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French Edition

Literature

Le Roman d’un enfant

French BooksWhale Edition by Pierre Loti

Un livre de souvenirs où Pierre Loti retrouve l’enfance, la mer, la famille et les premières rêveries.

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Book introduction

Le Roman d’un enfant

Le Roman d’un enfant mêle autobiographie, mémoire sensible et naissance de l’imaginaire. Pierre Loti y évoque la maison familiale, les paysages marins, les jeux, les peurs et les désirs d’ailleurs qui annoncent toute son œuvre.

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Pierre Loti est mort en 1923, et Le Roman d’un enfant a été publié en 1890. Ces dates soutiennent le statut de domaine public de cette édition originale française.

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Le Roman d’un enfant

Pierre Loti

À SA MAJESTÉ LA REINE ELISABETH DE ROUMANIE Décembre 188… Il se fait presque tard dans ma vie, pour que j’entreprenne ce livre: autour de moi, déjà tombe une sorte de nuit; où trouverai-je à présent des mots assez frais, des mots assez jeunes? Je le commencerai demain en mer; au moins essaierai-je d’y mettre ce qu’il y a eu de meilleur en moi, à une époque où il n’y avait rien de bien mauvais encore. Je l’arrêterai de bonne heure, afin que l’amour n’y apparaisse qu’à l’état de rêve imprécis. Et, à la souveraine de qui me vient l’idée de l’écrire, je l’offrirai comme un humble hommage de mon respect charmé. PIERRE LOTI.

Preview chapterChapitre IPreview

C’est avec une sorte de crainte que je touche à l’énigme de mes impressions du commencement de la vie, — incertain si bien réellement je les éprouvais moi-même ou si plutôt elles n’étaient pas des ressouvenirs mystérieusement transmis… J’ai comme une hésitation religieuse à sonder cet abîme… Au sortir de ma nuit première, mon esprit ne s’est pas éclairé progressivement, par lueurs graduées; mais par jets de clartés brusques — qui devaient dilater tout à coup mes yeux d’enfant et m’immobiliser dans des rêveries attentives — puis qui s’éteignaient, me replongeant dans l’inconscience absolue des petits animaux qui viennent de naître, des petites plantes à peine germées. Au début de l’existence, mon histoire serait simplement celle d’un enfant très choyé, très tenu, très obéissant et toujours convenable dans ses petites manières, auquel rien n’arrivait, dans son étroite sphère ouatée, qui ne fût prévu, et qu’aucun coup n’atteignait qui ne fût amorti avec une sollicitude tendre. Aussi voudrais-je ne pas écrire cette histoire qui serait fastidieuse; mais seulement noter, sans suite ni transitions, des instants qui m’ont frappé d’une étrange manière, — qui m’ont frappé tellement que je m’en souviens encore avec une netteté complète, aujourd’hui que j’ai oublié déjà tant de choses poignantes, et tant de lieux, tant d’aventures, tant de visages.

J’étais en ce temps-là un peu comme serait une hirondelle, née d’hier, très haut à l’angle d’un toit, qui commencerait à ouvrir de temps à autre au bord du nid son petit œil d’oiseau et s’imaginerait, de là, en regardant simplement une cour ou une rue, voir les profondeurs du monde et de l’espace, — les grandes étendues de l’air que plus tard il lui faudra parcourir. Ainsi, durant ces minutes de clairvoyance, j’apercevais furtivement toutes sortes d’infinis, dont je possédais déjà sans doute, dans ma tête, antérieurement à ma propre existence, les conceptions latentes; puis, refermant malgré moi l’œil encore trouble de mon esprit, je retombais pour des jours entiers dans ma tranquille nuit initiale. Au début, ma tête toute neuve et encore obscure pourrait aussi être comparée à un appareil de photographe rempli de glaces sensibilisées. Sur ces plaques vierges, les objets insuffisamment éclairés ne donnent rien; tandis que, au contraire, quand tombe sur elles une vive clarté quelconque, elles se cernent de larges taches claires, où les choses inconnues du dehors viennent se graver. — Mes premiers souvenirs en effet sont toujours de plein été lumineux, de midis étincelants, — ou bien de feux de branches à grandes flammes roses.

Preview chapterChapitre IIPreview

Comme si c’était d’hier, je me rappelle le soir où, marchant déjà depuis quelque temps, je découvris tout à coup la vraie manière de sauter et de courir, — et me grisai jusqu’à tomber, de cette chose délicieusement nouvelle. Ce devait être au commencement de mon second hiver, à l’heure triste où la nuit vient. Dans la salle à manger de ma maison familiale — qui me paraissait alors un lieu immense — j’étais, depuis un moment sans doute, engourdi et tranquille sous l’influence de l’obscurité envahissante. Pas encore de lampe allumée nulle part. Mais, l’heure du dîner approchant, une bonne vint, qui jeta dans la cheminée, pour ranimer les bûches endormies, une brassée de menu bois. Alors ce fut un beau feu clair, subitement une belle flambée joyeuse illuminant tout, et un grand rond lumineux se dessina au milieu de l’appartement, par terre, sur le tapis, sur les pieds des chaises, dans ces régions basses qui étaient précisément les miennes. Et ces flammes dansaient, changeaient, s’enlaçaient, toujours plus hautes et plus gaies, faisant monter et courir le long des murailles les ombres allongées des choses… Oh!

alors je me levai tout droit, saisi d’admiration… car je me souviens à présent que j’étais assis, aux pieds de ma grand’tante Berthe (déjà très vieille en ce temps-là), qui sommeillait à demi dans sa chaise, près d’une fenêtre par où filtrait la nuit grise; j’étais assis sur une de ces hautes chaufferettes d’autrefois, à deux étages, si commodes pour les tout petits enfants qui veulent faire les câlins, la tête sur les genoux des grand’mères ou des grand’tantes… Donc, je me levai, en extase, et m’approchai de la flamme; puis, dans le cercle lumineux qui se dessinait sur le tapis, je me mis à marcher en rond, à tourner, à tourner toujours plus vite, et enfin, sentant tout à coup dans mes jambes une élasticité inconnue, quelque chose comme une détente de ressorts, j’inventai une manière nouvelle et très amusante de faire: c’était de repousser le sol bien fort, puis de le quitter des deux pieds à la fois pendant une demi-seconde, — et de retomber, — et de profiter de l’élan pour m’élever encore, et de recommencer toujours, pouf, pouf, en faisant beaucoup de bruit par terre, et en sentant dans ma tête un petit vertige particulier très agréable… De ce moment, je savais sauter, je savais courir! J’ai la conviction que c’était bien la première fois, tant je me rappelle nettement mon amusement extrême et ma joie étonnée. — Ah! mon Dieu, mais qu’est-ce qu’il a ce petit, ce soir?

disait ma grand’tante Berthe un peu inquiète. Et j’entends encore le son de sa voix brusque. Mais je sautais toujours. Comme ces petites mouches étourdies, grisées de lumière, qui tournoient le soir autour des lampes, je sautais toujours dans ce rond lumineux qui s’élargissait, se rétrécissait, se déformait, dont les contours vacillaient comme les flammes. Et tout cela m’est encore si bien présent, que j’ai gardé dans mes yeux les moindres rayures de ce tapis sur lequel la scène se passait. Il était d’une certaine étoffe inusable, tissée dans le pays par les tisserands campagnards, et aujourd’hui tout à fait démodée, qu’on appelait « nouïs ». (Notre maison d’alors était restée telle que ma grand’mère maternelle l’avait arrangée lorsqu’elle s’était décidée à quitter l’île pour venir se fixer sur le continent. — Je reparlerai un peu plus tard de cette île qui prit bientôt, pour mon imagination d’enfant, un attrait si mystérieux. — C’était une maison de province très modeste, où se sentait l’austérité huguenote, et dont la propreté et l’ordre irréprochables étaient le seul luxe.) … Dans le cercle lumineux qui, décidément, se rétrécissait de plus en plus, je sautais toujours. Mais, tout en sautant, je pensais, et d’une façon intense qui, certainement, ne m’était pas habituelle.

Table of contents

Inside this edition

  1. 01Full text
  2. 02Chapitre I
  3. 03Chapitre II
  4. 04Chapitre III
  5. 05Chapitre IV
  6. 06Chapitre V
  7. 07Chapitre VI
  8. 08Chapitre VII
  9. 09Chapitre VIII
  10. 10Chapitre IX
  11. 11Chapitre X
  12. 12Chapitre XI
  13. 13Chapitre XII
  14. 14Chapitre XIII
  15. 15Chapitre XIV
  16. 16Chapitre XV
  17. 17Chapitre XVI
  18. 18Chapitre XVII
  19. 19Chapitre XVIII
  20. 20Chapitre XIX
  21. 21Chapitre XX
  22. 22Chapitre XXI
  23. 23Chapitre XXII
  24. 24Chapitre XXIII
  25. 25Chapitre XXIV
  26. 26Chapitre XXV
  27. 27Chapitre XXVI
  28. 28Chapitre XXVII
  29. 29Chapitre XXVIII
  30. 30Chapitre XXIX
  31. 31Chapitre XXX
  32. 32Chapitre XXXI
  33. 33Chapitre XXXII
  34. 34Chapitre XXXIII
  35. 35Chapitre XXXIV
  36. 36Chapitre XXXVI
  37. 37Chapitre XXXVII
  38. 38Chapitre XXXVIII
  39. 39Chapitre XXXIX
  40. 40Chapitre XL
  41. 41Chapitre XLI
  42. 42Chapitre XLII
  43. 43Chapitre XLIII
  44. 44Chapitre XLIV
  45. 45Chapitre XLV
  46. 46Chapitre XLVI
  47. 47Chapitre XLVII
  48. 48Chapitre XLVIII
  49. 49Chapitre XLIX
  50. 50Chapitre L
  51. 51Chapitre LI
  52. 52Chapitre LII
  53. 53Chapitre LIII
  54. 54Chapitre LIV
  55. 55Chapitre LV
  56. 56Chapitre LVI
  57. 57Chapitre LVII
  58. 58Chapitre LVIII
  59. 59Chapitre LIX
  60. 60Chapitre LX
  61. 61Chapitre LXI
  62. 62Chapitre LXII
  63. 63Chapitre LXIII
  64. 64Chapitre LXIV
  65. 65Chapitre LXV
  66. 66Chapitre LXVI
  67. 67Chapitre LXVII
  68. 68Chapitre LXVIII
  69. 69Chapitre LXIX
  70. 70Chapitre LXX
  71. 71Chapitre LXXI
  72. 72Chapitre LXXII
  73. 73Chapitre LXXIII
  74. 74Chapitre LXXIV
  75. 75Chapitre LXXV
  76. 76Chapitre LXXVI
  77. 77Chapitre LXXVII
  78. 78Chapitre LXXVIII
  79. 79Chapitre LXXIX
  80. 80Chapitre LXXX
  81. 81Chapitre LXXXI
  82. 82Chapitre LXXXII
  83. 83Chapitre LXXXIII

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