
French Edition
Literature
Lucien Leuwen
French BooksWhale Edition by Stendhal
Un grand roman inachevé sur ambition, amour, politique et société sous la monarchie de Juillet.
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Book introduction
Lucien Leuwen
Lucien Leuwen suit un jeune homme partagé entre carrière militaire, salons provinciaux, intrigue politique et passion amoureuse. Stendhal y déploie son art de l’analyse psychologique, de l’ironie sociale et du regard critique sur la France postrévolutionnaire.
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Stendhal est mort en 1842; l’œuvre a été publiée en 1894. Ces dates soutiennent le fondement de domaine public de cette édition.
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Lucien Leuwen
Stendhal
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Si la mort, ou la paresse, me surprennent avant la fin de ce roman qui s'appelle l'Orange de Malte et doit avoir trois volumes: Nancy, Paris et Madrid (Omar), je le lègue à Mme Pauline Périer Lagrange, ma sœur. Si Mme Périer n'en fait pas commencer l'impression dans les six mois qui suivront mon trépas, je lègue ce manuscrit à M. R. Colomb (rue Godot-de-Mauroy n° 35, Paris). Si, dans les 400 jours qui suivront mon décès, M. R. Colomb n'a pas fait commencer l'impression de ce roman, je le lègue à M. A. Levasseur, libraire, place Vendôme, 16, qui a imprimé Le Rouge et le Noir.
J'ai suivi l'usage des peintres que je trouve amusant, et travaillé
d'après les modèles.
Il faudra ôter soigneusement toute allusion trop claire qui ferait de la satire. Le vinaigre est bon, mais mêlé à une crème, il fait un plat détestable.
Je voudrais que ce livre fût écrit comme le Code civil. C'est dans ce
sens qu'il faut arranger les phrases obscures ou incorrectes.
Civita Vecchia, le 25 décembre 1834.
Henri Beyle.
Rome, le 17 février 1835
Je lègue ce roman en cinq volumes reliés, intitulé Lucien Leuwen, à Mme Pauline Périer Lagrange (chez M. R. Colomb, rue Godot-de-Mauroy, 35), avec prière de le faire imprimer par quelque homme raisonnable. Si Mme P. P. Lagrange est devenue dévote, je la prie de remettre ces volumes reliés à M. Levasseur, libraire, place Vendôme, ou à la Bibliothèque de la Chambre des députés, si toutefois cette Bibliothèque veut recevoir une telle infamie.
Si elle n'en veut pas, à la Bibliothèque de Grenoble.
Henri Beyle.
Rome, le 8 mars 1835.
Je donne et lègue les volumes reliés, et intitulés Leuwen à Mme Pauline Beyle, veuve Périer Lagrange, et si je lui survis, à M. R. Colomb, rue Godot-de-Mauroy, à Paris.
H. Beyle.
Rome, le 12 avril 1835.
Je donne les volumes intitulés Leuwen, à Mme Pauline Périer Lagrange,
et après elle, à M. R. Colomb mon cousin.
H. Beyle.
Preview chapterAU LECTEURPreview
Lecteur bénévole!
Écoutez le titre que je vous donne.
En vérité, si vous n étiez pas bénévole et disposé à prendre en bonne part les paroles, ainsi que les actions des graves personnages que je vais vous présenter; si vous ne vouliez pas pardonner à l'auteur le manque d'emphase, le manque de but moral, etc., etc., je ne vous conseillerais pas d'aller plus loin.
Ce conte fut écrit en songeant à un petit nombre de lecteurs, que je
n'ai jamais vus, et que je ne verrai point, ce dont bien me fâche.
J'eusse trouvé tant de plaisir à passer les soirées avec eux!
Dans l'espoir d'être entendu par ces lecteurs, je ne me suis pas astreint, je l'avoue, à garder les avenues contre une critique de mauvaise foi, ni même contre une critique de mauvaise humeur.
Pour être élégant, académique, disert, il fallait un talent qui manque, et ensuite ajouter à ceci 150 pages de périphrases: et encore, ces 150 pages n'auraient plu qu'aux gens graves, prédestinés à haïr les écrivains tels que celui qui se présente à vous en toute humilité.
Ces respectables personnages ont assez pesé sur mon sort, dans la vie réelle, pour qu'ils viennent encore gâter mon plaisir, quand j'écris pour la bibliothèque bleue.
Songez, ami lecteur, à ne pas passer votre vie à haïr et à avoir peur.
H. Beyle.
NANCY
Lucien Leuwen avait été chassé de l'École polytechnique pour s'être allé promener mal à propos, un jour qu'il était consigné, ainsi que tous ses camarades.
C'était à l'époque d'une des célèbres journées de juin, avril ou février 1832 ou 34. Quelques jeunes gens, assez fous, mais doués d'un grand courage, prétendaient détrôner le roi, et l'École polytechnique, pépinière de mauvaises têtes, avait été sévèrement consignée dans ses quartiers.
Le lendemain de sa promenade, Lucien fut renvoyé comme républicain.
Tout affligé d'abord, depuis deux ans il se consolait du malheur de ne plus avoir à travailler douze heures par jour. Il passait très bien son temps chez son père, homme de plaisir et riche banquier, lequel avait à Paris une maison fort agréable.
M. Leuwen père, l'un des associés de la célèbre maison Van Peters, Leuwen et Cie, ne redoutait au monde que deux choses: les ennuyeux et l'air humide. Il n'avait jamais d'humeur, et ne prenait jamais le ton sérieux avec son fils. Il lui avait proposé, à sa sortie de l'École, de travailler au comptoir, un seul jour de la semaine, le jeudi, jour du grand courrier de Hollande. Pour chaque jeudi de travail, le caissier comptait à Lucien deux cents francs, et, de temps à autre, payait aussi quelques petites dettes. Sur quoi, M. Leuwen disait: «Un fils est un créancier donné par la nature.» Quelquefois il plaisantait ce créancier.
«--Savez-vous, lui disait-il un jour, ce qu'on mettrait sur votre
tombe, au Père-Lachaise, si nous avions le malheur de vous perdre:
Siste viator! Ici repose Lucien Leuwen Républicain Qui pendant deux années Fit une guerre acharnée Aux cigares Et aux bottes neuves.
Au moment où nous le prenons, cet ennemi des cigares ne pensait guère
plus à la République, qui tardait trop à venir.
«--Et d'ailleurs, se disait-il, si les Français ont du plaisir à être
menés monarchiquement et tambour battant, pourquoi les déranger?
La majorité aime apparemment cet ensemble doucereux d'hypocrisie et de
mensonges qu'on appelle le gouvernement représentatif.»
Comme ses parents ne cherchaient point à le trop diriger, Lucien passait sa vie dans le salon de sa mère.
Encore jeune et assez jolie, Mme Leuwen jouissait de la plus haute considération. La société lui accordait infiniment d'esprit, et pourtant un juge sévère aurait pu lui reprocher une délicatesse excessive et un mépris trop absolu pour le parler haut et l'impudence de nos jeunes hommes à succès.
Table of contents
Inside this edition
- 01Full text
- 02TESTAMENTS
- 03AU LECTEUR
- 04il avait horreur du vulgaire, et pour lui ce mot s'étendait loin.
- 05Il se figurait la guerre d'après ses exercices de canon au bois de
- 06Il fit décharger sa voiture et porter toutes ses malles à la diligence.
- 07Il considérait les moindres détails avec un intérêt ridicule et
- 08Il y avait là quelque chose de simple et de bien différent de
- 09Il regardait du coin de l'œil le capitaine qui était à sa droite.
- 10Il adressait certains mots à demi-voix aux officiers, et Lucien vit les
- 11Il avait un autre chagrin. À Nancy, personne ne faisait attention à ses
- 12Il avait frotté ferme la jeunesse du pays lors de l'émeute de 183...
- 13Il y a le café Mouton, où se rassemblent les jeunes gens; c'est un
- 14Il rappela le baron Thérance el ordonna au capitaine Blessin de rester.
- 15il se mit à suivre à pied la rosse dont Lucien n'était pas descendu.
- 16Il y eut un silence.
- 17Il vit avec plaisir que ces grâces, dignes d'un colonel du Gymnase, ne
- 18Il entendait rire, et pour la première fois de sa vie, il fut envieux.
- 19Il lit, durant cette soirée, de profondes réflexions sur les formes de
- 20Ils vous appelleront républicain, et c'est par là, fit-il finement, que
- 21Il se leva avec peine du canapé.
- 22Il regardait tout pensif placer le clou et attacher le tableau.
- 23Il vaut mieux s'embarquer tous ensemble pour l'Amérique...
- 24Il est de fait que sous le rapport économique, je suis au-dessus de mes
- 25Il restait immobile et froid au milieu de ces gestes affectés et de
- 26Il avait refusé longtemps d'aller dîner le dimanche à la campagne avec
- 27Il passait des heures entières à discuter avec Gauthier les idées de
- 28Il écrivit donc à son père.
- 29Il y eut un moment de silence complet, et ensuite on parla d'autre chose.
- 30intimidé.
- 31Il crut Lucien absolument sans cœur et commença à estimer notre héros.
- 32Il vit le bedeau offrir un sou à une femme du peuple, point mal mise,
- 33Il lut son devoir dans cette rangée de laquais.
- 34inconséquence grave de n'avoir qu'un seul domestique.»
- 35Il pria M. Dupoirier de lui trouver trois garçons sûrs et surtout
- 36Il trouva un peu trop marqués la haine des dévotes et le que m'importe
- 37intérêt qui n'échappa pas au docteur.
- 38Il portait la croix de Saint-Louis, avec le liséré blanc de l'ordre
- 39Il parlait fort bien et avec une sorte de grâce, celle qui convient à un gentilhomme de soixante ans.
- 40Il y avait tant de simplicité et de bon naturel dans cette question,
- 41Il regarda à sa montre dans l'antichambre: il n'était resté que vingt
- 42Il ajoutait, en petit comité:
- 43inconvénients.»
- 44Il y eut entre eux un échange de deux ou trois mots insignifiants.
- 45Il était si à plaindre que les rencontrer lui fut un vrai bonheur.
- 46Il dit à Mme de Chasteller, comme entraîné par un mouvement involontaire:
- 47Il lui vint enfin une pauvre idée.
- 48Il n'y avait qu'un instant pour se décider; l'amour tira parti de ce
- 49Il revint auprès de ces dames, et reprit sans difficulté le bras de Mme
- 50Il n'osait en vérité écrire à Mme de Chasteller. Tout son amour était
- 51Il trouva tout en émoi à la caserne.
- 52Il osa, mais il mourait de peur en frappant à la porte cochère.
- 53Il n'y avait eu de bon dans toute sa conduite que le ton de ces deux
- 54Il y trouva le bon M. de Serpierre et le comte de Wassignies. On parlait de l'éternelle politique.
- 55Il rougit.
- 56Il se tut, puis ajouta d'une voix mal articulée et qui feignait la
- 57Il appuyait la main droite sur la rampe d'acajou; il chancelait
- 58Il fut ivre de bonheur, ce qui l'empêcha de voir qu'il était bien jeune, bien sot.
- 59Il était peu accoutumé à se coucher à cette heure, et allait chez Mme
- 60Ici l'on murmura, mais l'audace de Dupoirier en fut doublée.
- 61Il fallut encore une bonne heure pour faire accepter ce mezzo termine à
- 62Il aimait surtout à parler et à convaincre des personnes ennemies.
- 63Il continua tout bas:
- 64Il attendait depuis plusieurs jours que Lucien, fou comme le sont tous
- 65Il affecta l'air très inquiet devant Mlle Beaulieu. Il partit comme un
- 66Ici le docteur expliqua longuement ce que c'est que le marasme.
- 67Il insistait sur le mot naturel.
- 68Il fut sur le point de sortir de sa cachette et de s'enfuir, même en
- 69Il dit avec beaucoup de tranquillité apparente à Anne-Marie:
- 70inaperçu.
- 71Il s'habilla en se faisant une violence mortelle, et comme il allait
- 72Il revint à lui quelques heures après; un domestique le heurta du pied
- 73Il renvoya son cheval à Nancy et écrivit au colonel Filloteau pour le
- 74DEUXIÈME PARTIE
- 75Il ouvrit un livre au hasard; c'était un ennuyeux moraliste qui avait
- 76Il passa encore un quart d'heure à bien tâter son courage, puis appela un cabriolet et courut à l'Opéra.
- 77Ils montèrent rapidement dans la loge de M. Leuwen; ils y trouvèrent
- 78Il lisait tous les journaux avec un intérêt bien nouveau pour lui.
- 79Il faut avouer qu'il parla admirablement, mais il se garda bien
- 80Il y eut un silence.
- 81intime que, sans probité, l'on ne peut pas être un grand ministre.
- 82Il se mit à considérer les arbres avec attendrissement.
- 83Il les remplaça plus tard par des gravures d'Anderloni et de Morghen.
- 84Il trouva, en rentrant à la maison, son père d'une gaieté parfaite.
- 85Il ajouta, pendant que Lucien copiait:
- 86Il y avait dans les bureaux du comte de Vaize un M. Desbacs, dont la
- 87Il le rencontra au foyer des Bouffes.
- 88Il disait:
- 89Il trouva Desbacs dans son bureau.
- 90Il remarqua encore que l'œil de Desbacs, ordinairement si calme, était
- 91Il y eut un assentiment méfiant, mais général.
- 92Il s'approcha du lit du blessé.
- 93Il insista encore, et l'huissier refusa avec hauteur.
- 94Il ne l'avait jamais vu.
- 95il n'entendit rien.
- 96Il retournait chez son collègue, malgré l'heure avancée.
- 97Il revint bientôt avec un petit portefeuille en cuir de Russie.
- 98Il considérait avec une admiration assez peu dissimulée les charmantes
- 99Ils avaient tous l'importance du gros propriétaire qui vient de renouveler un bail avantageux.
- 100Il n'eut pas longtemps à attendre.
- 101Il trouva que cette affaire était aussi difficile, pour le moins, que
- 102Il fut accueilli par des cris assourdissants:
- 103ils sont faits pour attendre.»
- 104Il resta atterré devant leur pesanteur, leur bêtise, devant leur adoration à son égard.
- 105Il fut bien étonné lorsque Coffe lui dit:
- 106inventé cela?
- 107Ils lurent interrompus par un agent de police qui vint, en souriant
- 108Il appela l'huissier qui, debout près de la porte, était pâle comme un
- 109Il donna cette nouvelle à Coffe.
- 110immenses lettres de narrations et d'explications.
- 111Il n'y fut presque pas sensible.
- 112Il revint en courant vingt minutes après.
- 113Il fut bien une heure avant de trouver la réponse à cette question, et
- 114Il partit d'un éclat de rire.
- 115inquiète.
- 116impertinence.
- 117Ici M. Leuwen retint à grand'peine un coup d'œil malin.
- 118Il raisonna longtemps sur cette idée, et fut heureux de la trouver si
- 119Ici Mme Grandet rougit profondément; elle n'osait pas regarder Lucien.
- 120Il partit pour Nancy, ne regrettant rien de Paris, et désirant de tout son cœur d'être oublié par Mme Grandet.
- 121Il alla au rendez-vous encore tout endormi.
- 122Il avait résisté héroïquement à l'idée de passer une dernière fois à Nancy.
- 123Ici s'arrête Lucien Leuwen.
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