
French Edition
Politics
La réforme intellectuelle et morale
French BooksWhale Edition by Ernest Renan
Original title: La Réforme intellectuelle et morale
Après la défaite de 1870, Ernest Renan examine les institutions, l’éducation et les conditions d’un renouvellement politique français.
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Book introduction
La réforme intellectuelle et morale
La défaite française conduit Ernest Renan à interroger les rapports entre formation intellectuelle, organisation politique et puissance nationale. L’essai principal distingue le diagnostic du mal et les remèdes proposés. Il est accompagné de textes sur la guerre franco-allemande, de lettres à Strauss et de réflexions sur l’assemblée, la monarchie constitutionnelle et l’éducation. L’ensemble restitue les positions et les controverses d’un moment de crise.
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Ernest Renan est mort en 1892. Cette édition utilise le texte original français du domaine public disponible sur Project Gutenberg, sans notes éditoriales ni illustrations ultérieures.
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La réforme intellectuelle et morale
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Le plus étendu des morceaux contenus dans le présent volume renferme les réflexions qui me furent suggérées durant ces douloureuses semaines où un bon Français ne dut avoir de pensée que pour les souffrances de sa patrie. Je ne me fais pas d’illusion sur l’influence que ces pages peuvent exercer. Le rôle des écrivains à qui est échu le lot des vérités importunes ne diffère pas beaucoup du sort de ce fou de Jérusalem qui allait parcourant sans cesse les murs de la cité vouée à l’extermination, et criant : « Voix de l’Orient ! voix de l’Occident ! voix des quatre vents ! malheur à Jérusalem et au temple ! » Personne ne l’écouta, jusqu’au jour où, frappé par la pierre d’une baliste, il tomba en disant : « Malheur à moi ! » Le petit nombre de personnes qui ont suivi en politique la ligne que j’ai cru devoir adopter, non par intérêt ni ambition, mais par simple goût du bien public, sont les plus complétement vaincues dans la funeste crise qui se déroule sous nos yeux ; mais je tiens essentiellement à éviter le reproche d’avoir refusé aux affaires de mon temps et de mon pays l’attention que tout citoyen est obligé d’y donner. Au point où en sont venues les sociétés humaines, il faudrait faire peu d’estime de celui qui rechercherait avidement une part de responsabilité dans les affaires de son temps et de son pays. L’ambitieux à l’ancienne manière, celui qui mettait son plaisir, son honneur et son espérance de fortune dans la participation au gouvernement, serait de nos jours presque un non-sens, et si, à l’heure qu’il est, nous voyions un jeune homme aborder la vie publique avec cette espèce d’ardeur un peu vaine, cette chaleur de cœur et cet optimisme naïf qui caractérisèrent, par exemple, l’époque de la Restauration, nous ne pourrions retenir un sourire, ni nous empêcher de lui prédire de cruelles déceptions. Un des plus mauvais résultats de la démocratie est de faire de la chose publique la proie d’une classe de politiciens médiocres et jaloux, naturellement peu respectés de la foule, qui a vu son mandataire d’aujourd’hui humilié hier devant elle, et qui sait par quel charlatanisme on a surpris son suffrage. Toutefois, avant de proclamer que le sage doit se renfermer dans la pensée pure, il faut être bien sûr qu’on a épuisé toutes les chances de faire entendre la voix de la raison. Quand nous aurons été dix fois vaincus, quand dix fois la foule aura préféré à nos avis les déclamations des complaisants ou des exaltés, quand il sera bien prouvé que, nous étant légalement offerts, nous avons été rebutés, refusés, alors nous aurons le droit de nous retirer fiers, tranquilles, et de faire sonner bien haut notre défaite. On n’est pas obligé de réussir, on n’est pas obligé de faire concurrence aux procédés que se permet l’ambition vulgaire ; on est obligé d’être sincère. Si Turgot eût assez vécu pour voir la Révolution, il aurait eu presque seul le droit de rester calme, car seul il avait bien indiqué ce qu’il fallait faire pour la prévenir.
J’ai joint à cet essai sur les réformes qui semblent les plus urgentes un ou deux morceaux parus en 1869, qui en sont le commentaire et l’explication. On trouvera, si l’on veut, que ce sont là des épaves d’une politique bien arriérée ; les solutions du libéralisme modéré se voient toujours ajournées par le fait des situations extrêmes ; mais elles ne doivent pas pour cela être délaissées ; car l’opinion y revient tôt ou tard. Malgré les démentis apparents que les faits m’ont donnés, j’ai relu ces morceaux sans amertume, et j’ai pensé qu’ils gardaient encore quelque prix.
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LA RÉFORME INTELLECTUELLE ET MORALE DE LA FRANCE
Table of contents
Inside this edition
- 01Full text
- 02PRÉFACE
- 03LA RÉFORME INTELLECTUELLE ET MORALE DE LA FRANCE
- 04PREMIÈRE PARTIE LE MAL
- 05DEUXIÈME PARTIE LES REMÈDES
- 06LA GUERRE ENTRE LA FRANCE ET L’ALLEMAGNE
- 07LETTRE A M. STRAUSS
- 08NOUVELLE LETTRE A M. STRAUSS
- 09DE LA CONVOCATION D’UNE ASSEMBLÉE PENDANT LE SIÉGE
- 10PREMIER ARTICLE. — 10 NOVEMBRE 1870.
- 11DEUXIÈME ARTICLE. — 13 NOVEMBRE.
- 12TROISIÈME ARTICLE. — 28 NOVEMBRE.
- 13LA MONARCHIE CONSTITUTIONNELLE EN FRANCE
- 14LA PART DE LA FAMILLE ET DE L’ÉTAT DANS L’ÉDUCATION
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