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Salons

French BooksWhale Edition by Denis Diderot

Les critiques d’art de Diderot observent peinture, théâtre du regard et goût des Lumières.

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Book introduction

Salons

Les Salons de Diderot transforment la visite d’exposition en prose critique, attentive aux tableaux, aux gestes, à la couleur et à l’émotion morale. Ce volume intéresse l’histoire de l’art, la critique esthétique, les Lumières françaises et la naissance du regard moderne.

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Salons

Preview chapterSalon de 1759Preview

Voici à peu près ce que vous m’avez demandé. Je souhaite que vous puissiez en tirer parti.

Beaucoup de tableaux, mon ami, beaucoup de mauvais tableaux. J’aime à louer. Je suis heureux quand j’admire. Je ne demandais pas mieux que d’être heureux et d’admirer…

C’est un portrait du maréchal d’Estrées qui a l’air d’un petit fou ou d’un spadassin déguisé.

C’en est un autre de Madame de Pompadour plus droit et plus froid ; un visage précieux ; une bouche pincée ; de petites mains d’un enfant de treize ans ; un grand panier en éventail ; une robe de satin à fleurs bien imité, mais d’un mauvais choix.

Je n’aime point en peinture les étoffes à fleurs. Elles n’ont ni simplicité ni noblesse. Il faut que les fleurs papillotent avec le fond qui, s’il est blanc surtout, forme comme une multitude de petites lumières éparses. Quelque habile que fût un artiste, il ne ferait jamais un beau tableau d’un parterre, ni un beau vêtement d’une robe à fleurs.

Ce portrait a sept pieds et demi de hauteur, sur cinq pieds et demi de large ; imaginez l’espace que ce panier à guirlandes doit occuper.

Ce portrait et quelques autres qui n’intéressent pas davantage sont de Van Loo.

Il y a une Annonciation de Restout. Je ne sais ce que c’est. Un Aman sortant du palais d’Assuérus, irrité de ce que Mardochée ne l’adore pas. Je me rappelle que l’Annonciation est traitée d’une manière sèche, roide et froide ; qu’elle est sans effet ; et qu’on dirait un morceau détaché d’une vieille coupole, qui a souffert et qui n’était pas d’un trop habile homme. Pour le tableau d’Aman, on lit ce que c’est sur le livre, mais on n’en devine rien sur la toile. Si la foule qui s’ouvre devant l’homme fier qui passe, s’inclinait ou se prosternait et qu’on remarquât un seul homme debout, on dirait, voilà Mardochée. Mais le peintre a fait le contraire. Un seul fléchit le genou ; le reste est debout, et l’on cherche en vain le personnage intéressant. Du reste nulle expression ; point de distance entre les plans ; une couleur sombre ; des lumières de nuit. Cet artiste use plus d’huile à sa lampe que sur sa palette.

Une Purification de la Vierge du même. Je ne me la remets pas ; c’est peut-être vous en dire du mal.

Enfin nous l’avons vu, ce tableau fameux de Jason et Médée. Ô mon ami, la mauvaise chose ! C’est une décoration théâtrale avec toute sa fausseté ; un faste de couleur qu’on ne peut supporter ; un Jason d’une bêtise inconcevable. L’imbécile tire son épée contre une magicienne qui s’envole dans les airs, qui est hors de sa portée et qui laisse à ses pieds ses enfants égorgés. C’est bien cela ? Il fallait lever au ciel des bras désespérés, avoir la tête renversée en arrière ; les cheveux hérissés ; une bouche ouverte qui poussât de longs cris ; des yeux égarés ; et puis une petite Médée, courte, roide, engoncée, surchargée d’étoffes ; une Médée de coulisse ; pas une goutte de sang qui tombe de la pointe de son poignard ou qui coule sur ses bras ; point de désordre ; point de terreur. On regarde, on est ébloui, et l’on reste froid. La draperie qui touche au corps a le mat et les reflets d’une cuirasse ; on dirait d’une plaque de cuivre jaune. Il y a sur le devant un très bel enfant renversé sur les degrés arrosés de son sang ; mais il est sans effet. Ce peintre ne pense ni ne sent. Un char d’une pesanteur énorme. Si c’était un morceau de tapisserie que ce tableau, il faudrait accorder une pension au teinturier. J’aime mieux ses Baigneuses.

Preview chapterSalon de 1761Preview

Voici, mon ami, les idées qui m’ont passé par la tête à la vue des tableaux qu’on a exposés cette année au Salon. Je les jette sur le papier sans me soucier ni de les trier ni de les écrire. Il y en aura de vraies ; il y en aura de fausses. Tantôt vous me trouverez trop sévère, tantôt trop indulgent. Je condamnerai peut-être où vous approuveriez ; je ferai grâce où vous condamneriez ; vous exigeriez encore où je serai content. Peu m’importe. La seule chose que j’aie à cœur, c’est de vous épargner quelques instants que vous emploierez mieux ; dussiez-vous les passer à côté de Dom Antonio, et au milieu de canetons.

Louis Michel Van Loo II est de Louis-Michel Van Loo et il a 8 pieds de hauteur, sur 6 pieds de largeur.

Le premier tableau qui m’ait arrêté est le portrait du roi. Il est beau, bien peint, et on le dit très ressemblant. Le peintre a placé le monarque debout, sur une estrade. Il passe. Il a la tête nue. Sa longue chevelure descend en boucles sur ses épaules. Il est vêtu du grand habit de cérémonie. Sa main droite est appuyée sur le bâton royal. Il tient de la gauche un chapeau chargé de plumes. Le manteau royal qui couvre sa poitrine et ses épaules, descendant entre le fond du tableau et ses jambes, qu’on voit depuis le milieu de la cuisse, achève de détacher ces parties de la toile, et celles-ci entrainent les autres. Seulement ce volume d’hermine qui bouffe tout autour du haut de la figure, la rend un peu courte, et cette espèce de vêtement lui donne moins la majesté d’un roi que la dignité d’un président au Parlement.

Il est de M. Dumont le Romain. Il a 14 pieds de large, sur 10 de haut.

Vous savez que je n’ai jamais approuvé le mélange des êtres réels et des êtres allégoriques ; et le tableau qui a pour sujet la publication de la paix en 1749 ne m’a pas fait changer d’avis. Les êtres réels perdent de leur vérité à côté des êtres allégoriques, et ceux-ci jettent toujours quelque obscurité dans la composition. Le morceau dont il s’agit n’est pas sans effet. Il est peint avec hardiesse et force. C’est certainement l’ouvrage d’un maître. Toutes les figures allégoriques sont d’un côté ; et tous les personnages réels de l’autre. À gauche de celui qui regarde, la Paix qui descend du ciel et qui présente au monarque une branche d’olivier qu’il reçoit et qu’il remet à la femme symbolique de la ville de Paris ; d’un côté la générosité qui verse des dons ; de l’autre un génie armé d’un glaive qui menace la Discorde terrassée sous les pieds du monarque ; les rivières de Seine et de Marne étonnées et satisfaites. À droite, le prévôt des marchands et les échevins en longues robes, en rabats et en perruques volumineuses, avec des mines d’une largeur et d’un ignoble qu’il faut voir. On prendrait au premier coup d’œil, le monarque pour un Thésée qui revient victorieux du Minotaure. La figure symbolique de la ville est simple, bien drapée, bien noble, d’un beau caractère, bien disposée ; mais elle est du siècle de Jules César ou de Julien. Le contraste de ces figures antiques et modernes ferait croire que le tableau est un composé de deux pièces rapportées, l’une d’aujourd’hui et l’autre qui fut peinte il y a quelque mille ans ; et l’abbé Galiani vous séparerait cela avec des ciseaux qui laisseraient d’un côté tout le plat et tout le ridicule, et de l’autre tout l’antique qui serait supportable et que chacun interpréterait à sa fantaisie. On trouverait cent traits de l’histoire grecque ou romaine auxquels cela reviendrait. Le peintre a eu une idée forte, mais il n’a pas su en tirer parti. Il a élevé son héros sur le corps même de la Discorde dont les cuisses sont foulées par les pieds de cette figure. Mais après avoir appuyé un des pieds sur les cuisses, pourquoi l’autre n’a-t-il pas pressé la poitrine ? pourquoi cette action ne l’écrase-t-elle pas ; ne lui tient-elle pas la bouche entrouverte, ne lui fait-elle pas sortir les yeux de la tête ; ne me la montre-t-elle pas prête à être étouffée ? comme elle est, libre de la tête, des bras et de tout le haut de son corps, si elle s’avisait de se secouer avec violence, elle renverserait le monarque, et mettrait les dieux, les échevins et le peuple en désordre. En vérité la figure symbolique de la capitale est une belle figure. Voyez-la. J’espère que vous serez aussi satisfait de la générosité, de la paix et des fleuves.

Table of contents

Inside this edition

  1. 01Full text
  2. 02Salon de 1759
  3. 03Salon de 1761
  4. 04Pastorales et paysages de Boucher.
  5. 05Chardin
  6. 06Salon de 1763
  7. 07À mon ami Monsieur Grimm
  8. 08LOUIS-MICHEL VAN LOO
  9. 09BOUCHER
  10. 10La Bergerie.
  11. 11DESHAYS
  12. 12La Chasteté de Joseph.
  13. 13CHARDIN
  14. 14LOUTHERBOURG
  15. 15VERNET
  16. 16GREUZE
  17. 17SCULPTURES ET GRAVURES
  18. 18FALCONET
  19. 19Salon de 1765
  20. 20À mon ami Monsieur Grimm
  21. 21Mediocribus esse Poetis
  22. 22N’en défend pas nos rois.
  23. 23FEU CARLE CAN LOO
  24. 24La Chaste Suzanne.
  25. 25BOUCHER
  26. 26Médor en est vainqueur.
  27. 27BACHELIER
  28. 28CHARDIN
  29. 29Pendant du précédent tableau.
  30. 30SERVANDONI57
  31. 31BAUDOUIN
  32. 32Le Confessionnal.
  33. 33Le Lever.
  34. 34GREUZE
  35. 35LOUTHERBOURG
  36. 36FRAGONARD
  37. 37L’Antre de Platon.
  38. 38SCULPTURE
  39. 39Essais sur la peinture1
  40. 40MES PENSÉES BIZARRES SUR LE DESSIN
  41. 41MES PETITES IDÉES SUR LA COULEUR
  42. 42TOUT CE QUE J’AI COMPRIS DE MA VIE DU CLAIR-OBSCUR31
  43. 43Circumfusa repente
  44. 44EXAMEN DU CLAIR-OBSCUR
  45. 45Sunt lacrymœ rerum et mentem mortalia tangunt.
  46. 46L’expression est en général l’image du sentiment.
  47. 47PARAGRAPHE SUR LA COMPOSITION OÙ J’ESPÈ QUE J’EN PARLERAI82
  48. 48MON MOT SUR L’ARCHITECTURE
  49. 49Pictoribus atque poetis
  50. 50Serpentes avibus geminentur.
  51. 51Denique sit quodvis simplex duntaxat et unum.
  52. 52UN PETIT COROLLAIRE DE CE QUI PRÉCÈDE
  53. 53Sine ira et studio quorum causas procul habeo.
  54. 54TACIT.
  55. 55MICHEL VAN LOO
  56. 56VIEN
  57. 57Saint Denis prêchant la foi en France.
  58. 58LAGRENÉE
  59. 59La Chaste Suzanne.
  60. 60VERNET71
  61. 61L’Enfer s’émeut au bruit de Neptune en furie.
  62. 62Abhorré des mortels et craint même des dieux.
  63. 63DOYEN
  64. 64Multaque in rebus acerbis
  65. 65Le Miracle des Ardents.
  66. 66CASANOVE
  67. 67Un Cavalier espagnol vêtu à l’ancienne mode.
  68. 68Bataille.
  69. 69BAUDOUIN
  70. 70PETIT DIALOGUE
  71. 71LE PRINCE
  72. 72La Bonne Aventure.
  73. 73ROBERT
  74. 74TABLEAUX
  75. 75Deum namque ire per omnes
  76. 76Quemque sibi tenues nascentem arcessere vitas.
  77. 77Mens agitat molem et magno se corpore miscet.
  78. 78Ruines d’un arc de triomphe et autres monuments.
  79. 79Grande Galerie éclairée du fond.
  80. 80INTÉRIEUR D’UNE GALERIE RUINÉE.
  81. 81Petit ovale.
  82. 82Grand Escalier qui conduit à un ancien portique.
  83. 83ESQUISSES
  84. 84Ruines.
  85. 85MME THERBOUCHE231
  86. 86Salon de 1769
  87. 87PEINTURE
  88. 88BOUCHER
  89. 89Ces interlocuteurs ont raison tous les deux.
  90. 90CHARDIN
  91. 91DE LA TOUR
  92. 92VERNET
  93. 93GREUZE
  94. 94HALL
  95. 95Salon de 1771
  96. 96PEINTURE
  97. 97M. CHARDIN
  98. 98M. VERNET
  99. 99Une Tempête avec le naufrage d’un vaisseau.
  100. 100M. LOUTHERBOURG4
  101. 101M. BEAUFORT
  102. 102M. HOUDON
  103. 103Très ressemblant.
  104. 104Salon de 1775
  105. 105PEINTURE
  106. 106HALLÉ
  107. 107VIEN
  108. 108DE LAGRENÉE, L’AÎNÉ
  109. 109DU GOÛT
  110. 110DE LA CRITIQUE
  111. 111DE LA COMPOSITION ET DU CHOIX DES SUJETS
  112. 112Rumoresque senum severiorum
  113. 113Omnes unius œstimemus assis.
  114. 114Nox est perpetua una dormienda.
  115. 115Da mihi basia centum.
  116. 116Peindre comme on parlait à Sparte.
  117. 117Il n’est point de monstre odieux
  118. 118DU COLORIS, DE L’INTELLIGENCE DES LUMIÈRES, ET DU CLAIR-OBSCUR
  119. 119Ennius n’avait vu que l’ombre d’Homère.
  120. 120DE L’ANTIQUE
  121. 121Et repenta suis percussit pectora palmis.
  122. 122DE LA GRÂCE, DE LA NÉGLIGENCE ET DE LA SIMPLICITÉ
  123. 123L’originalité n’exclut pas la simplicité.
  124. 124Déjà venaient frapper mes oreilles timides
  125. 125DU NAÏF ET DE LA FLATTERIE
  126. 126DE LA BEAUTÉ
  127. 127La beauté n’a qu’une forme.
  128. 128DES FORMES BIZARRES
  129. 129DU COSTUME
  130. 130DIFFÉRENTS CARACTÈRES DES PEINTRES
  131. 131DÉFINITIONS
  132. 132ACCIDENT
  133. 133ACCESSOIRES89
  134. 134Les accessoires trop soignés rompent la subordination.
  135. 135ACCORD
  136. 136Salon de 1781
  137. 137PEINTURE
  138. 138VIEN
  139. 139DAVID
  140. 140SCULPTURE
  141. 141HOUDON
  142. 142Statue en marbre de 6 pieds de proportion.

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