. D'une heure à l'autre, s'il n'avait

pas lui-même l'ennemi à repousser, il pouvait craindre d'être

appelé, pour soutenir le 1er corps. Ce jour-là, ce samedi

d'inquiète journée d'orage, le 6 août, on devait s'être battu

quelque part, du côté de Froeschwiller: cela était dans le ciel

anxieux et accablant, de grands frissons passaient, de brusques

souffles de vent, chargés d'angoisse. Et, depuis deux jours, la

division croyait marcher au combat, les soldats s'attendaient à

trouver les Prussiens devant eux, au bout de cette marche forcée

de Belfort à Mulhouse.

Le jour baissait, la retraite partit d'un coin éloigné du camp, un

roulement des tambours, une sonnerie des clairons, faibles encore,

emportés par le grand air. Et Jean Macquart, qui s'occupait à

consolider la tente, en enfonçant les piquets davantage, se leva.

Aux premiers bruits de guerre, il avait quitté Rognes, tout

saignant du drame où il venait de perdre sa femme Françoise et les

terres qu'elle lui avait apportées; il s'était réengagé à trente-

neuf ans, retrouvant ses galons de caporal, tout de suite

incorporé au 106e régiment de ligne, dont on complétait les

cadres; et, parfois, il s'étonnait encore, de se revoir avec la

capote aux épaules, lui qui, après Solférino, était si joyeux de

quitter le service, de n'être plus un traîneur de sabre, un tueur

de monde. Mais quoi faire? Quand on n'a plus de métier, qu'on n'a

plus ni femme ni bien au soleil, que le coeur vous saute dans la

gorge de tristesse et de rage? Autant vaut-il cogner sur les

ennemis, s'ils vous embêtent. Et il se rappelait son cri: ah! bon

sang! puisqu'il n'avait plus de courage à la travailler, il la

Preview chapterIIPreview

Vers huit heures, le soleil dissipa les nuées lourdes, et un

ardent et pur dimanche d'août resplendit sur Mulhouse, au milieu

de la vaste plaine fertile. Du camp, maintenant éveillé,

bourdonnant de vie, on entendait les cloches de toutes les

paroisses carillonner à la volée, dans l'air limpide. Ce beau

dimanche d'effroyable désastre avait sa gaieté, son ciel éclatant

des jours de fête.

Gaude, brusquement, sonna à la distribution, et Loubet s'étonna.

Quoi? Qu'y avait-il? Était-ce le poulet qu'il avait promis la

veille à Lapoulle? Né dans les halles, rue de la Cossonnerie, fils

de hasard d'une marchande au petit tas, engagé «pour des sous»,

comme il disait, après avoir fait tous les métiers, il était le

fricoteur, le nez tourné continuellement à la friandise. Et il

alla voir, pendant que Chouteau, l'artiste, le peintre en

bâtiments de Montmartre, bel homme et révolutionnaire, furieux

d'avoir été rappelé après son temps fini, blaguait férocement

Pache, qu'il venait de surprendre en train de faire sa prière, à

genoux derrière la tente. En voilà un calotin! est-ce qu'il ne

pouvait pas lui demander cent mille livres de rente, à son bon

Dieu? Mais Pache, arrivé d'un village perdu de la Picardie, chétif

et la tête en pointe, se laissait plaisanter, avec la douceur

muette des martyrs. Il était le souffre-douleur de l'escouade, en

compagnie de Lapoulle, le colosse, la brute poussée dans les

marais de la Sologne, si ignorant de tout, que, le jour de son

arrivée au régiment, il avait demandé à voir le roi. Et, bien que

la nouvelle désastreuse de Froeschwiller circulât depuis le lever,

les quatre hommes riaient, faisaient avec leur indifférence de

machine les besognes accoutumées.

Mais il y eut un grognement de surprise goguenarde.

C'était Jean, le caporal, qui, accompagné de Maurice, revenait de

la distribution, avec du bois à brûler. Enfin, on distribuait le

bois, que les troupes avaient vainement attendu la veille, pour

cuire la soupe. Douze heures de retard seulement.

-- Bravo, l'intendance! cria Chouteau.

-- N'importe, ça y est! dit Loubet. Ah! ce que je vais vous faire

un chouette pot-au-feu!

D'habitude, il se chargeait volontiers de la popote; et on l'en

remerciait, car il cuisinait à ravir. Mais il accablait alors

Lapoulle de corvées extraordinaires.

-- Va chercher le champagne, va chercher les truffes...

Puis, ce matin-là, une idée baroque de gamin de Paris se moquant

d'un innocent, lui traversa la cervelle.

-- Plus vite que ça! Donne-moi le poulet.

-- Où donc, le poulet?

-- Mais là, par terre... Le poulet que je t'ai promis, le poulet

que le caporal vient d'apporter!

Il lui désignait un gros caillou blanc, à leurs pieds. Lapoulle,

interloqué, finit par le prendre et par le retourner entre ses

doigts.

-- Tonnerre de Dieu! veux-tu laver le poulet!... Encore! Lave-lui

les pattes, lave-lui le cou!... À grande eau, feignant!

Et, pour rien, pour la rigolade, parce que l'idée de la soupe le

rendait gai et farceur, il flanqua la pierre avec la viande dans

la marmite pleine d'eau.

-- C'est ça qui va donner du goût au bouillon! Ah! tu ne savais

pas ça, tu ne sais donc rien, sacrée andouille!... Tu auras le

croupion, tu verras si c'est tendre!

L'escouade se tordait de la tête de Lapoulle, maintenant

convaincu, se pourléchant. Cet animal de Loubet, pas moyen de

s'ennuyer avec lui! Et, lorsque le feu crépita au soleil, lorsque

la marmite se mit à chanter, tous, en dévotion, rangés autour,

s'épanouirent, regardant danser la viande, humant la bonne odeur

qui commençait à se répandre. Ils avaient une faim de chien depuis

la veille, l'idée de manger emportait tout. On était rossé, mais

ça n'empêchait pas qu'il fallait s'emplir. D'un bout à l'autre du

camp, les feux des cuisines flambaient, les marmites bouillaient,

et c'était une joie vorace et chantante, au milieu des claires

Table of contents

Inside this edition

  1. 01Full text
  2. 02I
  3. 03II
  4. 04III
  5. 05IV
  6. 06V
  7. 07VI
  8. 08VII
  9. 09VIII
  10. 10I
  11. 11II
  12. 12III
  13. 13IV
  14. 14V
  15. 15VI
  16. 16VII
  17. 17VIII
  18. 18I
  19. 19II
  20. 20III
  21. 21IV
  22. 22V
  23. 23VI
  24. 24VII
  25. 25VIII

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