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Le Rêve de d’Alembert cover

French Edition

Philosophy

Le Rêve de d’Alembert

French BooksWhale Edition by Denis Diderot

Un classique du domaine public consacré à matérialisme, vivant, corps, sensation, dialogue philosophique et pensée des Lumières.

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Book introduction

Le Rêve de d’Alembert

Le Rêve de d’Alembert de Denis Diderot demeure une œuvre essentielle pour les lecteurs intéressés par matérialisme, vivant, corps, sensation, dialogue philosophique et pensée des Lumières. Cette édition française présente le texte original du domaine public dans une mise en forme propre, pensée pour la lecture en ligne, l’EPUB et le PDF.

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This edition is based on a public domain text and has been prepared for digital reading by BooksWhale.

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Le Rêve de d’Alembert a été publié pour la première fois en 1830. Cette édition utilise le texte original français du domaine public, fondé sur l’ancienneté de l’œuvre et les droits expirés.

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Le Rêve de d’Alembert

Denis Diderot

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RÊVE DE D’ALEMBERT

INTERLOCUTEURS

D’ALEMBERT, Mademoiselle de L’ESPINASSE, le médecin BORDEU.

BORDEU.

Eh bien ! qu’est-ce qu’il y a de nouveau ? Est-ce qu’il est malade ?

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.

Je le crains ; il a eu la nuit la plus agitée.

BORDEU.

Est-il éveillé ?

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.

Pas encore.

BORDEU.

Après s’être approché du lit de D’Alembert et lui avoir tâté le pouls et la peau.

Ce ne sera rien.

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.

Vous croyez ?

BORDEU.

J’en réponds. Le pouls est bon… un peu faible… la peau moite… la respiration facile [ ] .

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.

N’y a-t-il rien à lui faire ?

BORDEU.

Rien.

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.

Tant mieux, car il déteste les remèdes.

BORDEU.

Et moi aussi. Qu’a-t-il mangé à souper ?

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.

Il n’a rien voulu prendre. Je ne sais où il avait passé la soirée, mais il est revenu soucieux.

BORDEU.

C’est un petit mouvement fébrile qui n’aura point de suite.

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.

En rentrant, il a pris sa robe de chambre, son bonnet de nuit, et s’est jeté dans son fauteuil, où il s’est assoupi.

BORDEU.

Le sommeil est bon partout ; mais il eût été mieux dans son lit.

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.

Il s’est fâché contre Antoine, qui le lui disait ; il a fallu le tirailler une demi-heure pour le faire coucher.

BORDEU.

C’est ce qui m’arrive tous les jours, quoique je me porte bien.

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.

Quand il a été couché, au lieu de reposer comme à son ordinaire, car il dort comme un enfant, il s’est mis à se tourner, à se retourner, à tirer ses bras, à écarter ses couvertures, et à parler haut.

BORDEU.

Et qu’est-ce qu’il disait ? de la géométrie ?

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.

Non ; cela avait tout l’air du délire. C’était, en commençant, un galimatias de cordes vibrantes et de fibres sensibles. Cela m’a paru si fou que, résolue de ne le pas quitter de la nuit et ne sachant que faire, j’ai approché une petite table du pied de son lit, et je me suis mise à écrire tout ce que j’ai pu attraper de sa rêvasserie.

BORDEU.

Bon tour de tête qui est bien de vous. Et peut-on voir cela ?

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.

Sans difficulté ; mais je veux mourir, si vous y comprenez quelque chose.

BORDEU.

Peut-être.

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.

Docteur, êtes-vous prêt ?

BORDEU.

Oui.

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.

Écoutez. « Un point vivant… Non, je me trompe. Rien d’abord, puis un point vivant… À ce point vivant il s’en applique un autre, encore un autre ; et par ces applications successives il résulte un être un, car je suis bien un, je n’en saurais douter… (En disant cela, il se tâtait partout.) Mais comment cette unité s’est-elle faite ? (Eh ! mon ami, lui ai-je dit, qu’est-ce que cela vous fait ? dormez… Il s’est tu. Après un moment de silence, il a repris comme s’il s’adressait à quelqu’un.) Tenez, philosophe, je vois bien un agrégat, un tissu de petits êtres sensibles, mais un animal !… un tout ! un système un, lui, ayant la conscience de son unité ! Je ne le vois pas, non, je ne le vois pas… » Docteur, y entendez-vous quelque chose ?

BORDEU.

À merveille.

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.

Vous êtes bien heureux… « Ma difficulté vient peut-être d’une fausse idée. »

BORDEU.

Est-ce vous qui parlez ?

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.

Non, c’est le rêveur.

Je continue… Il a ajouté, en s’apostrophant lui-même : « Mon ami D’Alembert, prenez-y garde, vous ne supposez que de la contiguïté où il y a continuité… Oui, il est assez malin pour me dire cela… Et la formation de cette continuité ? Elle ne l’embarrassera guère… Comme une goutte de mercure se fond dans une autre goutte de mercure, une molécule sensible et vivante se fond dans une molécule sensible et vivante… D’abord il avait deux gouttes, après le contact il n’y en a plus qu’une… Avant l’assimilation il y avait deux molécules, après l’assimilation il n’y en a plus qu’une… La sensibilité devient commune à la masse commune… En effet, pourquoi non ?… Je distinguerai par la pensée sur la longueur de la fibre animale tant de parties qu’il me plaira, mais la fibre sera continue, une… oui, une… Le contact de deux molécules homogènes, parfaitement homogènes, forme la continuité… et c’est le cas de l’union, de la cohésion, de la combinaison, de l’identité la plus complète qu’on puisse imaginer… Oui, philosophe, si ces molécules sont élémentaires et simples ; mais si ce sont des agrégats, si ce sont des composés ?… La combinaison ne s’en fera pas moins, et en conséquence l’identité, la continuité… Et puis l’action et la réaction habituelles… Il est certain que le contact de deux molécules vivantes est tout autre chose que la contiguïté de deux masses inertes… Passons, passons ; on pourrait peut-être vous chicaner ; mais je ne m’en soucie pas ; je n’épilogue jamais… Cependant reprenons. Un fil d’or très-pur, je m’en souviens, c’est une comparaison qu’il m’a faite ; un réseau homogène, entre les molécules duquel d’autres s’interposent et forment peut-être un autre réseau homogène, un tissu de matière sensible, un contact qui assimile, de la sensibilité active ici, inerte là, qui se communique comme le mouvement, sans compter, comme il l’a très-bien dit, qu’il doit y avoir de la différence entre le contact de deux molécules sensibles et le contact de deux molécules qui ne le seraient pas ; et cette différence, quelle peut-elle être ?… une action, une réaction habituelles… et cette action et réaction avec un caractère particulier… Tout concourt donc à produire une sorte d’unité qui n’existe que dans l’animal… Ma foi, si ce n’est pas de la vérité, cela y ressemble fort… » Vous riez, docteur ; est-ce que vous trouvez du sens à cela ?

Preview chapterPartie 2Preview

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.

N’y avez-vous rien porté ?

LE DOMESTIQUE.

Rien.

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.

Point de papier ?

LE DOMESTIQUE.

Aucun.

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.

Voilà qui est bien, allez… Je n’en reviens pas. Tenez, docteur, j’ai soupçonné quelqu’un d’eux de vous avoir communiqué mon griffonnage.

BORDEU.

Je vous assure qu’il n’en est rien.

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.

À présent que je connais votre talent, vous me serez d’un grand secours dans la société. Sa rêvasserie n’en est pas demeurée là.

BORDEU.

Tant mieux.

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.

Vous n’y voyez donc rien de fâcheux ?

BORDEU.

Pas la moindre chose.

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.

Il a continué… « Eh bien, philosophe, vous concevez donc des polypes de toute espèce, même des polypes humains ?… Mais la nature ne nous en offre pas. »

BORDEU.

Il n’avait pas connaissance de ces deux filles qui se tenaient par la tête, les épaules, le dos, les fesses et les cuisses, qui ont vécu ainsi accolées jusqu’à l’âge de vingt-deux ans, et qui sont mortes à quelques minutes l’une de l’autre [ ] . Ensuite il a dit ?…

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.

Des folies qui ne s’entendent qu’aux Petites-Maisons. Il a dit : « Cela est passé ou cela viendra. Et puis qui sait l’état des choses dans les autres planètes ? »

BORDEU.

Peut-être ne faut-il pas aller si loin.

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.

« Dans Jupiter ou dans Saturne, des polypes humains ! Les mâles se résolvant en mâles, les femelles en femelles, cela est plaisant… (Là, il s’est mis à faire des éclats de rire à m’effrayer.) L’homme se résolvant en une infinité d’hommes atomiques, qu’on renferme entre des feuilles de papier comme des œufs d’insectes, qui filent leurs coques, qui restent un certain temps en chrysalides, qui percent leurs coques et qui s’échappent en papillons, une société d’hommes formée, une province entière peuplée des débris d’un seul, cela est tout à fait agréable à imaginer… (Et puis les éclats de rire ont repris.) Si l’homme se résout quelque part en une infinité d’hommes animalcules, on y doit avoir moins de répugnance à mourir ; on y répare si facilement la perte d’un homme, qu’elle y doit causer peu de regrets. »

BORDEU.

Cette extravagante supposition est presque l’histoire réelle de toutes les espèces d’animaux subsistants et à venir. Si l’homme ne se résout pas en une infinité d’hommes, il se résout, du moins, en une infinité d’animalcules dont il est impossible de prévoir les métamorphoses et l’organisation future et dernière. Qui sait si ce n’est pas la pépinière d’une seconde génération d’êtres, séparée de celle-ci par un intervalle incompréhensible de siècles et de développements successifs ?

MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.

Que marmottez-vous là tout bas, docteur ?

BORDEU.

Rien, rien, je rêvais de mon côté. Mademoiselle, continuez de lire. MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE.

« Tout bien considéré, pourtant, j’aime mieux notre façon de repeupler, a-t-il ajouté… Philosophe, vous qui savez ce qui se passe là où ailleurs, dites-moi, la dissolution de différentes parties n’y donne-t-elle pas des hommes de différents caractères ? La cervelle, le cœur, la poitrine, les pieds, les mains, les testicules… Oh ! comme cela simplifie la morale !… Un homme né, une femme provenue… (Docteur, vous me permettrez de passer ceci…) Une chambre chaude, tapissée de petits cornets, et sur chacun de ces cornets une étiquette : guerriers, magistrats, philosophes, poëtes, cornet de courtisans, cornet de catins, cornet de rois. »

BORDEU.

Cela est bien gai et bien fou. Voilà ce qui s’appelle rêver, et une vision qui me ramène à quelques phénomènes assez singuliers.

Table of contents

Inside this edition

  1. 01Full text
  2. 02Partie 1
  3. 03Partie 2
  4. 04Partie 3
  5. 05Partie 4
  6. 06Partie 5
  7. 07Partie 6
  8. 08Partie 7
  9. 09Partie 8

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