
French Edition
Literature
Le Village aérien
French BooksWhale Edition by Jules Verne
Une expédition en Afrique équatoriale découvre un peuple des arbres et confronte ses certitudes aux énigmes du vivant.
- Preview
- A sample from the prepared text
- Formats
- Online reader, EPUB, PDF
- Access
- Library claim
Book introduction
Le Village aérien
Max Huber, John Cort et leurs compagnons traversent une forêt d’Afrique équatoriale lorsqu’une rencontre inattendue les conduit vers une communauté installée dans les arbres. Jules Verne mêle exploration, péripéties et interrogations sur les frontières entre l’homme et l’animal. Les dix-huit chapitres du Village aérien suivent cette aventure où curiosité scientifique, langage et organisation sociale nourrissent le récit de voyage.
BooksWhale edition
How this edition was prepared
This edition is based on a public domain text and has been prepared for digital reading by BooksWhale.
Public domain basis
Why this edition can be shared
Jules Verne est mort en 1905 ; l’œuvre a paru en 1901. Cette édition utilise le texte original français en domaine public provenant de Project Gutenberg, sans annotations ni ajouts éditoriaux modernes.
Read preview
A sample from the prepared text
Preview selected from the prepared reader text.
Preview chapterCHAPITRE I Après une longue étapeRead preview
«Et le Congo américain, demanda Max Huber, il n'en est donc pas encore question?…
— À quoi bon, mon cher Max?… répondit John Cort. Est-ce que les vastes espaces nous manquent aux États-Unis?… Que de régions neuves et désertes à visiter entre l'Alaska et le Texas!… Avant d'aller coloniser au dehors, mieux vaut coloniser au dedans, je pense…
— Eh! mon cher John, les nations européennes finiront par s'être partagé l'Afrique, si les choses continuent — soit une superficie d'environ trois milliards d'hectares!… Les Américains les abandonneront-ils en totalité aux Anglais, aux Allemands, aux Hollandais, aux Portugais, aux Français, aux Italiens, aux Espagnols, aux Belges?…
— Les Américains n'en ont que faire — pas plus que les Russes, répliqua John Cort, et pour la même raison…
— Laquelle?
— C'est qu'il est inutile de se fatiguer les jambes, lorsqu'il suffit d'étendre le bras…
— Bon! mon cher John, le gouvernement fédéral réclamera, un jour ou l'autre, sa part du gâteau africain… Il y a un Congo français, un Congo belge, un Congo allemand, sans compter le Congo indépendant, et celui-ci n'attend que l'occasion de sacrifier son indépendance!… Et tout ce pays que nous venons de parcourir depuis trois mois…
— En curieux, en simples curieux, Max, non en conquérants…
— La différence n'est pas considérable, digne citoyen des États- Unis, déclara Max Huber. Je le répète, en cette partie de l'Afrique, l'Union pourrait se tailler une colonie superbe… On trouve là des territoires fertiles qui ne demandent qu'à utiliser leur fertilité, sous l'influence d'une irrigation généreuse dont la nature a fait tous les frais. Ils possèdent un réseau liquide qui ne tarit jamais…
— Même par cette abominable chaleur, observa John Cort, en épongeant son front calciné par le soleil tropical.
— Bah! n'y prenons plus garde! reprit Max Huber. Est-ce que nous ne sommes pas acclimatés, je dirai négrifiés, si vous n'y voyez pas d'inconvénient, cher ami?… Nous voici en mars seulement, et parlez-moi des températures de juillet, d'août, lorsque les rayons solaires vous percent la peau comme des vrilles de feu!…
— N'importe, Max, nous aurons quelque peine à devenir Pahouins ou Zanzibarites, avec notre léger épiderme de Français et d'Américain! J'en conviens, cependant, nous allons achever une belle et intéressante campagne que la bonne fortune a favorisée… Mais il me tarde d'être de retour à Libreville, de retrouver dans nos factoreries un peu de cette tranquillité, de ce repos qui est bien dû à des voyageurs après les trois mois d'un tel voyage…
— D'accord, ami John, cette aventureuse expédition a présenté quelque intérêt. Pourtant, l'avouerai-je, elle ne m'a pas donné tout ce que j'en attendais…
— Comment, Max, plusieurs centaines de milles à travers un pays inconnu, pas mal de dangers affrontés au milieu de tribus peu accueillantes, des coups de feu échangés à l'occasion contre des coups de sagaies et des volées de flèches, des chasses que le lion numide et la panthère libyenne ont daigné honorer de leur présence, des hécatombes d'éléphants faites au profit de notre chef Urdax, une récolte d'ivoire de premier choix qui suffirait à fournir de touches les pianos du monde entier!… Et vous ne vous déclarez pas satisfait…
— Oui et non, John. Tout cela forme le menu ordinaire des explorateurs de l'Afrique centrale… C'est ce que le lecteur rencontre dans les récits des Barth, des Burton, des Speke, des Grant, des du Chaillu, des Livingstone, des Stanley, des Serpa Pinto, des Anderson, des Cameron, des Mage, des Brazza, des Gallieni, des Dibowsky, des Lejean, des Massari, des Wissemann, des Buonfanti, des Maistre…»
Le choc de l'avant-train du chariot contre une grosse pierre coupa net la nomenclature des conquérants africains que déroulait Max Huber. John Cort en profita pour lui dire:
Preview chapterCHAPITRE II Les feux mouvantsPreview
Une distance de deux kilomètres au plus séparait le tertre des sombres massifs au pied desquels allaient et venaient des flammes fuligineuses et vacillantes. On aurait pu en compter une dizaine, tantôt réunies, tantôt isolées, agitées parfois avec une violence que le calme de l'atmosphère ne justifiait pas. Qu'une bande d'indigènes eût campé en cet endroit, qu'elle s'y fût installée en attendant le jour, il y avait lieu de le présumer. Toutefois, ces feux n'étaient pas ceux d'un campement. Ils se promenaient trop capricieusement sur une centaine de toises, au lieu de se concentrer en un foyer unique d'une halte de nuit.
Il ne faut pas oublier que ces régions de l'Oubanghi sont fréquentées par des tribus nomades, venues de l'Adamaoua ou du Barghimi à l'ouest, ou même de l'Ouganda à l'est. Une caravane de trafiquants n'aurait pas été assez imprudente pour signaler sa présence par ces feux multiples, se mouvant dans des ténèbres. Seuls, des indigènes pouvaient s'être arrêtés à cette place. Et qui sait s'ils n'étaient pas animés d'intentions hostiles à l'égard de la caravane endormie sous la ramure des tamarins?
Quoi qu'il en soit, si, de ce chef, quelque danger la menaçait, si plusieurs centaines de Pahouins, de Foundj, de Chiloux, de Bari, de Denkas ou autres n'attendaient que le moment de l'assaillir avec les chances d'une supériorité numérique, personne, — jusqu'à dix heures et demie du moins, — n'avait pris aucune mesure défensive. Tout le monde dormait au campement, maîtres et serviteurs, et, ce qui était plus grave, les porteurs chargés de se relever à leur poste de surveillance étaient plongés dans un lourd sommeil.
Très heureusement, le jeune indigène se réveilla. Mais nul doute que ses yeux ne se fussent refermés à l'instant s'ils ne s'étaient dirigés vers l'horizon du sud. Sous ses paupières demi-closes il sentit l'impression d'une lumière qui perçait cette nuit très noire. Il se détira, il se frotta les yeux, il regarda avec plus de soin… Non! il ne se trompait pas: des feux épars se mouvaient sur la lisière de la forêt.
Llanga eut la pensée que la caravane allait être attaquée. Ce fut de sa part tout instinctif plutôt que réfléchi. En effet, des malfaiteurs se préparant au massacre et au pillage n'ignorent pas qu'ils accroissent leurs chances lorsqu'ils agissent par surprise. Ils ne se laissent pas voir avant, et ceux-ci se fussent signalés?…
L'enfant, ne voulant pas réveiller Max Huber et John Cort, rampa sans bruit vers le chariot. Dès qu'il fut arrivé près du foreloper, il lui mit la main sur l'épaule, le réveilla et, du doigt, lui montra les feux de l'horizon.
Khamis se redressa, observa pendant une minute ces flammes en mouvement, et, d'une voix dont il ne songeait point à adoucir l'éclat:
«Urdax!» dit-il.
Le Portugais, en homme habitué à se dégager vivement des vapeurs du sommeil, fut debout en un instant.
«Qu'y a-t-il, Khamis?…
— Regardez!»
Et, le bras tendu, il indiquait la lisière illuminée au ras de la plaine.
«Alerte!» cria le Portugais de toute la force de ses poumons.
En quelques secondes, le personnel de la caravane se trouva sur pied, et les esprits furent tellement saisis par la gravité de cette situation, que personne ne songea à incriminer les veilleurs pris en défaut. Il était certain que, sans Llanga, le campement eût été envahi pendant que dormaient Urdax et ses compagnons.
Inutile de mentionner que Max Huber et John Cort, se hâtant de quitter l'entre-deux des racines, avaient rejoint le Portugais et le foreloper.
Il était un peu plus de dix heures et demie. Une profonde obscurité enveloppait la plaine sur les trois quarts de son périmètre, au nord, à l'est et à l'ouest. Seul le sud s'éclairait de ces flammes falotes, jetant de vives clartés lorsqu'elles tourbillonnaient, et dont on ne comptait pas alors moins d'une cinquantaine.
Preview chapterCHAPITRE III DispersionPreview
Max Huber, Llanga et Khamis ne mirent pas dix minutes à franchir les quinze cents mètres qui les séparaient du tertre. Ils ne s'étaient pas même retournés une seule fois, ne s'inquiétant pas d'observer si les indigènes, après avoir éteint leurs feux, cherchaient à les poursuivre. Non, d'ailleurs, et, de ce côté, régnait le calme, alors que, à l'opposé, la plaine s'emplissait d'une agitation confuse et de sonorités éclatantes.
Le campement, lorsque les deux hommes et le jeune enfant y arrivèrent, était en proie à l'épouvante, — épouvante justifiée par la menace d'un danger contre lequel le courage, l'intelligence ne pouvaient rien. Y faire face, impossible! Le fuir?… En était- il temps encore?…
Max Huber et Khamis avaient aussitôt rejoint John Cort et Urdax, postés à cinquante pas en avant du tertre.
«Une harde d'éléphants!… dit le foreloper.
— Oui, répondit le Portugais, et, dans moins d'un quart d'heure, ils seront sur nous…
— Gagnons la forêt, dit John Cort.
— Ce n'est pas la forêt qui les arrêtera…, répliqua Khamis.
— Que sont devenus les indigènes?… s'informa John Cort.
— Nous n'avons pu les apercevoir…, répondit Max Huber.
— Cependant, ils ne doivent pas avoir quitté la lisière!…
— Assurément non!»
Au loin, à une demi-lieue environ, on distinguait une large ondulation d'ombres qui se déplaçait sur l'étendue d'une centaine de toises. C'était comme une énorme vague dont les volutes échevelées se fussent déroulées avec fracas. Un lourd piétinement se propageait à travers la couche élastique du sol, et ce tremblotement se faisait sentir jusqu'aux racines des tamarins. En même temps, le mugissement prenait une intensité formidable. Des souffles stridents, des éclats cuivrés, s'échappaient de ces centaines de trompes, — autant de clairons sonnés à pleine bouche.
Les voyageurs de l'Afrique centrale ont pu justement comparer ce bruit à celui que ferait un train d'artillerie roulant à grande vitesse sur un champ de bataille. Soit! mais à la condition que les trompettes eussent jeté dans l'air leurs notes déchirantes. Que l'on juge de la terreur à laquelle s'abandonnait le personnel de la caravane, menacé d'être écrasé par ce troupeau d'éléphants!
Chasser ces énormes animaux présente de sérieux dangers. Lorsqu'on parvient à les surprendre isolément, à séparer de la bande à laquelle il appartient un de ces pachydermes, lorsqu'il est possible de le tirer dans des conditions qui assurent le coup, de l'atteindre, entre l'oeil et l'oreille, d'une balle qui le tue presque instantanément, les dangers de cette chasse sont très diminués. En l'espèce, la harde ne se composât-elle que d'une demi-douzaine de bêtes, les plus sévères précautions, la plus extrême prudence sont indispensables. Devant cinq ou six couples d'éléphants courroucés, toute résistance est impossible, alors que — dirait un mathématicien — leur masse est multipliée par le carré de leur vitesse.
Et, si c'est par centaines que ces formidables bêtes se jettent sur un campement, on ne peut pas plus les arrêter dans leur élan qu'on n'arrêterait une avalanche, ou l'un de ces mascarets qui emportent les navires dans l'intérieur des terres à plusieurs kilomètres du littoral.
Toutefois, si nombreux qu'ils soient, l'espèce finira par disparaître. Comme un éléphant rapporte environ cent francs d'ivoire, on les chasse à outrance.
Chaque année, d'après les calculs de M. Foa, on n'en tue pas moins de quarante mille sur le continent africain, qui produisent sept cent cinquante mille kilogrammes d'ivoire expédiés en Angleterre. Avant un demi-siècle, il n'en restera plus un seul, bien que la durée de leur existence soit considérable. Ne serait-il pas plus sage de tirer profit de ces précieux animaux par la domestication, puisqu'un éléphant est capable de porter la charge de trente-deux hommes et de faire quatre fois plus de chemin qu'un piéton? Et puis, étant domestiqués, ils vaudraient, comme dans l'Inde, de quinze cents à deux mille francs, au lieu des cent francs que l'on tire de leur mort.
Table of contents
Inside this edition
- 01CHAPITRE I Après une longue étape
- 02CHAPITRE II Les feux mouvants
- 03CHAPITRE III Dispersion
- 04CHAPITRE IV Parti à prendre, parti pris
- 05CHAPITRE V Première journée de marche
- 06CHAPITRE VI Après une longue étape
- 07CHAPITRE VII La cage vide
- 08CHAPITRE VIII Le docteur Johausen
- 09CHAPITRE IX Au courant du rio Johausen
- 10CHAPITRE X Ngora!
- 11CHAPITRE XI La journée du 19 Mars
- 12CHAPITRE XII Sous bois
- 13CHAPITRE XIII Le village aérien
- 14CHAPITRE XIV Les Wagddis
- 15CHAPITRE XV Trois semaines d'études
- 16CHAPITRE XVI Sa Majesté Msélo-Tala-Tala
- 17CHAPITRE XVII En quel état le docteur Johausen!
- 18CHAPITRE XVIII Brusque dénouement
Language availability
Other languages
Additional language editions are not published yet. This section will link to other BooksWhale editions when they become available.
Request another language