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French Edition

Literature

La Vie de Marianne

French BooksWhale Edition by Marivaux

Un grand roman français de sensibilité, de mémoire et d’observation sociale.

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Book introduction

La Vie de Marianne

La Vie de Marianne donne la parole à une héroïne qui raconte son histoire, ses rencontres et sa place dans la société. Marivaux y développe une prose subtile, attentive aux sentiments, aux nuances morales et à la construction de soi.

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Marivaux est mort en 1763, et La Vie de Marianne a été publié en 1731. Ces dates soutiennent le statut de domaine public de cette édition originale française.

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La Vie de Marianne

Marivaux

Preview chapterPREMIÈRE PARTIEPreview

Avant que de donner cette histoire au public, il faut lui apprendre comment je l’ai trouvée.

Il y a six mois que j’achetai une maison à quelques lieues de Rennes, qui, depuis trente ans, a passé successivement entre les mains de cinq ou six personnes. J’ai voulu faire changer quelque chose à la disposition du premier appartement, et, dans une armoire pratiquée dans l’enfoncement d’un mur, on y a trouvé un manuscrit en plusieurs cahiers contenant l’histoire qu’on va lire, et le tout d’une écriture de femme. On me l’apporta; je le lus avec deux de mes amis qui étaient chez moi, et qui, depuis ce jour-là, n’ont cessé de me dire qu’il fallait le faire imprimer: je le veux bien, d’autant plus que cette histoire n’intéresse personne. Nous voyons, par la date que nous avons trouvée à la fin du manuscrit, qu’il y a quarante ans qu’il est écrit; nous avons changé le nom de deux personnes dont il est parlé, et qui sont mortes. Ce qui est dit d’elles est pourtant très indifférent; mais n’importe: il est mieux de supprimer leurs noms.

Voilà tout ce que j’avais à dire: ce petit préambule m’a paru nécessaire; et je l’ai fait du mieux que j’ai pu; car je ne suis point auteur, et jamais on n’imprimera de moi que cette vingtaine de lignes-ci.

Passons maintenant à l’histoire. C’est une femme qui raconte sa vie; nous ne savons qui elle était. C’est la Vie de Marianne; c’est ainsi qu’elle se nomme elle-même au commencement de son histoire; elle prend ensuite le titre de comtesse; elle parle à une de ses amies dont le nom est en blanc, et puis c’est tout.

Quand je vous ai fait le récit de quelques accidents de ma vie, je ne m’attendais pas, ma chère amie, que vous me prieriez de vous la donner tout entière et d’en faire un livre à imprimer. Il est vrai que l’histoire est particulière, mais je la gâterai si je l’écris; car où voulez-vous que je prenne un style?

Il est vrai que dans le monde on m’a trouvé de l’esprit; mais, ma chère, je crois que cet esprit-là n’est bon qu’à être dit, et ne vaut rien à être lu.

Nous autres jolies femmes (car j’ai été de ce nombre), personne n’a plus d’esprit que nous quand nous en avons un peu; les hommes ne savent plus alors la valeur de ce que nous disons: en nous écoutant parler, ils nous regardent, et ce que nous disons profite de ce qu’ils voient.

J’ai vu une jolie femme dont la conversation passait pour un enchantement. Personne au monde ne s’exprimait comme elle; c’était la vivacité, c’était la finesse même qui parlait: les connaisseurs n’y pouvaient tenir de plaisir. La petite vérole lui vint, elle en fut extrêmement marquée: quand la pauvre femme reparut, ce n’était plus qu’une babillarde incommode. Voyez combien auparavant elle avait emprunté d’esprit de son visage! Il se pourrait bien faire que le mien m’en eût prêté aussi dans le temps qu’on m’en trouvait beaucoup. Je me souviens de mes yeux de ce temps-là, et je crois qu’ils avaient plus d’esprit que moi.

Combien de fois me suis-je surprise à dire des choses qui auraient eu bien de la peine à passer toutes seules: sans le jeu d’une physionomie friponne qui les accompagnait, on ne m’aurait pas applaudie comme on faisait; et si une petite vérole était venue réduire cela à ce que cela valait, franchement, je pense que j’y aurais perdu beaucoup.

Preview chapterDEUXIÈME PARTIEPreview

Dites-moi, ma chère amie, ne serait-ce point un peu par compliment que vous paraissez si curieuse de voir la suite de mon histoire? Je pourrais le soupçonner; car jusqu’ici tout ce que je vous en ai rapporté n’est qu’un tissu d’aventures bien simples, bien communes; d’aventures dont le caractère paraîtrait bas et trivial à beaucoup de lecteurs, si je les faisais imprimer. Je ne suis encore qu’une petite lingère, et cela les dégoûterait.

Il y a des gens dont la vanité se mêle de tout ce qu’ils font, même de leurs lectures. Donnez-leur l’histoire du cœur humain dans les grandes conditions; ce devient là pour eux un objet important; mais ne leur parlez pas des états médiocres, ils ne veulent voir agir que des seigneurs, des princes, des rois, ou du moins des personnes qui aient fait une grande figure. Il n’y a que cela qui existe pour la noblesse de leur goût. Laissez là le reste des hommes: qu’ils vivent; mais qu’il n’en soit pas question: ils vous diraient volontiers que la nature aurait bien pu se passer de les faire naître, et que les bourgeois la déshonorent.

Oh! jugez, madame, du dédain que de pareils lecteurs auraient eu pour moi.

Au reste, ne confondons point; le portrait que je fais de ces gens-là ne vous regarde pas; ce n’est pas vous qui serez la dupe de mon état; mais peut-être que j’écris mal. Le commencement de ma vie contient peu d’événements, et tout cela aurait bien pu vous ennuyer. Vous me dites que non, vous me pressez de continuer; je vous en rends grâces, et je continue: laissez-moi faire, je ne serai pas toujours chez madame Dutour.

Je vous ai dit que j’allai à l’église, à l’entrée de laquelle je trouvai de la foule; mais je n’y restai pas, mon habit neuf et ma figure y auraient trop perdu; et je tâchai, en me glissant tout doucement, de gagner le haut de l’église; où j’apercevais du beau monde qui était à son aise.

C’étaient des femmes extrêmement parées: les unes assez laides, et qui s’en doutaient, car elles tâchaient d’avoir si bon air qu’on ne s’en aperçût pas; d’autres qui ne s’en doutaient point du tout, et qui, de la meilleure foi du monde, prenaient leur coquetterie pour un joli visage.

J’en vis une fort aimable; et celle-là ne se donnait pas la peine d’être coquette; elle était au-dessus de cela pour plaire, elle s’en fiait négligemment à ses grâces, et c’était ce qui la distinguait des autres, de qui elle semblait dire: Je suis naturellement tout ce que ces femmes-là voudraient être.

Il y avait aussi nombre de jeunes cavaliers bien faits, gens de robe et d’épée, dont la contenance témoignait qu’ils étaient bien contents d’eux, et qui prenaient sur le dos de leurs chaises de ces postures aisées et galantes qui marquent qu’on est au fait des bons airs du monde.

Je les voyais tantôt se baisser, s’appuyer, se redresser; puis sourire, puis saluer à droite et à gauche, moins par politesse, ou par devoir, que pour varier les airs de bonne mine et d’importance, et se montrer sous différents aspects.

Et moi, je devinais la pensée de toutes ces personnes-là sans aucun effort: mon instinct ne voyait rien là qui ne fût de sa connaissance, et n’en était pas plus délié pour cela; car il ne faut pas s’y méprendre, ni estimer ma pénétration plus qu’elle ne vaut.

Nous avons deux sortes d’esprit, nous autres femmes. Nous avons d’abord le nôtre, qui est celui que nous recevons de la nature, celui qui nous sert à raisonner, suivant le degré qu’il a, qui devient ce qu’il peut, et qui ne sait rien qu’avec le temps.

Table of contents

Inside this edition

  1. 01Full text
  2. 02PREMIÈRE PARTIE
  3. 03DEUXIÈME PARTIE
  4. 04TROISIÈME PARTIE
  5. 05QUATRIÈME PARTIE
  6. 06CINQUIÈME PARTIE
  7. 07SIXIÈME PARTIE
  8. 08SEPTIÈME PARTIE.
  9. 09HUITIÈME PARTIE.
  10. 10NEUVIÈME PARTIE.
  11. 11DIXIÈME PARTIE.
  12. 12ONZIÈME PARTIE
  13. 13DOUZIÈME PARTIE.

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