
French Edition
History
Les Femmes de la Révolution
French BooksWhale Edition by Jules Michelet
Jules Michelet retrace la présence des femmes dans la Révolution française, des mobilisations populaires aux salons et aux prisons.
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Book introduction
Les Femmes de la Révolution
Michelet aborde la Révolution à travers les femmes qui y participent, l’inspirent ou en subissent la violence. Les journées d’Octobre, les sociétés politiques, les salons, les prisons et les exécutions composent le cadre de portraits de Madame Roland, Charlotte Corday, Olympe de Gouges et d’autres figures. Trente-deux chapitres et une conclusion mêlent histoire politique, récits individuels et interprétation des passions collectives.
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Jules Michelet est mort en 1874. Cette édition utilise le texte original français du domaine public disponible sur Project Gutenberg, sans notes éditoriales ni illustrations ultérieures.
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Les Femmes de la Révolution
Preview chapterI — AUX FEMMES, AUX MÈRES, AUX FILLESPreview
(1er mars 1854.)
Ce livre paraît le jour où l'on ferme les livres, où les événements prennent la parole, où recommence la guerre européenne, interrompue quarante années.
Et comment liriez-vous? vous regardez là-bas où vont vos fils, vos frères!—ou plus près, sur la ligne où vos époux peut-être iront demain! Votre âme est aux nouvelles, votre oreille au canon lointain; vous écoutez inquiètes son premier coup, solennel et profond, qui tonne pour la grande guerre religieuse de l'Orient et de l'Occident.
Grande guerre, en vérité, et qu'on ne limitera pas. Pour le lieu, pour le temps, et pour le caractère, elle ira grandissant. C'est la guerre de deux dogmes, ô femmes! de deux symboles et de deux fois, la nôtre et celle du passé. Ce caractère définitif, obscur encore dans les tâtonnements, les balbutiements de la politique, se révélera de plus en plus.
Oui, quelles que soient les formes équivoques et bâtardes, hésitantes, sous lesquelles se produit ce terrible nouveau-né du temps, dont le nom sonne la mort de tant de cent mille hommes,—la guerre,—c'est la guerre du christianisme barbare de l'Orient contre la jeune foi sociale de l'Occident civilisé. Lui-même, l'ennemi, l'a dit sans détour du Kremlin. Et la lutte nouvelle offre l'aspect sinistre de Moloch défendant Jésus.
Au moment d'apporter notre existence entière, nos fortunes et nos vies à cette grande circonstance, la plus grave qui fut jamais, chacun doit serrer sa ceinture, bien ramasser sa force, regarder dans son âme, dans sa maison, s'il est sûr d'y trouver l'unité qui fait la victoire.
Que serait-ce, dans cette guerre extérieure, si l'homme encore avait la guerre chez lui, une sourde et énervante guerre de larmes ou de muets soupirs, de douloureux silences? si la foi du passé, assise à son foyer, l'enveloppant de résistances, de ces pleurs caressants qui brisent le cœur, lui tenait le bras gauche, quand il doit frapper des deux mains...?
«Dis-moi donc, femme aimée! puisque nous sommes encore à cette table de famille où je ne serai pas toujours, dis-moi, avant ce sauvage duel, quelque part qu'il me mène, seras-tu de cœur avec moi?... Tu t'étonnes, tu jures en pleurant... Ne jure pas, je crois tout. Mais je connais ta discorde intérieure. Que feras-tu dans ces extrémités où la lutte actuelle nous conduira demain?
«À cette table où nous sommes deux aujourd'hui et où tu seras seule, élève et fortifie ton cœur. Mets devant toi l'histoire héroïque de nos mères, lis ce qu'elles ont fait et voulu, leurs dévouements suprêmes, leur glorieuse foi de 89, qui, dans une si profonde union, dressa l'autel de l'avenir.
«Age heureux d'actes forts, de grandes souffrances, mais associées, d'union dans la lutte, de communauté dans la mort!... âge où les cœurs battirent dans une telle unité d'idée, que l'Amour ne se distingua plus de la Patrie!
«Plus grande aujourd'hui est la lutte, elle embrasse toute nation,—plus profonde, elle atteindra demain la plus intime fibre morale. Ce jour-là, que feras-tu pour moi? Demande à l'histoire de nos mères, à ton cœur, à la foi nouvelle, pour qui celui que tu aimes veut combattre, vivre et mourir.
«Qu'elle soit ferme en moi! et que Dieu dispose... Sa cause est avec moi... La fortune y sera aussi et la félicité, quoi qu'il arrive, si toi, uniquement aimée, tu me restes entière, et si, unie dans mon effort et ne faisant qu'un cœur, tu traverses héroïque cette crise suprême d'où va surgir un monde.»
Preview chapterII — INFLUENCE DES FEMMES AU DIX-HUITIÈME SIÈCLE.—MATERNITÉPreview
Tout le monde a remarqué la fécondité singulière des années 1768, 1769 et 1770, si riches en enfants de génie, ces années qui produisent les Bonaparte, les Fourier, les Saint-Simon, les Chateaubriand, les de Maistre, les Walter Scott, les Cuvier, les Geoffroy Saint-Hilaire, les Bichat, les Ampère, un incroyable flot d'inventeurs dans les sciences.
Une autre époque, antérieure de dix ans (vers 1760), n'est pas moins étonnante. C'est celle qui donna la génération héroïque qui féconda de son sang le premier sillon de la liberté, celle qui, de ce sang fécond, a fait et doué la Patrie; c'est la Gironde et la Montagne, les Roland et les Robespierre, les Vergniaud et les Danton, les Camille Desmoulins; c'est la génération pure, héroïque et sacrifiée qui forma les armées invincibles de la République, les Kléber et tant d'autres.
La richesse de ces deux moments, ce luxe singulier de forces qui surgissent tout à coup, est-ce un hasard? Selon nous, il n'y a nul hasard en ce monde.
Non, la cause naturelle et très-simple du phénomène, c'est la sève exubérante dont ce moment déborda.
La première date (1760 environ), c'est l'aube de Rousseau, le commencement de son influence, au premier et puissant effet du livre d'Émile, la vive émotion des mères qui veulent allaiter et se serrent au berceau de leur enfant.
La seconde date est le triomphe des idées du siècle, non-seulement par la connaissance universelle de Rousseau, mais par la victoire prévue de ses idées dans les lois, par les grands procès de Voltaire, par ses sublimes défenses de Sirven, Calas et la Barre. Les femmes se turent, se recueillirent sous ces émotions puissantes, elles couvèrent le salut à venir. Les enfants à cette heure portent tous un signe au front.
Puissantes générations sorties des hautes pensées d'un amour agrandi, conçues de la flamme du ciel, nées du moment sacré, trop court, où la femme, à travers la passion, entrevit, adora l'Idée.
Le commencement fut beau. Elles entrèrent dans les pensées nouvelles par celle de l'éducation, par les espérances, les vœux de la maternité, par toutes les questions que l'enfant soulève dès sa naissance en un cœur de femme, que dis-je? dans un cœur de fille, bien longtemps avant l'enfant: «Ah! qu'il soit heureux, cet enfant! qu'il soit bon et grand! qu'il soit libre!... Sainte liberté antique, qui fis les héros, mon fils vivra-t-il dans ton ombre?...» Voilà les pensées des femmes, et voilà pourquoi dans ces places, dans ces jardins où l'enfant joue sous les yeux de sa mère ou de sa sœur, vous les voyez rêver et lire... Quel est ce livre que la jeune fille, à votre approche, a si vite caché dans son sein? Quelque roman? l'Héloïse? Non, plutôt les Vies de Plutarque, ou le Contrat social.
La puissance des salons, le charme de la conversation, furent alors, quoi qu'on ait dit, secondaires dans l'influence des femmes. Elles avaient eu ces moyens au siècle de Louis XIV. Ce qu'elles eurent de plus au dix-huitième, et qui les rendit invincibles, fut l'amour enthousiaste, la rêverie solitaire des grandes idées, et la volonté d'être mères, dans toute l'extension et la gravité de ce mot.
Les spirituels commérages de madame Geoffrin, les monologues éloquents de madame de Staël, le charme de la société d'Auteuil, de madame Helvétius ou de madame Récamier, n'auraient pas changé le monde, encore moins les femmes scribes, la plume infatigable de madame de Genlis.
Ce qui, dès le milieu du siècle, changea toute la situation, c'est qu'en ces premières lueurs de l'aurore d'une nouvelle foi, au cœur des femmes, au sein des mères, se rencontrèrent deux étincelles: humanité, maternité.
Table of contents
Inside this edition
- 01Full text
- 02I — AUX FEMMES, AUX MÈRES, AUX FILLES
- 03II — INFLUENCE DES FEMMES AU DIX-HUITIÈME SIÈCLE.—MATERNITÉ
- 04III — HÉROÏSME DE PITIÉ.—UNE FEMME A DÉTRUIT LA BASTILLE
- 05IV — L'AMOUR ET L'AMOUR DE L'IDÉE (80-91)
- 06V — LES FEMMES DU 6 OCTOBRE (89)
- 07VI — LES FEMMES À LA FÉDÉRATION (1790)
- 08VII — LES DAMES JACOBINES (1790)
- 09VIII — LE PALAIS-ROYAL EN 90—ÉMANCIPATION DES FEMMES LA CAVE DES JACOBINS
- 10IX — LES SALONS.—MADAME DE STAËL.
- 11X — LES SALONS.—MADAME DE CONDORCET.
- 12XI — SUITE.—MADAME DE CONDORCET (94).
- 13XII — SOCIÉTÉS DE FEMMES.—OLYMPE DE GOUGES, ROSE LACOMBE.
- 14XIII — THÉROIGNE DE MÉRICOURT (89-95).
- 15XIV — LES VENDÉENNES EN 90 ET 91.
- 16XV — MADAME ROLAND (91-92).
- 17XVI — MADAME ROLAND (SUITE).
- 18XVII — MADEMOISELLE KÉRALIO (MADAME ROBERT) (17 JUILLET 91).
- 19XVIII — CHARLOTTE CORDAY.
- 20XIX — MORT DE CHARLOTTE CORDAY (19 JUILLET 93).
- 21XX — LE PALAIS-ROYAL EN 93. LES SALONS.—COMMENT S'ÉNERVA LA GIRONDE.
- 22XXI — LA PREMIÈRE FEMME DE DANTON (92-93).
- 23XXII — LA SECONDE FEMME DE DANTON.—L'AMOUR EN 95.
- 24XXIII — LA DÉESSE DE LA RAISON (10 NOVEMBRE 93).
- 25XXIV — CULTE DES FEMMES POUR ROBESPIERRE.
- 26XXV — ROBESPIERRE CHEZ MADAME DUPLAY (91-95).
- 27XXVI — LUCILE DESMOULINS (AVRIL 94).
- 28XXVII — EXÉCUTIONS DE FEMMES.—LES FEMMES PEUVENT-ELLES ÊTRE EXÉCUTÉES.
- 29XXVIII — CATHERINE THÉOT, MÈRE DE DIEU.—ROBESPIERRE MESSIE. (JUIN 94).
- 30XXIX — LES DAMES SAINT-AMARANTHE (JUIN 94).
- 31XXX — INDIFFÉRENCE À LA VIE.—AMOURS RAPIDES DES PRISONS (93-94).
- 32XXXI — CHAQUE PARTI PÉRIT PAR LES FEMMES.
- 33XXXII — LA RÉACTION PAR LES FEMMES DANS LE DEMI-SIÈCLE QUI SUIT LA RÉVOLUTION.
- 34CONCLUSION
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