
French Edition
Literature
Mathias Sandorf
French BooksWhale Edition by Jules Verne
Un grand roman d’aventure de Jules Verne mêlant évasion, vengeance, science et Méditerranée.
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Book introduction
Mathias Sandorf
Mathias Sandorf déploie l’imaginaire d’aventure de Jules Verne dans un récit de conspiration, trahison, évasion et vengeance. Entre l’Europe centrale et la Méditerranée, le roman associe suspense, technologies, identités cachées et sens du feuilleton populaire.
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Jules Verne est mort en 1905, et Mathias Sandorf a été publié en 1885. Ces dates soutiennent le fondement de domaine public de cette édition française originale.
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Mathias Sandorf
Jules Verne
TOME PREMIER
À ALEXANDRE DUMAS
Je vous dédie ce livre en le dédiant aussi à la mémoire du conteur de génie que fut Alexandre Dumas, votre père. Dans cet ouvrage, j’ai essayé de faire de Mathias Sandorf le Monte-Cristo des Voyages Extraordinaires. Je vous prie d’en accepter la dédicace comme un témoignage de ma profonde amitié.
Jules Verne.
RÉPONSE DE M. A. DUMAS
« 23 juin 1885.
» Cher ami,
» Je suis très touché de la bonne pensée que vous avez eue de me dédier Mathias Sandorf, dont je vais commencer la lecture dès mon retour, vendredi ou samedi. Vous avez eu raison, dans votre dédicace, d’associer la mémoire du père à l’amitié du fils. Personne n’eût été plus charmé que l’auteur de Monte-Cristo, par la lecture de vos fantaisies lumineuses, originales, entraînantes. Il y a entre vous et lui une parenté littéraire si évidente que, littérairement parlant, vous êtes plus son fils que moi. Je vous aime depuis si longtemps, qu’il me va très bien d’être votre frère.
» Je vous remercie de votre persévérante affection, et je vous assure une fois de plus et bien chaudement de la mienne.
» A. Dumas. »
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PREMIÈRE PARTIE
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LE PIGEON VOYAGEUR.
Trieste, la capitale de l’Illyrie, se divise en deux villes très dissemblables : une ville neuve et riche, Theresienstadt, correctement bâtie au bord de cette baie sur laquelle l’homme a conquis son sous-sol ; une ville vieille et pauvre, irrégulièrement construite, resserrée entre le Corso, qui la sépare de la première, et les pentes de la colline du Karst, dont le sommet est couronné par une citadelle d’aspect pittoresque.
Le port de Trieste est couvert par le môle de San-Carlo, près duquel mouillent de préférence les navires du commerce. Là se forment volontiers, et, parfois, en nombre inquiétant, des groupes de ces bohèmes, sans feu ni lieu, dont les habits, pantalons, gilets ou vestes, pourraient se passer de poches, car leurs propriétaires n’ont jamais rien eu, et vraisemblablement n’auront jamais rien à y mettre.
Cependant, ce jour-là, 18 mai 1867, peut-être eût-on remarqué, au milieu de ces nomades, deux personnages un peu mieux vêtus. Qu’ils dussent jamais être embarrassés de florins ou de kreutzers, c’était peu probable, à moins que la chance ne tournât en leur faveur. Ils étaient gens, il est vrai, à tout faire pour lui imprimer un tour favorable.
L’un s’appelait Sarcany et se disait Tripolitain. L’autre, Sicilien, se nommait Zirone. Tous deux, après l’avoir parcouru pour la dixième fois, venaient de s’arrêter à l’extrémité du môle. De là, ils regardaient l’horizon de mer, à l’ouest du golfe de Trieste, comme s’il eût dû apparaître au large un navire qui portât leur fortune !
« Quelle heure est-il ? » demanda Zirone, dans cette langue italienne, que son compagnon parlait aussi couramment que les autres idiomes de la Méditerranée.
Sarcany ne répondit pas.
« Eh ! suis-je assez sot ! s’écria le Sicilien. N’est-il pas l’heure à laquelle on a faim, quand on a oublié de déjeuner ! »
Les éléments autrichiens, italiens, slaves, sont tellement mélangés dans cette portion du royaume Austro-Hongrois, que la réunion de ces deux personnages, bien qu’ils fussent évidemment étrangers à la ville, n’était point pour attirer l’attention. Au surplus, si leurs poches devaient être vides, personne n’eût pu le deviner, tant ils se pavanaient sous la cape brune qui leur tombait jusqu’aux bottes.
Sarcany, le plus jeune des deux, de taille moyenne, mais bien proportionné, élégant de manières et d’allures, avait vingt-cinq ans. Sarcany, rien de plus. Point de nom de baptême. Et, au fait, il n’avait point été baptisé, étant très probablement d’origine africaine, de la Tripolitaine ou de la Tunisie ; mais, bien que son teint fût bistré, ses traits corrects le rapprochaient plus du blanc que du nègre.
Si jamais physionomie fut trompeuse, c’était bien celle de Sarcany. Il eût fallu être très observateur pour démêler en cette figure régulière, yeux noirs et beaux, nez fin, bouche bien dessinée qu’ombrageait une légère moustache, l’astuce profonde de ce jeune homme. Nul œil n’aurait pu découvrir sur sa face, presque impassible, ces stigmates du mépris, du dégoût, qu’engendre un perpétuel état de révolte contre la société. Si les physionomistes prétendent, — et ils ont raison en la plupart des cas, — que tout trompeur témoigne contre lui-même en dépit de son habileté, Sarcany eût donné un démenti formel à cette proposition. À le voir, personne n’eût pu soupçonner ce qu’il était, ni ce qu’il avait été. Il ne provoquait pas cette irrésistible aversion qu’excitent les fripons et les fourbes. Il n’en était que plus dangereux.
Quelle avait dû être l’enfance de Sarcany ? on l’ignorait. Sans doute, celle d’un être abandonné. Comment fut-il élevé, et par qui ? Dans quel trou de la Tripolitaine nicha-t-il durant les années du premier âge ? Quels soins lui permirent d’échapper aux multiples causes de destruction sous ces climats terribles ? En vérité, personne ne l’eût pu dire, — pas même lui, peut-être, — né au hasard, poussé au hasard, destiné à vivre au hasard ! Toutefois, pendant son adolescence, il n’avait pas été sans se donner ou plutôt sans recevoir une certaine instruction pratique, due probablement à ce que sa vie s’était déjà passée à courir le monde, à fréquenter des gens de toutes sortes, à imaginer expédients sur expédients, ne fût-ce que pour s’assurer l’existence quotidienne. C’est ainsi et par suite de circonstances diverses, que, depuis quelques années, il s’était trouvé en relations avec une des plus riches maisons de Trieste, la maison du banquier Silas Toronthal, dont le nom doit être intimement mêlé à toute cette histoire.
Table of contents
Inside this edition
- 01Full text
- 02PREMIÈRE PARTIE
- 03I
- 04II
- 05III
- 06IV
- 07V
- 08VI
- 09VII
- 10VIII
- 11IX
- 12DEUXIÈME PARTIE
- 13I
- 14II
- 15III
- 16IV
- 17M
- 18M
- 19M
- 20M
- 21M
- 22V
- 23M
- 24VI
- 25M
- 26VII
- 27M
- 28M
- 29M
- 30M
- 31M
- 32M
- 33VIII
- 34M
- 35M
- 36M
- 37TROISIÈME PARTIE
- 38I
- 39II
- 40III
- 41M
- 42M
- 43M
- 44M
- 45M
- 46M
- 47M
- 48M
- 49M
- 50M
- 51M
- 52M
- 53IV
- 54V
- 55VI
- 56VII
- 57TROISIÈME PARTIE
- 58I
- 59II
- 60III
- 61IV
- 62V
- 63VI
- 64M
- 65M
- 66M
- 67M
- 68I
- 69M
- 70II
- 71III
- 72IV
- 73M
- 74V
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