
French Edition
Literature
L’Archipel en feu
French BooksWhale Edition by Jules Verne
Dans la Grèce insurgée, Jules Verne mêle combats navals, piraterie et amour aux secrets d’une fortune compromise.
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Book introduction
L’Archipel en feu
Pendant la guerre d’indépendance grecque, les routes de l’archipel sont parcourues par des combattants, des marchands et des pirates. Henry d’Albaret affronte les entreprises de Nicolas Starkos, tandis qu’Hadjine découvre les conséquences d’un héritage qu’elle ne peut accepter sans examen. Jules Verne fait converger poursuites maritimes, fidélités familiales et choix amoureux dans un roman où la liberté se joue aussi sur les marchés d’esclaves.
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Texte original français de Jules Verne, mort en 1905. La transcription provient de Project Gutenberg ; les illustrations et l’appareil éditorial moderne ne sont pas repris.
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Preview chapterI — Navire au largeRead preview
Le 18 octobre 1827, vers cinq heures du soir, un petit bâtiment levantin serrait le vent pour essayer d'atteindre avant la nuit le port de Vitylo, à l'entrée du golfe de Coron.
Ce port, l'ancien Oetylos d'Homère, est situé dans l'une de ces trois profondes indentations qui découpent, sur la mer Ionienne et sur la mer Égée, cette feuille de platane, à laquelle on a très justement comparé la Grèce méridionale. Sur cette feuille se développe l'antique Péloponnèse, la Morée de la géographie moderne. La première de ces dentelures, à l'ouest, c'est le golfe de Coron, ouvert entre la Messénie et le Magne; la seconde, c'est le golfe de Marathon, qui échancre largement le littoral de la sévère Laconie; le troisième, c'est le golfe de Nauplie, dont les eaux séparent cette Laconie de l'Argolide.
Au premier de ces trois golfes appartient le port de Vitylo. Creusé à la lisière de sa rive orientale, au fond d'une anse irrégulière, il occupe les premiers contreforts maritimes du Taygète, dont le prolongement orographique forme l'ossature de ce pays du Magne. La sûreté de ses fonds, l'orientation de ses passes, les hauteurs qui le couvrent, en font l'un des meilleurs refuges d'une côte incessamment battue par tous les vents de ces mers méditerranéennes.
Le bâtiment, qui s'élevait, au plus près, contre une assez fraîche brise de nord-nord-ouest, ne pouvait être visible des quais de Vitylo. Une distance de six à sept milles l'en séparait encore. Bien que le temps fût très clair, c'est à peine si la bordure de ses plus hautes voiles se découpait sur le fond lumineux de l'extrême horizon.
Mais ce qui ne pouvait se voir d'en bas pouvait se voir d'en haut, c'est-à-dire du sommet de ces crêtes qui dominent le village. Vitylo est construit en amphithéâtre sur d'abruptes roches que défend l'ancienne acropole de Kélapha. Au-dessus se dressent quelques vieilles tours en ruine, d'une origine postérieure à ces curieux débris d'un temple de Sérapis, dont les colonnes et les chapiteaux d'ordre ionique ornent encore l'église de Vitylo. Près de ces tours s'élèvent aussi deux ou trois petites chapelles peu fréquentées, desservies par des moines.
Ici, il convient de s'entendre sur ce mot «desservies» et même sur cette qualification de «moine», appliquée aux caloyers de la côte messénienne. L'un d'eux, d'ailleurs, qui venait de quitter sa chapelle, va pouvoir être jugé d'après nature.
À cette époque, la religion, en Grèce, était encore un singulier mélange des légendes du paganisme et des croyances du christianisme. Bien des fidèles regardaient les déesses de l'antiquité comme des saintes de la religion nouvelle. Actuellement même, ainsi que l'a fait remarquer M. Henry Belle, «ils amalgament les demi-dieux avec les saints, les farfadets des vallons enchantés avec les anges du paradis, invoquant aussi bien les sirènes et les furies que la Panagia». De là, certaines pratiques bizarres, des anomalies qui font sourire, et, parfois, un clergé fort empêché de débrouiller ce chaos peu orthodoxe.
Pendant le premier quart de ce siècle, surtout — il y a quelque cinquante ans, époque à laquelle s'ouvre cette histoire — le clergé de la péninsule hellénique était plus ignorant encore, et les moines, insouciants, naïfs, familiers, «bons enfants,» paraissaient assez peu aptes à diriger des populations naturellement superstitieuses.
Si même ces caloyers n'eussent été qu'ignorants! Mais, en certaines parties de la Grèce, surtout dans les régions sauvages du Magne, mendiants par nature et par nécessité, grands quémandeurs de drachmes que leur jetaient parfois de charitables voyageurs, n'ayant pour toute occupation que de donner à baiser aux fidèles quelque apocryphe image de saint ou d'entretenir la lampe d'une niche de sainte, désespérés du peu de rendement des dîmes, confessions, enterrements et baptêmes, ces pauvres gens, recrutés d'ailleurs dans les plus basses classes, ne répugnaient point à faire le métier de guetteurs — et quels guetteurs! — pour le compte des habitants du littoral.
Preview chapterII — En face l'un de l'autrePreview
Dix minutes plus tard, une légère embarcation, un gig, quittait la sacolève et déposait au pied du môle, sans aucun compagnon, sans aucune arme, cet homme devant lequel les Vityliens venaient de battre si prestement en retraite.
C'était le capitaine de la Karysta — ainsi se nommait le petit bâtiment qui venait de mouiller dans le port.
Cet homme, de moyenne taille, laissait voir un front haut et fier sous son épais bonnet de marin. Dans ses yeux durs, un regard fixe. Au-dessus de sa lèvre, des moustaches de Klephte, tendues horizontalement, finissant en grosse touffe, non en pointe. Sa poitrine était large, ses membres vigoureux. Ses cheveux noirs tombaient en boucles sur ses épaules. S'il avait dépassé trente- cinq ans, c'était à peine de quelques mois. Mais son teint hâlé par les brises, la dureté de sa physionomie, un pli de son front, creusé comme un sillon dans lequel rien d'honnête ne pouvait germer, le faisaient paraître plus vieux que son âge.
Quant au costume qu'il portait alors, ce n'était ni la veste, ni le gilet, ni la fustanelle du Palikare. Son cafetan, à capuchon de couleur brune, brodé de soutaches peu voyantes, son pantalon verdâtre, à larges plis, perdu dans des bottes montantes, rappelaient plutôt l'habillement du marin des côtes barbaresques.
Et cependant, Nicolas Starkos était bien Grec de naissance et originaire de ce port de Vitylo. C'était là qu'il avait passé les premières années de sa jeunesse. Enfant et adolescent, c'était entre ces roches qu'il avait fait l'apprentissage de la vie de mer. C'était sur ces parages qu'il avait navigué au hasard des courants et des vents. Pas une anse dont il n'eût vérifié le brassiage et les accores. Pas un écueil, pas une banche, pas une roche sous-marine, dont le relèvement lui fût inconnu. Pas un détour du chenal, dont il ne fût capable de suivre, sans compas ni pilote, les sinuosités multiples. Il est donc facile de comprendre comment, en dépit des faux signaux de ses compatriotes, il avait pu diriger la sacolève avec cette sûreté de main. D'ailleurs, il savait combien les Vityliens étaient sujets à caution. Déjà il les avait vus à l'oeuvre. Et peut-être, en somme, ne désapprouvait-il pas leurs instincts de pillards, du moment qu'il n'avait point eu à en souffrir personnellement.
Mais, s'il les connaissait, Nicolas Starkos était également connu d'eux. Après la mort de son père, qui fut l'une de ces milliers de victimes de la cruauté des Turcs, sa mère, affamée de haine, n'attendit plus que l'heure de se jeter dans le premier soulèvement contre la tyrannie ottomane. Lui, à dix-huit ans, il avait quitté le Magne pour courir les mers, et plus particulièrement l'Archipel, se formant non seulement au métier de marin, mais aussi au métier de pirate. À bord de quels navires avait-il servi pendant cette période de son existence, quels chefs de flibustiers ou de forbans l'eurent sous leurs ordres, sous quel pavillon fit-il ses premières armes, quel sang répandit sa main, le sang des ennemis de la Grèce ou le sang de ses défenseurs — celui-là même qui coulait dans ses veines — nul que lui n'aurait pu le dire. Plusieurs fois, cependant, on l'avait revu dans les divers ports du golfe de Coron. Quelques-uns de ses compatriotes avaient pu raconter ses hauts faits de piraterie, auxquels ils s'étaient associés, navires de commerce attaqués et détruits, riches cargaisons changées en parts de prise! Mais un certain mystère entourait le nom de Nicolas Starkos. Toutefois, il était si avantageusement connu dans les provinces du Magne que, devant ce nom, tous s'inclinèrent.
Ainsi s'explique la réception qui fut faite à cet homme par les habitants de Vitylo, pourquoi il leur imposa rien que par sa présence, comment tous abandonnèrent ce projet de piller la sacolève, lorsqu'ils eurent reconnu celui qui la commandait.
Preview chapterIII — Grecs contre TurcsPreview
Dans les temps préhistoriques, alors que l'écorce solide du globe se moulait peu à peu sous l'action des forces intérieures, neptuniennes ou plutoniennes, la Grèce dut sa naissance à un cataclysme qui repoussa ce bout de terre au-dessus du niveau des eaux, tandis qu'il engloutissait dans l'Archipel toute une partie du continent, dont il ne reste plus que les sommets sous formes d'îles. La Grèce est, en effet, sur la ligne volcanique qui va de Chypre à la Toscane.
Il semble que les Hellènes tiennent du sol instable de leur pays l'instinct de cette agitation physique et morale, qui peut les porter dans les choses héroïques jusqu'aux plus grands excès. Il n'en est pas moins vrai que c'est grâce à leurs qualités naturelles, un courage indomptable, le sentiment du patriotisme, l'amour de la liberté, qu'ils sont parvenus à faire un État indépendant de ces provinces courbées, depuis tant de siècles, sous la domination ottomane.
Pélasgique dans les temps les plus reculés, c'est-à-dire peuplée de tribus de l'Asie; hellénique, du XVIe au XIVe siècle avant l'ère chrétienne, avec l'apparition des Hellènes, dont une tribu, les Graïes, devait lui donner son nom, dans ces temps presque mythologiques des Argonautes, des Héraclides et de la guerre de Troie; bien grecque enfin, depuis Lycurgue, avec Miltiade, Thémistocle, Aristide, Léonidas, Eschyle, Sophocle, Aristophane, Hérodote, Thucydide, Pythagore, Socrate, Platon, Aristote, Hippocrate, Phidias, Périclès, Alcibiade, Pélopidas, Épaminondas, Démosthène; puis, macédonienne avec Philippe et Alexandre, la Grèce finit par devenir province romaine sous le nom d'Achaïe, cent quarante-six ans avant J.-C. et pour une période de quatre siècles.
Depuis cette époque, successivement envahi par les Visigoths, les Vandales, les Ostrogoths, les Bulgares, les Slaves, les Arabes, les Normands, les Siciliens, conquis par les Croisés au commencement du treizième siècle, partagé en un grand nombre de fiefs au quinzième, ce pays, si éprouvé dans l'ancienne et la nouvelle ère, retomba au dernier rang entre les mains des Turcs et sous la domination musulmane.
Pendant près de deux cents ans, on peut dire que la vie politique de la Grèce fut absolument éteinte. Le despotisme des fonctionnaires ottomans, qui y représentaient l'autorité, passait toutes limites. Les Grecs n'étaient ni des annexés, ni des conquis, pas même des vaincus: c'étaient des esclaves, tenus sous le bâton du pacha, avec l'iman ou prêtre à sa droite, le djellah ou bourreau à sa gauche.
Mais toute existence n'avait pas encore abandonné ce pays qui se mourait. Aussi, allait-il de nouveau palpiter sous l'excès de la douleur. Les Monténégrins de l'Épire, en 1766, les Maniotes, en 1769, les Souliotes d'Albanie, se soulevèrent enfin, et proclamèrent leur indépendance; mais, en 1804, toute cette tentative de rébellion fut définitivement comprimée par Ali de Tébelen, pacha de Janina.
Il n'était que temps d'intervenir, alors, si les puissances européennes ne voulaient pas assister au total anéantissement de la Grèce. En effet, réduite à ses seules forces, elle ne pouvait que mourir en essayant de recouvrer son indépendance.
En 1821, Ali de Tébelen, révolté à son tour contre le sultan Mahmoud, venait d'appeler les Grecs à son aide, en leur promettant la liberté. Ils se soulevèrent en masse. Les Philhellènes accoururent à leur secours de tous les points de l'Europe. Ce furent des Italiens, des Polonais, des Allemands, mais surtout des Français, qui se rangèrent contre les oppresseurs. Les noms de Guys de Sainte-Hélène, de Gaillard, de Chauvassaigne, des capitaines Baleste et Jourdain, du colonel Fabvier, du chef d'escadron Regnaud de Saint-Jean-d'Angély, du général Maison, auxquels il convient d'ajouter ceux de trois Anglais, lord Cochrane, lord Byron, le colonel Hastings, ont laissé un souvenir impérissable dans ce pays pour lequel ils venaient se battre et mourir.
Table of contents
Inside this edition
- 01I — Navire au large
- 02II — En face l'un de l'autre
- 03III — Grecs contre Turcs
- 04IV — Triste maison d'un riche
- 05V — La côte messénienne
- 06VI — Sus aux pirates de l'archipel!
- 07VII — L'inattendu
- 08VIII — Vingt millions en jeu
- 09IX — L'archipel en feu
- 10X — Campagne dans l'archipel
- 11XI — Signaux sans réponse
- 12XII — Une enchère à Scarpanto
- 13XIII — À bord de la «Syphanta»
- 14XIV — Sacratif
- 15XV — Dénouement
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