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Le Livre des masques
French BooksWhale Edition by Rémy de Gourmont
Un panorama critique du symbolisme français et de ses écrivains majeurs.
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Book introduction
Le Livre des masques
Le Livre des masques rassemble les portraits littéraires de Rémy de Gourmont autour des écrivains symbolistes et décadents. Cette édition est utile aux lecteurs de critique française, d’histoire littéraire et de modernité fin-de-siècle.
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Rémy de Gourmont est mort en 1915, et Le Livre des masques a été publié pour la première fois en 1896. Ces dates fondent le statut de domaine public du texte français original.
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Le Livre des masques
Rémy de Gourmont
Preview chapterPRÉFACEPreview
Il est difficile de caractériser une évolution littéraire à l'heure où les fruits sont encore incertains, quand la floraison même n'est pas achevée dans tout le verger. Arbres précoces, arbres tardifs, arbres douteux et qu'on ne voudrait pas encore appeler stériles: le verger est très divers, très riche, trop riche;--la densité des feuilles engendre de l'ombre et l'ombre décolore les fleurs et pâlit les fruits.
C'est parmi ce verger opulent et ténébreux qu'on se promènera, s'asseyant un instant au pied des arbres les plus forts, les plus beaux ou les plus agréables.
Quand elles le méritent par leur importance, leur nécessité, leur à-propos, les évolutions littéraires reçoivent un nom; ce nom très souvent n'a pas de signification précise, mais il est utile: il sert de signe de ralliement à ceux qui le reçoivent, et de point de mire à ceux qui le donnent; on se bat ainsi autour d'un labarum purement verbal. Que veut dire Romantisme? Il est plus facile de le sentir que de l'expliquer. Que veut dire Symbolisme? Si l'on s'en tient au sens étroit et étymologique, presque rien; si l'on passe outre, cela peut vouloir dire: individualisme en littérature, liberté de l'art, abandon des formules enseignées, tendances vers ce qui est nouveau, étrange et même bizarre; cela peut vouloir dire aussi: idéalisme, dédain de l'anecdote sociale, antinaturalisme, tendance à ne prendre dans la vie que le détail caractéristique, à ne prêter attention qu'à l'acte par lequel un homme se distingue d'un autre homme, à ne vouloir réaliser que des résultats, que l'essentiel; enfin, pour les poètes, le symbolisme semble lié au vers libre, c'est-à-dire démailloté, et dont le jeune corps peut s'ébattre à Taise, sorti de l'embarras des langes et des liens. Tout cela n'a que peu de rapports avec les syllabes du mot,--car il ne faut pas laisser insinuer que le symbolisme n'est que la transformation du vieil allégorisme ou de l'art de personnifier une idée dans un être humain, dans un paysage, dans un récit. Un tel art est l'art tout entier, l'art primordial et éternel, et une littérature délivrée de ce souci serait inqualifiable; elle serait nulle, d'une signification esthétique adéquate aux gloussements du hocco ou aux braiements de l'onagre.
La littérature n'est pas en effet autre chose que le développement artistique de l'idée, que la symbolisation de l'idée au moyen de héros imaginaires. Les héros, ou les hommes (car chaque homme est un héros, dans sa sphère) ne sont qu'ébauchés par la vie; c'est l'art qui les complète en leur donnant, en échange de leur pauvre âme malade, le trésor d'une immortelle idée, et le plus humble peut être appelé à cette participation, s'il est élu par un grand poète. Quel humble que cet Énée que Virgile charge de tout le fardeau d'être l'idée de la force romaine, et quel humble que ce Don Quichotte à qui Cervantès impose l'épouvantable poids d'être à la fois Roland et les quatre fils Aymon, Amadis, Palmerin, Tristan et tous les chevaliers de la Table ronde! L'histoire du symbolisme, ce serait l'histoire de l'homme même, puisque l'homme ne peut s'assimiler une idée que symbolisée. Il ne faut pas insister, car nous pourrions croire que les jeunes dévots du symbolisme ignorent jusqu'à la Vita Nuova et ce personnage de Béatrice, dont les frêles et pures épaules restent pourtant droites sous le complexe faix des symboles dont le poète l'accable.
D'où est donc venue l'illusion que la symbolisation de l'idée était une nouveauté? Voici.
Nous eûmes, en ces dernières années, un essai très sérieux de littérature basée sur le mépris de l'idée et le dédain du symbole. On en connaît la théorie, qui semble culinaire: Prenez une tranche de vie, etc. M. Zola, ayant inventé la recette, oublia de s'en servir. Ses «tranches de vie» sont de lourds poèmes d'un lyrisme fangeux et tumultueux, romantisme populaire, symbolisme démocratique, mais toujours pleins d'une idée, toujours gros d'une signification allégorique. Germinal, la Mine, la Foule, la Grève. La révolte idéaliste ne se dressa donc pas contre les oeuvres (à moins que contre les basses oeuvres) du naturalisme, mais contre sa théorie ou plutôt contre sa prétention; revenant aux nécessités antérieures, éternelles, de l'art, les révoltés crurent affirmer des vérités nouvelles, et même surprenantes, en professant leur volonté de réintégrer l'idée dans la littérature; ils ne faisaient que rallumer le flambeau; ils allumèrent aussi, tout autour, beaucoup de petites chandelles.
Preview chapterMAURICE MAETERLINCKPreview
De la vie vécue par des êtres douloureux qui se meuvent dans le mystère d'une nuit. Ils ne savent rien que souffrir, sourire, aimer; quand ils veulent comprendre, l'effort de leur inquiétude devient de l'angoisse et leur révolte s'évanouit en sanglots. Monter, monter toujours les dolentes marches du calvaire et se heurter le front à une porte de fer: ainsi monte soeur Ygraine, ainsi monte et se heurte à la cruauté de la porte de fer chacune des pauvres créatures dont M. Maeterlinck nous dévoile les simples et pures tragédies.
En d'autres temps le sens de la vie fut connu; alors les hommes n'ignoraient rien d'essentiel, puisqu'ils savaient le but de leur voyage et en quelle dernière auberge se trouvait le lit du repos. Quand, par la Science même, cette science élémentaire leur eut été enlevée, les uns se réjouirent, se croyant allégés d'un fardeau; les autres se lamentèrent, sentant bien que pardessus tous les autres fardeaux de leurs épaules on en avait jeté un, à lui tout seul plus lourd que le reste: le fardeau du Doute.
De cette sensation toute une littérature est née, littérature de douleur, de révolte contre le fardeau, de blasphèmes contre le Dieu muet. Mais, après la furie des cris et des interrogations, il y eut une rémittence, et ce fut la littérature de la tristesse, de l'inquiétude et de l'angoisse; la révolte a été jugée inutile et puérile l'imprécation: assagie par de vaines batailles, l'humanité lentement se résigne à ne rien savoir, à ne rien comprendre, à ne rien craindre, à ne rien espérer,--que de très lointain.
Il y a une île quelque part dans les brouillards, et dans l'île il y a un château, et dans le château il y a une grande salle éclairée d'une petite lampe, et dans la grande salle il y a des gens qui attendent. Ils attendent quoi? Ils ne savent pas. Ils attendent que l'on frappe à la porte, ils attendent que la lampe s'éteigne, ils attendent la Peur, ils attendent la Mort. Ils parlent; oui, ils disent des mots qui troublent un instant le silence, puis ils écoutent encore, laissant leurs phrases inachevées et leurs gestes interrompus. Ils écoutent, ils attendent. Elle ne viendra peut-être pas? Oh! elle viendra. Elle vient toujours. Il est tard, elle ne viendra peut-être que demain. Et les gens assemblés dans la grande salle sous la petite lampe se mettent à sourire et ils vont espérer. On frappe. Et c'est tout; c'est toute une vie, c'est toute la vie.
En ce sens, les petits drames de M. Maeterlinck, si délicieusement irréels, sont profondément vivants et vrais; ses personnages, qui ont l'air de fantômes, sont gonflés de vie, comme ces boules qui semblent inertes et qui, chargées d'électricité, vont fulgurer au contact d'une pointe; ils ne sont pas des abstractions, mais des synthèses; ils sont des états d'âme ou, plus encore, des états d'humanité, des moments, des minutes qui seraient éternelles: en somme ils sont réels, à force d'irréalité.
Une telle sorte d'art fut pratiquée jadis, à la suite du Roman de la Rose, par de pieux romanciers qui firent, en des livrets d'une gaucherie prétentieuse, évoluer des abstractions et des symboles. Le Voyage d'un nommé Chrétien (The Pilgrims Progress), de Bunyan, le Voyage spirituel, de l'espagnol Palafox, le Palais de l'Amour divin, d'un inconnu, ne sont pas oeuvres totalement méprisables, mais les choses y sont vraiment trop expliquées et les personnages y portent des noms vraiment trop évidents. Voit-on sur quelque théâtre libre un drame joué entre des êtres qui se nomment Coeur, Haine, Joie, Silence, Souci, Soupir, Peur, Colère et Pudeur! L'heure de tels amusements est passée ou n'est pas revenue: ne relisez pas le Palais de l'Amour divin; lisez la Mort de Tintagiles, car c'est à l'oeuvre nouvelle qu'il faut demander ses plaisirs esthétiques, si on les veut complets, poignants et enveloppants. M. Maeterlinck, vraiment, nous prend, nous point et nous enlace, pieuvre faite des doux cheveux des jeunes princesses endormies, et au milieu d'elles le sommeil agité du petit enfant, «triste comme un jeune roi»! Il nous enlace et nous emporte où il lui plaît, jusqu'au fond des abîmes où tournoie «le cadavre décomposé de l'agneau d'Alladine»,--et plus loin, jusque dans les obscures et pures régions où des amants disent: «Que tu m'embrasses gravement....--Ne ferme pas les yeux quand je t'embrasse ainsi.... Je veux voir les baisers qui tremblent dans ton coeur; et toute la rosée qui monte de ton âme... nous ne trouverons plus de baisers comme ceux-ci...--Toujours, toujours!... --Non, non: on ne s'embrasse pas deux fois sur le coeur de la mort....» A de si beaux soupirs toute objection devient muette; on se tait d'avoir senti un nouveau mode d'aimer et de dire son amour. Nouveau, vraiment; M. Maeterlinck est très lui-même, et pour rester entièrement personnel, il sait être monocorde: mais cette seule corde, il en a semé, roui, teillé le chanvre, et elle chante douce, triste et unique sous ses languissantes mains. Il a réussi une oeuvre vraie; il a trouvé un cri sourd inentendu, Une sorte de gémissement frileusement mystique.
Table of contents
Inside this edition
- 01Full text
- 02PRÉFACE
- 03MAURICE MAETERLINCK
- 04EMILE VERHAEREN
- 05HENRI DE RÉGNIER
- 06FRANCIS VIELÉ-GRIFFIN
- 07STÉPHANE MALLARMÉ
- 08ALBERT SAMAIN
- 09PIERRE QUILLARD
- 10A.-FERDINAND HEROLD
- 11ADOLPHE RETTÉ
- 12VILLIERS DE L'ISLE-ADAM
- 13LAURENT TAILHADE
- 14JULES RENARD
- 15LOUIS DUMUR
- 16GEORGES EEKHOUD
- 17PAUL ADAM
- 18LAUTRÉAMONT
- 19notes critiques d'une littérature moins exaspérée et même, çà et là,
- 20TRISTAN CORBIÈRE
- 21PARIS NOCTURNE
- 22PARIS DIURNE
- 23ARTHUR RIMBAUD
- 24FRANCIS POICTEVIN
- 25ANDRÉ GIDE
- 26PIERRE LOUYS
- 27RACHILDE
- 28J.-K. HUYSMANS
- 29JULES LAFORGUE
- 30JEAN MORÉAS
- 31STUART MERRILL
- 32SAINT-POL-ROUX
- 33ROBERT DE MONTESQUIOU
- 34GUSTAVE KAHN
- 35PAUL VERLAINE
- 36BIBLIOGRAPHIE
- 37PAUL ADAM (1862).
- 38TRISTAN CORBIÈRE (1845-1873).
- 39LOUIS DUMUR (1863).
- 40GEORGES EEKHOUD (1854).
- 41ANDRÉ GIDE (1869).
- 42A.-FERDINAND HEROLD (1865).
- 43J.-K. HUYSMANS (1848).
- 44GUSTAVE KAHN (1859).
- 45JULES LAFORGUE (1860-1887).
- 461888.--Fragments inédits, dans Entretiens politiques et
- 47COMTE DE LAUTRÉAMONT (1846-1874).
- 48PIERRE LOUYS (....).
- 49MAURICE MAETERLINCK (1862).
- 50STÉPHANE MALLARMÉ (1842).
- 51ROBERT DE MONTESQUIOU (....).
- 52JEAN MORÉAS (1856).
- 53FRANCIS POICTEVIN (....).
- 54PIERRE QUILLARD (1864).
- 55RACHILDE (1860).
- 56HENRI DE RÉGNIER (1864).
- 57JULES RENARD (1864).
- 581890.; --L'Êcornifleur, 1892;--Coquecigrues, 1893; --Deux
- 59ADOLPHE RETTÉ (1862).
- 60ARTHUR RIMBAUD (1854-1891).
- 61SAINT-POL-ROUX (1861).
- 62ALBERT SAMAIN (1859).
- 63STUART MERRILL (1863).
- 64LAURENT TAILHADE (1854).
- 65ÉMILE VERHAEREN (1855).
- 66PAUL VERLAINE (1844-1896).
- 67FRANCIS VIELÉ-GRIFFIN (1864).
- 68VILLIERS DE L'ISLE-ADAM (1838-1889).
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