
French Edition
Literature
Le Pays des fourrures
French BooksWhale Edition by Jules Verne
Une expédition arctique de Jules Verne transforme la construction d’un comptoir en une lutte imprévisible contre la dérive des glaces.
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Book introduction
Le Pays des fourrures
Jasper Hobson dirige une expédition chargée d’établir un comptoir de la Compagnie de la baie d’Hudson au-delà du cercle polaire. Accompagnés de Paulina Barnett, les voyageurs affrontent le froid, la nuit et un phénomène qui bouleverse leurs certitudes géographiques. Les deux parties du roman associent observations scientifiques, vie collective et péripéties maritimes dans un territoire dont la stabilité devient elle-même une énigme.
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Texte original français de Jules Verne, mort en 1905. La transcription provient de Project Gutenberg ; les illustrations et l’appareil éditorial moderne ne sont pas repris.
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PREMIÈRE PARTIE
Preview chapterI. — Une soirée au Fort-Reliance.Preview
Ce soir-là — 17 mars 1859 — le capitaine Craventy donnait une fête au Fort-Reliance.
Que ce mot de fête n'éveille pas dans l'esprit l'idée d'un gala grandiose, d'un bal de cour, d'un «raout» carillonné ou d'un festival à grand orchestre. La réception du capitaine Craventy était plus simple, et, pourtant, le capitaine n'avait rien épargné pour lui donner tout l'éclat possible.
En effet, sous la direction du caporal Joliffe, le grand salon du rez-de-chaussée s'était transformé. On voyait bien encore les murailles de bois, faites de troncs à peine équarris, disposés horizontalement; mais quatre pavillons britanniques, placés aux quatre angles, et des panoplies, empruntées à l'arsenal du fort, en dissimulaient la nudité. Si les longues poutres du plafond, rugueuses, noirâtres, s'allongeaient sur les contre-forts grossièrement ajustés, en revanche, deux lampes, munies de leur réflecteur en fer-blanc, se balançaient comme deux lustres au bout de leur chaîne et projetaient une suffisante lumière à travers l'atmosphère embrumée de la salle. Les fenêtres étaient étroites; quelques-unes ressemblaient à des meurtrières; leurs carreaux, blindés par un épais givre, défiaient toutes les curiosités du regard; mais deux ou trois pans de cotonnades rouges, disposées avec goût, sollicitaient l'admiration des invités. Quant au plancher, il se composait de lourds madriers juxtaposés, que le caporal Joliffe avait soigneusement balayés pour la circonstance. Ni fauteuils, ni divans, ni chaises, ni autres accessoires des ameublements modernes ne gênaient la circulation. Des bancs de bois, à demi engagés dans l'épaisse paroi, des cubes massifs, débités à coups de hache, deux tables à gros pieds, formaient tout le mobilier du salon; mais la muraille d'entrefend, à travers laquelle une étroite porte à un seul battant donnait accès dans la chambre voisine, était ornée d'une façon pittoresque et riche à la fois. Aux poutres, et dans un ordre admirable, pendaient d'opulentes fourrures, dont pareil assortiment ne se fût pas rencontré aux plus enviables étalages de Regent-Street ou de la Perspective-Niewski. On eût dit que toute la faune des contrées arctiques s'était fait représenter dans cette décoration par un échantillon de ses plus belles peaux. Le regard hésitait entre les fourrures de loups, d'ours gris, d'ours polaires, de loutres, de wolvérènes, de wisons, de castors, de rats musqués, d'hermines, de renards argentés. Au-dessus de cette exposition se déroulait une devise dont les lettres avaient été artistement découpées dans un morceau de carton peint, — la devise de la célèbre Compagnie de la baie d'Hudson:
PROPELLE CUTEM.
«Véritablement, caporal Joliffe, dit le capitaine Craventy à son subordonné, vous vous êtes surpassé!
— Je le crois, mon capitaine, je le crois, répondit le caporal. Mais rendons justice à chacun. Une part de vos éloges revient à mistress Joliffe, qui m'a aidé en tout ceci.
— C'est une femme adroite, caporal.
— Elle n'a pas sa pareille, mon capitaine.»
Au centre du salon se dressait un poêle énorme, moitié brique, moitié faïence, dont le gros tuyau de tôle, traversant le plafond, allait épancher au dehors des torrents de fumée noire. Ce poêle tirait, ronflait, rougissait sous l'influence des pelletées de charbon que le chauffeur, — un soldat spécialement chargé de ce service, — y engouffrait sans cesse. Quelquefois, un remous de vent encapuchonnait la cheminée extérieure. Une âcre fumée, se rabattant à travers le foyer, envahissait alors le salon; des langues de flammes léchaient les parois de brique; un nuage opaque voilait la lumière de la lampe, et encrassait les poutres du plafond. Mais ce léger inconvénient touchait peu les invités du Fort-Reliance. Le poêle les chauffait, et ce n'était pas acheter trop cher sa chaleur, car il faisait terriblement froid au dehors, et au froid se joignait un coup de vent de nord, qui en redoublait l'intensité.
Preview chapterII. — Hudson's Bay Fur Company.Preview
«Monsieur le capitaine?
— Madame Barnett.
— Que pensez-vous de votre lieutenant, monsieur Jasper Hobson?
— Je pense que c'est un officier qui ira loin.
— Qu'entendez-vous par ces mots: il ira loin? Voulez-vous dire qu'il dépassera le quatre-vingtième parallèle?»
Le capitaine Craventy ne put s'empêcher de sourire à cette question de Mrs. Paulina Barnett. Elle et lui causaient auprès du poêle, pendant que les invités allaient et venaient de la table des victuailles à la table des rafraîchissements.
«Madame, répondit le capitaine, tout ce qu'un homme peut faire, Jasper Hobson le fera. La Compagnie l'a chargé d'explorer le nord de ses possessions et d'établir une factorerie aussi près que possible des limites du continent américain, et il l'établira.
— C'est une grande responsabilité qui incombe au lieutenant Hobson! dit la voyageuse.
— Oui, madame, mais Jasper Hobson n'a jamais reculé devant une tâche à accomplir, si rude qu'elle pût être.
— Je vous crois, capitaine, répondit Mrs. Paulina, et ce lieutenant, nous le verrons à l'oeuvre. Mais quel intérêt pousse donc la Compagnie à construire un fort sur les limites de la mer Arctique?
— Un grand intérêt, madame, répondit le capitaine, et j'ajouterai même un double intérêt. Probablement dans un temps assez rapproché, la Russie cédera ses possessions américaines au gouvernement des Etats-Unis. Cette cession opérée, le trafic de la Compagnie deviendra très difficile avec le Pacifique, à moins que le passage du nord-ouest découvert par Mac Clure ne devienne une voie praticable. C'est, d'ailleurs, ce que de nouvelles tentatives démontreront, car l'amirauté va envoyer un bâtiment dont la mission sera de remonter la côte américaine depuis le détroit de Behring jusqu'au golfe du Couronnement, limite orientale en deçà de laquelle doit être établi le nouveau fort. Or, si l'entreprise réussit, ce point deviendra une factorerie importante dans laquelle se concentrera tout le commerce de pelleteries du Nord. Et, tandis que le transport des fourrures exige un temps considérable et des frais énormes pour être effectué à travers les territoires indiens, en quelques jours des steamers pourront aller du nouveau fort à l'océan Pacifique.
— Ce sera là, en effet, répondit Mrs. Paulina Barnett, un résultat considérable, si le passage du nord-ouest peut être utilisé. Mais vous aviez parlé d'un double intérêt, je crois?
— L'autre intérêt, madame, reprit le capitaine, le voici, et c'est, pour ainsi dire, une question vitale pour la Compagnie, dont je vous demanderai la permission de vous rappeler l'origine en quelques mots. Vous comprendrez alors pourquoi cette association, si florissante autrefois, est maintenant menacée dans la source même de ses produits.»
En quelques mots, effectivement, le capitaine Craventy fit l'historique de cette Compagnie célèbre.
On sait que dès les temps les plus reculés, l'homme emprunta aux animaux leur peau ou leur fourrure pour s'en vêtir. Le commerce des pelleteries remonte donc à la plus haute antiquité. Le luxe de l'habillement se développa même à ce point que des lois somptuaires furent plusieurs fois édictées afin d'enrayer cette mode qui se portait principalement sur les fourrures. Le vair et le petit-gris durent être prohibés au milieu du XIIème siècle.
En 1553, la Russie fonda plusieurs établissements dans ses steppes septentrionales, et des compagnies anglaises ne tardèrent pas à l'imiter. C'était par l'entremise des Samoyèdes que se faisait alors ce trafic de martres-zibelines, d'hermines, de castors, etc. Mais, pendant le règne d'Élisabeth, l'usage des fourrures luxueuses fut restreint singulièrement, de par la volonté royale, et, pendant quelques années, cette branche de commerce demeura paralysée.
Le 2 mai 1670, un privilège fut accordé à la Compagnie des pelleteries de la baie d'Hudson. Cette société comptait un certain nombre d'actionnaires dans la haute noblesse, le duc d'York, le duc d'Albermale, le comte de Shaftesbury, etc. Son capital n'était alors que de huit mille quatre cent vingt livres. Elle avait pour rivales les associations particulières dont les agents français, établis au Canada, se lançaient dans des excursions aventureuses, mais fort lucratives. Ces intrépides chasseurs, connus sous le nom de «voyageurs canadiens», firent une telle concurrence à la Compagnie naissante, que l'existence de celle-ci fut sérieusement compromise.
Table of contents
Inside this edition
- 01PREMIÈRE PARTIE
- 02I. — Une soirée au Fort-Reliance.
- 03II. — Hudson's Bay Fur Company.
- 04III. — Un savant dégelé.
- 05IV. — Une factorerie.
- 06V. — Du Fort-Reliance au Fort-Entreprise.
- 07VI. — Un duel de wapitis.
- 08VII. — Le cercle polaire.
- 09VIII. — Le lac du Grand-Ours.
- 10IX. — Une tempête sur un lac.
- 11X. — Un retour sur le passé.
- 12XI. — En suivant la côte.
- 13XII. — Le soleil de minuit.
- 14XIII. — Le Fort-Espérance.
- 15XIV. — Quelques excursions.
- 16XV. — À quinze milles du cap Bathurst.
- 17XVI. — Deux coups de feu.
- 18XVII. — L'approche de l'hiver.
- 19XVIII. — La nuit polaire.
- 20XIX. — Une visite de voisinage.
- 21XX. — Où le mercure gèle.
- 22XXI. — Les grands ours polaires.
- 23XXII. — Pendant cinq mois.
- 24XXIII. — L'éclipse du 18 juillet 1860.
- 25DEUXIÈME PARTIE
- 26I. — Un fort flottant.
- 27II. — Où l'on est.
- 28III. — Le tour de l'île.
- 29IV. — Un campement de nuit.
- 30V. — Du 25 juillet au 20 août.
- 31VI. — Dix jours de tempête.
- 32VII. — Un feu et un cri.
- 33VIII. — Une excursion de Mrs. Paulina Barnett.
- 34IX. — Aventures de Kalumah.
- 35X. — Le courant du Kamtchatka.
- 36XI. — Une communication de Jasper Hobson.
- 37XII. — Une chance à tenter.
- 38XIII. — À travers le champ de glace.
- 39XIV. — Les mois d'hiver.
- 40XV. — Une dernière exploration.
- 41XVI. — La débâcle.
- 42XVII. — L'avalanche.
- 43XVIII. — Tous au travail.
- 44XIX. — La mer de Behring.
- 45XX. — Au large!
- 46XXI. — Où l'île se fait îlot.
- 47XXII. — Les quatre jours qui suivent.
- 48XXIII. — Sur un glaçon.
- 49XXIV. — Conclusion.
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