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French Edition

Literature

Le Curé de Tours

French BooksWhale Edition by Honoré de Balzac

Un classique du domaine public consacré à ambition provinciale, rivalités ecclésiastiques, réputation et comédie sociale.

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Book introduction

Le Curé de Tours

Le Curé de Tours de Honoré de Balzac demeure une œuvre essentielle pour les lecteurs intéressés par ambition provinciale, rivalités ecclésiastiques, réputation et comédie sociale. Cette édition française présente le texte original du domaine public dans une mise en forme propre, pensée pour la lecture en ligne, l’EPUB et le PDF.

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Le Curé de Tours a été publié pour la première fois en 1832. Cette édition utilise le texte original français du domaine public, fondé sur l’ancienneté de l’œuvre et les droits expirés.

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Le Curé de Tours

Honoré de Balzac

Preview chapterPartie 1Preview

À DAVID, STATUAIRE

La durée de l’œuvre sur laquelle j’inscris votre nom, deux fois illustre dans ce siècle, est très-problématique ; tandis que vous gravez le mien sur le bronze qui survit aux nations, ne fût-il frappé que par le vulgaire marteau du monnayeur. Les numismates ne seront-ils pas embarrassés de tant de têtes couronnées dans votre atelier, quand ils retrouveront parmi les cendres de Paris ces existences par vous perpétuées au delà de la vie des peuples, et dans lesquelles ils voudront voir des dynasties ? À vous donc ce divin privilège, à moi la reconnaissance.

de Balzac .

Au commencement de l’automne de l’année 1826, l’abbé Birotteau, principal personnage de cette histoire, fut surpris par une averse en revenant de la maison où il était allé passer la soirée. Il traversait donc aussi promptement que son embonpoint pouvait le lui permettre, la petite place déserte nommée le Cloître , qui se trouve derrière le chevet de Saint-Gatien, à Tours.

L’abbé Birotteau, petit homme court, de constitution apoplectique, âgé d’environ soixante ans, avait déjà subi plusieurs attaques de goutte. Or, entre toutes les petites misères de la vie humaine, celle pour laquelle le bon prêtre éprouvait le plus d’aversion, était le subit arrosement de ses souliers à larges agrafes d’argent et l’immersion de leurs semelles. En effet, malgré les chaussons de flanelle dans lesquels il s’empaquetait en tout temps les pieds avec le soin que les ecclésiastiques prennent d’eux-mêmes, il y gagnait toujours un peu d’humidité ; puis, le lendemain, la goutte lui donnait infailliblement quelques preuves de sa constance. Néanmoins, comme le pavé du Cloître est toujours sec, que l’abbé Birotteau avait gagné trois livres dix sous au whist chez madame de Listomère, il endura la pluie avec résignation depuis le milieu de la place de l’Archevêché, où elle avait commencé à tomber en abondance. En ce moment, il caressait d’ailleurs sa chimère, un désir déjà vieux de douze ans, un désir de prêtre ! un désir qui, formé tous les soirs, paraissait alors près de s’accomplir ; enfin, il s’enveloppait trop bien dans l’aumusse d’un canonicat vacant pour sentir les intempéries de l’air : pendant la soirée, les personnes habituellement réunies chez madame de Listomère lui avaient presque garanti sa nomination à la place de chanoine, alors vacante au Chapitre métropolitain de Saint-Gatien, en lui prouvant que personne ne la méritait mieux que lui, dont les droits long-temps méconnus étaient incontestables. S’il eût perdu au jeu, s’il eût appris que l’abbé Poirel, son concurrent, passait chanoine, le bonhomme eût alors trouvé la pluie bien froide. Peut-être eût-il médit de l’existence. Mais il se trouvait dans une de ces rares circonstances de la vie où d’heureuses sensations font tout oublier. En hâtant le pas, il obéissait à un mouvement machinal, et la vérité, si essentielle dans une histoire de mœurs, oblige à dire qu’il ne pensait ni à l’averse, ni à la goutte.

Jadis, il existait dans le Cloître, du côté de la Grand’rue, plusieurs maisons réunies par une clôture, appartenant à la Cathédrale et où logeaient quelques dignitaires du Chapitre. Depuis l’aliénation des biens du clergé, la ville a fait du passage qui sépare ces maisons une rue, nommée rue de la Psalette , et par laquelle on va du Cloître à la Grand’rue. Ce nom indique suffisamment que là demeurait autrefois le grand Chantre, ses écoles et ceux qui vivaient sous sa dépendance. Le côté gauche de cette rue est rempli par une seule maison dont les murs sont traversés par les arcs-boutants de Saint-Gatien qui sont implantés dans son petit jardin étroit, de manière à laisser en doute si la Cathédrale fut bâtie avant ou après cet antique logis. Mais en examinant les arabesques et la forme des fenêtres, le cintre de la porte, et l’extérieur de cette maison brunie par le temps, un archéologue voit qu’elle a toujours fait partie du monument magnifique avec lequel elle est mariée. Un antiquaire, s’il y en avait à Tours, une des villes les moins littéraires de France, pourrait même reconnaître, à l’entrée du passage dans le Cloître, quelques vestiges de l’arcade qui formait jadis le portail de ces habitations ecclésiastiques et qui devait s’harmonier au caractère général de l’édifice. Située au nord de Saint-Gatien, cette maison se trouve continuellement dans les ombres projetées par cette grande cathédrale sur laquelle le temps a jeté son manteau noir, imprimé ses rides, semé son froid humide, ses mousses et ses hautes herbes. Aussi cette habitation est-elle toujours enveloppée dans un profond silence interrompu seulement par le bruit des cloches, par le chant des offices qui franchit les murs de l’église, ou par les cris des choucas nichés dans le sommet des clochers. Cet endroit est un désert de pierres, une solitude pleine de physionomie, et qui ne peut être habitée que par des êtres arrivés à une nullité complète ou doués d’une force d’âme prodigieuse. La maison dont il s’agit avait toujours été occupée par des abbés, et appartenait à une vieille fille nommée mademoiselle Gamard. Quoique ce bien eût été acquis de la nation, pendant la Terreur, par le père de mademoiselle Gamard , comme depuis vingt ans cette vieille fille y logeait des prêtres, personne ne s’avisait de trouver mauvais, sous la Restauration, qu’une dévote conservât un bien national : peut-être les gens religieux lui supposaient-ils l’intention de le léguer au Chapitre, et les gens du monde n’en voyaient-ils pas la destination changée.

Preview chapterPartie 2Preview

— Pardon, monsieur l’abbé, répondit-elle. Il se sera éteint.

Birotteau regarda de nouveau le foyer, et s’assura que le feu était resté couvert depuis le matin.

— J’ai besoin de me sécher les pieds, reprit-il, faites-moi du feu.

Marianne obéit avec la promptitude d’une personne qui avait envie de dormir. Tout en cherchant lui-même ses pantoufles qu’il ne trouvait pas au milieu de son tapis de lit, comme elles y étaient jadis, l’abbé fit, sur la manière dont Marianne était habillée, certaines observations par lesquelles il lui fut démontré qu’elle ne sortait pas de son lit, comme elle le lui avait dit. Il se souvint alors que, depuis environ quinze jours, il était sevré de tous ces petits soins qui, pendant dix-huit mois, lui avaient rendu la vie si douce à porter. Or, comme la nature des esprits étroits les porte à deviner les minuties, il se livra soudain à de très-grandes réflexions sur ces quatre événements, imperceptibles pour tout autre, mais qui, pour lui, constituaient quatre catastrophes. Il s’agissait évidemment de la perte entière de son bonheur, dans l’oubli des pantoufles, dans le mensonge de Marianne relativement au feu, dans le transport insolite de son bougeoir sur la table de l’antichambre, et dans la station forcée qu’on lui avait ménagée, par la pluie, sur le seuil de la porte.

Quand la flamme eut brillé dans le foyer, quand la lampe de nuit fut allumée, et que Marianne l’eut quitté sans lui demander, comme elle le faisait jadis : — Monsieur a-t-il encore besoin de quelque chose ? l’abbé Birotteau se laissa doucement aller dans la belle et ample bergère de son défunt ami ; mais le mouvement par lequel il y tomba eut quelque chose de triste. Le bonhomme était accablé sous le pressentiment d’un affreux malheur. Ses yeux se tournèrent successivement sur le beau cartel, sur la commode, sur les sièges, les rideaux, les tapis, le lit en tombeau, le bénitier, le crucifix, sur une Vierge du Valentin, sur un Christ de Lebrun, enfin sur tous les accessoires de cette chambre ; et l’expression de sa physionomie révéla les douleurs du plus tendre adieu qu’un amant ait jamais fait à sa première maîtresse, ou un vieillard à ses derniers arbres plantés. Le vicaire venait de reconnaître, un peu tard à la vérité, les signes d’une persécution sourde exercée sur lui depuis environ trois mois par mademoiselle Gamard, dont les mauvaises intentions eussent sans doute été beaucoup plus tôt devinées par un homme d’esprit. Les vieilles filles n’ont-elles pas toutes un certain talent pour accentuer les actions et les mots que la haine leur suggère ? Elles égratignent à la manière des chats. Puis, non-seulement elles blessent, mais elles éprouvent du plaisir à blesser, et à faire voir à leur victime qu’elles l’ont blessée. Là où un homme du monde ne se serait pas laissé griffer deux fois, le bon Birotteau avait besoin de plusieurs coups de patte dans la figure avant de croire à une intention méchante.

Aussitôt, avec cette sagacité questionneuse que contractent les prêtres habitués à diriger les consciences et à creuser des riens au fond du confessionnal, l’abbé Birotteau se mit à établir, comme s’il s’agissait d’une controverse religieuse, la proposition suivante : — En admettant que mademoiselle Gamard n’ait plus songé à la soirée de madame de Listomère, que Marianne ait oublié de faire mon feu, que l’on m’ait cru rentré ; attendu que j’ai descendu ce matin, et moi-même ! mon bougeoir !!! il est impossible que mademoiselle Gamard, en le voyant dans son salon, ait pu me supposer couché. Ergo , mademoiselle Gamard a voulu me laisser à la porte par la pluie ; et, en faisant remonter mon bougeoir chez moi, elle a eu l’intention de me faire connaître… — Quoi ? dit-il tout haut, emporté par la gravité des circonstances, en se levant pour quitter ses habits mouillés, prendre sa robe de chambre et se coiffer de nuit. Puis il alla de son lit à la cheminée, en gesticulant et lançant sur des tons différents les phrases suivantes, qui toutes furent terminées d’une voix de fausset, comme pour remplacer des points d’interjection.

Table of contents

Inside this edition

  1. 01Full text
  2. 02Partie 1
  3. 03Partie 2
  4. 04Partie 3
  5. 05Partie 4
  6. 06Partie 5
  7. 07Partie 6
  8. 08Partie 7
  9. 09Partie 8
  10. 10Partie 9
  11. 11Partie 10
  12. 12Partie 11
  13. 13Partie 12

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