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Les Cinq Cents Millions de la Bégum cover

French Edition

Literature

Les Cinq Cents Millions de la Bégum

French BooksWhale Edition by Jules Verne

Un roman de Verne sur héritage, villes rivales, utopie hygiéniste, industrie militaire et conflit idéologique.

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Book introduction

Les Cinq Cents Millions de la Bégum

Les Cinq Cents Millions de la Bégum oppose deux usages d’une immense fortune : une cité rationnelle tournée vers la santé publique et une ville industrielle vouée à l’armement. Jules Verne met en scène science, urbanisme, nationalisme, éducation et menace technologique dans un récit d’aventure aux enjeux politiques très nets.

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Jules Verne est mort en 1905 et Les Cinq Cents Millions de la Bégum a paru en 1879. Ces dates soutiennent le domaine public de cette édition française.

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Les Cinq Cents Millions de la Bégum

Les Cinq Cents Millions de la Begum

Preview chapterI OU MR. SHARP FAIT SON ENTREEPreview

« Ces journaux anglais sont vraiment bien faits ! » se dit à lui-même le bon docteur en se renversant dans un grand fauteuil de cuir.

Le docteur Sarrasin avait toute sa vie pratiqué le monologue, qui est une des formes de la distraction.

C'était un homme de cinquante ans, aux traits fins, aux yeux vifs et purs sous leurs lunettes d'acier, de physionomie à la fois grave et aimable, un de ces individus dont on se dit à première vue : voilà un brave homme. A cette heure matinale, bien que sa tenue ne trahît aucune recherche, le docteur était déjà rasé de frais et cravaté de blanc.

Sur le tapis, sur les meubles de sa chambre d'hôtel, à Brighton, s'étalaient le Times , le Daily Telegraph , le Daily News . Dix heures sonnaient à peine, et le docteur avait eu le temps de faire le tour de la ville, de visiter un hôpital, de rentrer à son hôtel et de lire dans les principaux journaux de Londres le compte rendu in extenso d'un mémoire qu'il avait présenté l'avant-veille au grand Congrès international d'Hygiène, sur un « compte-globules du sang » dont il était l'inventeur.

Devant lui, un plateau, recouvert d'une nappe blanche, contenait une côtelette cuite à point, une tasse de thé fumant et quelques-unes de ces rôties au beurre que les cuisinières anglaises font à merveille, grâce aux petits pains spéciaux que les boulangers leur fournissent.

« Oui, répétait-il, ces journaux du Royaume-Uni sont vraiment très bien faits, on ne peut pas dire le contraire !... Le speech du vice- président, la réponse du docteur Cicogna, de Naples, les développements de mon mémoire, tout y est saisi au vol, pris sur le fait, photographié. »

« La parole est au docteur Sarrasin, de Douai. L'honorable associé s'exprime en français. "Mes auditeurs m'excuseront, dit-il en débutant, si je prends cette liberté ; mais ils comprennent assurément mieux ma langue que je ne saurais parler la leur..." »

« Cinq colonnes en petit texte !... Je ne sais pas lequel vaut mieux du compte rendu du Times ou de celui du Telegraph ... On n'est pas plus exact et plus précis ! »

Le docteur Sarrasin en était là de ses réflexions, lorsque le maître des cérémonies lui-même -- on n'oserait donner un moindre titre à un personnage si correctement vêtu de noir -- frappa à la porte et demanda si « monsiou » était visible...

« Monsiou » est une appellation générale que les Anglais se croient obligés d'appliquer à tous les Français indistinctement, de même qu'ils s'imagineraient manquer à toutes les règles de la civilité en ne désignant pas un Italien sous le titre de « Signor » et un Allemand sous celui de « Herr ». Peut-être, au surplus, ont-ils raison. Cette habitude routinière a incontestablement l'avantage d'indiquer d'emblée la nationalité des gens.

Le docteur Sarrasin avait pris la carte qui lui était présentée. Assez étonné de recevoir une visite en un pays où il ne connaissait personne, il le fut plus encore lorsqu'il lut sur le carré de papier minuscule :

« MR. SHARP, solicitor , « 93, Southampton row « LONDON. »

Il savait qu'un « solicitor » est le congénère anglais d'un avoué, ou plutôt homme de loi hybride, intermédiaire entre le notaire, l'avoué et l'avocat, -- le procureur d'autrefois.

« Que diable puis-je avoir à démêler avec Mr. Sharp ? se demanda-t-il. Est-ce que je me serais fait sans y songer une mauvaise affaire ?... »

« Vous êtes bien sûr que c'est pour moi ? reprit-il.

-- Oh ! yes, monsiou.

-- Eh bien ! faites entrer. »

Le maître des cérémonies introduisit un homme jeune encore, que le docteur, à première vue, classa dans la grande famille des « têtes de mort ». Ses lèvres minces ou plutôt desséchées, ses longues dents blanches, ses cavités temporales presque à nu sous une peau parcheminée, son teint de momie et ses petits yeux gris au regard de vrille lui donnaient des titres incontestables à cette qualification. Son squelette disparaissait des talons à l'occiput sous un « ulster-coat » à grands carreaux, et dans sa main il serrait la poignée d'un sac de voyage en cuir verni.

Preview chapterII DEUX COPAINSPreview

Octave Sarrasin, fils du docteur, n'était pas ce qu'on peut appeler proprement un paresseux. Il n'était ni sot ni d'une intelligence supérieure, ni beau ni laid, ni grand ni petit, ni brun ni blond. Il était châtain, et, en tout, membre-né de la classe moyenne. Au collège il obtenait généralement un second prix et deux ou trois accessits. Au baccalauréat, il avait eu la note « passable ». Repoussé une première fois au concours de l'Ecole centrale, il avait été admis à la seconde épreuve avec le numéro 127. C'était un caractère indécis, un de ces esprits qui se contentent d'une certitude incomplète, qui vivent toujours dans l'à-peu-près et passent à travers la vie comme des clairs de lune. Ces sortes de gens sont aux mains de la destinée ce qu'un bouchon de liège est sur la crête d'une vague. Selon que le vent souffle du nord ou du midi, ils sont emportés vers l'équateur ou vers le pôle. C'est le hasard qui décide de leur carrière. Si le docteur Sarrasin ne se fût pas fait quelques illusions sur le caractère de son fils, peut-être aurait-il hésité avant de lui écrire la lettre qu'on a lue ; mais un peu d'aveuglement paternel est permis aux meilleurs esprits.

Le bonheur avait voulu qu'au début de son éducation, Octave tombât sous la domination d'une nature énergique dont l'influence un peu tyrannique mais bienfaisante s'était de vive force imposée à lui. Au lycée Charlemagne, où son père l'avait envoyé terminer ses études, Octave s'était lié d'une amitié étroite avec un de ses camarades, un Alsacien, Marcel Bruckmann, plus jeune que lui d'un an, mais qui l'avait bientôt écrasé de sa vigueur physique, intellectuelle et morale.

Marcel Bruckmann, resté orphelin à douze ans, avait hérité d'une petite rente qui suffisait tout juste à payer son collège. Sans Octave, qui l'emmenait en vacances chez ses parents, il n'eût jamais mis le pied hors des murs du lycée.

Il suivit de là que la famille du docteur Sarrasin fut bientôt celle du jeune Alsacien. D'une nature sensible, sous son apparente froideur, il comprit que toute sa vie devait appartenir à ces braves gens qui lui tenaient lieu de père et de mère. Il en arriva donc tout naturellement à adorer le docteur Sarrasin, sa femme et la gentille et déjà sérieuse fillette qui lui avaient rouvert le coeur. Mais ce fut par des faits, non par des paroles, qu'il leur prouva sa reconnaissance. En effet, il s'était donné la tâche agréable de faire de Jeanne, qui aimait l'étude, une jeune fille au sens droit, un esprit ferme et judicieux, et, en même temps, d'Octave un fils digne de son père. Cette dernière tâche, il faut bien le dire, le jeune homme la rendait moins facile que sa soeur, déjà supérieure pour son âge à son frère. Mais Marcel s'était promis d'atteindre son double but.

C'est que Marcel Bruckmann était un de ces champions vaillants et avisés que l'Alsace a coutume d'envoyer, tous les ans, combattre dans la grande lutte parisienne. Enfant, il se distinguait déjà par la dureté et la souplesse de ses muscles autant que par la vivacité de son intelligence. Il était tout volonté et tout courage au-dedans, comme il était au-dehors taillé à angles droits. Dès le collège, un besoin impérieux le tourmentait d'exceller en tout, aux barres comme à la balle, au gymnase comme au laboratoire de chimie. Qu'il manquât un prix à sa moisson annuelle, il pensait l'année perdue. C'était à vingt ans un grand corps déhanché et robuste, plein de vie et d'action, une machine organique au maximum de tension et de rendement. Sa tête intelligente était déjà de celles qui arrêtent le regard des esprits attentifs. Entré le second à l'Ecole centrale, la même année qu'Octave, il était résolu à en sortir le premier.

Table of contents

Inside this edition

  1. 01Full text
  2. 02I OU MR. SHARP FAIT SON ENTREE
  3. 03II DEUX COPAINS
  4. 04III UN FAIT DIVERS
  5. 05IV PART A DEUX
  6. 06V LA CITE DE L'ACIER
  7. 07VI LE PUITS ALBRECHT
  8. 08VII LE BLOC CENTRAL
  9. 09VIII LA CAVERNE DU DRAGON
  10. 10IX « P.P.C. »
  11. 11X UN ARTICLE DE L' UNSERE CENTURIE , REVUE ALLEMANDE
  12. 12XI UN DINER CHEZ LE DOCTEUR SARRASIN
  13. 13XII LE CONSEIL
  14. 14XIII MARCEL BRUCKMANN AU PROFESSEUR SCHULTZE, STAHLSTADT
  15. 15XIV BRANLE-BAS DE COMBAT
  16. 16XV LA BOURSE DE SAN FRANCISCO
  17. 17XVI DEUX FRANÇAIS CONTRE UNE VILLE
  18. 18XVII EXPLICATIONS A COUPS DE FUSIL
  19. 19XVIII L'AMANDE DU NOYAU
  20. 20« SCHULTZ... »
  21. 21XIX UNE AFFAIRE DE FAMILLE
  22. 22XX CONCLUSION

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