
French Edition
Literature
Les Maîtres sonneurs
French BooksWhale Edition by George Sand
Musiciens du Berry et du Bourbonnais, Tiennet, Joseph, Brulette et leurs compagnons traversent rivalités, voyages, apprentissages et épreuves amoureuses.
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Book introduction
Les Maîtres sonneurs
À travers les souvenirs de Tiennet, George Sand raconte l’apprentissage du musicien Joseph et les relations qui unissent Brulette, Thérence, Huriel et leurs proches. Les traditions musicales du Berry et du Bourbonnais accompagnent les travaux, les fêtes et les déplacements. Les trente-deux veillées composent un roman rural sur l’amitié, la vocation artistique, l’amour et les liens entre communautés.
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George Sand est mort en 1876. Cette édition reprend le texte français original publié en 1853, sans les notes éditoriales ni les éléments ajoutés par la plateforme de diffusion.
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Les Maîtres sonneurs
Preview chapterPremière veilléePreview
Je ne suis point né d’hier, disait, en 1828, le père Étienne. Je suis venu en ce monde, autant que je peux croire, l’année 54 ou 55 du siècle passé. Mais, n’ayant pas grande souvenance de mes premiers ans, je ne vous parlerai de moi qu’à partir du temps de ma première communion, qui eut lieu en 70, à la paroisse de Saint-Chartier, pour lors desservie par monsieur l’abbé Montpérou, lequel est aujourd’hui bien sourd et bien cassé.
Ce n’est pas que notre paroisse de Nohant fût supprimée dans ce temps-là ; mais notre curé étant mort, il y eut, pour un bout de temps, réunion des deux églises sous la conduite du prêtre de Saint-Chartier, et nous allions tous les jours à son catéchisme, moi, ma petite cousine, un gars appelé Joseph, qui demeurait en la même maison que mon oncle, et une douzaine d’autres enfants de chez nous.
Je dis mon oncle pour abréger, car il était mon grand-oncle, frère de ma grand’mère, et avait nom Brulet, d’où sa petite-fille, étant seule héritière de son lignage, était appelée Brulette, sans qu’on fît jamais mention de son nom de baptême, qui était Catherine.
Et pour vous dire tout de suite les choses comme elles étaient, je me sentais déjà d’aimer Brulette plus que je n’y étais obligé comme cousin, et j’étais jaloux de ce que Joseph demeurait avec elle dans un petit logis distant d’une portée de fusil des dernières maisons du bourg, et du mien d’un quart de lieue de pays : de manière qu’il la voyait à toute heure, et qu’avant le temps qui nous rassembla au catéchisme, je ne la voyais pas tous les jours.
Voici comment le grand-père à Brulette et la mère à Joseph demeuraient sous même chaume. La maison appartenait au vieux, et il en avait loué la plus petite moitié à cette femme veuve qui n’avait pas d’autre enfant. Elle s’appelait Marie Picot, et était encore mariable, car elle n’avait pas dépassé de grand’chose la trentaine, et se ressouvenait bien, dans son visage et dans sa taille, d’avoir été une très-jolie femme. On la traitait encore, par-ci, par-là, de la belle Mariton, ce qui ne lui déplaisait point, car elle eût souhaité se rétablir en ménage ; mais n’ayant rien que son œil vif et son parler clair, elle s’estimait heureuse de ne pas payer gros pour sa locature, et d’avoir pour propriétaire et pour voisin un vieux homme juste et secourable, qui ne la tourmentait guère et l’assistait souvent.
Le père Brulet et la veuve Picot, dite Mariton, vivaient ainsi en bonne estime l’un de l’autre depuis une douzaine d’années, c’est-à-dire depuis le jour où, la mère à Brulette étant morte en la mettant au monde, cette Mariton avait soigné et élevé l’enfant avec autant d’amour et d’égard que le sien propre.
Joseph, qui avait trois ans de plus que Brulette, s’était vu bercer dans la même crèche, et la pouponne avait été le premier fardeau qu’on eût confié à ses petits bras. Plus tard, le père Brulet, voyant sa voisine gênée d’avoir ces deux enfants déjà forts à surveiller, avait pris chez lui le garçon, si bien que la petite dormait auprès de la veuve et le petit auprès du vieux.
Tous quatre, d’ailleurs, mangeaient ensemble, la Mariton apprêtait les repas, gardant la maison et rhabillant les nippes, tandis que le vieux, qui était encore solide au travail, allait en journée, et fournissait au plus gros de la dépense.
Preview chapterDeuxième veilléePreview
La petite Brulette était donc devenue la belle Brulette, dont il était déjà grandement parlé dans le pays, pour ce que, de mémoire d’homme, on n’avait vu plus jolie fille, des yeux plus beaux, une plus fine taille, des cheveux d’un or plus doux avec une joue plus rose ; la main comme un satin, et le pied mignon comme celui d’une demoiselle.
Tout ça vous dit assez que ma cousine ne travaillait pas beaucoup, ne sortait guère par les mauvais temps, avait soin de s’ombrager du soleil, ne lavait guère de lessives et ne faisait point œuvre de ses quatre membres pour la fatigue.
Vous croiriez peut-être qu’elle était paresseuse ? Point. Elle faisait toutes choses dont elle ne se pouvait dispenser, tout à fait vite et tout à fait bien. Elle avait trop de raisonnement pour laisser perdre le bon ordre et la propreté dans son logis et pour ne point prévenir et soigner son grand-père comme elle le devait. D’ailleurs, elle aimait trop la braverie pour n’avoir pas toujours quelque ouvrage dans les mains : mais d’ouvrage fatigant, elle n’en avait jamais ouï-parler. L’occasion n’y était point, et on ne saurait dire qu’il y eût de sa faute.
Il y a des familles où la peine vient toute seule avertir la jeunesse qu’il n’est pas tant question de s’amuser en ce bas monde, que de gagner son pain en compagnie de ses proches. Mais, dans le petit logis au père Brulet, il n’y avait que peu à faire pour joindre les deux bouts. Le vieux n’avait encore que la septantaine, et, bon ouvrier, très-adroit pour travailler la pierre (ce qui, vous le savez, est une grande science dans nos pays), fidèle à l’ouvrage et vivement requis d’un chacun, il gagnait joliment sa vie, et, grâce à ce qu’il était veuf et sans autre charge que sa petite-fille, il pouvait faire un peu d’épargne pour le cas où il serait arrêté par quelque maladie ou accident. Son bonheur voulut qu’il se maintînt en bonne santé, en sorte que, sans connaître la richesse, il ne connaissait point la gêne.
Mon père disait pourtant que notre cousine Brulette aimait trop la bienaiseté, voulant faire entendre par là qu’elle aurait peut-être à en rabattre quand viendrait l’heure de s’établir. Il convenait avec moi qu’elle était aussi aimable et gentille en son parler qu’en sa personne ; mais il ne m’encourageait point du tout à faire brigue de mariage autour d’elle. Il la trouvait trop pauvre pour être si demoiselle, et répétait souvent qu’il fallait, en ménage, ou une fille très-riche, ou une fille très-courageuse. « J’aimerais autant l’une que l’autre à première vue, disait-il, et peut-être qu’à la seconde vue, je me déciderais pour le courage encore plus que pour l’argent. Mais Brulette n’a pas assez de l’un ni de l’autre pour tenter un homme sage. »
Je voyais bien que mon père avait raison ; mais les beaux yeux et les douces paroles de ma cousine avaient encore plus raison que lui avec moi et avec tous les autres jeunes gens qui la recherchaient : car vous pensez bien que je n’étais pas le seul, et que, dès l’âge de quinze ans, elle se vit entourée de marjolets de ma sorte, qu’elle savait retenir et gouverner comme son esprit l’y avait portée de bonne heure. On peut dire qu’elle était née fière et connaissait son prix, avant que les compliments lui en eussent donné la mesure. Aussi aimait-elle la louange et la soumission de tout le monde. Elle ne souffrait point qu’on fût hardi avec elle, mais elle souffrait bien qu’on y fût craintif, et j’étais, comme bien d’autres, attaché à elle par une forte envie de lui plaire, en même temps que dépité de m’y trouver en trop grande compagnie.
Table of contents
Inside this edition
- 01Full text
- 02Première veillée
- 03Deuxième veillée
- 04Troisième veillée
- 05Quatrième veillée
- 06Cinquième veillée
- 07Sixième veillée
- 08Septième veillée
- 09Huitième veillée
- 10Neuvième veillée
- 11DIXIÈME VEILLÉE
- 12Onzième veillée
- 13Douzième veillée
- 14Treizième veillée
- 15Quatorzième veillée
- 16Quinzième veillée
- 17SEIZIÈME VEILLÉE
- 18DIX-SEPTIÈME VEILLÉE
- 19DIX-HUITIÈME VEILLÉE
- 20DIX-NEUVIÈME VEILLÉE
- 21VINGTIÈME VEILLÉE
- 22VINGT ET UNIÈME VEILLÉE
- 23VINGT-DEUXIÈME VEILLÉE
- 24VINGT-TROISIÈME VEILLÉE
- 25VINGT-QUATRIÈME VEILLÉE
- 26VINGT-CINQUIÈME VEILLÉE
- 27VINGT-SIXIÈME VEILLÉE
- 28VINGT-SEPTIÈME VEILLÉE
- 29VINGT-HUITIÈME VEILLÉE
- 30VINGT-NEUVIÈME VEILLÉE
- 31TRENTIÈME VEILLÉE
- 32TRENTE-UNIÈME VEILLÉE
- 33TRENTE-DEUXIÈME VEILLÉE
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