
French Edition
Literature
Monsieur de Camors
French BooksWhale Edition by Octave Feuillet
Un roman mondain sur ambition, séduction, morale, mariage et illusion aristocratique.
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Book introduction
Monsieur de Camors
Monsieur de Camors suit un homme brillant et calculateur dans le monde des salons, des intérêts familiaux et des passions contrôlées. Octave Feuillet y construit un roman de mœurs élégant, attentif aux choix moraux, à la réputation et aux contradictions du désir.
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Octave Feuillet est mort en 1890; l’œuvre a été publiée en 1867. Ces dates soutiennent le fondement de domaine public de cette édition.
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Monsieur de Camors
Octave Feuillet
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Un soir du mois de mai, vers onze heures, un homme d'une cinquantaine d'années, fort bien fait et de haute mine, descendait d'un coupé dans la cour d'un petit hôtel de la rue Barbet-de-Jouy. Il monta d'un pas de maître les marches du perron. Deux ou trois domestiques l'attendaient dans le vestibule. L'un d'eux le suivit dans un vaste cabinet de travail situé au premier étage, et qui communiquait avec une chambre à coucher par une arcade drapée. Le valet raviva les feux des lampes qui éclairaient ces deux pièces, et il allait se retirer quand son maître lui dit:
--Mon fils n'est pas rentré?
--Non, monsieur le comte... Monsieur le comte n'est pas souffrant?
--Souffrant? pourquoi?
--Monsieur le comte est pâle.
--J'ai eu un peu froid ce soir au bord du lac.
--Monsieur le comte ne désire rien?
--Rien.
Le domestique sortit.
Resté seul, le comte s'approcha d'un meuble curieusement travaillé à la mode italienne, et y prit une boîte longue et plate en bois d'ébène. Elle contenait deux pistolets, qu'il s'occupa de charger avec soin. Il y ajusta ensuite des capsules, qu'il écrasa légèrement avec le pouce sur la cheminée de l'arme. Cela fait, il consulta sa montre, alluma un cigare, et, pendant une demi-heure, le bruit régulier de ses pas résonna sourdement sur le tapis de la galerie. Son cigare fini, il s'arrêta, parut réfléchir, et entra dans la chambre voisine, emportant ses armes. Cette pièce, comme la précédente, était meublée avec une élégance sévère et ornée avec goût: quelques tableaux, tous de maîtres, des marbres, des bronzes, des ivoires. Le comte jeta un regard d'intérêt singulier sur l'intérieur de cette chambre, qui était la sienne, sur les objets familiers, sur les tentures sombres, sur le lit préparé pour le sommeil; puis, se dirigeant vers une table qui était placée dans l'embrasure d'une fenêtre, il y posa les pistolets, s'assit, médita quelques minutes la tête dans ses mains, et se mit à écrire ce qui suit:
À MON FILS
«Mon fils, la vie m'ennuie; je la quitte. La vraie supériorité de l'homme sur les créatures inertes ou passives qui l'entourent, c'est de pouvoir s'affranchir à son gré des servitudes fatales qu'on nomme les lois de la nature. L'homme peut, s'il veut, ne pas vieillir: le lion ne le peut pas. Méditez sur ce texte, toute force humaine est là.
»La science le dit et le prouve. L'homme intelligent et libre est sur cette planète un animal imprévu. Produit d'une série de combinaisons et de transformations inattendues, il éclate au milieu de la soumission des choses comme une dissonance et une révolte. La nature l'a engendré sans l'avoir conçu. C'est une dinde qui a couvé sans le savoir un oeuf d'aigle; effrayée du monstre, elle a prétendu l'enchaîner: elle l'a surchargé d'instincts dont il a fait des devoirs, de règlements de police dont il a fait des religions. Chacune de ces entraves brisées, chacune de ces servitudes vaincues marque un pas dans l'émancipation virile de l'humanité.
»C'est vous dire que je meurs dans la foi de mon siècle. Je crois à la matière incréée, féconde, toute-puissante, éternelle. C'est la Nature des anciens. Il y a eu dans tous les temps les sages qui ont entrevu la vérité. Mûre aujourd'hui, elle tombe dans le domaine commun: elle appartient à tous ceux qui sont de taille à la porter, car cette religion dernière de l'humanité est le pain des forts. Elle a sa tristesse, elle isole l'homme; mais elle a sa grandeur, car elle le fait libre, elle le fait dieu. Elle ne lui laisse de devoirs qu'envers lui-même; elle ouvre un champ superbe aux gens de tête et de courage.
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du jardin, soutenu, poussé, caressé par la main tremblante de Lescande.
Le jardin était de dimension médiocre, mais fort soigné et plein d'arbustes rares à larges feuilles. Dans le fond, une petite villa dont le goût italien présentait sa gracieuse façade.
--Tiens, c'est gentil, ça! dit Camors.
--Tu reconnais mon plan numéro trois, n'est-ce pas?
--Numéro trois... parfaitement... Et ta cousine est-elle dedans?
--Elle est là, mon ami, dit Lescande à demi-voix en indiquant de la main une grande fenêtre à balcon qui surmontait le perron de la villa, et dont les persiennes étaient closes. Elle est là, et voici notre fils.
Camors laissa flotter sa main sur les cheveux de l'enfant.
--Diable! tu n'as pas perdu de temps... Ainsi tu es heureux, mon brave?
--Tellement heureux, mon ami, que j'en suis inquiet... Le bon Dieu est trop bon pour moi, ma parole... Je me suis donné de la peine, c'est vrai... Figure-toi que je suis allé passer deux ans en Espagne, dans les montagnes, dans un pays infernal... J'ai bâti là un palais de fée pour le marquis de Buena-Vista, un très grand seigneur... Il avait vu mon plan à l'Exposition, et s'était monté la tête là-dessus... C'est ce qui a commencé ma fortune... Du reste, ce n'est pas mon métier tout seul qui a pu m'enrichir aussi vite, tu comprends;... mais j'ai eu une série de chances incroyables... J'ai fait des affaires magnifiques sur des terrains, et très honnêtement, je te prie de croire... Je ne suis pourtant pas millionnaire... Tu sais que je n'avais rien, et ma femme pas davantage... Enfin, ma maison construite, il me reste une dizaine de mille francs de rente... Ce n'est guère pour nous entretenir sur ce pied-là; mais je travaille... et j'ai si bon courage, mon cher! ma pauvre Juliette est si aise dans ce paradis!...
--Elle n'a plus de manchettes sales? dit Camors.
--Je t'en réponds! Elle aurait même une légère tendance au luxe, comme toutes les femmes, tu sais... Mais ça me fait plaisir que tu te rappelles nos bêtises du collège... Du reste, moi, à travers toutes mes péripéties, je ne t'ai pas oublié un instant... J'avais même une envie folle de t'inviter à ma noce; mais, ma foi! je n'ai pas osé... tu es si brillant, si lancé... avec tes chevaux! Ma femme te connaît bien, va! D'abord je lui ai parlé de toi cent mille fois... et puis elle adore tes courses... elle est abonnée au Sport... Elle me dit: «C'est encore un cheval de ton ami qui a gagné...» Et nous nous réjouissons de ta gloire en famille, mon cher!
Une teinte rosée passa sur les joues de Camors.
--Vous êtes vraiment trop bons, dit-il.
Table of contents
Inside this edition
- 01Full text
- 02I
- 03Il donna son cheval au domestique qui le suivait et franchit la grille
- 04Ils firent quelques pas en silence sur l'allée finement sablée qui
- 05Il était un pivert,
- 06Il le rejeta derrière un massif de catalpas, prit un air de joyeuse
- 07ivresse aussi parfaitement perdue qu'une femme peut l'être.
- 08Il eut un sourire étrange et cruel.
- 09Il se dressa brusquement debout devant elle, et, la regardant en face:
- 10Il ouvrit l'enveloppe à la hâte et lut les premiers mots: «Mon fils, la
- 11Il n'alla pas plus loin. Le pauvre enfant aimait son père, malgré tout.
- 12Il tomba raide sur le palier.--On l'emporta dans sa chambre.
- 13II
- 14III
- 15insiste si extraordinairement...
- 16Il écouta un moment Lescande qui sanglotait. Il fit un mouvement pour
- 17Il ne reçut donc pas sans étonnement le billet que voici:
- 18instinct.
- 19Il la regarda, lui montra un divan, et s'assit sur une chaise devant
- 20Il la regarda un moment sans parler, et reprit:
- 21Il vint à lui à pas comptés en souillant comme un monstre des mers, et,
- 22Il se jeta alors lui-même sur le divan, à la place qu'avait occupée
- 23IV
- 24Il retrouva posté sur le seuil d'une chaumière un des paysans qu'il
- 25Il laissa tomber une petite pièce d'or sur la jupe de l'obligeante
- 26Il allait dire respectable; mais il s'arrêta et ajouta simplement:
- 27Il y eut un nouveau silence.
- 28Il ouvrit la barrière, et, tendant au jeune homme sa main brune et
- 29V
- 30VI
- 31Il sauta à terre, mit les rênes de son cheval entre les mains du
- 32Il avait prononcé ces simples paroles d'un accent si profond et si
- 33Il quitta son bras tout à coup, et, d'une voix rauque et violente:
- 34Il se tut tout frémissant; puis, à demi prosterné devant elle, il prit
- 35Il laissa entendre une vague exclamation d'ironie et de colère.
- 36DEUXIÈME PARTIE
- 37I
- 38Il vit la marquise arrêtée sous sa fenêtre.
- 39Il la salua, et descendit aussitôt.
- 40Il la regarda en face à son tour.
- 41Il la regardait avec étonnement, s'imaginant qu'elle plaisantait encore; mais elle était d'un grand sérieux.
- 42Ils regagnèrent le château sans échanger un mot. Près d'entrer dans le
- 43II
- 44Il prit la main qu'elle lui tendait avec indifférence et sortit de la
- 45Il rencontra M. de Campvallon dans le couloir.
- 46Il se tut et demeura les yeux fixés sur ceux de la jeune femme avec une
- 47III
- 48Il se posa debout devant elle, et la regarda un moment sans parler; ses
- 49Il eut un sourire convulsif.
- 50Il s'assit.
- 51Il y eut un silence.
- 52IV
- 53Il aime à me donner ce nom, qui lui rappelle je ne sais quel épisode de
- 54Il les prend. Quelques jours après:
- 55Il devint plus pâle encore, et, après, une minute:
- 56V
- 57Il répondit aussitôt ces simples lignes:
- 58Il passa la journée à la séance du Corps législatif, et, quand il
- 59Il y eut un silence. Madame de Tècle, dont le front s'était contracté,
- 60Il s'arrêta à quelques pas du lit, et, la saluant de son meilleur
- 61VI
- 62Il arracha la fleur.
- 63Il haussa les épaules.
- 64Il lui serra la main avec plus d'affection que de coutume.
- 65VII
- 66Il sourit avec son ironie la plus hautaine.
- 67Il vit qu'elle hésitait, et, sous les rayons de la lune, sa pâleur lui
- 68VIII
- 69Il la pressa contre son coeur, et elle se calma pour quelques heures.
- 70Il secoua la tête douloureusement. Elle insista.
- 71inondant le drap de ses larmes.
- 72Il souleva alors sa main vers elle.
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