
French Edition
Literature
La Double Maîtresse
French BooksWhale Edition by Henri de Régnier
Une chronique romanesque suit les aventures de Galandot, entre souvenirs familiaux, désirs contrariés et détours de la société ancienne.
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Book introduction
La Double Maîtresse
Henri de Régnier déploie autour de M. de Galandot un roman de souvenirs reconstruits, de rencontres et d’aventures galantes. La France et l’Italie composent le décor d’un monde où le désir emprunte des chemins incertains. La préface, le prologue, les trois parties et l’épilogue sont réunis ici, laissant se développer les récits enchâssés, les portraits et l’ironie du conteur.
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Henri de Régnier est mort en 1936 ; l’œuvre a paru en 1900. Cette édition utilise le texte original français en domaine public provenant de Wikisource, sans annotations ni ajouts éditoriaux modernes.
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Preview chapterPréfaceRead preview
Je ne sais trop, pour dire vrai, d’où j’ai été conduit à écrire ce singulier roman ni par où il m’est venu à l’esprit. Ce qui est certain, c’est qu’il y trouva presque à mon insu de quoi m’imposer son autorité et me contraindre à faire droit à ses exigences.
Malgré tout, je n’aurais pas dû, peut-être, lui accorder le crédit qu’il réclamait ni lui permettre de prendre corps en un livre qui, s’il contenta ma fantaisie, ne laisse pas d’embarrasser quelque peu mon jugement ; mais cette hétéroclite figure de M. de Galandot m’est, si souvent et avec tant d’insistance, apparue à la pensée que j’ai ressenti le besoin de me l’expliquer à moi-même. Je lui ai inventé une vie pour l’écarter de la mienne et j’ai pris ensuite le parti de le faire connaître aux autres pour mieux parvenir à l’oublier.
Le voici donc représenté aussi exactement que possible avec les événements que j’ai imaginés autour de lui dans le sens de son caractère. C’est un pauvre homme que M. de Galandot. J’ai eu soin de lui composer une histoire qui lui convînt. Si le lecteur ne voit point là ce que j’y ai voulu montrer, il me pardonnera mon erreur et je lui passerai son désaveu sans lui en vouloir davantage qu’il ne m’en voudra sans doute d’avoir proposé à son plaisir un personnage qui a souvent fait le mien.
D’ailleurs, je n’ai guère cherché autre chose qu’à faire défiler sur les verres de ma lanterne quelques ombres à la française et, si j’avais voulu mettre au frontispice le portrait de mon héros, croyez que c’eût été à la manière de ces petites figures de jadis qu’on appelait des silhouettes et qui découpent à plat sur le papier blanc leurs profils à l’encre noire.
R.
Preview chapterProloguePreview
M. de Portebize avait beau remonter le cours de son souvenir, il n’y trouvait rien qui concernât particulièrement son grand-oncle, M. de Galandot.
Il faut dire que les figures les plus familières à la mémoire du jeune homme n’étaient point celles de ses proches. Ses parents avaient plutôt confié son enfance aux mains des serviteurs et sa jeunesse à celles des maîtres à apprendre que pris soin eux-mêmes de l’une et de l’autre. Aussi, des visages qui s’étaient penchés par-dessus son épaule, au jeu ou à l’étude, qu’il fouettât une toupie ou feuilletât un livre, lui en revenait-il davantage de servantes et de valets, de cuistres d’école ou de régents de collège que de personnes de sa famille. De plus, non seulement frères et sœurs lui firent défaut, mais aussi cousins et cousines et, par conséquent, les tantes et les oncles, car M. de Galandot, à proprement parler, ne comptait pas ; j’entends par là qu’il ne représenta aucunement et jamais ce personnage si unique et si important à l’enfance et qui tient à ses yeux une place à part, l’Oncle.
Cet état, que M. de Galandot eût pu remplir envers son petit-neveu, resta donc sans titulaire dans la mémoire de François de Portebize. Il ne connut pas ce visiteur familier qui ne vient qu’à certains jours et se présente le plus souvent sous un aspect bonasse et débonnaire, qui d’abord s’intéresse aux jeux et plus tard aux fredaines, ne vous gronde guère et vous morigène tout au plus, vous tapote la joue et vous pince l’oreille et vous laisse le souvenir de sa vieillesse lié bizarrement à celui de votre jeune âge.
François, cependant, se souvenait assez bien d’avoir entendu nommer parfois M. de Galandot, mais il n’en savait rien de plus. M. et Mme de Portebize parlaient peu devant leur fils qui d’ailleurs se trouvait assez rarement en leur compagnie. On ne s’occupa de lui qu’indirectement et par le choix qu’on faisait des gens destinés à sa garde et des personnes chargées de son éducation. Le collège survint. Il ne parut guère plus souvent au parloir qu’il ne venait au salon. Aussi ne regretta-t-il point la maison paternelle. Elle était vaste et déserte avec un carrosse toujours attelé dans la cour, car M. et Mme de Portebize partaient courir la ville à toute heure de nuit et de jour. Les congés qu’il passait là ne le divertissaient guère ; il s’ennuyait et, le soir, il avait peur dans sa chambre ; aussi retournait-il sans regret au dortoir, au pupitre et à la férule.
De ces séjours en famille il ne se rappelait pas avoir vu jamais, parmi les cadres où figuraient sa mère en déesse, la draperie à l’épaule et le sein nu, et son père, un cornet de dés à la main, aucun portrait qui représentât M. de Galandot et où il eût pu prendre quelque idée de sa taille ou de sa mine.
Il s’en étonnait sans savoir ce qui avait empêché que l’oncle parût là, même en peinture. Il ne subsistait, en effet, entre les Portebize et leur cousin, d’autre lien que celui de la parenté dont la force durable et imprévue venait de se faire sentir de la façon la plus heureuse, car le vieux gentilhomme, en mourant à Rome où il s’était retiré depuis de longues années, laissait ses biens à ce petit-neveu.
Aussi François était-il encore tout abasourdi de cette aubaine. Le peu de chances à cet héritage en rendait la surprise plus agréable encore, et l’heureux héritier ressentait le plaisir qu’il y a à se réveiller un beau matin, et d’un seul coup, solidement riche.
Preview chapterPremière partiePreview
Première partie
Table of contents
Inside this edition
- 01Préface
- 02Prologue
- 03Première partie
- 04PONT-AUX-BELLES I
- 05II
- 06III
- 07IV
- 08V
- 09VI
- 10VII
- 11VIII
- 12IX
- 13X
- 14XI
- 15XII
- 16XIII
- 17Deuxième partie
- 18UN SOUPER AVEC L’ABBÉ HUBERTET I
- 19II
- 20III
- 21IV
- 22V
- 23VI
- 24VII
- 25VIII
- 26IX
- 27Troisième partie
- 28GALANDOT LE ROMAIN I
- 29II
- 30III
- 31IV
- 32V
- 33VI
- 34VII
- 35VIII
- 36IX
- 37X
- 38XI
- 39XII
- 40XIII
- 41XIV
- 42XV
- 43Épilogue
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