
French Edition
Literature
Ramuntcho
French BooksWhale Edition by Pierre Loti
Un roman basque de Pierre Loti sur l’amour, la frontière, la contrebande, la foi et le départ.
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Book introduction
Ramuntcho
Ramuntcho plonge le lecteur dans le Pays basque, entre jeux de pelote, montagnes, village, mer, amour impossible et tentation de l’ailleurs. Cette édition française convient aux lecteurs de Loti, du roman régional et de la prose fin-de-siècle.
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Pierre Loti died in 1923, and Ramuntcho was first published in 1897. These dates support the public-domain basis for this French original edition.
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Ramuntcho
Pierre Loti
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PREMIÈRE PARTIE
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Les tristes courlis, annonciateurs de l’automne, venaient d’apparaître en masse dans une bourrasque grise, fuyant la haute mer sous la menace des tourmentes prochaines. À l’embouchure des rivières méridionales, de l’Adour, de la Nivelle, de la Bidassoa qui longe l’Espagne, ils erraient au-dessus des eaux déjà froidies, volant bas, rasant de leurs ailes le miroir des surfaces. Et leurs cris, à la tombée de la nuit d’octobre, semblaient sonner la demi-mort annuelle des plantes épuisées.
Sur les campagnes pyrénéennes, toutes de broussailles ou de grands bois, les mélancolies des soirs pluvieux d’arrière-saison descendaient lentement, enveloppantes comme des suaires, tandis que Ramuntcho cheminait par le sentier de mousse, sans bruit, chaussé de semelles de cordes, souple et silencieux dans sa marche de montagnard.
Ramuntcho arrivait à pied de très loin, remontait des régions qui avoisinent la mer de Biscaye, vers sa maison isolée, qui était là-haut dans beaucoup d’ombre, près de la frontière espagnole.
Autour du jeune passant solitaire, qui montait si vite sans peine et dont la marche en espadrilles ne s’entendait pas, des lointains, toujours plus profonds, se creusaient de tous côtés, très estompés de crépuscule et de brume.
L’automne, l’automne s’indiquait partout. Les maïs, herbages des lieux bas, si magnifiquement verts au printemps, étalaient des nuances de paille morte au fond des vallées, et, sur tous les sommets, des hêtres et des chênes s’effeuillaient. L’air était presque froid ; une humidité odorante sortait de la terre moussue, et, de temps à autre, il tombait d’en haut quelque ondée légère. On la sentait proche et angoissante, cette saison des nuages et des longues pluies, qui revient chaque fois avec son même air d’amener l’épuisement définitif des sèves et l’irrémédiable mort, — mais qui passe comme toutes choses et qu’on oublie, au suivant renouveau.
Partout, dans la mouillure des feuilles jonchant la terre, dans la mouillure des herbes longues et couchées, il y avait des tristesses de fin, de muettes résignations aux décompositions fécondes.
Mais l’automne, lorsqu’il vient finir les plantes, n’apporte qu’une sorte d’avertissement lointain à l’homme un peu plus durable, qui résiste, lui, à plusieurs hivers et se laisse plusieurs fois leurrer au charme des printemps. L’homme, par les soirs pluvieux d’octobre et de novembre, éprouve surtout l’instinctif désir de s’abriter au gîte, d’aller se réchauffer devant l’âtre, sous le toit que tant de millénaires amoncelés lui ont progressivement appris à construire. — Et Ramuntcho sentait s’éveiller au fond de soi-même les vieilles aspirations ancestrales vers le foyer basque des campagnes, le foyer isolé, sans contact avec les foyers voisins ; il se hâtait davantage vers le primitif logis, où l’attendait sa mère.
Çà et là, on les apercevait au loin, indécises dans le crépuscule, les maisonnettes basques, très distantes les unes des autres, points blancs ou grisâtres, tantôt au fond de quelque gorge enténébrée, tantôt sur quelque contrefort des montagnes aux sommets perdus dans le ciel obscur ; presque négligeables, ces habitations humaines, dans l’ensemble immense de plus en plus confus des choses ; négligeables et s’annihilant même tout à fait, à cette heure, devant la majesté des solitudes et de l’éternelle nature forestière.
Ramuntcho s’élevait rapidement, leste, hardi et jeune, enfant encore, capable de jouer en route, comme s’amusent les petits montagnards, avec un caillou, un roseau, ou une branche que l’on taille en marchant. L’air se faisait plus vif, les alentours plus âpres, et déjà ne s’entendaient plus les cris des courlis, leurs cris de poulie rouillée, sur les rivières d’en bas. Mais Ramuntcho chantait l’une de ces plaintives chansons des vieux temps, qui se transmettent encore au fond des campagnes perdues, et sa naïve voix s’en allait dans la brume ou la pluie, parmi les branches mouillées des chênes, sous le grand suaire toujours plus sombre de l’isolement, de l’automne et du soir.
Table of contents
Inside this edition
- 01Full text
- 02PREMIÈRE PARTIE
- 03I
- 04II
- 05III
- 06IV
- 07V
- 08VI
- 09VII
- 10VIII
- 11IX
- 12X
- 13XI
- 14XII
- 15XIII
- 16XIV
- 17XV
- 18XVI
- 19XVII
- 20XVIII
- 21XIX
- 22XX
- 23XXI
- 24XXII
- 25XXIII
- 26XXIV
- 27XXV
- 28XXVI
- 29XXVII
- 30DEUXIÈME PARTIE
- 31I
- 32II
- 33III
- 34IV
- 35V
- 36VI
- 37VII
- 38VIII
- 39IX
- 40X
- 41XI
- 42XII
- 43XIII
- 44FIN
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