
French Edition
Literature
Promenades autour d’un village
French BooksWhale Edition by George Sand
George Sand parcourt les paysages du Berry et de la Creuse, entre promenades naturalistes, traditions rurales et souvenirs locaux.
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Book introduction
Promenades autour d’un village
Accompagnée d’un artiste et d’un naturaliste, George Sand explore les chemins, vallées et villages proches de ses lieux familiers. L’observation des insectes et des paysages nourrit une réflexion sur la vie rurale, les croyances, les usages et la beauté des sites. Aux promenades s’ajoutent des textes consacrés au Berry, aux visions nocturnes des campagnes, aux tapisseries de Boussac et à Gargilesse.
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George Sand est mort en 1876. Cette édition utilise le texte original français du domaine public disponible sur Project Gutenberg, sans notes éditoriales ni illustrations ultérieures.
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Promenades autour d’un village
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Dans les derniers jours de juin 1857, je me mis en route avec deux compagnons qui ne demandaient qu'à courir: un naturaliste et un artiste, qui est, en même temps, naturaliste amateur.
Il s'agissait pour eux d'explorer, sous certains rapports, la faune entomologique, en langue vulgaire la nature des insectes qui habitent notre département. N'étant qu'un parfait ignorant pour mon compte, je leur avais seulement promis, en leur servant de guide, un charmant pays à parcourir.
Mais, avant d'aller plus loin, il faut que, pour la facilité de mon récit, je baptise ces deux personnages que j'accompagne. Je leur laisserai les noms dont ils s'étaient gratinés l'un l'autre dans leurs promenades entomologiques.
L'artiste est, à ses moments perdus, grand collectionneur et préparateur de premier ordre. Un charmant petit papillon bleu fort commun était tombé en poussière à la collection, et notre ami est si difficile dans le choix des individus qu'il juge dignes d'y figurer, qu'il n'en trouve pas toujours un sur cent. Il poursuivit donc, durant toute une saison, la jolie lycænide amyntas. De là le nom bucolique d'Amyntas qu'il porte fort complaisamment et dont je ne vois pas, au reste, qu'il ait sujet de se fâcher.
Le naturaliste, un savant modeste, bien que très-connu à Paris de tous les amateurs d'entomologie, était absorbé, depuis quelques jours, dans la recherche des coques de certaines chrysalides sur les branches mortes de certains arbres. De là le nom pompeux de Chrysalidor, gracieusement accepté par notre compagnon.
On partit par une matinée très-fraîche, muni de provisions de bouche, à seules fins de gagner du temps en route, car on trouve partout à manger maintenant dans notre bas Berry; mais on n'y est pas encore très-vif. Le Berrichon des plaines n'est jamais pressé, et avec lui il faut savoir attendre.
Or, nous voulions arriver et ne pas perdre les belles heures du jour à voir tourner les broches, lesquelles tournent aussi gravement que les gens du pays. Quant aux tables, je doute qu'elles y tournent jamais, ou ce serait avec une nonchalance si désespérante, que les plus fervents adeptes s'endormiraient au lieu de penser à les interroger.
Nous déjeunâmes donc sur l'herbe, dans les ruines d'une vieille forteresse, et, deux heures après, nous quittions la route pour un chemin vicinal non achevé, et plus gracieux à la vue que facile aux voitures.
Nous avions traversé un pays agréable, des ondulations de terrain fertile, de jolis bois penchés sur de belles prairies, et partout de larges horizons bleus qui rendent l'aspect de la contrée assez mélancolique.
Mais je me rappelais avoir vu par là un site bien autrement digne de remarque, et, quand le chemin se précipita de manière à nous forcer de descendre à pied, j'invitai mes naturalistes, fureteurs de buissons, à jeter les yeux sur le cadre qui les environnait.
Au milieu des vastes plateaux mouvementés qui se donnent rendez-vous comme pour se toucher du pied, en s'abaissant vers une sinuosité cachée aux regards, le sol se déchire tout à coup, et dans une brisure d'environ deux cents mètres de profondeur, revêtue de roches sombres ou de talus verdoyants, coule, rapide et murmurante, la Creuse aux belles eaux bleues rayées de rochers blancs et de remous écumeux.
C'est cette grande brisure qui se découvrait tout à coup au détour du chemin et qui ravissait nos regards par un spectacle aussi charmant qu'inattendu.
En cet endroit, le torrent forme un fer à cheval autour d'un mamelon fertile couvert de blondes moissons. Ce mamelon, incliné jusqu'au lit de la Creuse, ressemble à un éboulement qui aurait coulé paisiblement entre les deux remparts de rochers, lesquels se relèvent de chaque côté et enferment, à perte de vue, le cours de la rivière dans les sinuosités de leurs murailles dentelées.
Le contraste de ces âpres déchirements et de cette eau agitée, avec la placidité des formes environnantes, est d'un réussi extraordinaire.
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Le tombeau de Guillaume de Naillac, seigneur du lieu au XIIIe siècle, représente un personnage couché, vêtu d'une longue robe, l'aumônière au flanc, la tête appuyée sur un coussin que soutiennent deux angelots. Sa colossale épée repose près de lui; à ses pieds est le léopard passant de son blason.
Il y a trente ans, ce sévère personnage était encore en grande vénération, sous le nom grotesque et la renommée cynique d'un certain saint que l'on ne doit pas nommer en bonne compagnie.
Je ne sais quel honnête curé a trouvé moyen de détruire cette superstition et de conserver le sire de Naillac en bonne odeur auprès des dévots de sa paroisse, en faisant de lui (à tort, il est vrai) le fondateur de l'église; si bien qu'aujourd'hui on vous montre l'ancien saint sous ce titre prosaïque: l'entrepreneur de bâtiment. Son nez et sa bouche sont entaillés de coupures qui l'ont un peu défiguré.
L'usage était encore, il y a trente ans, de gratter ainsi au couteau certaines statues, et même certaines pierres. La poudre qu'on en retirait était mêlée à un verre d'eau que s'administraient les femmes stériles.
Cette précieuse église était bâtie au centre de l'antique forteresse dont les tours et la muraille ruinées jalonnent l'ancien développement sur le roc escarpé.
Le château moderne, bâti au siècle dernier dans un style quasi monastique, soutient le chevet de l'église. L'ancienne porte, flanquée de deux tours, espacée d'une ogive au-dessus de laquelle se dessinent les coulisses destinées à la herse, sert encore d'entrée au manoir. Le pied des fortifications plonge à pic dans le torrent.
Nul château n'a une situation plus étrangement mystérieuse et romantique. Un seul grand arbre ombrage la petite place du bourg, qui, d'un côté, domine le précipice, et, de l'autre, se pare naturellement d'un énorme bloc isolé, d'une forme et d'une couleur excellentes.
Arbre, place, ravin, herse, église, château et rocher, tout cela se tient et forme, au centre du bourg, un tableau charmant et singulier qui ne ressemble qu'à lui-même.
Le châtelain actuel est un solide vieillard de quatre-vingts ans, qui s'en va encore tout seul, à pied, par une chaleur torride, à travers les sentiers escarpés de ses vastes domaines. Riche de cinquante mille livres de rente, dit-on, il n'a jamais rien restauré que je sache; mais il n'a jamais rien détruit; sachons-lui-en gré. Les pans écroulés de ses vieilles murailles sombres dentellent son rocher dans un désordre pittoresque, et les longs épis historiés de ses girouettes tordues et penchées sur ses tours d'entrée ne peuvent être taxés d'imitation et de charlatanisme.
Un autre monument du village, c'est une maison renaissance, fort élégante d'aspect, habitée par des paysans. Elle tombe en ruine.
À quelque distance, on la croirait bâtie en beau moellon de granit; mais, comme toutes les autres, elle n'est qu'en pierre feuilletée et schisteuse de la localité.
On l'a seulement revêtue de filets de mastic blanchâtre en relief, qui font un trompe-l'oeil très-harmonieux. Son pignon aigu est percé d'une petite fenêtre soutenue par un meneau déjeté, en vrai granit taillé en prisme.
La porte cintrée est enfoncée sous le balcon de bois du premier étage et sous l'avancement de l'escalier, lequel est formé de gros blocs irréguliers à peine dégrossis.
Une vigne folle court sur le tout et complète la physionomie pittoresque de cette élégante et misérable demeure, dont un appendice écroulé gît à son flanc depuis des siècles, sans qu'il soit question d'ôter les décombres.
Au reste, cette maison, dans ses dispositions générales, paraît avoir servi de modèle à toutes celles du village. Sauf les grands pignons, qui ont été remplacés par des toits tombants, communs à plusieurs habitations mitoyennes, toutes sont construites sur le même plan.
Table of contents
Inside this edition
- 01Full text
- 02Promenades — I
- 03II
- 04III
- 05IV
- 06V
- 07VI
- 08VII
- 09VIII
- 10IX
- 11X
- 12XI
- 13XII
- 14XIII
- 15LE BERRY
- 16I — MOEURS ET COUTUMES
- 17II — LES VISIONS DE LA NUIT DANS LES CAMPAGNES
- 18III — LES TAPISSERIES DU CHÂTEAU DE BOUSSAC
- 19IV — LES BORDS DE LA CREUSE
- 20V — GARGILESSE
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