French Edition
Literature
Pantagruel
French BooksWhale Edition by François Rabelais
Rabelais ouvre son univers de géants par une fête verbale de savoir, satire, corps, rire et liberté.
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Book introduction
Pantagruel
Pantagruel raconte la naissance, l’éducation et les aventures du géant dans une prose débordante d’invention. Rabelais mêle humanisme, parodie savante, comique du corps, satire des institutions et goût joyeux de la langue française.
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François Rabelais est mort en 1553; l’œuvre a été publiée vers 1532. Ces repères soutiennent la base de domaine public de cette édition française.
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Pantagruel
Les horribles et espoventables
faictz et prouesses du très renommé
Pantagruel, roy des Dipsodes,
filz du grand géant Gargantua,
Composez nouvellement
par Maistre
Alcofrybas
Nasier.
On les vend à Lyon en la maison
de Claude nourry, dict le Prince
pres nostre dame de Confort.
Prologue de l’Auteur.
Vignette 1 res illustres et tres chevaleureux champions gentilz hommes et aultres, qui voluntiers vous adonnez à toutes gentillesses et honnestetez, vous avez na gueres veu, leu, et sceu les grandes et inestimables chronicques de l’enorme geant Gargantua, et comme vrays fideles les avez creues tout ainsi qu’en texte de Bible ou du sainct Evangile, et y avez maintefoys passé vostre temps avecques les honorables dames et damoyselles, leur en faisans beaulx et longs narrez, alors que estiez hors de propos : dont estes bien dignes de grande louange. Et à la mienne volunte que ung chascun laissast sa propre besoigne, ne se souciast de son mestier et mist ses affaires propres en oubly, afin d’y vacquer entierement sans que son esprit feust de ailleurs distraict ny empesche, jusques à ce que l’on les sceust par cueur, affin que si d’adventure l’art de l’imprimerie cessoit, ou en cas que tous livres perissent, au temps advenir dont chascun les puisse bien au net enseigner à ses enfans : car il y a plus de fruict que par adventure ne pensent ung tas de gros talvassiers tous croustelevez, qui entendent beaucoup moins en ces petites joyeusetez que ne faict Raclet en l’Institute. J’en ay congneu de haultz et puissans seigneurs en bon nombre, qui, allant à chasse de grosses bestes, ou voller pour faucons : s’il advenoit que la beste ne feust rencontree par les brisees, ou que le faulcon se mist à planer, voyant la proye gaigner à tire d’esle, ilz estoient bien marryz, comme entendez assez : mais leur refuge de reconfort et affin de ne se morfondre estoit à recoler les inestimables faictz dudict Gargantua. D’aultres sont par le monde (ce ne sont pas faribolles) qui estans grandement affligez du mal des dentz, apres avoir tous leurs biens despenduz en medecins, ne ont trouve remede plus expedient, que de mettre les dictes chronicques entre deux beaulx linges bien chaulx, et les appliquer au lieu de la douleur, les sinapizant avecques un peu de pouldre d’oribus. Mais que diray je des pauvres verollez et goutteux ? O, quantes foys nous les avons veu à l’heure quilz estoyent bien oingtz et engressez à poinct, et le visaige leur reluysoit comme la claveure d’un charnier, et les dentz leur tressailloyent comme font les marchettes dung clavier dorgues ou despinette quand on joue dessus, et que le gousier leur escumoit comme a un verrat que les vaultres et levriers ont chasse sept heures : que faisoyent-ilz alors ? toute leur consolation nestoit que de ouyr lire quelque page dudict livre. Et en avons veu qui se donnoyent à cent pipes de diables, en cas que ilz n’eussent senty allegement manifeste a la lecture dudict livre, lors quon les tenoit es Iymbes, ny plus ny moins que les femmes estans en mal d’enfant quand on leurs list la vie de saincte Marguerite. Est ce rien cela ? Trouvez moy livre en quelque langue, en quelque faculte et science que ce soit, qui ayt telles vertus, proprietez, et prerogatives, et je paieray chopine de trippes. Non messieurs non. Il n’y en a point. Et ceulx qui vouldroient maintenir que si : reputés les abuseurs et seducteurs. Bien vray est il que l’on trouve en d’aulcuns livres dignes de memoire certaines propriétés occultes, au nombre desquelz l’on met Robert le diable, Fierabras, Guillaume sans paour, Huon de Bourdeaulx, Monteville, et Matabrune, mais elles ne sont pas à comparer à celuy dont nous parlons. Et le monde a bien congneu par experience infaillible le grand emolument et utilite qui venoit de ladicte chronicque Gargantuine : car il en a este plus vendu des imprimeurs en deux moys, qu’il ne sera achepte de Bibles en neuf ans. Voulant doncques moy vostre humble esclave accroistre voz passetemps davantaige, ie vous offre de present ung aultre livre de mesmes billon, sinon quil est ung peu plus equitable et digne de foy que n’estoit l’aultre. Car ne croyez pas si ne voulez errer à vostre escient, que ien parle comme les Juifz de la loy. Je ne suis pas nay en telle planette, et ne m’advint oncques de mentir ou asseurer chose que ne feust veritable : agentes et consentientes , cest a dire qui na conscience na rien. Jen parle comme sainct Jehan de lApocalypse : quod bibimus testamur. C’est des horribles faicts et prouesses de Pantagruel, lequel iay servy à guaiges des que ie fus hors de paige, iusques a present, que par son congie men suis venu ung iour visiter mon pays de vache et scavoir s’il y avoit encores en vie nul de mes parens. Pourtant, affin que ie fasse fin à ce prologue, tout ainsi comme ie me donne à cent mille panerees de beaulx diables corps et ame, trippes et boyaulx, en cas que ien mente en toute lhistoire dung seul mot, pareillement le feu sainct Antoine vous arde, mau de terre vous vire, le lancy, le mau lubec vous trousse, la caquesangue vous viengne, le mau fin feu de ricque racque, aussi menu que poil de vache, tout renforcé de vif argent, vous puisse entrer au fondement, et comme Sodome et Gomorre puissez tomber en soulfre en feu et abysme/en cas que vous ne croyez fermement tout ce que ie vous racompteray en ceste presente chronicque.
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Vignette 3 argantua , en son aage de quattre cens quattre vingtz quarante et quattre ans engendra son fils Pantagruel de sa femme nommée Badebec fille du Roy des Amaurotes en Utopie, laquelle mourut de mal d’enfant : car il estoit si grand et si lourd, qu’il ne put venir a lumiere, sans ainsi suffocquer la mere. Mais pour entendre pleinement la cause et raison de son nom qui luy fut baille en baptesme : vous noterez que celle annee il y avoit une si grand seicheresse en tout le pays de Affricque, pour ce quil y avoit passé plus de xxxvi. moys sans pluye, avec chaleur de soleil si vehesmente, que toute la terre en estoit aride. Et ne fut point au temps de Helye plus eschauffee que fut pour lors. Car il ny avoit arbre sus terre quil eust ny feuille ny fleur, les herbes estoient sans verdeur, les rivieres taries, les fontaines à sec, les pauvres poissons delaissez de leurs propres elements vagans et cryans par la terre horriblement, les oyseaulx tumbans de lair par faulte de rosee, les loups, les regnars, cerfs, sangliers, daims, lievres, connils, bellettes, foynes, blereaux et aultres bestes l’on trouvoit par les champs mortes la gueule baye. Et au regard des hommes, c’estoit la grande pitie, vous les eussiez veus tirans la langue comme levriers qui ont couru six heures. Plusieurs se gettoient dedans les puys, daultres se mettoient au ventre dune vache pour estre à lumbre : et les appelle Homere Alibantes. Toute la contree estoit à lancre : cestoit pitoyable de veoir le travail des humains pour se guarantir de ceste horrificque alteration. Car il y avoit prou affaire de saulver leau benoiste par les esglises quelle ne feust desconfite : mais lon y donna tel ordre par le conseil de messieurs les cardinaulx et du sainct pere, que nul nen osoit prendre quune venue : Encores quand quelquung entroit en lesglise, vous en eussiez veu a vingtaines de pauvres alterez qui venoient au derriere de celluy qui la distribuoit a quelquung la gueulle ouverte pour en avoir quelque petite goutelette : comme le maulvais Riche, affin que rien ne se perdit. O que bienheureux fut en ceste annee celuy qui eut cave fraische et bien garnie.
Le philosophe racompte en mouvant la question, pourquoy cest que leau de la mer est sallee ? quau temps que Phebus bailla le gouvernement de son chariot lucificque à son fils Phaeton : Ledict Phaeton mal apris en lart, et ne scavant ensuyvre la ligne eclipticque entre les deux tropicques de la sphere du Soleil, varia de son chemin : et tant approcha de la terre, quil mist a sec toutes les contrees subiacentes, bruslant une grande partie du ciel, que les philosophes appellent via lactea : et les Lifrelofres nomment le chemin sainct Jacques. Adonc la terre fut tant eschauffee, quil luy vint une sueur enorme, dont elle sua toute la mer, que par ce est sallee : car toute sueur est sallee, ce que vous direz estre vray si voulez taster de la vostre propre : ou bien de celle des verollez quand on les faict suer, ce me est tout ung. Quasi pareil cas arriva en ceste dicte annee : Car ung iour de Vendredy tout le monde sestoit mis en devotion, et faisoit une belle procession avecques force letanies et beaux preschans, supplians a dieu omnipotent les vouloir regarder de son œil de clemence en tel desconfort, visiblement fut veu de la terre sortir grosses gouttes deau, comme quand quelque personne sue copieusement. Et le pauvre peuple se commença a esiouyr comme sy ce eust este chose a eulx proffitable : Car les aulcuns disoient que de humeur il ny en avoit point en lair, dont on esperast de avoir pluye, et que la terre supplioit au deffault. Les aultres gens scavans disoient que cestoit pluye des Antipodes : comme Senecque narre au quart livre questionum naturalium, parlant de lorigine et source du fleuve du Nile. Mais ils y furent trompez : car la procession finee alors que chascun vouloit recueillir de ceste rousee et en boire à plein godet, trouverent que ce nestoit que saulmere pire et plus salee que nest leau de la mer. Et par ce quen ce propre iour nasquit Pantagruel, son pere luy imposa tel nom : car Panta en Grec vault autant a dire comme tout : et Gruel en langue hagarene vault autant comme altere, voulant inferer quà lheure de sa nativite le monde estoit tout altere. Et voyant en esperit de prophetie quil seroit quelque iour dominateur des alterez. Ce que luy fut monstre à celle heure mesmes par aultre signe plus evident. Car alors que sa mere Badebec enfantoit, et que les sages femmes attendoient pour le recepvoir, issirent premier de son ventre soixante et huyt tregeniers chascun tirant par le licol ung mulet tout charge de sel : apres lesquels sortirent neuf dromadaires chargez de iambons et langues de bœuf fumees : sept chameaulx chargez d’anguillettes : puis vingt et cinq charrettes de porreaulx, daulx, d’oignons et de cibotz, ce que espoventa bien lesdictes saiges femmes, mais les aulcunes d’entre elles disoyent : « Voicy bonne provision. Aussy bien ne bevyons nous que lachement, non en lancement. Cecy nest que bon signe, ce sont aguillons de vin. » Et, comme elles caquetoyent de ces menus propos entre elles, voicy sortir Pantagruel, tout velu comme un ours, dont dist une delles en esperit propheticque : « Il est ne a tout le poil : il fera choses merveilleuses ; et, s’il vit, il aura de leage. »
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Vignette 4 uand Pantagruel fut ne, qui fut bien esbahy et perplex ce fut Gargantua son pere : car voyant dung couste sa femme Badebec morte et de laultre son fils Pantagruel ne, tant beau et grand, il ne scavoit que dire ny que faire. Et le doubte qui troubloit son entendement estoit, assavoir mon sil debvoit pleurer pour le deuil de sa femme, ou rire pour la ioye de son fils ? Dung coste et daultre il avoit dargumens sophisticques qui le suffocquoient : car il les faisoit tresbien in modo et figura, mais il ne les pouvoit souldre. Et par ce moyen demouroit empestre comme ung Millan prins au lasset. Pleureray ie, disoit il ? Ouy : car pourquoy ? Ma tant bonne femme est morte, qui estoit la plus cecy et cela qui fut au monde. Jamais ie ne la verray, iamais ie nen recouvreray une telle : ce mest une perte inestimable. O mon dieu, que te avoys ie faict pour ainsi me punir ? que ne menvoyas tu la mort a moy premier qua elle ? car vivre sans elle ne mest que languir ? Ha Badebec ma mignonne, ma mye, mon petit con (toutefois elle en avoyt bien trois arpens et deux sexterees) ma tendrette, ma braguette, ma savatte, ma pantoufle iamais ie ne te verray. Ha faulce mort tant tu me es malivole, tant tu me es oultrageuse de me tollir celle a laquelle immortalite appartenoit de droict. Et ce disant pleuroit comme une vache : mais tout soubdain ryoit comme ung veau, quand Pantagruel luy venoit en memoire. Ho mon petit fils, disoit il : mon couillon, mon peton, que tu es ioly : et tant ie ie suis tenu a dieu de ce quil me a donne ung si beau fils tant ioyeux, tant ryant, tant ioly. Hohohoho que ie suis ayse, beuvons ho laissons toute melancholie, apporte du meilleur, rince les verres, boutte la nappe, chasse les chiens, souffle ce feu, allume ceste chandelle, ferme ceste porte, envoyez ces pauvres, tiens ma robbe, que ie me mette en pourpoint pour mieulx festoyer les comeres. Et en ce disant il ouyt la letanie et les mementos des prebstres qui portoient sa femme en terre : dont laissa son bon propos et tout soubdain fut ravi ailleurs : disant, Jesus faut il que ie me contriste encores, cela me fasche, le temps est dangereux, ie pourray prendre quelque fiebvre, voy me la affolle. Foy de gentilhomme il vault mieulx pleurer moins, et boire davantaige. Ma femme est morte, et bien : par dieu ie ne la ressusciteray pas par mes pleurs : elle est bien, elle est en paradis pour le moins si mieulx ne est : elle prie dieu pour nous, elle est bien heureuse, elle ne se soucie plus de nos miseres et calamitez, autant nous en pend à lœil : dieu gard le demourant, il me faut penser den trouver une aultre. Mais voicy que vous ferez, dist il es saiges femmes : allez vous en a lenterrement delle, et ce pendant ie berceray icy mon fils : car ie me sens bien fort altere : et seroys en dangier de tomber malade, mais beuvez quelque peu devant : car vous vous en trouverez bien, et men croyez sur mon honneur. A quoy obtemperant allerent a lenterrement et funerailles : et le pauvre Gargantua demoura a lhostel : mais ce pendant il fist lepitaphe pour estre engrave en la maniere que sensuyt.
Elle en mourut la noble Badebec
Du mal denfant, qui tant me sembloit nice :
Car elle avoit visaige de rebec,
Corps despaignole, et ventre de souyce.
Priez a dieu, qua elle soit propice,
Luy pardonnant sen riens oultrepassa :
Cy gist son corps au quel vesquit sans vice,
Et mourut lan et iour que trespassa.
De l’enfance de Pantagruel. xxxxx Chap. iiii
Vignette 3 e trouve par les anciens historiographes et poetes, que plusieurs sont nez en ce monde en façons bien estranges qui seroient trop longues a racompter, lisez le vii livre de Pline si avez loysir. Mais vous nen ouystes iamais dune si merveilleuse comme fut celle de Pantagruel. Car cestoit chose difficile a croire comment il creut en corps et en force en peu de temps. Et nestoit rien de Hercules, qui estant au berceau tua les deux serpens : car les serpens estoient bien petitz et fragiles. Mais Pantagruel estant encores au berceau fist de cas bien espouventables. Ie laisse icy a dire comment a chascun de ses repas il humoit le laict de quatre mille six cens vaches. Et comment pour luy faire un paeslon a cuire sa bouillie furent occupez tous les paesliers de Saumur en Aniou, de Villedieu en Normandie, de Bramont en Lorraine : et lu bailloit on ladicte bouillie en ung grand tymbre qui est encores de present a Bourges au pres du palays : mais les dentz luy estoient desia tant crues et fortifiees quil en rompit dudict tymbre ung grand morceau, comme tresbien apparoist. Ung certain iour vers le matin quon le vouloit faire tetter une de ses vaches (car de nourrisses il nen eut iamais aultrement comme dit lhistoire) il se deffit des liens qui le tenoient au berceau ung des bras et vous prent ladicte vache par dessoubs le iarret, et luy mangea les deux tetins et la moitie du ventre avecques le foye et les roignons, et leust toute devoree, neust este quelle cryoit horriblement comme si les loups la tenoient aux iambes, auquel cry le monde arriva et osterent ladicte vache des mains dudict Pantagruel : mais ils ne sceurent si bien faire que le iarret ne luy en demourast comme il le tenoit, et le mangeoit tresbien comme vous feriez dune saulcisse : et quand lon luy voulut oster los, il lavalla bien tost, comme ung Cormaran feroit ung petit poisson, et apres commença a dire, bon bon bon : car il ne scavoit encores pas bien parler, voulant donner a entendre, quil lavoit trouve fort bon, et quil nen failloit plus quautant. Ce que voyans ceulx qui le servoient, le lierent a gros cables, comme sont ceulx que lon faict à Tain pour le voyage du sel de Lyon, ou comme sont ceulx de la grand Navire Françoyse quy est au port de Grace en Normandie. Mais quelque foys quung grand Ours que nourrissoit son pere eschappa, et luy venoit lescher le visaige : car les nourrisses ne luy avoient pas bien torche les babines, il se deffit desdictz cables aussi facilement comme Sanson dentre les Philistins, et vous print monsieur de lours, et vous le mist en pieces comme ung poullet, et vous en fist une bonne guorge chaulde pour ce repas. Parquoy craignant Gargantua quil se gastat, fist faire quatre grosses chaines de fer pour le lyer et fist faire des arboutans a son berceau bien aiustez. Et de ces chaines en avez une a la Rochelle que lon lieve au soir entre les deux grosses tours du havre, Laultre est a Lyon, Laultre a Angiers. Et la quarte fut emportee des diables pour lyer Lucifer qui se deschainoit en ce temps la, a cause dune colicque qui le tourmentoit extraordinairement, pour avoir mange lame dung sergeant en fricassee a son desieuner. Dont pouvez bien croire ce que dict Nycolas de lyra sur le passaige du psaultier ou il est escript. Et Og regem Oasan. Que le dict Og estant encores petit estoit si fort et robuste, quil le failloit lyer de chaines de fer en son berceau. Et ainsi demoura coy et pacificque Pantagruel : car il ne pouvoit rompre tant facilement lesdictes chaines, mesmement quil navoit pas espace au berceau de donner la secousse des bras. Mais voicy quarriva ung iour dune grand feste que son pere Gargantua faisoit ung beau banquet a tous les princes de la court. Ie croy bien que tous les officiers de la court estoient tant occupez au service du festin, que lon ne se soucioit point du pauvre Pantagruel : et demouroyt ainsi a reculon. Voicy quil fist, il essaya de rompre les chaines du berceau avecques les bras, mais il ne peust : car elles estoient trop fortes, adonc il se trepigna tant des piedz quil rompit le bout de son berceau qui toutesfois estoit dune grosse poste de sept empans en quarre, et ainsi quil eut mys les piedz dehors, il se avalla le mieulx quil peust, en sorte quil touchoit des piedz en terre. Et alors avecques grand puissance se leva emportant son berceau sur leschine ainsi lye, comme une Tortue qui monte contre une muraille. Et a le veoir sembloit que ce fust une grand caracque de cinq cens tonneaux, qui feut debout. En ce point entra en la salle ou lon bancquetoit, et hardiment quil espouenta bien lassistence : mais par autant quil avoit les bras lyez dedans, il ne pouvoit riens prendre a manger, mais en grand peine se enclinoit pour prendre a tout la langue quelque lippee. Quoy voyant son pere entendit bien que lon lavoit laisse sans luy bailler a repaistre, et commanda quil feut deslye desdictes chaines par le conseil des princes et seigneurs assistans, ensemble aussi que les medecins de Gargantua disoient, que si on le tenoit ainsi au berceau, quil seroit toute sa vie subiect a la gravelle. Et lorsquil fut deschaine, lon le fit asseoir et repeut fort bien, et mist sondict berceau en plus de cinq cent mille pieces d’ung coup de poing quil frappa au meillieu, avecques protestation de iamais y retourner.
Table of contents
Inside this edition
- 01Full text
- 02ii
- 03iii
- 04vi
- 05xxxxx
- 06Cil qui par foy en luy espoire.
- 07D’ung defensoire
- 08I
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